L'ADMISSION DE LA COLOMBIE-BRITANNIQUE DANS LA CONFÉDÉRATION
A LA CHAMBRE DES COMMUNES
Après Tadmission de Manitoba dans la Confédération et rétablissement des territoires du Nord-Ouest, devait venir l'annexion de la Colombie-Britannique, à la session de 1871. La Colombie avait envoyé des délégués à Ottawa pour traiter celte question, et, après plusieurs conférences. Ton put arriver à des concessions mutuelles et à une entente satisfaisante. Sir Georges Cartier prit une part importante à ces négociations, et c'est lui qui fut chargé de présenter h la Chambre le bill accepté par les intéressés. Ce bill provoqua une discussion de trois jours et fut vivement combattu par les cbef^ libéraux qui étaient d'avis qu'il imposait des conditions trop onéreuses aux provinces confédérées. Le chef de la gauche, M. Mackenzie, ne voulait pas, notamment, que le gouvernement fédéral payât $100,000 par an, à perpétuité, ce qui représentait une somme équivalente à $2,000,000 pour la cession d'une étendue de terre à l'ouest ayant pour objet de faciliter la construction du chemin de fer du Paciflque. 11 s'opposait aussi à ce que le gouvernement s'engag(>dt à achever le chemin de fer du Pacifique, dans l'espace de dix années, à dater du mois de juillet 1871. Décidons plutôt, disait-il, que Ton commence les arpentages immédiatement et que l'on pousse la construction du chemin aussi promptement que possible. M. Cartwright exprima le doute que l'on pût bâtir 2500 milles de chemins de fer moyennant $100,000,000. Suivant M. Blake, le bill serait fatal à l'existence de la Confédération qui aurait à sombrer sous un pareil poids d'engagements. M. Dorion traita de ridicule l'assertion que le chemin pût être terminé en dix ans. S'il faut étendre la Confédération. diUil, faisons-là plutôt avec les 150,000 habitants de Terre- Neuve, les 100,000 de l'Ile du Prince-Edouard, qui valt^nt mieux que 10,000 blancs de la Colombie-Britannique ; les premiers sont des hommes fixés au pays, tandis que les autres sont des aventuriers errants. La construction du Pacifique est ime absurdité commerciale, ajouta M. Dorion, et
avant de l'entreprendre, achevons les canaux, ce que nous avons promis du reste. Les événements leur ont donné un éclatant démenti 1 Quatre amendements au bill furent soumis par MM. Jones (Halirax), Ross (Dundas), Mackenzie et Dorion, mais sans succès, tandis que la proposition de sir Georges Cartier rallia une majorité de 20 voix, 91 contre 71. Ce jour-là, le Canada put dire qu'il s*étendait d'un Océan à l'autre, de l'Atlantique au Pacifique !
M. rOratenr,
Je propose que la Chambre se forme en comité pour discuter les terme» de Tadmission de la Colombie-Britannique dans la confédération, et en faisant cette motion, je pense qu'il est de mon devoir de rappeler aux honorables membres l'importance de la question qui vous est soumise par le gouvernement.
Si nous songeons que dans quelques semaines ou quelques mois, le Canada verra ses limites étendues depuis l'Atlantique jusqu'au Pacifique, nous devrons être bien pénétrés de la grandeur du sujet qui va nous occuper.
U y a douze années seulement, la Colombie-Britannique s'érigeait en colonie, sous les auspices de lord Lytton ; et il y a à peine trois ans que trois petites provinces se sont réunies sous le nom de Puissance. Combien notre progrès a été rapide 1 Combien devenonsnous vite une nation sur la terre !
(Sir Greorges cite ensuite le discours fait par lord Lytton en 1858, lors de l'érection de la Colombie-Britannique en colonie.)
La politique de ce grand homme, dit-il, n'avait pas uniquement pour objet de soustraire cette colonie à la Compagnie de la Baie d'Hudson. Sa pensée avait entrevu le jour où la région qui s'étend de l'Atlantique au Pacifique ne serait plus qu'un seul et même pays.
Sir Georges retrace ensuite l'histoire de la Confédération, dont l'objet était d'unir et mettre ensemble toutes les provinces de l'Amérique britannique du Nord.
Je regrette beaucoup, dit-il, que l'honorable député de Shefford ne soit pas à son siège, et je déplore la triste cause de son absence. Il a toujours soutenu au gouvernement, que notre marche n'étAÎt pas assez rapide sous la Confédération, et il est d'avis que nos progrès seraient plus considérables si nous étions une nation indépendante. A l'époque où l'honorable député de Shefford émettait ces
opinions, le gouvernement effectuait l'acquisition du territoire de la Bivière-Bouge et reculait les limites du pays jusqu'aux Montagnes Socheuses. C'était là un grand pas de fait en l'espace de deux années. Maintenant qu'il s'agit de traverser les Montagnes Bocheuses, j'espère que l'honorable député va être satisfait. Il ne pourra certainement manquer de reconnaître que le gouvernement auquel est confiée la tâche d'administrer les affaires du Canada, n'a pas agi après tout, avec trop do lenteur.
