T. MICHAEL
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le mot positif, consiste dans sa tendance nécessaire à substituer partout le relatif à l'absolu. Mais ce grand attribut, à la fois scientifique et logique, est tellement inhérent à la nature fondamentale des connaissances réelles, que sa considération générale ne tardera pas à se lier intimement aux divers aspects que cette formule combine déjà, quand le moderne régime intellectuel, jusqu'ici partiel et empirique, passera communément à l'état systématique. La cinquième acception que nous venons d'apprécier est surtout propre à déterminer cette dernière condensation du nouveau langage philosophique, dès lors pleinement constitué, d'après l'évidente affinité des deux propriétés. On conçoit, en effet, que la nature absolue des anciennes doctrines, soit théologiques, soit métaphysiques, déterminait nécessairement chacune d'elles à devenir négative envers toutes les autres, sous peine de dégénérer ellemême en un absurde éclectisme. C'est, au contraire, en vertu de son génie relatif que la nouvelle philosophie peut toujours apprécier la valeur propre des théories qui lui sont le plus opposées, sans toutefois aboutir jamais à aucune vaine concession, susceptible d'altérer la netteté de ses vues ou la fermeté de ses décisions. Il y a donc vraiment lieu de présumer, d'après l'ensemble d'une telle appréciation spéciale, que la formule employée ici pour qualifier habituellement cette philosophie définitive rappellera désormais, à tous les bons esprits, l'entière combinaison effective de ses diverses propriétés caractéristiques.
Quand en recherche 1 origine fondamentale dune telle manière de philosopher, on ne tarde pas à reconnaître que sa spontanéité élémentaire, coïncide réel-
lenient avei Lea premiers exercices pratiques de la rai son humaine : car, l'ensemble des explications indiquées dans ce Discours démontre clairement que tous ses attributs principaux sont, au fond, les mêmes que ceux: du bon sens universel. Malgré l'ascendant mental de la plus grossière théologie, la conduite journalière de la vie active a toujours dû susciter, envers chaque ordre de phénomènes, une certaine ébauche des lois naturelles et des prévisions correspondantes, dans quelques cas particuliers, qui seulement semblaient alors secondaires ou exceptionnels : or, tels sont, en effet, les germes nécessaires de la positivité, qui devait longtemps rester empirique avant de pouvoir devenir rationnelle. Il importe beaucoup de sentir que, sous tous les aspects essentiels, le véritable esprit philosophique consiste surtout dans l'extension systématique du simple bon sens à toutes les spéculations vraiment accessibles. Leur domaine est radicalement identique, puisque les plus grandes questions de la saine philosophie se rapportent partout aux phénomènes les plus vulgaires, envers lesquels les cas artificiels ne constituent qu'une préparation plus ou moins indispensable. Ce sont, de part et d'autre, le même point de départ expérimental, le même but de lier et de prévoir, la même préoccupation continue de la réalité, la même intention finale d'utilité. Toute leur différence essentielle consiste dans la généralité systématique de l'un, tenant à son abstraction nécessaire, opposée à l'incohérente spécialité de l'autre, toujours occupé du concret.
