A ^OCCASION DE SA CANDIDATURE
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Le 22 mai 1867, la Reine lança une proclamation par laquelle, disait-elle, ** nous ordonnons, déclarons et commandons que le et après le 1er juillet 1867, les provinces du Canada, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle- Ecosse formeront une seule puissance sous le nom de Canada." Les noms des 72 personnes qui devaient constituer le premier Sénat figuraientdans la môme proclamation. Le 4 juin, la Gazette de Londres annonçait la nomination de lord Monck comme gouverneur général des provinces confédérées. Ce fut le signal d'une levée de boucliers dans les différents partis, la principale ligne de démarcation étant tracée par ceux qui avaient appuyé la Confédération et ceux qui Tavaient combattue. Le 20 juin, M. Cartier quitta Montréal pour Ottawa où il devait tenir avec ses collègues des réunions importantes pour Torganisation définitive du nouveau gouvernement. Malgré les difficultés qu'elle présentait, cette tâche fut menée à bon terme en très peu de temps. Le ter juillet, jour de la Confédération, les nouveaux ministres, au nombre de treize, prêtaient serment de fidélité à la nouvelle constitution. Cinq devaient représenter Ontario, quatre étaient nommés pour Québec, deux pour la Nouvelle-Ecosse et deux pour le Nouveau-Brunswick. Ontario : MM. John- A. Macdonald, Campbell, McDougall, Howland et Ferguson Blair ; Québec : MM. Cartier, Galt, Chapais etLangevin ; Nouveau-Brunswick : MM. Tilleyet Mitcbell ; Nouvelle-Ecosse : MM. Archibald et Kenny. Cette distribution de portefeuilles avait été proportionnée à la population, chaque minisire du Haut et du Bas-Canada se trouvant à représenter 300,000 Âmes. M. McGee céda volontiers sa place dans le cabinet parce que les Irlandais catholiques du Bas-Canada ne comptaient que 60,000 âmes, tandis qu'il y avait dans la province 900,000 Canadiens-français et 250,000 Canadiens-anglais. Le Haut- Canada contenait 1,200,000 Anglais, 200,000 Irlandais et 40,000 Canadien»-
français. Gomme il n'était pas juste que les Irlandais catholiques fussent privés d'un représentant au Conseil Privé, M. Kenny, plus tard lieutenantr gouverneur, remplaça le Dr Tupper, aujourd'hui sir Charles, l'un des plus vaillants champions du nouvel ordre de choses. ** Je n'ai pas besoin de vous dire," écrivait M. Macdonald à M. McOee, " que, comme homme d'Etat, je veux que les catholiques soient pleinement représentés dans le gouvernement. Je défends leurs droits depuis longtemps et l'on m'a souvent accusé à cause d'eux. Le gouvernement que je viens de former nourrit le plus ferme désir de voir les catholiques bien représentés dans les gouvernements locaux et fédéral et dans les législatures. . . Nous vous appuierons à Prescott ; French, à South Renflrew, et R.-W. Scott, à Ottawa, trois catholiques." — Sir Narcisse Fortunat Belleau quitta le gouvernement pour devenir lieutenant-gouverneur de Québec, et l'honorable M. J.-A. Macdonald le remplaça comme premier ministre, poste qu'il a occupé avec une extrême habileté jusqu'à sa mort survenue en 1892, moins les cinq années du régime Mackenzie (1873-1878). Le gouvernement de Québec fut constitué le 15 juillet: Premier ministre et secrétaire provincial, M. Chauveau ; procureur général, M. Gédéon Ouimet ; trésorier, M. Dunkin ; commissaire des travaux publics, M. Louis Archambault ; commissaire des terres de la Couronne, M. Ls-0. Beaubien ; solliciteur général, M. Irvine ; orateur du Conseil législatif, M. de Boucherville. M. Cauchon avait d'abord été appelé à former le gouveruement, mais sa tentative n'ayant pas réussi, il eut pour remplaçant, M. Chauveau, surintendant de l'instruction publique, qui se démit de ses fonctions et réussit à constituer un cabinet tout à fait digne des suffirages populaires. M. Cartier accepta de se présenter de nouveau comme candidat à Montréal-Est, et commença sa campagne, le 1er août, dans une assemblée, tenue le soir, sur la place publique, au coin des rues Craig et Campeau. Cette assemblée à laquelle parlèrent aussi l'ancien maire Rodier, M. Chapieau et autres, eut un plein succès. Celui qui devait être l'adversaire de M. Cartier pour la Chambre des