A HALIFAX
Le projet de la Confédération approuvé par les deux Chambres, il fiit résolu de proroger la législature au plus tôt, ce qui eut lieu le 18 mars. Quatre mesures de première importance avaient été adoptées à cette session : La Confédération ; un million de piastres pour la défense ; l'entretien d'une milice volontaire ; le bill des aubains et le rapport de la commission du code civil. Quelques jours après, le gouvernement décidait que MM. Cartier, Macdonald, Brown et Galt se rendraient en Angleterre pour obtenir l'adhésion des autorités impériales. Une solution pressait d'autant plus que les unionistes du Nouveau-Brunswick, ayant à leur tôte l'honorable M. Tilley, venaient d'éprouver un échec sérieux aux élections provinciales. MM. Cartier et Galt prirent les devants et s'embarquèrent à Boston, à bord du steamer Asia, à destination de Liverpool i. Ils arrivèrent à Halifax, dans la nuit du 14 avril, et ils ne furent pas peu surpris, & leur arrivée en cette ville, où ils devaient passer quelques heures seulement, d'être l'objet d'une superbe démonstration populaire sous forme d'une procession aux flambeaux qui n'avait pas moins d'un mille de longueur. Les citoyens se rendirent & Tempérance Hall, au nombre d'environ deux mille, et là une adresse de bienvenue Ait lue par le Maire, à laquelle répondirent les ministres canadiens. M. Tilley qui était présent prononça un vigoureux discours dans lequel il prédit que le Nouveau-Brunswick reviendrait avant longtemps sur sa décision : prédiction que les événements confirmèrent. M. Cartier s'exprima de la façon suivante :
> MM. MaoâoD«ld et Brown pft/tirent de New-York pour ^Angleterre, 4 bord du China BMicredi, le 19 «vrU iraiTant.
446 LE PROJET DE œNFÉDÉHATION
M. le tfaire, Messieurs,
L'adresse que vous venez de nous présenter me jette dans un profond embarras, car ni mon collègue ni moi n'avions songé qu'en débarquant à Halifax nous aurions une réception aussi enthour siaste et aussi imposante que celle qui nous y attendait. Nous savions néanmoins qu'il existait un sentiment public très prononcé en faveur du projet de l'union des provinces. Je n'ai guère besoin de confesser que les habitants du Canada sont très désappointés de l'échec que ce projet vient de recevoir au Nouveau- Brunswick. Cet échec est toutefois temporaire et a été causé par de fausses représentations qui ne tarderont pas à se dissiper. Il n'y a certainement pas lieu de se décourager, car la réaction se produira dès que la population pourra saisir toute l'importance de la question.
Je constate avec orgueil que les délégués canadiens ont été les premiers, lors de la conférence de Charlottetown, à agiter la question d'une union agrandie, et cette union telle que décidée par la convention de Québec est la plus juste et la plus équitable que l'on pouvait adopter dans les circonstances. Oui, cette union protège tous les droits, tous les intérêts, et elle est de nature à assurer la prospérité de toutes les provinces confédérées. Le succès de cette convention est sans précédent, quoiqu'il faille penser de l'échec survenu au Nouveau-Brunswick. C'est le propre des entreprises humaines d'éprouver bien des obstacles avant leur pleine réalisation.
En apprenant la défaite de notre me.^ure au Nouveau- Brunswick, les ministres canadiens ont cru devoir proroger les Chambres et envoyer une délégation en Angleterre pour régler la question de la Confédération, la question de la défense et celle du chemin de ier Intercolonial. Toutes ces questions sont d'une nature impériale, et puisque la défense intéresse toutes les provinces, il importe qu'elles soient unies sous un même gouvernement. Séparées, les provinces ne peuvent se défendre, tandis qu'unies elles représentent une force et dos moyens d'action considérables.
Il n'y a aucun doute que le gouvernement britannique regaixle l'union des provinces comme étant d'une nécessité absolue.
Les délégués insisteront sur la construction du chemin do fer Intercolonial comme indispensable à la protection militaire de l'Amérique britannique du Nord.