Discours du président. Progrès du Canada français depuis la Confédération
Progres du Canada Frangais depuis la Confederation Par Francis J. Audet, M.S.R.C.
(Lu a la reunion de mai 1927)
Les anniversaires nationaux devraient etre celebres avec eclat par un peuple qui “se souvient” des hauts faits qu’ils rappellent ou des grands hommes que 1'on veut honorer. Le gouvernement canadien et le peuple tout entier ont sagement decide de commemorer comme il convient le soixantieme anniversaire de la Confederation et Ton est actuellement k faire de grands prepara tifs pour 1’occasion. La Soci6t<§ Royale du Canada n’a pas voulu demeurer en reste de generosite et son conseil a cru devoir demander aux presidents des sections de rappeler, chacun dans sa sphere d’action, les progres du pays depuis cette date memorable dans les annales du Canada, qu’est le ler juillet 1867. Nous rendant avec plaisir a cette invitation, nous allons esquisser a grands traits une revue des progres accomplis par les n6tres tant dans le domaine des arts, des sciences et de la litterature, qu’au point de vue social, politique et materiel. Le sujet est vaste et exigerait des developpements qu’il est impossible de tenter dans un bref discours. II nous faut condenser le recit en quelques phrases.
Avec l’annee 1867, une ere nouvelle s’ouvre dans Involution politique du pays, grace surtout a deux hommes de genie, Cartier et Macdonald, qui furent les deux principaux auteurs du nouveau regime.
Vingt ans auparavant, le Canada avait conquis de haute lutte, le gouvernement responsable. Mais des difficultes devenues insurmontables exigeaient une nouvelle forme de gouvernement. L’on ne pouvait reculer ni rester stationnaire, il fallait aller de l'avant. C’est alors que fut reprise l’idee deja ancienne de reunir toutes les possessions anglaises de l’Amerique du Nord sous un seul gouvernement. Apres quelques tfitonnements inevitables, les Peres de la Confederation reunis h Quebec sous la presidence de l’honorable Etienne-Pascal Tach6, deciderent d’adopter la forme federative de gouvernement comme convenant mieux aux interets provinciaux et generaux du
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Canada, qu’une simple union legislative. Trois ans plus tard, c’est-adire le ler juillet 1867, la Confederation canadienne devenait un fait accompli et, quelques annees apres, par l’adjonction de nouveaux territoires et de nouvelles provinces, elle s’etendait de l’Atlantique au Pacifique et, vers le nord, jusqu’a l’Ocean Arctique.
L’accroissement de la population, le developpement de l’agriculture et du commerce dans les Territoires du Nord-Ouest necessiterent, en 1905, la creation de deux nouvelles provinces, ce qui portait a neuf le nombre des provinces canadiennes, de quatre qu’elles etaient au debut.
Pour relier les diverses parties de ce vaste empire, il fallait des chemins de fer. L’Intercolonial, puis le Pacifique Canadien furent bientbt construits. Le Grand Tronc se developpa et s’annexa plusieurs voies ferrees locales, surtout dans l’Ontario, puis vinrent le Canadien Nord et le Grand Tronc Pacifique. Toute une serie de canaux apporta son aide aux chemins de fer et augmenta les moyens de transport a l’interieur du pays. Plus tard, Ton s’occupa des routes carrossables et, a l’heure actuelle, eu egard a sa population et au territoire occupe, le Canada ne le cede a aucun pays sous le rapport des routes de toutes sortes ouvertes au commerce, a l’industrie et au tourisme.
Quant au commerce exterieur, de nombreuses lignes de chemins de fer et de vapeurs relient le Canada au reste de l’univers. La population qui n’etait guere que de 3,500,000 ames se chiffre maintenant a plus de 9,300,000, c’est-a-dire qu’elle a presque triple en soixante ans. La population de langue frangaise a maintenu sa proportion, ou presque, malgre une forte emigration aux Etats-Unis, mais elle ne reste plus cantonnee dans la seule province de Quebec; elle s’est eparpillee un peu partout; toutes les provinces en possedent un plus ou moins fort contingent qui fait boule de neige.
Le commerce avec I’etranger, evalue a $131,000,000 en 1867, est monte en 1926, au chiffre formidable de $2,256,000,000, c’est-a-dire qu’il est aujourd’hui de plus de dix-sept fois le chiffre de 1867. La production de la principale industrie du pays, celle de l’agriculture, est passee de $19,764,000 a $797,000,000; elle est done aujourd’hui plus de quarante fois plus elevee qu’alors. Les autres industries ont de meme suivi une marche ascendante pour le moins equivalente. Nous ne ferons que mentionner en passant les industries miniere et forestiere, celle du fer et de l’acier, celle du papier et de la pate de bois, et le developpement constant, et colossal depuis quelques annees, de nos forces hydrauliques. En un mot, le developpement de nos ressources naturelles a fait un pas de g£ant. Nous avons done
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raison d etre satisfaits et de nous rejouir du resultat, et la prophetie de Sir Wilfrid Laurier est en train de se realiser. Le vingtieme siecle, en effet, semble bien devoir etre le siecle du Canada.
