‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 182 sur 286 · RÉPONSE A UNE ADRESSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE A UNE ADRESSE

'< Ils ont aussi raison de se féliciter de la presque unanimité avec laquelle a passé aux deux Chambres du Parlement impérial, TActe qui garantit trois millions de livres sterling pour la construction d'un chemin de fer destiné à relier ensemble les provinces britanniques de l'Amérique du Nord.

** Us ne sauraient s'empêcher de voir le grand fait politique, que, du jour de la Confédération, commencera une ère nouvelle dans rhistoire de ces provinces ; et ils ont la conviction que la plus grande sphère d'action et de pouvoir dont on jouira dans le gouvernement du Canada, aura pour résultat de remplir un de nos vœux les plus ardents, en affermissant notre liaison avec la Grande-Bretagne, et d'augmenter en môme temps la prospérité générale.

** Votre division électorale, faisant partie de la métropole commerciale, manufacturière et financière du pays, peut compter avec confiance qu'elle aura une large part des avantages qui résulteront des nouvelles voies ouvertes au commerce par l'abolition des tarifs et la construction d'un chemin de fer ; et par conséquent, elle vous doit le tribut d'une reconnaissance toute 8[)éciale, à vous et à vos collègues pour l'œuvre que vous venez d'accomplir.

" Notre devoir à tous sera donc de nous unir cordialement à nos coneitoyens des autres provinces, pour favoriser le fonctionnement de la nouvelle constitution, et de contribuer, autant qu'il dépendera de nous, au bien-être commun.

'* Vos amis et vos électeurs sont heureux de consigner ici le fait que, comme chef d'un très grand parti, vous avez travaillé avec une énergie incessante et un courage inaltérable pour constituer le nouvel ordre de choses, et que c'est à vos efforts judicieux que nous devons surtout le succès dont nous nous félicitons aujourd'hui. Vous avez surtout droit à notre gratitude pour avoir su détourner les dangers et les dissensions, et éviter les conflits de races et de religion, en donnant Tassurance de votre désir de rendre justice à tous, tout en exigeant fermement que pleine justice fut également rendue à la population que vous êtes plus spécialement tenu de représenter."

M. Cartier répondit à peu près dans les termes suivants :

Mes amis et mes électeurs,

Je n'ai pas besoin de vous dire combien je suis reconnaissant de rhonnenr que vous me faites en saluant mon retour au milieu de vous d'une façon aussi enthousiaste. Je me flatte qu'en agissant ainsi, vous êtes mus par de profondes convictions, et que vous reconnaissez que j'ai pu faire quelque chose pour mon pays.

Tout en tenant compte de votre bienveillance ordinaire, je dois rattacher cette démonstration au grand événement politique qui

vient de s'accomplir. Le Canada, de simple province qu'il était, est maintenant érigé en nation. Il prend rang parmi les peuples. (Applau^ssements.)

Ce nom de Canada ne s'appliquera plus seulement au Haut et au Bas-Canada, mais il comprendra encore les provinces de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick, et bientôt File du Prince-Edouard, Terre-Neuve, les territoires de la Eivière-Eouge, et la Colombie-Anglaise. Le Canada va devenir une nation, s'étendant d'un océan à l'autre ; ce grand fait de l'union des colonies est maintenant accompli ; et si vous abandonnez aujourd'hui vos demeures et vos affaires, c'est que vous voulez montrer hautement votre approbation de cet événement. (^Applaudissements.) Je vous en suis reconnaissant pour moi et mon pays.

Parlant au nom de mes amis et de mes électeurs, M. le maire a bien voulu mentionner les services que j'ai rendus dans le coure de ma carrière. Youé comme je l'ai été, à la politique, je ne suis pas sans m'être rendu compte des qualités nécessaires au succès dans cette position. Je sais que je ne possède pas toutes ces qualités, et il y a sans doute des hommes qui me sont supérieurs. Mais je ne me reconnais pas de supérieurs pour la sincérité, pour l'honneur, pour l'intérêt que je porte à mon pays. (Applaudissements.) Ces principes m'ont constamment guidé, et quoi qu'on ait dit ou écrit, je ne m'en suis jamais départi. (Applaudissements.) Avec toute la fermeté et toute l'énergie dont je suis capable, j'ai marché vers le but que je voulais atteindre et je l'ai atteint. (Applaudissements.) Bientôt le nouveau règne va être organisé. Nous aurons un gouvernement général, décidant les questions d'un intérêt général et commun à toutes les provinces. En même temps sera établi un gouvernement local, qui statuera sur les questions inhérentes à chaque province en particulier. De la sorte aucun intérêt ne sera froissé.

n est fait allusion, dans votre adresse, aux sentiments nationaux qui ont inspiré mes principaux actes politiques. C'est vrai. Messieurs, je suis catholique et Canadien-Français, et je n'ai jamais oublié les devoirs que m'imposent ces deux titrée. Mais aussi j'ai toujours eu pour principe qu'un homme politique, dans le Bas-Canada, ne devait pas seulement se dévouer aux intérêts de ses coreligionnaires. Dans un pays composé de races hétérogènes, professant des croyances différentes, il faut que tous les droits soient sauvegardés, que toutes les convictions soient respectées.

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