LA MORT DE SIR LOUIS-HYPOLITE LAFONTAINK
capable de Tt-galcr ni même de rivaliser avec lui. Non, le juge LaFontaine possédait une vaste intelligence, et lorsqu'il pratiquait au barreau, c'était toujours avec crainte que j'entreprenais de défendre une cause combattue par celui qui n'est plus. Si j'ai pu acquérir un peu d'expérience comme avocat, je le dois dans une grande mesure au modèle que j'étais heureux d'essayer à imiter. J'ai eu la bonne fortune d*être l'ami non-seulement professionnel, mais personnel de sir Louis Ilypolite LaFontaine, qui a été mon chef politique et dont j'ai été le partisan en Chambre, comme je l'avais été avant mon entrée au Parlement.
Le défunt juge en chef était un grand homme, et sa mort est une perte j'ose dire irréparable pour le pays. Il était remarquable par sa droiture, sa précision dans les débats, et sa probité. Sans doute qu'il avait des adversaires ; mais il n'oublia jamais le respect qu'il devait à sa réputation d'honnêteté et d'habileté, au milieu des plus vives agitations de la politique.
Je puis ajouter qu'il ne revendiqua jamais non plus par des actes extérieurs la position à laquelle il avait droit.
Nous devons donc tous déplorer la perte que nous éprouvons par la mort de sir Louis Hypolite LaFontaine, qui faisait honneur à la magistrature et au pays. Sa nomination au poste de juge en chef du Bas-Canada avait été accueillie avec la plus grande faveur par le public ; sans exception aucune, on avait voulu le récompenser ainsi, dans une certaine mesure, de ses généreux services.
Et quand Sa Majesté conféra à l'illustre défunt une haute marque de distinction, — le titre de baronnet — il n'y eut qu'une voix pour proclamer que personne n'en était plus digne que lui.
SUR LE
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
A cette séance, M. Cartier prononça un formidable réquisitoire contre le gouvernement, qui dura plusieurs heures et produisit un grand efTet. On y remarquera surtout Texcellent plaidoyer en faveur de la canalisation de la rivière Ottawa— question que Tauteur de ces lignes a traitée à la Chambre des communes, le 20 avril 1885, alors qu'il représentait la cité d'Ottawa, — et qui bientôt va reprendre de l'actualité. Plusieurs des raisons données par M. Cartier ont perdu leur valeur depuis la construction du chemin de fer du Pacifique qui longe l'Ottawa et le lac Supérieur et se rend à la mer du Paciflque à travers un territoire exclusivement canadien. Mais il n'y a aucun doute que le canal nous serait d'une immense utilité pour attirer le commerce du Nord-Ouest, vu ses énormes avantages sur la route de l'Erié, et pour servir de contrepoids au monopole des chemins de fer dont les cultiva«teurs de l'Ouest américain no cessent de se plaindre.
M. rOrateur,
La dernière fois que j*ai on Thonnenr de prendre la parole, c'était pour discuter les sujets importants mentionnés dans le discours du trône.
Aujourd'hui, les mesures que le gouvernement nous promet pour améliorer la navigation de la rivière Ottawa, sont bien audessous des besoins du commerce, et sa promesse n'est qu'un leurre, rien de plus. J'attire l'attention des députés de la région de rOttawa sur le paragraphe de l'adresse qui est relatif à ces
travaux. J'ignorais l'existence des canaux dont parle l'adresse, maie je remarque qu'elle ne dit rien du grand projet d'un c^nal à navires.
L'idée d'élargir le canal de Welland est bonne ; toutefois, je crois, que ce canal sera insuffisant pour attirer le commerce de l'Ouest vers le Saint-Laurent. La Chambre n'ignore pas que l'Etat de New- York s'est prononcé pour la construction d'un canal à navires au sud de la rivière Niagara ; de sorte qu'elle ne saurait se flatter d'attirer par le seul agrandissement du canal Welland, le commerce de l'Ouest, si nécessaire pourtant à la prospérité du Canada. Quoique les membres du gouvernement sachent ce qu'il faudrait faire pour assurer ce trafic à notre pays, ils entendent, paraît-il, se borner à une simple amélioration des cimaux actuels moyennant une légère dépense. Ils ont dit que c'était suffisant pour le développement du commerce ! Etait-il digne du gouvernement de donner un tel conseil à Son Excellence ? Vouloir tromper ainsi le peuple canadien, cela dépasse toute conception. J'ignore qu'il existe un " canal construit," à proprement parler, à moins que ce ne soit le canal de Grenville, sur lequel le gouvernement se propose de ne dépenser que quelques piastres I (^Bire^.) Puisque le gouvernement voulait user d'une économie si mesquine pour ces travaux, il eût mieux fait de n'en pas parler du tout. Je sais bien que l'honorable procureur général de l'Est ne saisit guère l'importance du sujet ; mais l'honorable ministre des finances l'entend, lui !
Selon un paragraphe de la réponse au discours du trône, les dépenses du pays ont été moindres que les estimations ! D'après un autre, le revenu a excédé les prévisions budgétaires ; et un troisième paragraphe nous donne à croire que le trésor public est florissant ; on nous prévient, cependant, quelques lignes plus loin, qu'il faudra aviser aux moyens d'accroître le revenu public pour équilibrer le budget !
Le ministre des finances sait bien qu'il n'a pas plus de ressources qu'il n'en a besoin. Il promet beaucoup ; mais il n'ignore pas que, pour faire passer le commerce américain par le Saint- Laurent il nous faut avoir pour l'exportation des produits de l'Ouest, des voies préférables au canal Erié, et que l'élargissement du canal Welland serait insuffisant. La route tortueuse de Chicago à New-York, par le canal Erié, comparée à la route de Chicago à Montréal, présente une difl*érence, une abréviation en
notre faveur de 152 milles. Le Canada jouissait autrefois d'une différence encore plus grande, avant la construction du canal Ërié, ce qui, joint à Tabolition des péages, nous permettait d'attirer ici une portion considérable du commerce de l'Ouest.
Dès son entrée en charge, l'honorable ministre des finances (M. Luther-H. Holton) a rétabli les péages, dans le but de se créer un revenu ; mais ils n'iront pas à plus de £50,000 par an. Etait-il sage de rétablir ces péages en présence du sentiment qui se manifeste aux Etats-Unis contre le traité de réciprocité, à la veille d'expirer ? Etait-il sage de braver ce sentiment, quand il est même question chez nos voisins d'abolir le système d'entrepôt ?
J'ai dit déjà que l'honorable ministre des finances, bien qu'il nous assure que ses coffres sont pleins, ne pourrait élargir d'un coup le canal Welland, en d'autres termes, que cette amélioration demanderait du temps. Mais il y a une chose qu'il doit faire immédiatement ; c'est de déclarer, par un arrêt du Conseil, qu'il a eu tort de rétablir les péages sur les canaux.
M. Galt. — Ecoutez ! Ecoutez !
M. Cartieb. — Il doit accorder à nos amis des Etats-Unis la li bre navigation des canaux. Bien, dans les circonstances actuelles, ne serait plus propre à engager les Américains à maintenir le traité de réciprocité que l'abolition de ces péages. Ils se sont aussi prévenus contre le traité parce qu'ils ont pensé à tort que les marchandises anglaises étaient moins imposées en Canada que les marchandises américaines.
Quand on prouvera à nos voisins que, du joar où le Canada est entré eu possession du gouvernement responsable et de la liberté de faire son propre tarif, en 1847, il a admis sur le même pied les marchandises anglaises et américaines ; que les droits prohibitifs n'existent plus pour ces dernières ce qui donne aux produits des Etats-Unis, un grand avantage, vu la proximité de notre marché, qui rend presque n ailes les dépenses de fret, assurances, etc. ; tandis qu*en raison de la distance, il y a réellement comme un droit de quatre ou cinq pour cent imposé sur les produits anglais ; quand ces faits, dis-je, seront suffisamment connus des Américains, ils hésiteront sans doute à abroger un traité qui a eu pour effet de diminuer, à leur profit, dans une certaine mesure, le chiffre des importations anglaises.
On devrait dire encore à nos voisins que ce qu'ils nous donnent on échange de nos bois et de nos autres produits, ce n'est pas de
l'argent, mais des produits manufacturés ; et, en outre, qu'ils ont part à l'usage de nos pêcheries en retour des privilèges que nous confère le traité de réciprocité.