Communes, M. Médéric Lanctêt, avait ouvert le feu depuis quelque temps déjà, s'exerçant surtout à flagorner et à soulever les ouvriers dont il s'était institué le champion et le défenseur. Le 7 août, les brefs d'élection étaient signés. La votation ne se faisait pas alors le même jour dans les diflerents comtés, elle prenait deux jours. La lutte devait commencer dans quatre divisions électorales du Haut-Canada : Kingston, Carleton, Ottawa (ville) et Ontario-Sud, la présentation des candidats (nomiruUion) y étant fixée au 19 août et la votation aux 26 et 27 août. C'est le 29 août qu'eut lieu la nomtnah'on dans les trois collèges électoraux de Montréal. M. Thomas Workman et M. Edward Carter, avocat, ne rencontrèrent pas d'opposition à Montréal-Centre, le premier pour la Chambre des Communes et l'autre pour l'Assemblée législative. A Montréal-Ouest, M. McGee, qui fVit proposé par MM. James McShane et Wm McFarlane, eut pour adversaire, M. Bernard Devlin, qu'il devait vaincre par une majorité de 511 voix. A Montréal-Est, la candidature de M. Cartier pour la Chambre des Conununes Alt proposée par son vieil ami, l'honorable M. William Molson, et MM. G.-A. Leblanc, F.-X. Saint-Charles et autres. Pour la Chambre locale, par Thono-
rable Jean-Louis Beaudry, le Or H. Trudel, Daniel Munro, Abraham Lanvière, Henry Bulmer, Michel Laurent et Patrick Lynch. M. Cartier p€urla près d*une heure au milieu des acclamations de ses partisans qui formaient la grande migorité des personnes présentes. Il Ait suivi de M. Médéric Lanctôt, qui fit Tun des appels incendiaires au moyen desquels il avait réussi à fanatiser un grand nombre d'ouvriers. M. Ghapleau qui commençait sa réputation de tribun devait lui donner la réplique. L'on craignait Teffet de sa parole ardente et dès qu'il parut sur Testrade, les pierres commencèrent à pleuvoir. La panique s'empara de beaucoup de gens, mais l'intervention de la police et du corps de cavalerie des Guides ramena l'ordre en peu de temps. Escorté de plusieurs mille personnes, M. Cartier fut conduit en triomphe à sa résidence de la rue Notre-Dame, où il stigmatisa la conduite de ses adversaires. Les jours qui s'écoulèrent entre la nominalion et la votation Airent marqués par des actes de violence. Le 5 septembre, M. Cartier avait 571 voix de majorité pour la Chambre des Communes et 560 pour l'Assemblée législative. Une immense assemblée eut lieu le soir sur la Place Jacques-Cartier, à laquelle parlèrent MM. Cartier, Chauveau, John Rose et Chapleau. Le lendemain, cette majorité fut réduite à 348 pour la Chambre des Communes et à 357 pour la Chambre locale. Se voyant perdu, M. Lanctôt eut recours aux morts et aux absents, et beaucoup de ses partisans votèrent en leur nom, deux, trois et même quatre fois dans la matinée, ainsi que le prouva l'examen des livres de poli. M. Cartier ordonna alors de faire prêter serment à tous les votants sans distinction Quoique la pratique frauduleuse employée par ses adversaires lui eût fait perdre beaucoup de votes, M. Cartier eut la satisfaction de savoir qu'il avait pris la majorité dans les trois quartiers de Montréal-Est ; non-seulement les quartiers Sainte-Marie et Saint-Jacques lui étaient restés fidèles, mais le quartier Saint-Louis qui, dans les élections précédentes, avait donné la majorité au candidat libéral, s'était rallié au parti conservateur. Le succès de M. Cartier ne fut égalé que par celui de ses partisans dans les autres comtés du Bas-Canada. C'est à peine si 12 libéraux surnagèrent, ils perdirent la plupart de leurs comtés par des minorités variant de cent-cinquante à trois cents voix, et ils en conservèrent une demi-douzaine par des majorités qui n'allaient pas à cinquante. Ils n'eurent pas plus de succès dans le Haut-Canada, où, en comptant les indépendants, ils ne dépassaient pas 17. Au Nouveau-Brunswick, 2 anti-unionistes contre 13 ministériels furent élus. Ce fut tout le contraire dans la Nouvelle-Ecosse qui élut 18 partisans de M. Howe contre un seul conservateur, le Dr Tupper. Bref, le gouvernement avait obtenu une majorité de plus de 80, et le parti libéral sortait de la lutte presque annihilé. Voici le discours que M. Cartier avait prononcé en posant sa candidature.
