LA TRAHISON OB M. O'UALLORAN
tivee. (Rires et applaudissements.) Après la proposition de nonconfiance sur ce point, vint la nomination extraordinaire da juge Sicotte. J'eus une conversation à ce propos avec Thonorable député de Missisquoi. Il m'avoua candidement qu'il ne voterait point cette censure et il m'en donna les i*aisons. " Mais, me dit-il, proposez une motion directe de non-confianoe, et je Tappuierai.*' (Ecoutez/ Ecoutez/)
On sait que la motion touchant M. Sicotte fut rejetée par une majorité de deux voix.
Le discours du trône avait promis des mesures pour équilibrer le revenu et la dé))en8e ; cette promesse n'ayant pas été tenue, Topposition trouva que la Chambre n'était pas traitée convenablement dignement par le ministère et que celui-ci faussait sa foi envers le pays.
Pén'étré de ce sentiment, j'informai, un jour, l'honorable député de Missisquoi que l'on ferait une motion directe de non-confiance aussitôt que le ministre des finances demanderait à la Chambre de se constituer en comité des voies et moyens. Je lui expliquai que le dessein de l'opposition n'était pas d'entraver le vote des subsides, qu'elle ne ferait pas sa proposition lors de la présentation du bill des subsides. L'honorable député me dit alors qu'à son avis le moment convenable serait quand le ministère demanderait de passer aux voix et moyens. Le 6, le ministre des finances fit sa demande. Le jeudi précédent, je m'étais rendu auprès de l'honorable député de Missisquoi pour lui communiquer, avant de le montrer à tout autre membre de l'opposition, le projet de motion que nous avions arrêté ensemble les honorables députés de Kingston, de Sherbrooke et moi. La motion avait été rédigée de trois façons différentes. Il nous parut qu'il convenait mieux, après avoir reproduit le texte même du discours de Son Excellence, de déclarer que le ministre des finances n'avait pas satisfait à sa promesse d'équilibrer la dépense et le revenu.
Comme je craignais la versatilité naturelle de l'honorable député de Missisquoi, je me h&tai donc de lui montrer cette motion, et le priai de me dire ce qu'il en pensait. Il l'a lut, et l'approuva ! (Bruit du côté de la gauche.) Il a osé protester, cependant, dans son discours d'hier au soir, qu'il m'avait répondu qu'il n'appuierait pas cette motion.
J'allai ensuite voir l'honorable député de Sherbrooke et je lui fis part de la résolution de l'honorable député de Missisquoi. Comme
je gardais encore quelque défiance, malgré tout, j'annonçai à mes amis, les députés de Sherbrooke et de Kingston, que je ferais venir rhonorable député de Missisquoi à mon siège en Chambre, auprès deux, et que je lui forais répéter sa promesse. (Rires.) L'honorable député vint s'asseoir, en effet, auprès de nous, et je lui mis dans la main les trois rédactions différentes dont j'ai parlé tout à r heure. Il les lut toutes trois, et se prononça pour celle qui a été présentée à la Chambre.
Le lundi suivant, voulant m'assurer dç nouveau de ses sentiments, je lui dis que j'espérais qu'il ne s'absenterait pas avant d'avoir voté, parce que sa voix était nécessaire pour notre succès. Il me i-épondit : " Il&tezle vote autant que possible, car il me faut partir vendredi ".
Le mardi suivant, je lui parlai encore et lui annonçai que tout allait bien ; que mes amis avaient résolu de demander la " division ". Le soir même, j'appris qu'il s'abstiendrait de voter malgré ses piK)messes, et le lendemain, tout le monde connaissait sa conversion à la politique ministérielle ! Vers les quatre heures de l'après-midi, le rencontrant dans les couloirs de la Chambre, je lui dis ce que j'avais appris, et que j'en étais chagrin. Il me fit cette réponse : " Cartier, je no pouvais en venir à une autre conclusion. Comme homme politique, il me faut voir de loin ! " Je lui demandai ce que signifiait ce discours. " Je n'aime pas, me répondit-il, le gouvernement actuel ; mais s'il était défait, nous aurions encore l'autre, l'ancien, le gouvernement Cartier-Macdonald."
M. O'Halloran. — N'était-ce pas de la franchise ?
M. Cartier. — ^Votre franchise eût été moins douteuse, si vous eussiez tenu plutôt ce langage !
M. DuFRESNE. — Dîtes que c'eût été plus honnête.
M. Cartier. — ^Je conserve la motion que l'honoi'able député nous a conseillé de proposer à la Chambre ; je la conserve comme document historique, ainsi que je fais de tant d'autres depuis 1848, l'année où je me suis engagé dans la vie publique ; et aucun de ces papiers ne sortira de mes mains que longtemps après ma rentrée dans la vie privée.
M. McEellar. — En avoz-vous quelques-uns de l'année 1837 ? (Rires du coté des banquettes ministérielles.)
M. Cartier. — Oui, monsieur ! Il y avait des troubles dans le
Bas-Canada cette année-là, et c'est même à ces troubles que nous
devons le gouvernement responsable que quelques hommes cher-