La commission du traité de réciprocité, nommée pour déterminer les limites dans lesquelles les Américains pourraient exercer la pêche sur les eaux britanniques, est à l'œuvre. Les provinces anglaises y sont représentées par l'honorable M. Howe, de la Nouvelle-Ecosse, et les Etats-Unis par M. Hamelin, frère du viceprésident Les commissaires ont déjà eu sans doute plusieurs conférences, et M. Hamelin doit être en état déjuger de quelle importance sont les avantages dont jouis^ent les Etats-Unis. Aussi j'espère que nos voisins y regarderont à deux fois avant de dénoncer le traité de réciprocité.
Sans vouloir médire des Haut-Canadiens, je crois qu'ils n'appréciaient pas assez autrefois nos pêcheries. Et cependant c'est bien à la morue que nous devons le traité. Notez que ce poisson * précieux pèsera encore beaucoup dans la balance, quand 0 s'agira de décider s'il est à propos de renouveler le traité. Mais supposons qu'on abroge le traité, et qu on abolisse le système d'entrepôt ! quelle serait en hiver la concurrence des Canadiens ? Il y a vingt ans, ils pouvaient se passer d'importations d'Europe pendant tout l'hiver ; mais aujourd'hui nos besoins sont bien autres et bien grands ; la suppression du commerce d'entrepôt aurait des inconvénients intolérables. H importe de prendre des mesures pour se prémunir contre le danger de la suppression de ce commerce, bien que j'hésite à croire que les Américains puissent pousser l'aveuglement jusqu'au point d'y mettre fin. En cas que la chose arrive, le Canada devrait avoir un débouché vers la mer en hiver. Notre devoir est donc d'améliorer nos voies de transport afin que les Américains, s'ils adoptaient jamais une politique hostile, soient bientôt obligés de l'abandonner et de revenir à nous pour l'écoulement de leurs produits vers l'Atlantique à des taux avantageux.
La voie actuelle de Chicago à Montréal est de 152 milles plus courte que celle de Chicago à New-York ; si nous canalisions la rivière Ottawa, le trajet à Montréal serait de 494 milles plus court
* La morue est encore notre poisson le plus précieux. Sur une production totale de $18,978,078, en 1891, la morue nous rapportait $3,827,708, le hareng, $2,294,914, le saumon, $2,256,249, le homard, $2,252,421, le maquereau, $1,969,572, le liadock, $525,595, etc.
que par la voie de New-York. * A Tëgard du coût de ces travaux, on peut consulter le rapport de M. Clarke, ingénieur habile, aussi favorablement connu au-delà de la frontière que parmi nous. On Ta cité, Tannée demiôre, au Congrès, pour amener le gouvernement des Etats-Unis à élargir les canaux Erié, Oswégo et Michigan, que l'on voudrait pouvoir utiliser, le cas échéant, comme moyen de défense nationale. Il n'a fallu pour créer une agitation en faveur de cette amélioration, que le bruit de la construction projetée du canal de TOttawa, dont nos voisins s'inquiètent beaucoup. Un grand économiste de New- York, M. S.-B. Euggles, a même publié là-dessus une étude qui a fait sensation. M. Clarke estime qu'un canal propre aux navires, dans l'Ottawa, reviendra à $12,000,000.
Tout en poursuivant une guerre qui leur coûte trois millions de piastres par jour, nos voisins n'ont pas interrompu leurs travaux publics : chemins de fer, canaux, élai^ssement des canaux, etc. Par contre, la politique de notre gouvernement est de ne rien faire, et cette inaction ne peut que nous être préjudiciable. Le Canada est relativement un pays nouveau, et la proportion de ses terres en culture est à peine de cinq acres par deux cents acres du domaine public. Nos moyens de payer la dette publique dépendent de nos progrès. Devons-nous, nous croiser les bras quand nous sommes menacés d'être séparés de la mer pendant six mois de l'année ?
La politique du gouvernement est réprouvée par la population, et elle n'est pas non plus approuvée par la majorité de cette Chambre.
Je refuserais d'imposer des charges trop lourdes, pour des améliorations même nécessaires, mais le Canada, composé de deux provinces, ayant environ 3,000,000 d'habitants, ne peut être pourtant considéré comme un pays trop pauvre pour entreprendre de
1 Ces chiflres, loin d'être exagérés, sont plutôt au-dessous de la vériié. La distance qui sépare Montréal de Chicago par la roule de l'Ottawa est de 430 milles, d'après le rapport de M. Walter Shanly, en 1858, tandis que par le Saint-Laurent elle serait de 1.145 milles, soit une dilTérence en faveur de rottawa de 570 milles comparativement au Saint-Laurent. Si Ton prend Liverpool comme la destination d'un chargement parti de Chicago, le trajet par l'Erié serait de 4,083 milles et par l'Ottawa de 4,^07 milles, une différence de 776 en faveur de l'Ottawa ou de plus de 1,500 milles pour l'aller et le retour.
grands travaux qui promettent de lui être si utiles. Il paraît, cependant que plusieurs de nos hommes publics sont de Topinion de rhonorable commissaire des terres (M, Macdougall), lequel a appris au monde qu'il n'y avait plus de terres cultivables dans le pays* ; déclaration qui, je le regrette, a été citée par les agents des colonies australiennes en Angleterre, pour détourner du Canada nombre d'émigrants de la Grande-Bretagne en disposition de venir se fixer au milieu de nous. Le rapport de l'honorable commissaire des terres est la production la plus fôcheuse qui soit jamais sortie de la plume d'un homme d'Etat canadien.
Pour rendre la rivière Ottawa navigable sur tout son parcours, il n'y aurait à construire qu'un canal de 29 milles de long, et e est là un grand avantage pour nous, et dont nos voisins se font une juste idée, si nous ne savons pas l'apprécier. La contrée des Etats-Unis, à l'ouest du Haut-Canada, occupe le huitième rang dans la Eépublique par ses productions ; elle a plus de 9,000,000 d'habitants, une étendue en culture de 51 millions d'acres, soit le double de la terre cultivée en Angleterre. Ce pays contient 230 millions d'acres. Il est à peu près certain qu'au recensement de 1870, sa population aura atteint le chiffre de 16 millions, et que 20 ou 30 autres millions d'acres de terre encore vierge à cette heure, auront été sillonnés par la charrue sur son territoire La récolte des grains de ces Etats, en 1860, a donné 50 millions de minois, mais on estime que celle de 1870 s'élèvera à 1,000 millions de minots.
Si nous savons résoudre nos problèmes financiers et commerciaux, et entreprendre avec prudence les travaux en question, je suis persuadé que nous triompherons de tous les obstacles et que nous attirerons chez nous une grande part du commerce de l'Ouest, qui doit nécessairement trouver une issue vers l'océan par notre territoire.
Ce sujet m'a porté à réfléchir sur la grande épreuve que subissent en ce moment les Etats américains. Il m'est venu à l'idée que si les Etats-Unis avaient joui de notre système de gouvernement, le président, étant assisté de ministres responsables et jouissant de la
' Cinq ans plus tard, MM. Cartier etMacdougall se rendaient en Angleterre pour négocier l'achat des terres de la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui étaient à elles seules assez vastes pour contenir un empire. Ainsi va la politique !
LE 29 FÉVRIER t86'i 363
confiance de la Chambre des représentants, ils n'auraient pas de guerre aujourd'hui à déplorer et les difficultés qui Tout amenée eussent été tranchées par un compromis. Avec notre système de gouvernement, pareille rupture ne saurait se produire. H y a eu aussi une émotion aux Etats-Unis au sujet de la représentation. On a cru un jour que le Haut-Canada se révolterait si la représentation basée sur la population n'était pas établie...
M. Parker. — Quel serait le coût probable du canal de l'Ottawa ?
M. Cartier. — Selon l'évaluation de M. Clarke, le canal pourra coûter $12,000,000. Peut-être l'honorable député me fait-il cette question à dessein de détourner l'attaque qu'il croit que je médite contre l'honorable commissaire des terres de la couronne.
L'honorable député a calculé que le canal reviendrait à $24.000,000 ; mais cette évaluation s'applique à des écluses plus larges et peut-être à un chenal plus profond que ceux sur lesquels est établi le calcul de M. Clarke. Je crois que pour rapprocher Chicago de 400 milles plus près de Montréal que de New-York, le pays n'aurait pas à regretter une dépense do $24,000,000 ; l'avantage acquis vaudrait bien cette somme.
Que le Canada soit privé durant un seul hiver de la voie de transit des Etats-Unis, il nous coûtera de plus pour nos importations non pas $24,000,000, mais $100,000,000. Les Canadiens auraient à acheter, en hiver, toute la marchandise aux Etats-Unis et à payer en conséquence non-seulement plus que la valeur propre des articles pour donner leur profit au manufacturier et à l'importateur, mais encore ils auraient à acquitter des droits de 40 ou 50 pour cent imposés en vertu du tarif Morill.
