Mgr Amédée Gosselin, recteur de l'Université Laval
3. Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec, sir François Langelier.
sives et à l'ombre des fougères sans cesse renaissantes. Là, le torrent jaillit des gorges de la montagne, se précipite en flots pressés, puis ralentit sa course et bientôt se dessèche.
Ici, le géant des forêts plante ses racines dans le sol, étend sa forte ramure, et défie avec orgueil l'assaut des orages et l'effet corrosif des années. Là, l'arbre plus humble et plus aimé de nos terroirs nous prodigue sa jeunesse généreuse et s'épuise prématurément sous le poids de sa propre fécondité.
Il y a des existences humaines qui se déroulent sans secousse et qui, chargées de mérites, parviennent jusqu'au terme où l'âme, comme un fruit mûr, se détache insensiblement du corps. Il y en a d'autres qu'on voit fléchir et se briser à mi-chemin, alors qu'elles réalisaient les plus solides espérances et qu'elles franchissaient le seuil de la célébrité. Notre collègue, l'abbé Lortie, n'était encore qu'au milieu de sa carrière, lorsque la mort, par un coup imprévu, est venue le ravir à l'Université et à l'Eglise : il s'est éteint dans toute la force de l'âge et dans tout l'épanouissement de son talent.
Né à Québec, le 15 novembre 1869, de parents profondément chrétiens, il avait puisé dès sa jeunesse au foyer familial, et dans l'atmosphère d'une cité la plus catholique du monde et surtout la plus française de toute l'Amérique, le
double amour qu'il porta jusqu'à la passion : l'amour de la vérité religieuse, et celui des traditions de sa race.
La vérité fut à la fois l'objectif et le charme de ses premiers labeurs. Il la rechercha sous toutes ses formes.
Doué d'une facilité de travail et d'une activité merveilleuse dont il devait être la victime précoce, le jeune Lortie montra de bonne heure cette élasticité d'esprit et cette variété d'aptitudes qui ont marqué tout particulièrement ses dernières années. Elève externe du Petit Séminaire, il suivit, presque en se jouant, les classes de grammaire et d'humanités. Le succès obéissait à ses moindres efforts ; et ses facultés, pétulantes et promptes à tout, se portaient non seulement sur la matière obligée de ses études, mais aussi, et trop volontiers peut-être, sur tout ce qui peut distraire et agrémenter une vie de quinze ans.
Le baccalauréat es arts où il se distingua fut moins pour lui une épreuve qu'une étape, étape solennelle et décisive d'où l'âme consciente d'ellemême, des appels qu'elle entend et des énergies qu'elle recèle, s'élance vers sa destinée.
Dieu venait de parler, par la voix de ses directeurs, au philosophe frais diplômé. Celui-ci, sans hésiter, entre, le moment venu1, au Grand