‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 205 sur 286 · LE NOMBRE DES MINISTRES FËDËRAUX · texte numérisé non relu

LE NOMBRE DES MINISTRES FËDËRAUX

La formation dn cabinet montre qne, si la province de Qnébec a cédé volontiers aux prétention» d'Ontario, elle n'a pas demandé la même concession de la part des provinces maritimes, ce qui fournit une nouvelle preuve de son extrême libéralité. Mais il n'était guère possible que Québec eût moins de quatre ministres, de même qu'Ontario n'aurait pas été satisfaite si elle n'avait pas eu cinq ministres. Notre province compte un million de Canadiens-Français, et trois ministres sur treize pour les représenter n'est certainement pas un chiffre exagéré. Les 250,000 ou 300,000 personnes d'origine anglaise, qui habitent la province, ne pouvaient pas non plus être ignorées, car un gouvernement qui n'aurait pas leur confiance ne pourrait pas tenir debout. {Ecoutez ! Ecoutez /) L'on pourrait croire que la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick ont eu plus que leur part, mais il ne faut pas oublier que c'étaient autrefois des provinces indépendantes, et que le nombre ne doit paâ toujours dominer tonte autre considération.

Le principe de l'administration britannique est basé sur la diffusion du pouvoir autant que possible, et c'est en vain que l'on cherche de l'analogie entre les institutions américaines et les nôtres. Le président des Etats-Unis est indépendant du Congrès, sauf quand celui-ci le met en accusation, et les secrétaires d'Etat ne sont pas des ministres responsables tenus de mettre de l'harmonie entre les autorités législatives et executives, mais de simples chefe dans leur département respectif. J'espère donc que l'honorable député hésitera une autre fois avant de citer les Etats-Unis pour nous donner la preuve d'une supériorité administrative, qui se traduit trop souvent par des actes despotiques, et, dans le moment, par un démêlé insolite au sujet du secrétaire d'Etat pour la guerre.

Je le repète, le nombre des ministres n'a jamais été définitivement réglé. Nous avons avisé que Son Excellence ferait bien d'organiser certains départements.

M. Mackenzie. — C'est-à-dire que les ministres, qui avaient été nommés, ont avisé que le gouverneur ferait bien, après qu'ils eurent prêté serment, de les créer ministres. (^Eires.)

M. Cartier. — L'honorable chef de la gauche s'est mépris entièrement sur la nature de l'opération. (Rires.) Le premier juillet, tout pouvoir administratif était éteint ou presque éteint. (Nouveaux rires.) Le gouverneur général se trouvant sans ministres nous invita à constituer le conseil privé, et celui-ci recommanda à Son

Excellence d'instituer les différents départements, et le pnblic ratifia nos nominations aux élections subséquentes. (JRires et applaudissements.)

Le nombre do ministres que nous avons recommandé ne saurait être considéré comme excessif, car Fancieune province du Canada a été administrée par autant de ministres moins un seulement. Le député d'Hochelaga qui trouve à redire sur tant de choses, oublie qu'il était entouré d'autant de collègues lorsqu'il gouvernait. Ontario avec une seule Chambre compte cinq ministres et Québec sept, tandis que les provinces du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse réunies en ont neuf, tout en ayant chacune un petit nombre de députés. Le gouvernement fédéral n'a pas à souffrir de la comparaison.

Je nie que l'admission de nouvelles provinces dans la Confédération doive nous forcer plus tard d'augmenter le personnel du cabinet d'une façon injustifiable. Ce qui importe, c'est que toutes les sections du pays soient représentées afin qu'elles aient voix au chapitre et que le gouvernement soit administré de façon à leur donner pleine et entière satisfaction.

SUR

L'ASSASSINAT DE L'HONORABLE THOMAS D'ARCY McGRE

rnoNONCé le 7 avril 1868

A LA CHAMBRE DES COMMUNES

La session fut marquée par un terrible événement, qui plongea la Chambre et le pays dans la stupeur : Tassassinat du grand homme d'Etat, du grand Irlandais, du grand orateur et historien, qui s'appelait Thomas D'Arcy McCee. On sait que, depuis plusieurs années, M. McGee dénonçait l'association fénienne secrète qui s'était organisée aux Etats-Unis. Au banquet de la société Saint-Patrice, à Ottawa, le 17 mars précédent, il avait de nouveau employé le langage le plus énergique pour mettre ses compatriotes en garde contre l'influence néfaste de l'association et les dangers qu'elle présentait. Les Féniens ne le lui pardonnèrent pas. et dans la nuit du 7 avril, vers deux heures, alors qu'il revenait de la Chambre, une balle le frappait mort à la porte de sa pension, dite Toronto House, tenue par madame Trotter, rue Sparks. Presque au moment du meurtre, MM. Cartier et Galt traversaient la même rue et se dirigeaient vers leur pension dans une direction opposée à la maison où logeait M. McGce. L'alarme se répandit immédiatement et plusieurs membres du Parlement : sir John-A. Macdonald, rOratcur Cockburn, riionorabie M. Sandfîeld Macdonald et beaucoup d'autres se rendirent au lieu de l'assassinat. Ils trouvèrent le pauvre McGee baigné dans son sang. Le jour môme du meurtre, une proclamation du gouvernement otîrait une récompense de §5,000 à qui découvrirait le criminel. A la séance suivante de la Chambre, M. Cartier se faisant l'écho d'un sentiment général, protesta avec toute l'énergie dont il était capable contre le lâche attentat qui privait le pays d'un de ses hommes les plus éminents. Sir John- A. Macdonald et les honorables MM. Mackenzie et Chauvcau dénoncèrent le crime non moins vigoureusement et tirent l'éloge de l'illusti-e victime. M. McGee n'avait pas encore quarante-quatre ans et était dans tonte la force de son merveilleux talent. Le deuil que causa cette lin tragique fut immense, tant ici qu'aux Etats-Unis et dans la Grande-Bretagne où M. McGee comptait de nombreux admirateurs. Son corps fUt transporté à Montréal et des

