‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 42 sur 286 · L'INDÉPENDANCE DES DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

L'INDÉPENDANCE DES DÉPUTÉS

PRONONCÉ LE 3t MARS 1856

A cette séance, M. Laberge proposa de changer la loi relative à l'indépendance des membres de TAssemblée législative. << Plusieurs députés, dit-il, sont salariés par le gouvernement et peuvent être accusés, à tort ou à raison, de n*étre que les instruments du gouvernement qui les paie. Aussi estril urgent de passer une loi qui sauvegarde d'une manière plus efficace l'indépendance et l'honneur de la Chambre en déclarant inéligibles les personnes qui recevront d'une façon quelconque un traitement du gouvernement." M. Cartier répondit à M. Laberge dans le discours qui suit, puis M. Evanturel vint à la rescousse du député d'Iberville. M. Loranger, qui était évidemment visé, prononça un discours très digne ; après quoi. M. Smith, ;u)lliciteur général, proposa le renvoi du bill à trois mois, ce qui fut adopté par 61 voix contre 42.

M. l'Orateur,

Sons prétexte de sauvegarder rindépendance et Thonneur de la Chambre, Thonorable député dlberville, (M. Charles Laberge) vient de proposer une mesure très particulièrement dirigée contre certains membres. Il eût bien mieux valu avouer son véritable but, qui est d'éliminer trois députés honorables, ceux de Laprairie, de Québec et des Trois-Eivières.

On parle beaucoup de l'indépendance de la Chambre ; on y prend un grand intérêt, comme si elle se trouvait réellement en danger ; mais j'ose dire qu'elle est suffisamment protégée par la

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loi qni déclare qu'un foncliouDairo du gouvernement ne peut ùéger parmi nous. Néanmoins l'honorable député d'Iberville n'est pas satisfait, il demande qu'un député ne reçoive jamais aucune rétribution pour les services qu'il aura pu rendre i, la province. Que résulterait- il de cette mesure 7 Que des hommes éroiiicntH, intègres, d'une honnêteté établie, comme les bononiblcH députÛH de Québec (M. Chabot) et de Laprairie (M. Lorani;er), ne pourraient jamais faire profiter la province de leui-s étude» 8péciale«. TjC pi-omier, par exemple, nommé membre de lu c"mmiseion iwigneuriale, |>osHède pour sa fonction des spécialité» qu'on trouverait difHcilemont ailleurs ; c'est & ses seuls talents, à sa réputation, qu'il a dû d'être choisi parmi tant d'autres qui briguaient cette charge. Le second, tout le pays sait à quelle hauteur il s'est élevé par sa plaidoirie devant la Cour seigneuriale, en faveur dos censitaires. Ce sont là dos services difficiles à obtenir, des services dont le paya gardera mémoire, et qui, pourtant, n'auraient jamais été rendus, si la proposition du député d'Iberville avait été adoptée & une acsÉMon antérieure. Et, bous prétexte de mettre notre indépendance à l'abri d'une tentation problématique, on aurait privé les censitaires do cette plaidoirie magistrale. Je ne mets nullement en doute le mérite des autres avocats qui ont tiguré dans cette cause célèbre ; de part et d'autre, il y a eu un rare déploiement de conntti».-<uncca légales et de talent oratoire. Mais la palme a été remportée par l'honorable député de Laprairie, qui a jeté des flots de luiniè™ sur la question. C'est un compliment que je ne lui ai encore jamais décerné, connaissant sa modestie, mais que les circonstances justîtient en ce moment. Oui, le premier magistrat de notre province, l'homme dont noua nous glorifions toua, l'honoi'able H. La Fontaine, a dit que, par l'étendue de hcm connaissances légale», l'élégance de sa inirulo et la force do son argumentation, le député de La]irairic a brillé au premier rang. Et ce jugement, sans doute impartial, a été corroboré par bien d'autres personnes compétentes. Je ne saurais donc accepter une proposition qui empêcherait les hommes les plus éminents do rendre sen'ice à leur i>ays. De plus, la mesuixi jji-oposée implique une censure contre l'administi-ation qui a cru devoir mettre à pnitit le talent et l'honnêteté, là ofk elle les a trouvés, dans le véritable intérêt du peuple. Pour toutes ces raisons, je crois qu'elle doit être repoussée.

SUR

L'INSTUDCTION SUPÉRIEDRE DANS LE BAS-CANADA

PRONONCé LE 1er AVRIL 1856

A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

A la session de 1856, M. Cartier saisit la législature de la question de rinstruction publique dans le Bas-Canada. Il présenta deux projets de loi qui causèrent des changements considérables. L'un amendait les Actes des écoles communes de 1846-49-53, créait un conseil de rinstruction publique, et permettait aux municipalités scolaires d'élever leurs cotisations. L'autre décrétait l'établissement d'écoles normales dans le Bas-Canada, et créait un fonds permanent de $88,000, destiné à l'enseignement supérieur. Trois écoles normales furent inaugurées en conséquence, l'année suivante : l'école normale Laval à Québec, l'école normale Jacques-Cartier et l'école normale McGill à Montréal. Ces deux mesures soulevèrent des débats considérables. M. J.-B.-E. Oorion, député de Drumraond et Arthabaska, proposa d'affecter le revenu des biens des Jésuites à l'instruction primaire au lieu de l'instruction supérieure, mais il ne put rallier que 27 députés, au nombre desquels se trouvaient MM. A. -A. Dorion et Papin. Ce dernier proposa môme une motion demandant l'établissement d'écoles mixtes au fV^is de l'Etat, et d'où tout enseignement religieux serait banni. Il soutint que l'éducation doit être morale et intellectuelle, mais qu'elle ne peut être religieuse dans un pays où plusieurs confessions existent comme au Canada. " Il ne peut, disait-il, y avoir de religion d'Etat, et s'il en est ainsi, l'Etat ne peut en aucune façon donner de l'argent pour l'enseignement d'aucune foi religieuse. Le mode d'éducation suivi jusqu'à ce jour a été loin d'être satisfaisant. Il nous faut un système général applicable à toutes les parties* de la province, et qui satisfasse les catholiques et les protestants." Cette motion qui sapait à sa base l'enseignement religieux, ne fut appuyée que par 19 députés, MM. A.-A. Dorion, Joseph Papin, George Brown, Charles Daoust, etc.

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