Envisagée sous l'aspect dogmatique, cette connexilé fondamentale représente la science proprement dite coEame un simple prolongement méthodique cU
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sagesse universelle. Aussi, bien loin de jamais remettre en question ce que celle-ci a vraiment décidé, les saines spéculations philosophiques doivent toujours emprunter à la raison commune leurs notions initiales, pour leur faire acquérir, par une élaboration systématique, un degré de généralité et de consistance qu'elles ne pouvaient obtenir spontanément. Pendant tout le cours d'une telle élaboration, le contrôle permanent de cette vulgaire sagesse conserve d'ailleurs une haute importance, afin de prévenir, autant que possible, les diverses aberrations, par négligence ou par illusion, que suscite souvent l'état continu d'abstraction indispensable à l'activité philosophique. Malgré leur affinité nécessaire, le bon sens proprement dit doit surtout rester préoccupé de réalité et d'utilité, tandis que l'esprit spécialement philosophique tend à apprécier davantage la généralité et la liaison, en sorte que leur double réaction journalière devient également favorable à chacun d'eux, en consolidant chez lui les qualités fondamentales qui s'y altéraient naturellement. Une telle relation indique aussitôt combien sont nécessairement creuses et stériles les recherches spéculatives dirigées, en un sujet quelconque, vers les premiers principes, qui, devant toujours émaner de la sagesse vulgaire, n'appartiennent jamais au vrai domaine de la science, dont ils constituent, au contraire, les fondements spontanés et dès lors indiscutables ; ce qui élague radicalement une foule de controverses, oiseuses ou dangereuses, que nous a laissées l'ancien régime mental. On peut également sentir ainsi la profonde inanité finale de toutes les études préalables relatives à la logique abstraite, où il s'agit d'apprécier la vraie méthode philosophique, isolement d'aucune applica-
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tion à un ordre quelconque de phénomènes. En effet, les seuls principes vraiment généraux que l'on puisse établir à cet égard se réduisent nécessairement, comme il est aisé de le vérifier sur les plus célèbres de ces aphorismes, à quelques maximes incontestables mais évidentes, empruntées à la raison commune, et qui n'ajoutent vraiment rien d'essentiel aux indications résultées, chez tous les bons esprits, d'un simple exercice spontané. Quant à la manière d'adapter ces règles universelles aux divers ordres de nos spéculations positives, ce qui constituerait la vraie difficulté et l'utilité réelle de tels préceptes logiques, elle ne saurait comporter de véritables appréciations que d'après une analyse spéciale des études correspondantes, conformément à la nature propre des phénomènes considérés. La saine philosophie ne sépare donc jamais la logique d'avec la science ; la méthode et la doctrine ne pouvant, en chaque cas, être bien jugées que d'après leurs vraies relations mutuelles : il n'est pas plus possible, au fond, de donner à la logique qu'à la science un caractère universel par des conceptions purement abstraites, indépendantes de tous phénomènes déterminés ; les tentatives de ce genre indiquent encore la secrète influence de l'esprit absolu inhérent au régime théologico- métaphysique.
Considérée maintenant sous l'aspect historique, cette intime solidarité naturelle entre le génie propre de la vraie philosophie et le simple bon sens universel, montre l'origine spontanée de l'esprit positif, partout résulté, en effet, d'une réaction spéciale de la raison pratique sur la raison théorique, dont le caractère initial a toujours été ainsi modifié de plus en plus. Mais cette transformation graduelle ne pouvait s'opérer
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à la fois, ni surtout avec une égale vitesse, sur les di /erses classes de spéculations abstraites, toutes primitivement théologiques, comme nous l'avons reconnu. Cette constante impulsion concrète n'y pouvait faire pénétrer l'esprit positif que suivant un ordre déterminé, conforme à la complication croissante des phénomènes, et qui sera directement expliqué ci-dessous. La positivité abstraite, nécessairement née dans les plus simples études mathématiques, et propagée ensuite par voie d'affinité spontanée ou d'imitation instinctive, ne pouvait donc offrir d'abord qu'un caractère spécial et même, à beaucoup d'égards, empirique, qui devait longtemps dissimuler, à la plupart de ses promoteurs, soit son incompatibilité