Messieurs,
L'élection que vous ôtee appelés à faire va influer sur la décision du pays tout entier. Nous sommes à inaugurer un régime politique nouveau ; et il importe que ceux qui Tout élaboré et qui en conprennent bien tous les rouages, puissent lui donner sa véritable application. Ce n'est donc pas une élection ordinaire.
En sollicitant de nouveau vos suffrages je crois devoir rappeler brièvement les actes de ma carrière politique qui m'ont valu jusqu'à présent la confiance de mes concitoyens. (M. Cartier expose les mesures qu'il a fait adopter depuis sa nomination comme ministre au mois de janvier 1855, notamment celles qui concernent l'instruction publique, la tenure des terres dans les Cantons de l'Est, la décentralisation judiciaire, le code civil et le code do procédure, les chemins de fer. D a traité le même sujet dans des discours précédents. Parlant du Grand-Tronc, il continue en ces termes : )
On sait qu'il existait en ce temps-là une vive jalousie ou rivalité entre Québec et Montréal, et que les deux villes cherchaient concurremment à s'assurer la possession d'un pont sur le fleuve. Je ne m'attarderai pas à faire valoir ici les avantages de ce pont. Grâce à mes efforts, je suis fier de pouvoir le dire, Montréal a fini par l'emporter. Montréal a eu le pont Victoria 1
Les résultats obtenus par là vous sont connus. Notre cité prend depuis un développement considérable que la Confédération, j'en ai la certitude, va encore accélérer. Elle compte présentement 150,000 âmes ; dans vingt ans, sous la Confédération, j'ose prédire qu'elle aura plus de 250,000 habitants. Le nouvel ordre de choses, le nouveau i^tème politique était devenu tout à fait nécessaire parce que l'ancien ne pouvait suffire à notre existence nationale.
Je sais que parmi ceux qui m'écoutent, il y a des adversaires de la Confédération ; mais c'est, néanmoins, le régime qu'il nous faut, et c'est Montréal surtout qui en profitera. D'avance j'en accepte toute la responsabilité ; et, avec l'aide de Dieu, je serai appuyé par la grande majorité des électeurs de cette ville.
Abordons maintenant d'autres faits. Si par exemple, les quais ont été prolongés dans la direction de l'est, vous le devez, Messieurs, à ma persévérance. Lorsque je cessai d'être ministre en 1860, M. Dorion reconstitua la commission du havre, et des
deniers publics furent affectés par elle à la construction d'un quai à la Pointe Saint-Charles, dans le but d'empêcher toute amélioration à Test. MM. Beaùdry et Delisle, se trouvant en minorité dans la commission, ne purent que protester contre cette dépense et ce dessein. Pendant que les travaux se poursuivaient, M. Dorion nomma commissaire M. John Pratt. Cet homme, qui aurait dû protéger les intérêts de la partie est de la ville, ne fut qu'un instrument entre les mains de Thonorable John Young, qui lui fit approuver tous ses pi'ojets d'agrandissement de l'ouest au détriment de l'est.
Mon premier acte, en reprenant les rênes du pouvoir en 1864, fVit de reconstituer à mon tour la commission du havre, qui se mit aussitôt en devoir d'améliorer le bas du port. Ainsi, Tan dernier, on y a construit quatre cent-cinquante pieds de quai ; cette année, on en fera tout autant, et l'an prochain aussi. Nous sommes redevables à M. Dorion de la tentative de développer la Pointe Saint- Charles à nos dépens, et les électeurs ne l'oublieront pas. Ils se rappelleront aussi que la motion de blâme de 1864, sur laquelle le gouvernement fut défait par une majorité de deux voix, avait été proposée par ALM Holton et Dorion. Ils se souviendront enfin que ces messieurs reprochaient au gouvernement d'avoir avancé $100,000 à Montréal, qui avait alors grandement besoin de ce secours, et que pour faire votre leur motion, ils n'hésitèrent pas à réveiller les préjugés des Haut-Canadiens contre Montréal.
