‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 4 sur 286 · LE CHEMIN DE FER MONTRÉAL ET PORTLAND · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DE FER MONTRÉAL ET PORTLAND

je désire vous inspirer, s'il est possible, un zèle plus ardent encore pour une œuvre véritablement nationale.

A Tépoque actuelle, il est impossible qu'un pays jouisse d'une grande prospérité sans chemins de fer. Permettes-moi de jeter un coup d'œil sur ce qui se passe en Europe. Là, ce sont précisément les nations qui ont été les premières à construire des chemins de fer, qui sont à la tête du commerce et de l'industrie. Voyez l'Angleterre, la Belgique et la Franco : chacun de ces pays a sillonné son territoire de lignes nombreuses, et qui se prolongent jusqu'à ses frontières. Dans les contrées où il n'y avait pas de voies ferrées, on commence actuellement à en établir. L'Espagne même, ce pays déchu et infortuné, est sur le point de construire des chemins de fer, et elle les considère non seulement comme des moyens de communication commerciale, mais comme des moyens de mettre fin à l'anarchie et à la guerre civile.

Eh bien, résolvons-nous aussi d'avoir nos chemins de fer, pour les souder à ceux d'un peuple entreprenant, séparé de nous par une ligne imaginaire, par une ligne qui, hélas ! ne devient que trop visible, lorsque nous faisons contraster notre apathie et notre paresse, avec l'activité incessante, l'énergie fébrile et l'esprit d'entreprise de nos voisins. Les Etats-Unis peuvent servir d'exemple aux peuples d'Amérique et même à ceux d'Europe. En soixante ans, leur population s'est augmentée de 2,000,000 à 20,000,000 d'âmes, et ce peuple, qui n'avait aucune importance parmi les nations, s'est placé au premier rang par son énergie politique, commerciale et industrielle. Ce n'est pas le moment de signaler toutes les causes de sa grandeur, mais nous devons en noter quelques-unes en passant, et l'une de celles-là est la facilité des communications par les chemins de fer et les canaux.

Les Américains n'ont pas seulement enrichi leur pays, en activant le commerce et l'industrie, mais ils l'ont aussi peuplé, en y attirant des émigrés de toutes les parties du monde. Un homme qui vient d'Europe choisira certainement le pays le plus commode, le pays où il pourra voyager le plus promptement, et l'émigré sait qu'il peut en trois ou quatre jours se transporter d'une extrémité à l'autre des Etats-Unis. Je dois faire remarquer aussi que chaque ville, qui a l'avantage de devenir l'aboutissant d'un chemin de fer, voit doubler la valeur do ses propriétés : témoin Bufifalo, Albany, Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore, et grand nombre d'autres villes,

Il n'y a aucun doute que le même sort attend Montréal. Occupons-nous donc un peu du chemin dont il s'agit et qui provoque trois questions : doit-il être fait ? pouvons-nous le faire ? serait-il profitable ?

Je ne m'attacherai pas à discuter si ce chemin doit être bâti, car cette question a été traitée par ceux qui ont parlé avant moi. Je me contenterai de dire avec eux que la prospérité de Montréal dépend de sa position comme entrepôt du commerce do l'Ouest, que les changements opérés dans les lois des céréales ont mis ce commerce en danger, et que nous ne pouvons le conserver, si nous no nous assurons pas les meilleurs moyens de transport depuis les eaux do l'Ouest jusqu'à l'Atlantique par nos canaux et par ce chemin de fer.

A la seconde question, pouvons-nous le faire ? je réponds oui, nous le pouvons. Tous les moyens sont entre nos mains. Que les grands et les petits capitalistes, que les grands et les petits propriétaires prennent des actions ! Elles no sont que de cinquante louis ; ces actions sont payables par petits versements, et même avant de les avoir payées en entier, vous pourriez en disposer avantageusement. Dans tous les pays, spécialement aux Etats- Unis, on regarde les chemins de fer comme l'un des meilleurs placements.

A la troisième question, le chemin serait-il profitable ? il suffit d'examiner la condition géographique du pays, pour répondre affirmativement. Le Canada est placé sur une ligne de communication entre les Etats de l'Ouest et les Etats de l'Est, de manière à nous permettre de passer les produits des uns chez les autres. Si donc, par le moyen de ce chemin de fer, nous pouvions établir des communications moins dispendieuses entre ces Etats, non seulement nous travaillerions pour nos propres intérêts, mais aussi pour ceux de nos voisins, puisque rien ne saurait être plus avantageux que de leur ouvrir la route la plus facile depuis les lacs jusqu'aux meilleurs ports de l'Atlantique.

Nous sommes précisément dans la position qu'occupait la Belgique en 1831. Séparée de la Hollande, elle se trouvait obligée de commercer avec quatre millions d'habitants au lieu de douze millions avec qui elle trafiquait auparavant. Pour échapper à la ruine, le gouvernement, par la loi du 1er mai 1834, décida de construire on grand nombre de chemins de fer, qui, partant de MalineSj comme point central, allèrent rayonner dans toutes les

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