LE MINISTÈRE DE
vaise fortune de n'être ni riche ni pauvre, et l'acceptation de cette charge m'eût imposé des sacrifices personnels, tout comme aux personnes qui m'ont confié la conduite de leurs affaires légales. En entrant dans la politique, j'ai compris toutefois qu'il fallait faire des sacrifices, et j'aurais consenti à mettre cette considération de côté, si d'autres objections d'un caractère public ne s'étaient présentées.
Quoique je sois jusqu'à un certain point en faveur du commerce libre, je ne voudrais pas réduire ce pays à l'insignifiance. Et nous arriverons fatalement à ce résultat, si nous laissons le champ libre au commerce de nos voisins, qui, eux, nous ferment leur pays. J'approuve le mode adopté par l'inspecteur général des comptes, tout en regrettant la démission de l'honorable député de Montréal (M. John Young), qui remplissait les fonctions de commissaire des travaux publics avec un talent et une intégrité incontestables. Je crois que cet honorable monsieur, si partisan qu'il puisse être du commerce libre, ne devrait pas soutenir ce principe quand il n'est pas conforme aux intérêts du pays.
Je le répète, le chiffre du salaire n'aurait pas été un obstacle insurmontable à mon entrée dans le cabinet, mais nous n'avons pu nous entendre sur la question du Conseil législatif Je ne suis pas très en faveur d'une chambre haute élective, quoique je n'y suis pas non plus très opposé. Le pays a combattu pour cette réforme lorsque le Conseil législatif ne relevait pas de l'opinion publique, mais les raisons qui pouvaient faire désirer l'électivité de ce corps ont cessé d'exister. Je suis d'avis, cependant, que le système fonctionnerait mieux si les conseillers assistaient plus régulièrement aux séances.
Quand ce portefeuille me fut offert, je crus nécessaire de demander au chef du gouvernement s'il avait l'intention d'exiger un cens fondé sur la propriété. L'on apporte un changement radical dans la constitution du Conseil, et je voudrais qu'il n'alarmât personne. La propriété est l'élément qui doit gouverner le monde, et la propriété doit aussi régir la propriété. L'homme qui a acquis des biens est généralement intelligent, énergique et moral. Ce n'est pas tant la propriété que je considère que la garantie qu'elle offre que son possesseur doit être un homme économe, industrieux et honnête. J'ai donc insisté sur un droit d'éligibilité basé sur la propriété. Je désirais qu'il fdt porté à £2,000. Je me serais peut-être contenté de moins. Ceci peut
paraître une simple question de détail ; à mes yeux, c'est une question de principe, la base même de la mesure. Je crois que l'intention du cabinet est tout simplement de soumettre à la Chambre une série de résolutions pour sonder l'opinion des députés en attendant qu'il consulte le pays. Je ne doute nullement que ce mode d'action n'ait été adopté avec les meilleures intentions possibles, mais comme mes idées n'ont pas été partagées par le premier ministre, j'ai cru devoir décliner l'oifi'^ honorable qu'il m'a faite. Sur les autres points mon sentiment est parfaitement d'accord avec la politique du gouvernement.
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