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Ainérailles lui fUrent faites, aux Trais de la ville, lundi, le 13 avril suivant. M. Cartier et la plupart de ses collègues étaient porteurs des coins du poêle. Il y eut service Ainëbre à Téglise Saint-Patrice et libéra à Notre-Dame, en présence d'un immense concours de personnes. On aurait pu croire que toutes les rues étaient drapées de noir sur le parcours de la procession funèbre depuis Péglise jusqu'au cimetière. Quelques jours après, le Parlement, se rendant aux vœux exprimés par M. Cartier, votait une pension annuelle de douze cents piastres à la veuve du regretté défunt et une somme de huit mille piastres à être partagée entre ses deux filles. Un pays s'honore en se souvenant de ceux (|ui meurent à son service I

M. i*Orateur,

Je commence par dire que mon cœur est rempli de la plus profonde douleur. La nuit dernière, j'écoutais ici avec plaisir, et tous les membres de cette Chambre écoutaient comme moi la parole éloquente de celui qui a été mon collègue dans la représentation de la cit4 de Montréal ; personne alors ne s'attendait à Tévénement lamentable qui nous a tous fVappés après Tajournement de la Chambre.

Je regrette en ce moment de n'être pas doué de cette puissance de parole, de cette éloquence, qui rendait si remarquable notre ami défunt. Avec ce langage énergique, je vous ferais comprendre la perte immense que nous avons soufferte, que le pays a soufferte, que rhumanité a soufferte par la mort de Thomas D'Arcy McGree. M. McGee n'était pas un homme ordinaire. U était du nombre de ceux que la Providence se plaît quelquefois à donner au monde afin de montrer jusqu'à quelle hauteur Tintelligence de l'homme peut être élevée par le Tout-Puissant.

M. McGee avait adopté le Canada comme son pays ; mais il n'a jamais cessé d'aimer sa terre natale, sa vieille Irlande. Dans sa patrie d'adoption, il faisait tous ses efforts pour procurer le bonheur à ceux de sa race en Irlande et sur les autres points du globe. M. McGee, quoique jeune encore, avait une grande expérience. Il fut mêlé aux événements politiques d'Irlande en 1848, et l'on n'en saurait douter, ces temps malheureux lui ont suggéré au sujet de ses compatriotes, les profondes considérations qu'on trouve dans ses écrits. Quoiqu'il fdt, comme l'a dit mon honorable

ami, le chef du gouvernement, un homme de progrès et de génie, il est bien rare de rencontrer an esprit doué de vues aussi élevées et judicieuses qu'était notre très regretté collègue.

D n'est plus! Je crois que bien peu d'entre nous peuvent se vanter d'avoir jamais entendu un autre orateur, aussi parfait que lai. Hélas ! nous n'aurons plus désormais le plaisir de prêter Toreille à cette éloquence naturelle et entraînante I

Il n'est plus I Mais il laisse derrière lui l'expression matérielle de ses sentiments de patriotisme et une masse énorme de preuves attestant qu'aucun Irlandais n'a plus que lui aimé sa chère Irlande.

M. l'Orateur, je ne puis m'empêcher de faire allusion à cette association étrangère qui s'organise sur le sol voisin. C'est indéniable, en détournant les Irlandais-Canadiens de se joindre à cette ligue, M. McGree a rendu le plus grand service qu'un Irlandais pût rendre à son pays. {Ecoutez ! Ecoutez /) Il a acquis aux Irlandais du Canada cette inestimable réputation de loyauté, qui repousse tous les sentiments de haîne dont cette abominable organisation du fénianisme est animée. (^Ecoutez t Ecoutez /)

Il est tout probable qu'il est tombé sous les coups d'un assassin appartenant à cette confrérie véritablement fratricide comme Caïn.

Il ne nous sied pas en ce moment d'exciter les sentiments de vengeance contre les auteurs du crime : mais nous savons tous que, si Thomas D'Arcy McGee avait tenu une conduite moins patriotique lors de l'invasion fénicnne, nous n'aurions pas rencontré un cadavre mutilé ce matin.

Quoiqu'il en soit, tous les Irlandais en Canada, pleins de reconnaissance pour le conseil qu'il leur a donné de ne point participer à la conspiration organisée chez nos voisins, déploreront sa perte, aussi vivement que nous la déplorons nous-mêmes.

M. l'Orateur, je ne parlerai point ici des qualités et des vertus de sa vie privée.

Nous tous qui l'avons connu, nous savons qu'il possédait fort peu des biens de la terre.

J'ai l'espoir, je suis certain plutôt que la grande Confédération du Canada ne laissera pas sans ressources l'infortunée veuve et les enfants du défunt. Il est vraiment un héros parlementaire; maintes et maintes fois, il a été averti par les journaux et par d'autres voies de prendre des précautions contre le coup de malheur qui l'a fVappé ce matin. Est-ce que cela l'a empêché de poursuivre son objet, qui était d'empêcher ses compatriotes d'entrer dans la

) ASSASSINAT DB H. THOMAS D'ARCY UcGBB

testable organisation des féniens? non. D y a persiuM quand Sme, sans relOohe ; et maintenant que le voilà parti d'an milieu nous, nous sentons que les Irlandais de ce pays apprécieront core d'avantage les services qu'il leur a rendus. Cotte pertv râparable leur fera mSler leura larmes aux nSlres.

SUR LES

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