Si nous passons maintenant du developpement politique et materiel du pays au progres intellectuel et social des Canadiens de langue frangaise, il y a lieu egalement de nous feliciter, car celui-ci n’a pas ete de moindre envergure. L’instruction publique a progress6 plus que normalement. Le nombre de colleges classiques, commerciaux, agricoles et autres a beaucoup augmente. Deux universites ont ete creees, celle de Montreal et celle d’Ottawa, et notre vieille university Laval a marche hardiment dans la voie du progres. L’Ecole Polytechnique de Montreal, celle des Hautes Etudes commerciales de la raeme ville, des ecoles normales, des ecoles techniques ont vu le jour, ont grandi et prospere. L’instruction primaire s’est developpee sur tous les points du territoire, et hilliterature, s’il nous est permis d’employer ce neologisme, est presqu’ entierement disparue du Canada frangais. En tout cas, elle diminue de jour en jour et nous sommes sur ce point aussi avances, sinon plus, que les autres races qui habitent le pays.
Pour constater le progres de la litterature canadienne de langue frangaise en ses diverses manifestations, il suffit de jeter un regard sur les ouvrages d’histoire et de critique litteraire de notre estime collegue, Mgr Camille Roy, le distingue recteur de huniversite Laval; sur l’Histoire de la litterature canadienne, par Edmond Lareau; sur l’Anthologie des poetes canadiens, de Jules Fournier; sur les Etudes de Charles ab der Halden; sur le Precis d’Histoire des Litteratures frangaise, canadienne frangaise, etc., publie par les Soeurs de Sainte-Anne de Lachine, et dont l’auteur a discretement garde l’anonymat; et sur plusieurs autres travaux du meme genre qu’il serait trop long d’enumerer. En parcourant ces ouvrages, on s’apercevra du pas deja grand qu’a fait notre jeune litterature depuis 1867 et surtout depuis le commencement du vingtieme siecle.
“De 1860 a 1900, dit hauteur anonyme du “Precis,” cette epoque est caracterisee par une enthousiaste activite litteraire a base de patriotisme. Presque tous les ecrivains d’alors aspirent a cr£er une litterature vraiment canadienne et par consequent originale. Malgr6 leurs nobles ambitions, ils restent encore imitateurs; mais l’elan est donne, les esprits sont avertis et les lettres canadiennes entrent dans la voie du progres et de l’honneur.
“De 1900 a nos jours, ajoute cet auteur, periode contemporaine, remarquable par l’abondance des productions, un art plus parfait,
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et surtout par ce qu’on appelle “la nationalisation'1 de notre litterature.”
La partie historique de notre litterature est peut-etre celle qui a fait le plus de progres, c’est du moins celle qui a occupe le plus d’auteurs. Des societ6s historiques se sont formees ci et la et ont donn6 une impulsion nouvelle k l’etude de l’histoire du Canada. Des revues historiques ont vu le jour et ont notablement contribue au succ£s de cette 6tude. Les Archives du Canada et celles de la province de Quebec ont 6t6 organisees et, sous l’habile direction d’hommes devoues et £clair6s, elles sont devenues des sources vives et abondantes ou puisent largement nos historiens et nos professeurs d’histoire.
Quant k la litterature proprement dite (c’est-a-dire au sens restreint du mot), la po6sie, le roman, la critique litteraire, le nombre des auteurs a consid^rablement augment^ et la qualite des oeuvres s’est aussi grandement amelioree. Plusieurs de nos ecrivains ont 6t6 couronnes par l’Academie Frangaise et nous avons meme aujourd’hui, des docteurs de la Sorbonne, du College Canadien a Rome, de l’Academie Romaine de Saint-Thomas d’Aquin, des gradues d’Oxford, de Paris, etc. II y a done eu progres marque sur toute la ligne, et ce progres peut etre avantageusement compare a celui de nos compatriotes de langue anglaise.
Le theatre canadien n’existe pas ou, s’il existe, ce n’est encore qu’a l’6tat embryonnaire. Peu d’oeuvres ont vu le jour et aucune d’elles ne merite une mention speciale. Et tant que durera l’engouement du public pour le cinema, le th^tre n’aura guere de chance de naitre en pays canadien.
Des bibliotheques publiques, paroissiales, universitaires et collegiales ont ouvert leurs portes, montrant des rayons surcharges de livres de toutes sortes, et mettant a la disposition des lecteurs et des travailleurs, des tresors inestimables.
Des 1881, le marquis de Lome, alors gouverneur general du Canada, homme d’une haute culture, croyait les lettres et les sciences canadiennes assez avancees pour creer la Societe Royale du Canada. Deux sections de litterature, l’une frangaise, l’autre anglaise, et deux sections scientifiques formerent cette nouvelle societe. Une troisieme section scientifique lui a ete ajoutde depuis. Les quarante et quelques volumes des m<§moires de cette societe contiennent des travaux de premier ordre et qui ne depareraient aucunement les rayons des grandes bibliotheques 6trangeres. D’autres soci^tes, s’occupant de literature, d’histoire, de science sociale, sont venues ajouter leur quote-part k l’avancement general.
Les beaux-arts ont a leur credit des oeuvres fort remarquables.
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