Yoilà ma réponse relativement au coût de la grande entreprise projetée. A en juger par les faits groupés dans la brochure de M. Samuel B. Ruggles, il est évident que le canal de l'Ottawa, au point de vue du commerce, deviendrait le rival le plus formidable en Canada du canal Erié. pendant que son importance militaire, qui permettrait au gouvernement d'expédier de Montréal des canonnières avec des troupes directement au détroit de Mackinaw où notre rive commande la rive américaine, ne saurait être trop grandement appréciée. Les Américains savent qu'il y a 74 écluses dans le lac Erié, tandis que 61 seulement suffiraient dans le canal de rOttawa ; et l'élévation de l'eau de ce dernier serait de 600 pieds, quand celle du premier est de 590 pieds. Cette question est parfaitement comprise aux Etats-Unis et l'on y est convaincu
36i LE MINISTÈRE MAGDONALD-DORION
que la canaliBation de TOttawa serait inâniment avantageuse pour le commerce de notre pays.
Lorsque j'ai été interrompu j'allais ajouter que dans mon ^ojage aux Etats-Unis, en conversant avec des amis sur la guerre actuelle, je leur disais que, si les Américains eussent adopté notre système de gouvernement, ils ne verraient pas aujourd'hui le pays bouleversé par des troubles. Je leur disais que sous leur régime républicain, la majorité dominait la minorité sans qu'il y eût aucun contrepoids contre l'action dangereuse de la premièra Pour rendre mon assertion plus sensible, je leur citais l'exemple de notre commissaire des terres de la couronne. Naguère la représentation basée sur la population n'avait pas de plus ardent avocat que lui; aujourd'hui on est heureux de l'entendre déclarer dans ses discours que cette représentation est une impossibilité. Eh bien, si l'honorable ministre a été obligé de proférer cet aveu et d'abandonner tout espoir de faire jamais triompher ce qui avait été jusqu'ici sa mesure favorite, cela est dû à ses adversaires. Ce qui m'a le plus amusé, ça été de voir le ministre des finances, tout bon Canadien qu'il soit, témoigner un grand déplaisir de cet abandon de principes par l'honorable commissaire. Celui-là, bien que partisan de la doctrine, n'ose pas l'avouer.
Une des plus fortes preuves de la sagesse de notre gouvernement représentatif, c'est le compromis qu'il y a eu relativement à la question de la représentation, entre les hommes qui sont aujourd'hui au pouvoir. Le même compromis a aussi été accepté par ceux qui appuient le gouvernement, y compris l'honorable dé^mté d'Oxford-Sud, (M. George Brown), l'homme le plus capable et le plus énergique de toute la droite. ^ Il n'y a pas de doute que les honorables députés appuient le premier ministre, non parce qu'ils approuvent ses principes politiques, il n'en a pas, ou du moins n'en professe aucuns du goût du député d'Oxford-Sud, mais parce qu'ils aiment les douceurs du pouvoir. L'honorable M. Brown n'a |>eutêtre pas abandonné ses opinions, mais il s'est résigné à supporter la conversion et la rétractation du commissaire des terres. Quant à moi, il m'importe peu d'être au pouvoir ou de n'y pas être, du moment que mon parti est assez puissant dans la Chambre pour
1 Battu aux élections de 1861, M Brown tut ensuite élu à Oxrord-Sud et prit son siège au milieu de la session de 1862. II fut réélu dans le même comté en 1863.
forcer, comme il le fait actuellement, les ministres à adopter sa politique et à déclarer publiquement que leurs opinions politiques d'aatrefoiB étaient erronées.
M. Beown. — Vous faites erreur.
M. Cartier. — Nous nous soucions peu que ces rétractations ou ces aveux soient bien clairement formulés, pourvu qu'ils se manifestent dans les faits. M. Brown n'appuie-t-il pas le gouvernement dont les membres avouent qu'il faut laisser là la question de la représentation basée sur la population ? Je n'ai pas de doute qu'aux prochaines élections le député d'Oxford-Sud voudra agiter de nouveau le Haut-Canada avec ce mot de représentation, mais le pays saura, cette fois, que ce n'est qu'un leurre. Le député d'Oxford-Sud en est donc réduit à donner son appui au gouvernement sans pouvoir pour le moment reparler des principes qu'il professait si hautement autrefois. Ce silence forcé est vraiment humiliant pour un homme de la trempe de l'honorable M. Brown.
En posant certaines questions concernant le traité de réciprocité, je n'avais en vue que d'obtenir des renseignements nécessaires. En tous cas, je ne crois pas avoir manqué aux lois de la bienséance et du décorum. Cela n'empêche pas le Qlobe d'affirmer que le "grossier Cartier" s'est servi d'un langage impoli. Je suis sûr que mon honorable ami, le député d'Oxford-Sud, n'est pas l'auteur de cette observation, mais s'il l'est, je me sens disposé à lui pardonner, puisqu'il a la bouche close en ce moment sur la représentation basée sur la population, et je laisse à son journal la tâche d'insulter " ce damné petit Canadien -Français qui a nom Cartier." L'attitude actuelle de l'honorable député d'Oxford-Sud m'est personnellement agréable, et le public la regardera comme une preuve positive que la représentation basée sur la population est reléguée au rang des choses qui ne sont plus.
Je ne puis me dispenser de dire un mot de l'honorable ministre des postes, qui est un avocat habile et un politiq^ie peu ordinaire. Ses opinions toutefois manquent de consistance et flottent peutêtre ça et là. A la dernière session, par exemple, lorsque l'honorable député d'OxfordSud fit sa malencontreuse motion au sujet des édifices publics d'Ottawa, le ministre dos postes qui avait trouvé une différence considérable entre la politique gouvernementale, telle qu'il l'entendait, et celle que le procureur général avait énoncée, résolut d'en prendre acte. Le jour suivant, le député d'Ontario-Sud (M. Mowat)' annonçait à la Chambre qu'il
était (Jdtermîné à se séparer du gouvernement, à moins que celui-ci ne démontrât d'une manière satisfaisante que les édifices seraient achevés ii une certaine date. Quelle assurance a-t-il obtenue? ne savnit-il pas déjà tout ce qu'il pouvait savoir? Le bureau des travaux publics lui était ouvert, et il y pouvait avoir tous les renseignements possibles. En réalité, il n'y avait rien à lui dire qu'il ne sût déjà parfaitement
L'honorable M. Mowat garde aussi le silence au sujet de la représentation basée sur la population. De même qu'un grand nombre de ses collègues et de ses partisans, il n'a plus aucune plainte à proférer depuis qu'il jouit du pouvoir. J'espère qu'aux prochaines élections ils seront tous aussi francs que le commissaire des terres et déclareront que le projet de la représentation a été abandonné. J'espère aussi que les honorables ministres ayant rejeté tous ces faux principes qui leur ont servi à faire de la propagande, vont se mettre énergiquement et honnêtement en devoir de s'occuper des intérêts du pays.
Je passe au paragraphe de l'adresse relatif au chemin de fer Intercolonial. Il est conçu en ces termes : " Des empêchements imprévus ont retardé l'étude de la route du chemin de fer projeté entre cette province et les colonies-sœurs de la Nouvelle-Ecosse et du NouveauBrunswick. Des mesures ont cependant été prises qui, je l'espère, amèneront l'accomplissement de cette opération préliminaire, dont le résultat mettra toutes les parties intéressées en état de se former une idée plus exacte qu'elles ne le peuvent à présent, du coût et de la praticabilité de l'entreprise proposée."
Je suis peiné de dire que ce paragraphe n'est pas moins mensonger que celui où il est question de l'amélioration de la rivière Ottawa. 11 est évident que les ministres n'osent pas tout à fait rc|X)U8ser cette mesure. Ils ont été forcés de faire mention du projet du chemin de fer Intercolonial, parce que nous étions menacés de l'abolition du traité de réciprocité. Je me rappelle que, l'année dernière, l'honorable député de Hastings-Nord (M. T.-C. Wallbridge), combattit les idées que j'avais énoncées sur ce sujet ; il prétendit que l'entreprise était locale, n'intéressant que le Bas-Canada, et que ce dernier devait l'exécuter à ses propres frais. J'avoue que l'honorable député fut sincère dans cette discussion, et il se souviendra peut-être que, dans ma réponse, pour établir mon opinion en faveur du chemin de fer Intercolonial j'arguai de l'abolition du traité âe réciprocité.
M. T.-C. Wallbridge. — Que l'honorable député me permette de rectifier son assertion ! Je me suis opposé au projet d*une manière absolue et non pas pour cette raison de l'intérêt local.