Après avoir cité d'autres événements historiques, sir Georges Cartier passa au sujet de la discussion.
La Chambre, dit-il, par les documents qu'elle possède, connaît déjà les conditions qui règlent l'entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération. Elles sont, à quelques exceptions près, les mêmes que celles qui ont servi de base à la Confédération des autres provinces et ne diffèrent que légèrement des termes du projet d'union présenté à Terre-Neuve et à l'Ile du Prince-Edouard. Le gouvernement ne désire aucunement restreindre la discussion et ne posera pas, par conséquent, la question préalable. Mais il est de son devoir d'informer la Chambre que les arrangements contenus dans les résolutions, constituent un traité, et que, si on y faisait un seul changement, le projet tomberait.
Le ministère est décidé à s'en tenir aux présentes résolutions. Lors de la discussion par la législature do la Colombie-Britannique des conditions arrêtées par cette province et le gouvernement de la Puissance, l'on demanda qu'il fût permis d'amender l'article relatif aux droita de douane. Le gouvernement de la Puissance, considérant ce projet comme un traité, refusa d'accepter cette modification, parce qu'il était convaincu que tout changement en entraînerait d'autres, et ne produirait que de la confusion.
La Colombie-Britannique a adhéré aux résolutions telles que proposées, et en retour, elle demande que le Parlement canadien n'y fasse aucun changement.
La première résolution porte que la Colombie-Britannique a voté une adresse à Sa Majesté la Beine d'Angleterre, demandant à être unie au Canada selon les conditions conclues entre ses délégués et le gouvernement fédéral.
La seconde résolution contient l'ordre en conseil, où sont énoncées les conditions d'union. Afin de prévenir tout malentendu.
j'appellerai rattentioD sur les points qu'il importe le plus de oon> sidérer. La Colombie-Britannique, n'ayant aucune dette, a droit à recevoir du gouvernement général un intérêt de 15 pour cent par année. C'est le taux qui a été concédé à la Kouvelle-Ëcosse et au Nouvcau-Brunswick. La Colombie-Britannique recevra un subside de 80 centins par tête, en estimant sa population actuelle à 60,000 âmes, jusqu'à ce qu'elle ait atteint 400,000, à ce point, la subvention demeurera fixe. On dira peut-être que le chiffre initial do 60,000 est trop élevé ; mais, d'après les renseignements que le gouvernement possède, je suis certain que la population entièreblancs. Chinois et Indiens — n'est pas moindre. 11 faut se rappeler que les Indiens de la Colombie-Britannique sont une classe très utile ; ils ressemblent beaucoup, par leurs mœurs, leurs habitudes, aux Indiens établis à Caughnawaga et sur les réserves d'Ontario. Une autre preuve que le chiffre n'est pas exagéré, c'est que les droits de douane montent annuellement à $350,000. Or il est impossible que 19 ou 20,000 Européens, par exemple,consomment une quantité suffisante d'objets importés pour que la perception des droits produise autant. L'habitant de la Colombie-Britannique paie plus de droits de douane que l'habitant du Canada. Dans cette colonie, la taxe revient à $6 par tête, et quand même les droits de douane y seraient réduits à la proportion des nôtres, la population colombienne en paierait encore plus que celle du Canada. La Chambre, je pense, admettra que le gouvernement a bien agi en adoptant le chiffre de 60,000 âmes comme le nombre effectif des habitants. La Colombie-Britannique avait demandé que sa population fÏÏt évaluée à 120,000 âmes ; mais le gouvernement n'a voulu reconnaître que la donnée la plus certaine.
Je passerai maintenant à un autre point qu'on n'a pas discuté lors de l'union des autres provinces ; je veux dire les pensions à payer par suite de suppression d'emplois. On sait que la Colombie-Britannique a toujours été une colonie anglaise sans gouvernement responsable. En s'unissant au Canada, elle va devenir responsable de ses officiers locaux envers le gouvernement. Cette province possède plusieurs fonctionnaires nommés à vie, à qui l'annexion causerait du tort C'est pourquoi le gouvernement fédéral a résolu de donner à ces fonctionnaires des pensions suffisantes. On verra, par la dépêche du gouverneur, que le gouvernement peut, cependant, s'assurer leurs services sous l'obligation de leur payer, quand ils seront remerciés, les deux tiers de
leurs salairee. Ainsi il est probable que Ton n'aura pas à donner plus d'une ou de deux pensions.
