‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 90 sur 286 · LB CANADA ET LES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

LB CANADA ET LES ÉTATS-UNIS

aujomxl'hai de plus de 1,300,000. L'honorable député nous a dit aussi que la dette publique s'élève à plus de $54,000,000, quand elle ne dépasse pas en réalité $35,000,000.* Sa base d'argumentation est donc absolument fausse.

Je ne crois pas à la vertu de sou remède. Il est vrai que la constitution de l'Etat de New-Tork a restreint jusqu'à un certain point le pouvoir d'emprunter ; mais elle n'a pas empêché son gouvernement de porter la dette à plus de $10,000,000.

L'honorable député de Lincoln doit connaître assurément l'histoire du bill qui affectait $9,000,000 à l'agrandissement des canaux de l'Etat ; eh bien, sa prétention s'est-elle réalisée dans ce cas ? Loin de là, l'on s'est aperçu au bout de quelques années que l'on ne pouvait pas maintenir le fonds d'amortissement que Ton avait créé pour éteindre la dette. Pour exécuter les réparations nécessaires au canal de l'Erié et aux autres canaux, les autorités de l'Etat, agissant sur l'avis d'avocats éminents, notamment de M. Webster, émirent des obligations pour un montant de $9,000,000, payables à même le revenu des canaux de l'Etat. Des contrats furent adjugés pour au moins un million et demi, avant que les fonds fussent prélevés. Il en résulta que la loi fut attaquée devant les tribunaux et frappée de nullité. Il fallut subséquemment amender la constitution pour obtenir le pouvoir d'émettre $10,000,000 d'obligations.

M. Meeeitt.— C'est $14,000,000.

M. Cartier. — Je ne vois guère les bienfaits de cette constitution. Elle n'a pas empêché l'Etat de s'endetter puisqu'on l'a amendée afin de parer à une illégalité. Il ne suffirait donc pas d'adopter la constitution tant vantée par le député de Lincoln pour trouver le remède aux maux dont il se plaint.

Au reste, je ne connais pas une seule constitution, qu'elle prenne la forme du despotisme oriental, d'une monarchie modérée ou absolue, ou d'une démocratie complète, qui ait pu empêcher un Etat d'augmenter sa dette suivant le progrès de la population et ses besoins ou ses intérêts. Prenons pour exemple l'Angleterre. En 1800, elle prélevait un revenu plus considérable qu'aujourd'hui, bien que les trois îles n'eussent pas plus de dix-sept millions d'habitants. La paix conclue en 1815, la nation augmenta le

> Les emprunts que nous avions contractés jusqu'alors en Angleterre s'élevaient à plus de j&7,000,000 sterling, mais ce montant était représenté par des améliorations publiques pour à peu près le môme montant.

nombre de ses habitants tout en r^uisant la dépense. Â tel point que dorant les huit dernières années, elle a pu, avec un revenu de £50,000,000, payer Tintérôt de la dette publique, subvenir aux lirais du gouvernement et avoir un excédent de £2,000,000. La guerre des Indes l'oblige présentement d'avoir un revenu de £63,000,000; cela ne durera pas longtemps. Et on ne pourrait pas dire que l'Angleterre d'aujourd'hui, malgré sa dette, est plus pauvre que l'Angleterre d'il y a sept ans quand elle devait moins.

Je pourrais arriver à la même conclusion si j'invoquais l'histoire de la France. Mais voyons ce qui se passe chez nos propres voisins puisqu'il s'agit surtout d'eux. La dépense de la république a augmenté d'une façon tellement alarmante qu'il lui faut aujourd'hui $75,000,000 quand $25,000,000 lui suffisaient il y a vingtcinq ans. Cela représente pour une population de 25,000,000 une capitation de $3, outre une capitation moyenne pour chaque Etat de $1.50, soit en tout $4.50 par tôte. Comment peutron prétendre que le gouvernement du Canada coûte plus cher quand il lui faut subvenir aux frais do l'administration do la justice et de l'instruction publique, qui représentent bien $2 par individu. Nos frais comme gouvernement n'excèdent pas $600,000, et le reste sert à payer l'intérêt sur le capital engagé dans les travaux publics qui rendent la position du Canada si enviable. En fait, il n'y a pas de pays qui soit administré à aussi bon marché que le Canada, ou qui distribue les deniers publics d'une façon aussi judicieuse. Je ne sache pas de pays, par exemple, qui dépense plus que nous pour l'instruction publique, ou pour des travaux publics qui diminuent le coût de la vie.

L'honorable député de Lincoln s'est évertué à nous citer l'Etat de New- York comme un modèle à suivre. C'est ce que nous allons voir. Quoiqu'il contienne une population de plus de 4,000,000 d'fimes, il ne peut faire face à ses obligations que par des emprunts. Passons à un autre Etat, celui de la Pennsylvanie, que Ton regarde comme la clé de la république. Sa dette dépasse $40.000,000, dont $20,000,000 proviennent des capitalistes anglais : quels intérêts énormes ne lui faut-il pas payer ?

J espère que l'honorable député ne nous citera jamais les Etats- Unis comme un exemple d'économie. Y a-t-il une cité dans le monde aussi extravagante et aussi mal gouvernée que la cité de New- York ? Ses impôts annuels s'élèvent à plus de $10,000,000, qui, joints à l'intérêt annuel qu'elle prélève sur le marché de l'Etat,

Page 1