M. Cartier. — Je puis me tromper sur ce point; cependant je me rappelle d'avoir soutenu qu'il ne fallait pas considérer le projet comme exclusivement jbas-canadien ; quïl intéressait surtout le Haut-Canada, qui a une population plus considérable, et qui souffrirait plus de l'absence d'un débouché vers la mer que le Bas-Canada, les besoins de celui-ci étant moindres.
M. T.-C. Wallbridge. — ^Je ne me suis pas prononcé contre le mérite du projet, mais contre la dépense.
M. Cartier. — L'honorable monsieur a été sincère en traitant cette question. J'aurais voulu l'amener à notre sentiment. Pour moi je voterai toute subvention propre à faciliter la réalisation du projet. Quand bien même le transit serait maintenu et qu'il n'y aurait aucun changement dans nos relations commerciales avec les Etats, je suis d'avis qu'un grand pays comme le Canada ne doit point rester dans la dépendance de ses voisins pour avoir accès aux bords de la mer.
Le gouvernement est fort blâmable d'avoir si peu précisé ses intentions dans ce paragraphe et d'en être encore aux préliminaires. Il aurait dû présenter une mesure à l'effet de pourvoir aux moyens d'assurer le succès de l'entreprise. Voyez ce dont nous sommes menacés: abrogation du traité de réciprocité et abolition du transit! Le mécontentement est si vif dans la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick, à cause de la mauvaise foi qui a caractérisé la conduite de notre gouvernement en cette affaire, que les gouvernements et les populations des deux provinces en sont maintenant à considérer s'il ne vaut pas mieux que le chemin de fer se construise à travers l'Etat du Maine que dans notre direction.
Quant au procureur général du Bas-Canada, sa situation est assez embarrassante. Ce projet du chemin de fer Intercolonial lui répugnait tellement qu'il s'était démis de son portefeuille, ce qui avait jeté le désarroi parmi ses collègues. Il n'est pas douteux que le gouvernement s'est appliqué à parler aussi vaguement que possible et que le prétendu intérêt qu'il porte à ce chemin de fer n'est qu'une duperie. On sait qu'il ne faudrait pas une longue étendue de rails pour relier la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau- Brunswick au chemin de fer qui longe les bords de la mer dans le
Maine et qui, je crois, se rend à Bangor au nord, ce qui permettrait ensuite d'atteindre Boston. On doit aussi se rappeler que c'est avec bien des difficultés que les provinces maritimes ont consenti à céder le privilège dos pêcheries, sans lequel nous n'aurions point conclu le traité de réciprocité. Supposez que l'une ou l'autre des deux provinces maritimes demande une avance d'argent pour les mettre en état de construire leur chemin de fer vers le Maine, ne peuvent-elles pas, par un nouvel arrangement sur le sujet des l>êcheries, obtenir l'aide nécessaire ?
Quel résultat fôcheux s'ensuivrait-il, si la duplicité et la mauvaise foi de notre gouvernement amenaient les provinces sœurs à conclure pareil arrangement? Dans ce cas, nous aurions à construire seuls le chemin de fer Intercolonial et à nos propres dépens, bien qu'elles aient désiré depuis longtemps en venir à une entente à l'amiable. On pourrait nous répondre que nous nous chargerions de grandes dépenses par la construction de ce chemin de fer. D'autre part, il faut remarquer que nous épargnerions la subvention affectée au service des transporta océaniques, vu que par ce chemin de fer nous serions constamment en relations avec Halifax d'où il part tous les jours des steamers pour l'Angleterre. Le Nouveau -Brunswick avec sa petite population consomme annuellement 600,000 barils de farine qu'il reçoit aujourd'hui par la voie de Boston. Cela prouve que le trafic local ne manquera pas au chemin. On objecte que des obstacles imprévus s'opposent à cette construction. Quels sont-ils ? Les honorables députés qui ont proposé et appuyé l'adresse n'ont pas suppléé au manque de renseignements du discours du trône, nous sommes restés dans une obscurité complète sur la nature de ces circonstances imprévues. De fait, nous n'aurions pas entendu parler de ce chemin, si nous n'avions pas été menacés de l'abolition du système de transit. Ce n'est que quand les difficultés commencent à nous presser que les membres du gouvernement agissent. Et comment ? Ils nous disent naïvement qu'une exploration sera organisée pour constater si le chemin est praticable, lorsque nous avons déjà toutes les informations nécessaires. Si le gouvernement comprenait réellement les besoins du pays, il aurait été plus loin ; mais il a apparemment une bonne excuse. Il sait qu'il ne possède pas la confiance de la Chambre, qu'il ne pourrait pas faire passer ses mesures, qu'il ne durera pas longtemps, que le discours du trône n'est qu'une sorte de programme que les ministres invoqueront quand ils
seront tombés, et que les ministres après leur défaite seront vite oubliés.
Lorsque les chefs de l'opposition actuelle étaient au pouvoir — bien que la nécessité du chemin de fer Intercolonial ne iÏÏt pas aussi urgente qu'à présent — ils abordèrent la question hardiment et franchement. Se contentèrent-ils de parler de l'exploration et des préliminaires ? Non I Ils voulurent s'enquérir du mérite du projet, l'examinèrent minutieusement, étudièrent en même temp?^ les moyens de le réaliser, et rien de ce qui était au pouvoir du gouvernement ne fut oublié.
En 1858, après la chute de l'administration Brown-Dorion, nos délégués allèrent en Angleterre pour presser le gouvernement impérial de prendre le projet sous sa protection. Plus tard encore, en 1861, l'un de mes collègues et une autre personne furent chargés d'aller fournir des informations nécessaires au gouvernement de la métropole. Grâce aux efforts de l'administration, nous réussîmes alors à intéresser les autorités impériales au projet, et le duc de Newcastle le prit sous son patronage bien que quelques-uns de ses collègues n'y fussent pas favorables. Cela fut suivi immédiatement de la tentative pour obtenir la garantie impériale à l'égard du prêt. Ainsi le projet se trouvait placé dans les meilleures conditions possibles. La conduite des honorables ministres actuelle, a été inconsidérée, indigne — inconsidérée en ce qui concerne nos relations commerciales avec les Etats-Unis; indigne aussi à cause de la mauvaise foi dont la Nouvelle-Ecosse — et le Nouveau-Brunswick ont été les victimes, ainsi que le duc de Nevvcastle.
A ce propos, je me permets de signaler à votre attention un article du Moming News, de Saint-Jean, qui dénonce, delà façon la plus énergique, la conduite que le gouvernement a tenue dans ses négociations avec les provinces maritimes. La honte du ministère aujourd'hui rejaillit sur tout le Canada !
Nous ne pouvons plus retarder la construction du chemin de fer Intercolonial ; c'est à la législature de s'en occuper sérieusement, puisque ni la Chambre, ni le pays, n'ont confiance dans le gouvernement. Notre devoir est de construire ce chemin de fer aux frais communs des trois provinces. Si le traité de réciprocité et le système de transit ne sont pas abolis cette année, on peut s'attendre qu'ils le seront aussitôt que les provinces maritimes
auront entrepris la construction des chemins de fer littoraux allant
au Maine. A Tégard du traité de réciprocité, je' suis content de voir, par les discussions des journaux, que Thonorable M. Brown est converti à ma doctrine. J'espère qu'il traitera avec une égale justesBe de vue la question du chemin de fer IntercoloniaL J'espère aussi que l'honorable député, considérant combien il nous serait avantageux d'avoir accès aux bords de la mer à travers notre territoire, fera en sorte que ses efforts pour ce chemin soient moins interrompus que ne le sont ceux qu'il fait pour la représentation basée sur la population.
Examinons maintenant le second paragraphe de l'adresse, concernant le territoire qui s'étend au NordOuest de cette province. Je me souviens qu'en 1858 le parti ministériel d'aujourd'hui, et surtout l'honorable M. Brown, trouvèrent à redire aux mesures du gouvernement ; ils ne les jugeaient pas assez vigoureuses. Pourtant que fit à cette époque le gouvernement ? Il adopta une adresse à Sa Majesté, rédigée dans un language à la fois ferme et respectueux, par laquelle il soumettait la question entière à sa gracieuse appréciation. Son attitude fut attaquée par l'opposition, qui eût voulu qu'il se déclarât maître de la colonie de la Eivière- Rouge. Lorsque la Chambre et le pays se rappellent le bruit qu'a fait durant des années le parti oppositionniste du temps sur la question territoriale, et rapprochent ce souvenir du paragraphe que voilà, de ce paragraphe qui traite de la fixation des limitas, le changement doit causer à la fois de l'étonnement et du dégoût. On parle de déterminer les limites géographiques ! Pourquoi le gouvernement s'attarde-t-il dans les préliminaires et semble-t-il incapable d'en sortir ?