En vertu de Tarticle 7, le gouvernement local de la Colombie- Britannique sera libre de maintenir son tarif. Le gouvernement fédéral ne croit pas devoir s'y opposer, ce tarif, étant plus élevé, rapportera d'avantage à la Puissance.
La question qui, je crois, soulèvera le plus la discussion est colle de l'établissement d'un chemin de fer pour relier la Colombie-Britannique au Canada. On a publié par tout le pays que le gouvernement entreprendrait de construire ce chemin de fer aux frais de l'Etat. Je déclare et affirme que telle n'est pas l'intention du gouvernement ; son intention est de favoriser la construction d'une compagnie dont l'entreprise serait subventionée principalement BOUS forme de concessions de terres. Le gouvernement n'épuisera point le trésor pour établir cette grande communication.
Nous avons obtenu que la Colombie-Britannique donnerait pour la construction du chemin une bande de terre de chaque côté de la ligne, comprenant en totalité 15,360,000 acres. Les terres, en Colombie, ne sont pas seulement propres à la culture, mais renferment aussi beaucoup de richesses minérales. On les a évaluées en moyenne à une piastre l'acre. C'est une évaluation très basse ; car, le long du chemin de fer du Pacifique Centi*al, il est défendu de vendre l'acre moins de $2.50. Pour assurer la confection du chemin, le gouveraement a résolu d'y affecter annuellement $100,000, ce qui ne représente que l'intérêt à 5 pour cent sur 2,000,000 d'acres de terre.
Lors de l'adoption de l'Acte du Manitoba, le gouvernement s'est réservé les terres dans le Nord-Ouest pour aider au chemin de fer projeté. Du lac Nipissing à Victoria, la distance est de 2,500 milles, et l'on a donné une zone de vingt milles de chaque côté do la ligne.
L'octroi de terres comprendra 64,000,000 d'acres. Comme le chemin s'étendra de six à sept cent milles à travers la province d'Ontario, nous avons lieu donc d'espérer que la législature de cette province fera une concession de terres de chaque côté du chemin ; elle serait de 9,000,000 d'acres.
Le gouvernement n'accordera aucune subvention d'argent qui aurait pour effet d'augmenter les taxes du pays.
M. Smith (Westmoreland). — Combien pensez- vous que ce chemin coûtera ?
Sir Georges. — Il coûtera ce que le peuple sera en état de payer sans augmentation des taxes. Un principe a présidé à la construction du chemin de l'er du Pacifique Central. Ce chemin a été établi entre Omaha et San-Francisco, distance de 1775 milles, moyennant une dépense de $52,000,000. Il y a eu subside d'argent payé par le gouvernement américain ; la compagnie n'a pas été dans la nécessité de toucher son octroi de terre. La ligne canadienne du lac Nipissing à Victoria sera plus longue de 700 milles seulement que la ligne américaine. On doit se rappeler que le Pacifique Central traverse, pendant une longue distance, un pays désert. Si notre chemin devait coûter le double du chemin américain, la dépense ne dépasserait donc pas $100,000,000.
Sir Georges parle ensuite dos sauvages de la Colombie-Britannique. Ce gouvernement, dit-il, a conseillé à la législature provinciale de céder ses terres au gouvernement fédéral comme le recommande le necrétaire d'Etat des Colonies ; et je pense que les destinées des Indiens ne peuvent être confiées à de meilleures mains. Le gouvernement britannique a toujours cherché à assurer lo bien-être aux populations indiennes.
Je ne saurais terminer ces explications sans indiquer aux honorables membres toute la grandeur de l'œuvre. Cette jeune Confédération est sur le point de s'étendre sur toute la portion nord du continent. Et quand on considère qu'il a fallu à nos voisins soixante années pour atteindre le Pacifique, où trouver dans Thistoire du monde, rien de comparable à notre merveilleuse prospérité ? J'ai toujours prétendu qu'une nation, pour être grande, doit avoir une puissance maritime. Voyez la Prusse et la Bussie : leur force est tiès considérable, mtôs peut-on la comparer à la puissance maritime de l'Angleterre ? Kon, elles ne peuvent soutenir la comparaison. Nous possédons la puissance matérielle à un très haut degré. Notre union avec les provinces du golfe nous a donné une marine à l'est, et maintenant notre union avec la Colombie-Britannique nous donnera une marine à l'ouest. Bientôt le voyageur anglais qui débarquera à Halifax, pourra en cinq ou six jours traverser toute une moitié du continent habitée par des sujets britanniques ^ Il faut nous faire une juste idée de la grandeur de notre pays.
> Paroles prophétiques : le trajet se fait aujourd'hui en 135 heures, moins de six jours.