SÉLECTION DE
est réduit à critiquer à tort ma conduite comme homme public. S'il ne s'attaquait pas à moi, il lui faudrait vous reparler encore et toujours de sa jeunesse, de son ardeur juvénile, de ses intentions. Il se présente donc à vos suffrages en se posant en critique de mon passé. A votre aise, monsieur Jette ! mais, en vérité, sur ce terrain, je puis trop facilement me défendre.
M. Jette se réclame d'être du parti national, mais le parti qui m'oppose et qui nous oppose n'est pas le parti national, c'est le parti annexionniste. Plus ce parti change de nom, moins il varie !
Mon adversaire a abordé une question, résolue il y a cinq ans. U s'est mis en frais de montrer sous un faux jour le nouveau système politique, qui a pourtant mis fin aux querelles intestines, consacré les droits des catholiques, assuré aux Canadiens- Français le libre exercice de leurs privilèges dans la province de Québec, inauguré une ère de prospérité qui nous permet de fonder les plus belles espérances sur l'avenir.
U trouve, par exemple, à redire à la Confédération, parce qu'elle a établi la représentation aux Communes sur la population. Mais oublie-t-il que les rôles maintenant sont changés, que nous n'avons plus les mêmes raisons qu'autrefois de combattre ce principe, que nous formons la majorité de la province de Québec, que nous avons un contrepoids sérieux contre Ontario dans légalité de représentation au Sénat, que les autres provinces de l'Est sont intéressées à marcher avec nous pour recevoir au besoin protection, et que nous n'avons rien à craindre.
Non, il ne l'oublie pas, mais il feint de l'oublier. Il sait bien aussi qu'avant la Confédération, j'ai combattu toute idée de représentation basée sur la population; il sait bien aussi que ses amis, Donon, Papin & de., prêtaient alors la main aux desseins des Brown et des Mackenzie, et que leur trahison faisait notre faiblesse. Remarquoz-le bien, Messieurs, dans les provinces unies les catholiques étaient moins nombreux que les protestants, et les rouges marchaient avec nos ennemis !
L'alliance des chefs de M. Jette avait tellement animé le Haut-Canada, que nous ne pouvions résister davantage à ses demandes.
Il y avait une autre cause de différends : les écoles. Ce sont mes amis et moi qui avons combattu pour les écoles séparées, et nous les avons obtenues. Que faisaient pendant ce temps les amis de M. Jette ! Ils s'efforçaient, avec MM. Dorion et Papin à leur tête, d'introduire
le système des écoles mixtes, non-seulement dans le Haut-Canada, mais aussi dans le Bas.
Et ce sont ces mêmes hommes qui veulent faire croire que je suis partisan des écoles mixtes. Jamais, Messieurs ! C'est un mensonge. Je désapprouve la loi du Nouveau-Brunswick ; mon désir est que les catholiques de cette province soient mieux traités par la majorité protestante, que nous prêtions aide et soutien à nos coreligionaires, en nous servant des moyens à notre disposition. J'ai voté en Chambre pour la motion Colby. Or, cette motion est une désapprobation formelle de la loi, puisqu'elle demande à la législature du Nouveau-Brunswick d'amender la loi, à sa plus prochaine session, de manière à faire disparaître les justes sujets de mécontentement des catholiques de cette province. Je sais, en outre, que cette déclaration a satisfait les autorités religieuses qui doivent être plus soucieuses que mes adversaires de la doctrine dans l'enseignement public. Bref, M. Jette vous a parlé des écoles du Nouveau-Brunswick comme quelqu'un qui n'y voit goutte. C'est une question qu'il doit approfondir.
Suivant lui, la constitution nous donnait le pouvoir de désavouer la loi provinciale ; où a-t-il vu cela ? Se croit-il donc pluji fort que tous les légistes, tous les hommes les plus autorisés du Parlement et du pays, même parmi nos adversaires, ses amis comme MM. Blake et Mackenzie, qui n'osant pas se prononcer,' ont voulu soumettre la question au comité judiciaire du Conseil Privé en Angleterre.
(Sir Georges commençait à développer cette question, lorsque les soutiens de M. Jette commencèrent à crier. Il fut impossible de les calmer. Alors une mêlée générale s'engagea. La police essaya vainement de séparer les combattants autour de l'estrade et de rétablir l'ordre. Les adversaires de M. Cartier, chassés du terrain par ses amis, reparurent un instant après, armés de manches de haches et de gourdins, et annoncèrent leur arrivée en lançant une grêle de pierres sur Testrade et sur les électeurs qui l'entouraient Les amis de M. Cartier les repoussèrent de nouveau, leur inspirant cette fois une crainte salutaire. M. Coursol, maire de Montréal, bravant les menaces des perturbateurs de l'ordre public, se jetta résolument au milieu de la foule, et son sang froid et sa bravoure ne contribuèrent pas peu à rétablir la tranquilité. Après le retour de ses partisans, sir Greorges reprit la parole et dit :)
Messieurs, — Comme vous en avez été témoins vous-mêmes, nous avions laissé M Jette parler librement. Yous venez de voir