M. Cartier lit l'adresse présentée à Sa Majesté en 1858 et en fait contraster la force, l'énergie et la clarté, avec la timidité et l'indécision des paroles du gouvernement de 1864.
L'objection de nos adversaires de 1858, était que les mesures proposées n'étaient pas propres à nous assurer définitivement nos droits territoriaux. L'adresse passa après de grands débats et l'on en fit presser l'exécution auprès du gouvernement impérial par des délégués. Que devons-nous attendre des ministres de maintenant ? Si la Chambre adopte l'adresse qui renferme ce paragraphe si vague que que je viens de lire, le gouvernement n'aura pas été, par rapport à la loi ** fixation de nos limites," au delà d'une allusion qui ne signifie rien. Les honorables députés de la droite doivent être convaincus pourtant, qu'ils seront respon-
sables envers la Chambre et le pays, non-seulement des vaines promesses de l'adresse, mais aussi du silence qu'elle garde sur les grandes questions. N'est-il pas absurde, n'est-il pas ridicule à l'extrême de faire dire à Son Excellence qu'Elle a cru opportune d*entamer une correypondance avec le gouvernement impérial, quand on a dt^jà conféré avec le gouvernement de la manière la plus solennelle et la plus directe possible, par l'entremise de délégués. Oui, le pays sait que presque toutes les principales questions du jour, ont déjà été pleinement étudiées par une précédente administration. Le paragraphe en question n'est mis là que dans le seul but de grossir l'adresse.
J'aborde le suivant, qui est le point le plus chatouilleux et le plus délicat de tous. Ce paragraphe même promet le prompt achèvement des éditices publics d'Ottawa, et la translation à une date prochaine du siège du gouvernement.
Je dois ici faire observer que j'ai appuyé la décision de la Eeine, en faveur d'Ottawa comme capitale, parce que si une ville bascanadienne eût été choisie, cela aurait fait crier dans le Haut- Canada, et que, d'autre part, le choix d'une ville haut-canadienne aurait causé un vif mécontement dans le Bas-Canada. Par le choix d'Ottawa, les deux partis, pour ainsi parler, se rencontreront sur un terrain neutre. Il y a une considération qui a motivé mon vote : Quand la législature siégera à Ottawa, j'espère que nous nous occuperons de mettre en exploitation, de coloniser l'immense région forestière qui l'environne. En même temps nous comprendrons mieux l'importance de la navigation de l'Ottawa, et la nécessité de l'améliorer.
J'avoue que j'éprouve du plaisir en voyant le procureur général du Bas-Canada si désireux de rendre justice à Ottawa, après m 'avoir reproché d'avoir trahi la cause de notre section. L'honorable ministre n'est pas le seul qui se voit si opportunément converti ; les autres membres du gouvernement veulent comme lui tenir les députés du district d'Ottawa sous l'empire dune agréable illusion et les convaincre qu'ils sont leurs meilleurs amis. Le ministre des finances lui-même a trouvé moyen de leur donner un avertissement extrêmement amical en effet; et, à ce sujet, j'aimerais à lui demander, en passant, ce que sont devenues ces grandes mesures financières qui devaient, à en croire les partisans du ministère, nous conduire à une sorte de paradis terrestre? Où Hont-elles donc ces grandes mesures annoncées par le Herald do
Montréal et par ce petit organe de Québec, le Mercury ? Les journaux nous ont presque toujours dit qu'il y avait un excédent des revenu» sur les dépenses ; mais le ministre des finances sait bien, lui, que c'est faux, et depuis peu il leur impose prudemment silence là-dessus. Je disais donc que Thonorable M. Holton a profité de la présence de la députation, des représentants du district d'Oltawa, pour leur dire ce qui adviendrait si le ministère n'était paw soutenu. Le pays désapprouve sans doute une pareille conduite qui ne peut que rabaisser notre mode de gouvernement.
Il est à croire que les honorables ministres trouveraient agréable d*être félicités de leur sympathie soudaine envers Ottawa. A la dernière session, je me rappelle qu'après avoir parcouru l'adresse et n'y ayant pas trouvé un mot pour Ottawa, je dis du gouvernement qu'il en viendrait forcément à accepter la ligne de conduite du ministère Cartier-Macdonald. C'est nous, membres actuels de la gauche, qui avons assuré le succès d'Ottawa, devant l'opposition déterminée des honorables députés qui siègent maintenant à la droite.
Il est bon ici d'examiner un peu, en ce qui touche le choix d'Ottawa comme capitale, les antécédents de ces honorables députés, ceux surtout de l'honorable procureur général du Bas-Canada, celui qui a fait la pins forte opposition en 1858 et en 1859. Je n'ai pas besoin de rapporter ce qui s'est passé en 1858. Le pays sait que le gouvernement Macdonald-Cartier a succombé alors sur la question du siège du gouvernement. Il était bien nécessaire que la Chambre ratifi&t la décision de Sa Majesté. La question lui fut conséquemment soumise à la session de 1859, et quel fut l'adversaire le plus résolu et le plus ardent des partisans d'Ottawa, si ce n'est le procureur général actuel du Bas-Canada ? Il proposa résolution sur résolution, afin de faire repousser le choix de Sa Majesté.
Il serait oiseux de lire ces propositions ; je les recommande seulement à l'attention particulière des députés du district d'Ottawa. A cette époque j'ai été accusé par l'honorable M. Dorion de sacrifier les intérêts de Montréal, parce que j'appuyais la décision de la Reine. En dépit cependant des eflbrts de l'honorable monsieur et de ce que le peuple appelle ** la clique rouge " de Montréal, les électeurs m'ont donné raison. J'ai mentionné ces faits pour désabuser la population d'Ottawa et lui désigner ses véritables amis Si nous ne sommes pas à Ottawa en ce moment, à qui la faute ?
Ne le devons-DOus pas à la fameuse commission qui a fait retarder d'une année le progrès de la construction des édifices publics, et quiy de plus, a entraîné le pays dans une dépense de $160,000 ? Et aujourd'hui, ce gouvernement veut qu'on le félicite d'avoir adopté une ligne de conduite qu'on le force de suivre. Non, il ne mérite pas de félicitations. L'année dernière, il ne parlait pas du tout d'Ottawa, dans son adresse, et dernièrement encore, ses amis intriguaient pour faire choisir Montréal à l'exclusion de cotte même ville. Une résolution a été présentée dans ce but au Conseil législatif, et l'on a cherché à circonvenir le maire de Montréal ; mais le bon sens de ce dernier l'a garanti des artifices. Si cependant la Chambre se flit prêtée à un délai, si seulement le comité, comme le voulait le député d'Oxford-Sud, eût été nommé, où en seraient les droits d'Ottawa aujourd'hui ? Il est question du siège du gouvernement dans le discours du trône, tout simplement parce que l'état du cabinet est devenu précaire. Au mois de janvier dernier, je crois, les ministres se sont faits donner un dîner à Ottawa. La chose avait paru d'abord presque impossible ; mais après beaucoup d'efforts, leurs adhérents vinrent à bout d'organiser le banquet, et plusieurs députés de la droite s'empressèrent d'y assister. Au milieu d'eux figuraient les honorables procureurs généraux du Haut et du Bas-Canada ; tous les deux prononcèrent de grands discours, que j'ai lus pendant mon voyage aux Ëtate-XTnis. J'ai remarqué que l'honorable procureur général du Haut-Canada y avait dit le plus de mal possible du précédent gouvernement.
L'honorable M. J.-S. Macdonald, premier ministre, dort. Je le regrette; j'aurais voulu lui dire que j'ai trouvé sa critique bien sévère à l'égard de notre politique concernant le Grand-Tronc. H a prétendu que la compagnie devait beaucoup au présont gouvernement, qui a mis fin à l'arbitrage établi pour fixer les prix du service des malles, l'un des arbitres, celui de la compagnie, évaluant ce service à $310 par mille, et l'autre, celui du gouvernement, à $200 seulement. £h bien, quels sont les faits? L'arbitre nommé par le gouvernement, l'honorable M. Moffat, homme intelligent et intègre, a protesté immédiatement contre ces assertions, comme l'aurait fiiit tout autre homme d'honneur dans les mêmes circonstances. Dans une lettre au Herald de Montréal, qui avait donné le discours du procureur général, l'honorable M. Moffat a affirmé que le compte-rendu du journal
était inexact et la mémoire du premier mini«tre, infidèle. Dans cette lettre, M. Moffat cite, en regard d'un passade du discours entaché d'inexactitudes, un extrait de sa lettre oflScielle au secrétaire provincial d'alors, M. Dorion, oii il disait être d'avis que le service valait $145 par mille. Il ne restait, après cela, au journal qu'à reconnaître tout de suite et à corriger son erreur ou celle du procureur général. Je n'accuse pas l'honorable ministre de fausseté ; l'erreur, qui est grave, peut avoir été commise, dans un excès de zèle, par son organe, le Herald,
M. HoLTON. — Le Herald n'a pas fait de compte-rendu du dîner.
M. Cartier. — Dans ce cas, le compte-rendu aura été emprunté à un autre organe tout aussi véridique, qu'il possède à Ottawa.