inévitable avec la philosophie initiale, soit surtout sa tendance radicale à fonder un nouveau régime logique. Ses progrès continus, sous l'impulsion croissante de la raison vulgaire, ne pouvaient alors déterminer directement que le triomphe préalable de l'esprit métaphysique, destiné, par sa généralité spontanée, à lui servir d'organe philosophique, pendant les siècles écoulés entre la préparation mentale du monothéisme et sa pleine installation sociale, après laquelle le régime ontologique, ayant obtenu tout l'ascendant que comportait sa nature, est bientôt devenu oppressif pour l'essor scientifique, qu'il avait jusque-là secondé. Aussi l'esprit positif n'a-t-il pu manifester suffisamment sa propre tendance philosophique que quand il s'est trouvé enfin conduit, par cette oppression, à lutter spécialement contre l'esprit métaphysique, avec lequel il avait dû longtemps sembler confondu, G'est pourquoi la première fondation systématique de la philosophie positive ne saurait remonter au delà de la mémorable
crise où l'ensemble du régime ontologique a commencé à succomber, dans tout l'occident européen, sous le concours spontané de deux admirables impulsions mentales, l'une, scientifique, émanée de Kepler et Galilée, l'autre, philosophique, due à Bacon et à Descartes. L'imparfaite unité métaphysique constituée à la fin du moyen-âge a été dès lors irrévocablement dissoute, comme l'ontologie grecque avait déjà détruit à jamais la grande unité théologique, correspondante au polythéisme. Depuis cette crise vraiment décisive, l'esprit positif, grandissant davantage en deux siècles qu'il n'avait pu le faire pendant toute sa longue carrière antérieure, n'a plus laissé possible d'autre unité mentale que celle qui résulterait de son propre ascendant universel, chaque nouveau domaine successivement acquis par lui ne pouvant plus jamais retourner à la théologie ni à la métaphysique, en vertu de la consécration définitive que ces acquisitions croissantes trouvaient de plus en plus dans la raison vulgaire. C'est seulement par une telle systématisation que la sagesse théorique rendra véritablement à la sagesse pratique un digne équivalent, en généralité et en consistance, de l'office fondamental qu'elle en a reçu, en réalité et en efficacité, pendant sa lente initiation graduelle : car, les notions positives obtenues dans les deux derniers siècles sont, à vrai dire, bien plus précieuses comme matériaux ultérieurs d'une nouvelle philosophie générale que par leur valeur directe et spéciale, la plupart d'entre elles n'ayant pu encore acquérir leur caractère définitif, ni scientifique, ni même logique.
L'ensemble de notre évolution mentale, et surtout le grand mouvement accompli, en Europe occidentale,
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depuis Descaries et Bacon, ne laissent donc désormais d'autre issue possible que de constituer enfin, après tant de préambules nécessaires, l'état vraiment normal de la raison humaine, en procurant à l'esprit positif la plénitude et la rationalité qui lui manquent encore, de manière à établir, entre le génie philosophique et le bon sens universel, une harmonie qui jusqu'ici n'avait jamais pu exister suffisamment. Or, en étudiant ces deux conditions simultanées, de complément et de systématisation, que doit aujourd'hui remplir la science réelle pour s'élever à la dignité d'une vraie philosophie, on ne tarde pas à reconnaître qu'elle coïncident finalement. D'une part, en effet, la grande crise initiale de la positivité moderne n'a essentiellement laissé en dehors du mouvement scientifique proprement dit que les théories morales et sociales, dès lors restées dans un irrationnel isolement, sous la stérile domination de l'esprit théologico-métaphysique : c'est donc à les amener aussi à l'état positif que devait surtout consister, de nos jours, la dernière épreuve du véritable esprit philosophique, dont l'extension successive à tous les autres phénomènes fondamentaux se trouvait déjà assez ébauchée. Mais, d'une autre part, cette dernière expansion de la philosophie naturelle tendait spontanément à la systématiser aussitôt, en constituant l'unique point de vue, soit scientifique, soit logique, qui puisse dominer l'ensemble de nos spéculations réelles, toujours nécessairement réductibles à l'aspect humain, c'est-à-dire social, seul susceptible d'une active universalité. Tel est le double but philosophique de l'élaboration fondamentale, à la fois spéciale et générale, que j'ai osé entreprendre dans le grand ouvrage indiqué au début de ce Discours : les plus