Mes adversaires ont parlé de la question de la monnaie d*argent durant la campagne électorale. L'acte de Confédération donne au Parlement plein pouvoir pour régler le cours monétaire, et le public peut être sûr que la question sera résolue d'une manière satis&isante pour tout le monde dès la première session de nos Chambres.
Je me trouve, Messieurs, à lutter contre deux adversaires dont un pour la Chambre fédérale et l'autre pour l'Assemblée législative. M. Lanctôt croit pouvoir assurer son succès par des appels aux mauvaises passions dans ses harangues et dans son journal V Union Nationale^ par des flatteries aux travailleurs, par la découverte d'une prétendue mine de fer sur un terrain de la montagne que lui a cédé M. Holton pour le qualifier comme candidat, par la promesse qu'il va employer à l'exploitation de la susdite mine une couple de mille hommes, et qu'il va ôdre jaillir la richesse populaire à coups de pic dans le roc. Il exhibe même
un certificat de sa découverte, signé par un nommé Victor Vannier, soi-disant minéralogiste, dans lequel on a Taudace de dire que '^ la Providence bénit les efforts de M. Lnnctôt et le comble de ses bienfaits, pendant que M. Cartier s'occupe de corrompre le cœur du peuple/' Mais le peuple n'est pas aussi facile à leurrer que l'imagine ce démagogue, le plus grand populacier que Montréal ait produit. Je lui prédis que les affolements populaires ne durent jamais longtemps, que bien des écailles vont tomber des yeux d'ici à la votation, et qu'il sera battu par une écrasante majorité. Les ouvriers savent ce que j'ai feàt pour eux; en plus d'une lutte ils m'ont donné leur appui d'une façon non équivoque, et ils sauront regarder comme leur pire ennemi celui qui veut exploiter leur bonne foi pour satisfaire une ambition désordonnée. Je regrette que mes adversaires politiques n'aient pas choisi un candidat plus digne d'un grand parti, d'autant plus qu'il ne manque pas d'hommes respectables et intelligents parmi eux. Mais comme ce n'est pas à moi de choisir leur candidat, je le prends tel qu'il est, si humilié que je puisse être d'engager la lutte dans de pareilles conditions. Quant à mon concurrent pour la Chambre locale, M. Ludger Labelle, je suis surpris de lui voir accepter la candidature contre moi : il était naguère l'un de mes plus ardents partisans, et je ne saurais dire par quel procédé on l'a changé subitement d'ami en adversaire. Il aura le même sort que son acolyte. (Cris de Oui/ Oui/)
Le peuple est pour nous, et vous pouvez en juger par le fait que déjà seize candidats conservateurs ont été élus dans notre province par acclamation pour la Chambre des Communes, et que pas un seul libéral n'a encore triomphé à Québec ou à Ontario. Voici la liste des seize comtés qui ont si noblement fait leur devoir : Deux-Montagnes, Dorchester, Laval, Montmagny, Trois-Eivières, Saint-Maurice, Sherbrooke, Québec-Est, Québec-Ouest, Québec (comté). Montmorency, Lé vis, Ottawa, Brome, Québec-Centre, Compton. Et parmi les élus se trouvent des hommes tels que les honorables MM. Galt, Chauveau, Langevin, Cauchon, et MM. Dr Blanchet, Dunkin, Alonzo Wright et Pope. Onze conservateurs ont aussi passé d'emblée dans la province d'Ontario, dont deux de mes éminents collègues dans le gouvernement, les honorables MM. Macdonald et McDougall. Quant à la Chambre de Québec, onze conservateurs ont été aussi élus par acclamation, et sur ces onze, six ont eu l'honneur du double mandat: MM. Langevin,
Bellerose, Caochoa, Chanvesa, Duakin et Pope. Je leur en fais men plua sincàrea compliments, ce sont des hommes de valeur, d'expérience, qui ont bien mérita de la pairie. Je m'attende d'être traité avec la même générosité par mes âdàlas électeurs de Montréal -Est, et je remots ma cause, Ueasîenrs, entre tob mains avec la certitude qu'elle triomphera d'une fagon éclatante, car c«tte cause est celle du peuple, des travailleurs, de la justice pour tous,de la Confédération tout enUëre. (^ApplavdiasementtproUngis')
DISCOUES
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