Quant au troisième arbitre, le juge Draper, je n'en puis parler d'une manière aussi positive ; mais je crois que son opinion était de ne donner que $250 par mille, et non pas $300, coipme l'a avancé le premier ministre.
Je poursuis mon discours. Le procureur général du Bas- Canada a dit, paraît-il, en parlant du choix d'Ottawa pour capitale, qu'il s'y était opposé jusqu'au jour oii ce choix avait été approuvé par la Chambre ; et qu'aussitôt après cette approbation, il avait cessé son opposition. Ce sont là du moins les paroles qu'on lui prête. Pour que l'honorable ministre tienne un pareil langage, il faut qu'il ait complètement oublié ses votes de 1858 et de 1859; eh bien, dans ce cas encore, comme dans le précédent, l'organe a fait erreur.
En 1859, je le répète, l'honorable député a été un adversaire ardent d'Ottawa. En consultant les journaux de la Chambre, de 1860, on verrait la proposition faite par M. Piché de suspendre la construction des édifices à Ottawa jusqu'à ce que le peuple ait eu l'occasion de se prononcer sur la fédération des provinces. La motion fut rejetée par 58 voix contre 24, et le nom de l'honorable procureur général du Bas-Canada figure parmi ces derniers. 8i cette motion avait été adoptée, c'en était fait de la décision de la Reine en faveur d'Ottawa. L'honorable M. Dorion n'a-t-il pas montré là toute son hostilité à Ottawa? Il agissait de la sorte ])our flatter les préjugés, en prévision des élections de Montréal. En 1861 encore, pendant la session qui a précédé les élections générales, l'honorable M. Dorion n'a jamais manqué les occasions de faire paraître l'antipathie qu'il nourrissait contre Ottawa. M. Thibaudeau, alors député de Portneuf, proposa une motion,
appuyé par M. Piché, à l'effet de condamner les dépenses excessives encourues pour les édifices publics d*Ottawa. Cette motion avait pareillement pour but de faire suspendre les travaux. Et cette fois encore nous trouvons le nom de M. Dorion parmi ceux qui l'appuyèrent Que les députés d'Ottawa examinent le vote qu'il y eut alors et ils verront oii sont leurs véritables amis.
Il est un autre point ayant rapport à cette question du siège du gouvernement, sur lequel je vais m'arrêter quelque peu. En 4860, Son Altesse Royale le Prince de Galles vint dans ce pays pour poser la première pierre au palais des Chambres à Ottawa et pour inaugurer le pont Victoria. Les membres des deux Chambres furent invités à se réunir en premier lieu à Québec, pour la réception du Prince ; en second lieu à Montréal, afin d'assister à l'inauguration du pont Victoria, et en troisième et dernier lieu à Ottawa, pour prendre part à la cérémonie de la pose de la pierre angulaire au palais des Chambres. Tous ceux qui avaient appuyé le choix de la Seine devaient, naturellement, avoir à cœur d'en témoigner leur approbation par leur présence à Ottawa. C'est pourquoi je voudrais bien savoir si l'honorable procureur général du Bas-Canada était à la cérémonie qui eut lieu à Ottawa ? Je le lui demande à lui-même : l'honorable ministre voudrait-il répondre ?
M. Dorion refuse de répondre.
M. Cartier. — ^L'honorable député peut bien s'être confondu dans la foule ; mais, pour moi, je ne l'ai pas vu. En aurait-il donc usé en cette circonstance, comme le firent beaucoup d'autres députés rouges qui se préparaient à des élections générales, pour l'année suivante ?
Qu'a fait la fameuse commission d'Ottawa, en récompense de l'énorme dépense qu'elle a occasionnée ? A-telle pu établir par des preuves raisonnables la védté des accusations formulées contre moi, ou contre quelqu'un de mes ci-devant collègues? Non. Bien au contraire, tout son échafaudage d'accusations a croulé ; et il ne pouvait en être autrement ; car ces hommes honorables, mes anciens collègues, se sont toujours distingués par leur probité, leur intégrité politique.
Le paragraphe suivant de l'adresse a trait à la recherche o( à la découverte de l'or et d'autres minerais précieux dan» notre territoire. Personne ici, je suppose, ne s'opposera à ce que l'on réglemente cette matière. Cependant, le même paragraphe parle de moyens plus systématiques, plus efficaces, de favoriser l'exploi-
tation des métaux précieux. Je suis curieux de savoir ce qui a déjà été fait dans ce sens. Le prochain rapport du commissaire des terres me renseignera sans doute là-dessus. Mais il est à espérer que le commissaire n'ira pas publier que nos minerais précieux Hont épuisés, après avoir déjà imprimé que nous n'avions plus de bonnes terres !
Me voici au paragraphe relatif aux enquêtes à faire en cas de naufrages survenus dans nos eaux. J'ai appris que le trop célèbre Bristow avait été chargé de s'enquérir des causes du désastre, arrivé au Bohemian. Si j'avais à émettre un avis là-dessus, ce serait de renvoyer M. Bristow à Montréal, afin qu'il se borne à écrire des articles de gazette.
Dans le paragraphe suivant, le gouvernement se félicite du nouveau marché qu'il a passé pour le service des malles. Les honorables ministres ont-ils bien raison d'être si glorieux ? Lo spectacle est risible, assurément, de les voir mendier à ce propos, les applaudissements du pays. Déjà, Tannée dernière, le directeur général des postes avait presque conclu une convention favorable, en suivant ma propre ligne de conduite.
M. HoLTON. — Y a-t-il quelque document officiel sur cette matière ? j'ai fait des recherches et je n'ai rien trouvé.
M. Cartier. — ^Tous les faits ont été communiqués à la Chambre, l'année dernière.
M. FoLEY. — J'ai de temps en tempe rendu compte à la Chambre, dans la dernière session, de se qui se faisait, et je présume que c'est sur ces données que l'honorable M. Cartier base son assertion.
M. Cartier. — Le paragraphe qui vient ensuite contient des promesses très générales au sujet de la législation électorale, des lois sur la faillite et l'insolvabilité, l'administration de la justice, les brevets d'invention, etc., etc. Je suppose que nous allons voir aussi surgir ces fameuses innovations si hautement pronées par le parti Papineau et les amis de l'honorable procureur général du Bas-Canada, je veux dire les parlements annuels, le suffrage universel, et les juges de paix, shérifs et coronors électife. Si toutes ces innovations sont proposées à la Chambre, je promets de les accueillir avec quelque attention.
Je vois ensuite que le gouvernement s'attribue beaucoup de mérite à propos des comptes publics et des budjets ; encore une fois, où peut être ce mérite ? Je cherche et ne trouve rien, vu que
les eetimations ont été présentées vers la fin d'août ou le commencement de septembre. Le gouvernement aurait mieux fait de retrancher le paragraphe.
Dans celui qui vient après, Ton regrette profondément que notre situation financière ne soit pas plus satisfaisante. Et cependant Ton ne nous laisse pas encore même entrevoir les grands remèdes financiers que Ton nous a promis à la dernière session.
Enfin le dernier paragraphe formule des sentiments pieux et des espérances, et j'en laisse tout le mérite à Thonorable ministre des finances, qui a des habitudes de dévotion.
Mais Tadresse reste muette sur Timmigration. H n'en est pas de même du gouvernement voisin qui, malgré la guerre civile, ne néglige rien pour attirer le surplus de populations du vieux monde ou pour exécuter ses travaux publics. Les Etatd-Unis ont une population très considérable, alors que la nôtre est insignifiante, quoique nous ne manquions pas de terres inoccupées infiniment propres à la culture. Comment le gouvernement espère-t-il amener la prospérité en ce pays, s'il néglige l'immigration ?
n y a trois éléments essentiels à la fip^andeur d'une nation, l'élément de la population, l'élément territorial et l'élément maritime. Nous avons l'élément territorial ; il y a place chez nous pour une population de trente ou quarante millions d'âmes et nous avons besoin de peupler notre domaine. Le gouvernement Cartier- Macdonald a fait tout ce qui était en son pouvoir, par la nomination d'agents ou autrement, pour encourager l'immigration colonisatrice. Les gouvernants du jour se contentent de détruire l'œuvre de leurs prédécesseurs.
