‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 154 sur 286 · AUX DÉLÉGUÉS DE LA CONFÉRENCE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

AUX DÉLÉGUÉS DE LA CONFÉRENCE DE QUÉBEC

en leur nom par l'honorable M. Tuppcr ; le 21, troisième bal au palais législatif par les " Célibataires de Québec," et, le 27, départ pour Montréal par un train spécial que le Grand-Tronc avait mis à leur «lisposition. Les délégués atteignirent Montréal, vendredi, le 28 octobre, et se mirent en frais de visiter la ville après avoir tenu une courte conférence ; le môme soir, ils participèrent à un bal au Saint^Lawrence Hall, auquel plus de mille personnes assistaient. Le lendemain, ils étaient invités à un superbe banquet dans la même salle, sous la présidence du maire, M. Jean-Louis Beaudry. Ce banquet eut énormément de succès, les orateurs faisant assaut d'élo- ({uence, de savoir et de sentiments sympathiques. Parlèrent tour à tour : le général sir William Fenwick Williams, le colonel Dyde, sir Richard McDonnell, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, l'honorable Charles Tupper, rhonorablé M. Archibald, l'honorable John Hamilton Gray, l'honorable John Ambrose 8hea, l'honorable M. Gray, de l'Ile du Prince-Edouard, l'honorable Edward Whelan, l'honorable T. Heath Uaviland, les honorables MM. Cartier, McGee et Galt. M. Cartier obtint un de ses plus grands succès oratoires. Les délégués quittèrent Montréal pour aller visiter Ottawa, Kingston, Belleville, Cobourg, Toronto, Hamilton, Sainte-Catherine, les Chutes Niagara, où partout ils furent royalement traités. M. Cartier ne put les accompitgner, étant retenu à Montréal par des affaires d'État. Le 5 novembre, ils étaient revenus à Montréal, enchantés de leur voyage à travers le Haut-Canada. Une courte séance fut tenue au Saint-Lawrence Hall, durant laquelle les procès-verbaux et les résolutions adoptés à Québec furent lus soigneusement, puis une copie sur parchemin de ces résolutions fut signée par tous les délégués présents. Le même soir, les représentants des provinces maritimes reprenaient la route de leurs foyers, après avoir accompli une grande œuvre, qui constituait une révolution politique pacifiquement menée à bonne fin.

M. le Maire, Messieurs,

Je dois tout d'abord remercier le maire de Montréal d'avoir proposé en des termes aussi bienveillants la santé des ^' ministres canadiens de Sa Majesté."

Plusieurs voix. — En français ! En français !

M. Cartier. — ^Je prie mes compatriotes de ne pas insister que je m'exprime dans leur langue, vu qu'il est convenable de parler la langue des hôtes de la ville, et que je désii-e être compris d'eux. En l'absence, dit-il, de mon digne chef, sir Etienne-Pascal Taché, et de mon collègue dans le gouvernement, l'honorable John-A. Macdonald, il me faut répondre à la santé que vient de proposer M. le maire. Il est vmiment regrettable que ces messieurs soient

absents. Nous avons été sî longtemps ensemble dans notre carrière publique, l'honorable John-A. Macdonald et moi, que nous nous regardons presque comme des frères. Ce n'est pas à dire toutefois que je suis un frère orangiste de M. Macdonald ; mais il peut être orangiste sans que cela nous empêche d'êti*e liés d'amitié.

Comme tout le monde le sait, la question qui nous réunit, ce soir, est celle de l'union des provinces de l'Amérique Britannique sous un système de gouvernement qui attribue à l'autorité centrale les mesures d'un intérêt général et qui laisse à des autorités locales l'administration des affaires locales.

En remontant dans le passé, l'on trouve, qu'il n'y a pas encore un siècle, la confédération qui nous avoisine s'effbrçait de créer une forte union basée sur les institutions démocratiques.

A cette époque, le Bas-Canada, qui était la colonie la plus peuplée de l'Amérique britannique du Nord, fut sollicité par le général Greorge Washington et par un général français, de participer au mouvement américain. Quelle fut la réponse des Canadiens, alors qu'ils n'avaient pas encore l'avantage de posséder au milieu d'eux un grand nombre de rejetons des îles Britanniques, et qu'il n'y avait pas longtemps qu'on nous avait séparés de la nation française pour nous attacher à la couronne anglaise ? Notre clergé, nos prêtres eurent le sentiment de la faiblesse des institutions démocratiques et ne répondirent pas à la demande du général Washington et du général Rochambeau. Bien que les droits que revendiquaient les Canadiens ne leur eussent pas encore été reconnus, ils préférèrent appuyer leurs destinées sur les institutions monarchiques. En ce moment, nous travaillons à notre tour à fonder ici une grande confédération, mais notre objet n'est point de le faire par la création d'institutions démocratiques; non, c'est plutôt d'aider l'élément monarchique à prendre parmi nous de plus profondes racines. Je ne l'ignore pas, on s'attend que je divulîjuerai les délibérations de la conférence en cette occîision ; mais il se trouve que cela est impossible ; ici comme ailleurs on comprendra qu'avant de faire part au public du plan agréé parla conférence, il convient de le communiquer aux gouverneurs des provinces, puis d'en instruire le gouvernement impérial. Ce n'est pas seulement afiîiire de délicatesse, c'est aussi la coutume britannique, dont il ne nous siérait pas de nous départir.

Quand il s'agit d'intérêts politiques d'une nature grave, ils

doivent être communiqués, en effet, aux gouvernements, avant do

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