U me reste à protester énergiquement contre la destitution de MM. Delisle, Bréhaut, Schiller et McGinn, destitution qui a causé une sensation profonde dans la société. C'est là le résultat auquel a abouti la commission Lafrenaye-Doherty ! Ses conclusions ont été très extraordinaires, très injustes, et je dois condamner le gouvernement qui les a admises. Il ne serait pas difiScile à M. Delisle d'exposer les erreurs grossières et les injustices dont les commissaires sont coupables. Avant même que les conclusions de la commission fussent bien connues, il fut informé par lettre qu'il aurait à quitter la place. M. Delisle est un ancien serviteur public, comptant trente-six années de service ; il ne craint pas qu'on puisse atteindre son honneur, son caractère privé et public est
3TS LE MINISTÈRE MACLKJNALD-UOKION
intact ot l'origine de la commiesioD est trop biea connue ! Xos adversaires ont eemé leur carrière politique d'aclee de pereéculion, d'actes de vengeance, contre lea ofliciere public» qui ne pensent pas comme eux, mais le iKuple est plusjusle, plus humain qu'ils ne le sont ; vienne l'occasion, et nous le verryna ptotcesler contre l'indignité de leur conduite I
ÉLECTEURS DE MOISTRÉALEST
PRONONCK LE 12 AVIUL I8G4
A MONTRÉAL
Le ministère Macdonald-Dorion, ne trouvant pas en Chambre uni» majorité sutlisante pour gouverner, renonça au pouvoir au mois de février 1864, après avoir vainement essayé de se reconstituer en faisant des avances à sir Btienne- Pascai Taché et à M. Cartier. M. Ferguson-Blair fut chargé de former une nouvelle administration, mais échoua. Lord Monk voulut alors contler cette tâche à M. Cartier qui déclina son ofilre et indiqua sir Etienne-Pascal Taché, comme Thomme le plus acceptable dans les circonstances. Celui-ci ne consentit à rentrer dans Tarène politique qu'avec la plus grande répugnance, à cause de son âge avancé. Le 30 mars, son cabinet se trouvait constitué comme suit: Bas-Canada: Sir Etienne-Pascal Taché, premier ministre et receveur général, George-E. Cartier, procureur général, Alexander T.-Galt, ministre des finances, J.-C. Chapais, commissaire dos travaux publics, Thomas- D. McGee, ministre de l'agriculture, Hector-L. Langevin, solliciteur général ; Haut-Canada : Jobn-A. Macdonald, procureur général, Alex. Campbell, commissaire de^ terres, M.-H. Foley, directeur général des postes, Isaac Buchanan, président du conseil exécutif, John Simpson, secrétaire provincial, James Cockburn, solliciteur général. Le ministère s'engageait à restaurer les finances, à abolir les péages sur les canaux, à mettre la milice sur un meilleur pied, à faire tous ses eflbrts pour renouveler le traité de réciprocité avec les Etats- Unis et à établir une union commerciale plus intime entre le Canada (?t les provinces maritimes. Il devait, en outre, poursuivre les négociations pour la construction du chemin de fer Intercolonial, et hiter l'achèvement des édifices parlementaires. M. Cartier se présenta de nouveau à Montréal-Est et fut réélu par acclamation.
MessieuPH les électeurs,
Je dois vous remercier et du plus profond de mon cœur, de m 'avoir réélu votre représentant Une fois de plus j*ai été choisi pour occuper la charge de conseiller de la couronne et vous avez eu aësez de confiance en moi pour ratifier ce choix.
L'ambition Je vous prie de le croire, n'a point de part dans mes actes comme homme public, ou plutôt ma seule ambition, soit comme simple député ou comme ministre, a toujours été de travailler au bonheur du pays. Lorsque je posais ma candidature, Tan dernier, j'étais de l'opposition et je me suis rendu en Chambre résolu d'approuver toute sage proposition de mes adversaires et de blâmer tout ce qu'ils méditeraient de préjudiciable à la province. J'ai accompli cette tâche sans avoir d'autre pensée que de rester fidèle au mandat sacré que vous m'avez confié.
La lutte que nous avons dû engager avec le gouvernement Macdonald-Dorion, s*est terminée par la dernière crise ministérielle dont tous les incidents ont été le sujet des plus vifs débats à la législature et dans la presse. Prié par Son Excellence, lord Monck, de former une nouvelle administration, je lui ai demandé de m'accorder le temps de consulter mes partisans: je voulais faire des démarches auprès de mon ancien chef, sir Etienne-Pascal Taché, pour l'engager à prendre la direction des affaires publiques, malgré sa répugnance bien connue à rentrer dans la vie politique active. Je savais quels préjugés existent contre moi dans le Haut- Canada, suites des luttes ardentes de ces dernières années. Je savais aussi que sir Etienne-Pascal Taché aurait moins à souffrir de pareils préjugés et nous avons pu triompher de sa résistance en faisant appel à son patriotisme.
Je tiens à dire hautement qu'aucun sentiment de faction n'a inspiré notre conduite dans l'opposition. Nous n'avons pas même fait une seule motion de non-confiance, malgré notre certitude, que c'était l'opposition et non le cabinet qui véritablement représentait l'opinion de la majorité des habitants de la province. L'adresse en réponse au discours du trône fut discutée loyalement par nous. Le gouvernement tombé n'avait présenté qu'un projet de loi ayant pour but d'augmenter le salaire des shérifs. Et oe projet méritait si peu l'appui des deux sections de la province que l'on
vit, dès la première délibération, que si l'on en exigeait l'adoption, il amènerait la chnte du ministère.
Le gouvernement est tombé par son manque de cohésion et par le vice même de sa formation. Après huit mois de promesses et de vantardises il n*a pu rien proposer, sa chute est son œuvre propre, elle nous a valu l'avènement au pouvoir du grand parti libéral-conservateur.
A défaut de mesures législatives l'administration libérale avait nommé des commissions. Ces commissions étaient composées d'hommes de parti, — triés avec soin, — chargées de se livrer à une série d'enqaêtes sur les actes du précédent ministère ; leurs séances furent secrètes et l'on n'y entendit aucun témoin en faveur de ceux qu'on avait incriminés. Et cependant après avoir siégé deux ans, après avoir fouillé les dossiers, avoir scruté bien à fond les affaires de la province, avoir cherché surtout matière à une mise en accusation du ministère Cartier-Macdonaid, je puis dire avec orgueil que les rapports de ces commissions fournissent la meilleure preuve de l'entière honnêteté du cabinet dont j'étais le chef.
Je suis réellement obligé au ministère Macdonald-Dorion, de m'avoir procuré l'occasion de répondre aussi victorieusement à toutes les accusations portées contre nous.
On a beaucoup parlé des comptes de M. Foote, propriétaire du Morrdng Ohronicle, qui avaient été payés par le gouvernement Cartier-Macdonaid. Or une commission a déclaré dans son rapport que ces comptes étaient exacts sauf un article de $200. Il n'y avait eu de surcharge que pour ce montant. Pas un seul mot ne fut dit contre la probité des ministres, ou n'a trouvé à blâmer qu'un certain manque de soin dans la vérification des comptes.
Le ministère Cartier-Macdonaid avait été battu sur le bill de milice. L'opposition d'alors prétendait que la réalisation de ce projet serait trop coûteuse eu égard aux ressources du pays. Ceux qui parlaient de la sorte auraient dû eux-mêmes ne pas dépasser depuis le chiffre de la dépense prévue alors. Mais il n'en a pas été ainsi. D'après notre bill, la dépense annuelle ne devait pas excéder $500,000 ; avec cette somme nous aurions mis sur pied 10,000 volontaires dans les principales villes et 30 à 40,000 dans les districts ruraux. La dépense n'aurait pas monté à plus de $400.000 très probablement, et nous aurions eu en peu de temps 50,000 hommes bien exercés, bien habillés, bien armés. Qu'a fait, pour sa part, le ministère Macdonald-Dorion ? Tout en adoptant
quelques dispositions de notre bill, il a sabstitaé à ce projet une mesure prescrivant six jours d'exercice par 100,000 hommes à 50 sous par jour et conservé toute Tancienne partie de l'organisation avec le crédit courant de $400,000. La dépense s'est élevée bien au-dessus des chiffres antérieurs. Cependant l'opposition n'a pas combattu sur ce point la politique de M. Sandfield Maedonald. Elle voulait prouver ainsi combien elle appréciait l'union avec la Grande-Bretagne, elle voulait prouver qu'elle était prête à faire de grands sacrifices pour maintenir cette union. M. Sanfield Maedonald, malgré la dépense de plus de $450,000, n'a réussi qu'à décourager les volontaires. Il y a deux ans, l'on comptait à Montréal 4,000 volontaires habillés et exercés, maintenant l'on en trouve à peine deux mille. L'argent a été employé à payer les majors de brigades et leurs fVais de voyage, et les miliciens n'ont reçu qu'une somme insignifiante.
Messieurs, le programme du nouveau gouvernement demande quelques explications. Je dois vous en fournir, notamment au sujet du traité de réciprocité. Il est de la plus haute importance pour nous que ce traité soit maintenu, ainsi que le privilège d'importer par la voie des Etats-Unis sans avoir à payer de droits. Nous dépendons de l'une de ces conventions pour nos communications avec la mer durant l'hiver — et toutes deux ne peuvent que contribuer à la prospérité du pays. Mais il y a des hommes à Washington qui désirent les abroger ; s'ils réussissent ce sera un malheur pour le Canada, car nous ne pouvons pas avec une population de trois millions interrompre nos relations commerciales avec l'Europe pendant six mois de Tannée. Nous avons continuellement besoin de marchandises de toutes sortes et pour les importer nous sommes à la merci des Etats-Unis. Nos voisins ont en général une idée fausse de nos lois douanières. Beaucoup se disent que les produits manufacturés chez eux devraient être reçus en franchise chez nous de même que les marchandises anglaises. Il.s sont dans l'erreur. Toutes les marchandises importées en ce pays, à peu d'exceptions près, sont imposées et il n'existe pas de droits différentiels. Les Etats-Unis sont placés absolument sur le même pied que les fabricants anglais, et ils n'ont aucune raison de nous accuser de partialité. La discussion sur ce point éclairerait nos voisins et le gouvernement canadien pourrait ensuite tenter avec plus d'avantage d'obtenir la continuation du traité de réciprocité et du privilège de transit.
Il serait désirable aussi de conclure une convention de réciprocité commerciale avec les provinces du golfe, qui renferment une population de sept cent mille âmes, qui produisent en abondance des objets de première nécessité et qui, de leur coté, ont besoin de telles et telles marchandises canadiennes.
Si toutefois le traité de réciprocité avec les Etats-Unis était aboli il importera au plus haut point de construire le chemin de fer Intercolonial. Cela n'a pas toujours été parfaitement compris par les Haut-Canadiens qui n'y voyaient de profit que pour le Bas- Canada. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Les Haut-Canadiens savent que se sont eux qui souffiriraient le plus si la province était séparée de l'océan. Le ministère fera tout en son pouvoir pour assurer notre communication avec la mer durant l'hiver.
Il n'est guère besoin de parler au long de la translation du siège du gouvernement à Ottawa puisque cette mesure a été appuyée par nos adversaires et notamment par M. Dorion quand il voulait se rendre propices les députés de cette ville.
Les anciens ministres avaient beaucoup parlé d'économie et de la nécessité d'équilibrer la dépense et le revenu. Néanmoins il est évident d'après les comptes publics que les dépenses de M. Holton ont surpassé de $500,000 à ^600,000 celles de M. Galt. Les ministres libéraux ont destitué de vieux serviteurs publics et les ont immédiatement remplacés par des favoris. Ils ont en même temps créé de nouveaux emplois aux postes, aux douanes et au secrétariat provincial. La célèbre commission Brown, Shepperd et Bristow, avait été chargée de suggérer les changements qu'il pouvait être bon d'opérer dans le personnel des départements, mais elle n'a pas même étudié leur organisation. Le gouvernement Cartier-Macdonald s'était particulièrement occupé de cette organisation des services publics, et ses successeurs ne l'ont point modifié, après lui. Le département des terres de la couronne avait été confié à M. William Macdougall, l'homme le plus capable de son parti, et il n'y a rien changé. On peut dire la même chose des autres départements.
La manière dont les ministres libéraux ont traité la question de l'audition des comptes publics démontre qu'ils ne connaissent pas même les éléments des finances. C'est à M. Cayley, du reste, que l'on doit l'établissement de l'audition des comptes publics. A l'égard de l'instruction publique, les choses en sont au point où les avaient laissées le cabinet Cartier-Macdonald. Sous ce dernier
ministère, le nombre des écoles communes avait été porté de 1,690 à plus de 3,000 dans le Bas-Canada.
Il a été nommé en 1857 une commission pour codifier les lois civiles de notre province ; j'espère que l'an prochain l'œuvre de nos codificateurs pourra être présentée à la législature. Le grand financier du dernier ministère ne peut vraiment pas être comparé à M. Galt. C'est M. Galt, en effet, qui a maintenu notre crédit en Angleterre, qui a consolidé la dette provinciale et qui nous a procuré tous les capitaux nécessaires pour l'exécution des immenses travaux d'utilité générale demandés par l'augmentation de la population et du commerce. C'est encore lui qui a créé le fonds d'amortissement, avec lequel on éteindra la dette publique. £t, malgré tout ce que Ton en a dit de cette dette, je ne crois pas qu'il y ait de pays au monde qui soit moins taxé que le Canada.
Après s'être approprié pourtant une partie des projets de M. Galt, M. Holton a abouti à un déficit de $5,000,000 sur la dépense totale, au lieu que celui de M. Galt aurait été de moins de $2,500,000 y compris la somme nécessaire pour le paiement des indemnités seigneuriales, des frais de construction, des édifices publics à Ottawa. M. Holton n'a donc pu réussir à équilibrer les dépenses avec le revenu et il a dû avouer que les finances ofiTraient un déficit d'un million de piastres sur la dépense ordinaire.
Un autre service éminent a été rendu au pays, non plus par M. Holton, mais cette fois par M. Macdougall, lui-même, le jour où ce dernier a annoncé qu'il n'y avait plus de bonnes terres colonisables dans le pays. Le nouveau ministère tâchera de corriger ces erreurs et d'en prévenir les mauvais résultats. Il saura examiner aussi avec soin les effets de l'imposition de péages sur les canaux et aviser aux moyens d'attirer le commerce de l'Ouest qui devra prendre naturellement la direction de Montréal, surtout lorsque la canalisation de l'Ottawa sera accomplie.
DISCOUES
A l'occasion ob
LA CHDTE DD MINISTÈRE TACHÉ-MACDOXALD
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
Le cabinel Taché-Macdonald n'eut qu'une existence éphémère, ce qui ne Tempécha pas de faire adopter plusieurs mesures importantes. Avant tout, il Ikllait régler la question financière, mettre fin aux déficits, augmenter le revenu par des impôts indirects, en guise de l'impôt direct que semblait préconiser M. Holton. M. Galt proposa d'atteindre ce but par l'augmentation des droits sur les spiritueux, les tabacs et le droit de timbre sur les efTets de commerce. La taxe ne portait pas sur le tabac indigène, ce qui devait avoir pour effet d'en encourager la culture. Ce nouveau système d'impôts fut bien accueilli par la députation, puis la législature vota des allocations considérables : $185,000 pour les chemins de colonisation, $34,000 pour les chemins de Toronto, $150,000 aux canaux et améliorations sur les rivières, $400,000 aux édifices d'Ottawa. Le terme de l'année fiscale fût changé du 3 1 décembre au 30 juin. Un projet de loi de M. Cartier permit la révision par trois juges des décisions rendues en première instance par un seul juge. La loi des jurés subit aussi des amendements. Le bill de M. Abbott sur la banqueroute, qu'il avait soumis avant la chute du cabinet Macdonald- Dorion, fut adopté par les deux Chambres, de même que le projet de loi de M. Mowat pour régler le subside postai accordé aux steamers océaniques et confirmer le contrat conclu avec sir Hugh Allan en 1863. Sur la proposition de sir Etienne-Pascal Taché, l'on fixa la solde des volontaires à cinquante cents par jour pour seize jours d'exercice. Les ministres abolirent de nouveau les péages sur les canaux que les libéraux avaient rétablis en 1863, ce qui leur valut un vote de non-confiance dont ils ne sorti lent victorieux que par deux voix de majorité. Un second vote de non-confiance, proposé par M. Dorion, blâmait le gouvernement d'avoir négligé de régler un prêt de $100,000 que M. Galt avait consenti à la ville de Montréal en 1859. M. Galt et M. Cartier prononcèrent de vigoureux discours pour établir que la province n'avait rien perdu parce prêt, et qu'il était ii^uslede s'attaquer à une aflkire conclue