Prov., xiv
d'elle que nous tenons le trésor inestimable de notre vie religieuse. Et c'est par ses soins que cette vie de l'âme, jaillie, il y a deux siècles, des flancs de la France chrétienne, s'est maintenue au milieu de nous si saine et si féconde, et coule toujours si abondante dans le fleuve sacré de nos traditions.
Ici se placent sur mes lèvres des noms que votre reconnaissance appelle, que votre piété exalte, et que les anges acclament. Brébœuf, Jogues, Lallemant : ah ! quels ancêtres dans la foi, quels héros de la charité, quels initiateurs et quels apôtres ! vous fûtes, ô martyrs glorieux, pour notre peuple naissant ce que Jésus-Christ a été pour l'humanité entière. C'est dans le sang d'un Dieu que l'Eglise universelle puise sa force et sa fécondité ; c'est dans le vôtre, dont vous fûtes si prodigues, et qui a rougi providentiellement notre sol, que l'arbre de l'Eglise canadienne plonge ses racines avides et boit la sève de l'immortalité !
Cette sève surnaturelle, et cette vie si pure infusée dans l'âme de nos pères, l'Eglise, par son influence et par son travail, n'a cessé d'en activer les mystérieuses énergies.
Je ne redirai pas avec quel zèle l'épiscopat canadien, suivant l'exemple du premier évêque de Québec, sut veiller, à toutes les époques, au maintien intégral des croyances et à la pureté
des mœurs publiques. Ces réflexions m'entraîaeraient trop loin. Deux faits, cependant, dominent par leur importance les phases variées de notre histoire ; et de deux manières également remarquables, je tiens à le rappeler, les chefs spirituels de notre race eurent l'honneur de la préserver des plus mortels périls.
L'hérésie, maîtresse de notre sol, eût voulu compléter son triomphe en extirpant du cœur des nôtres cette foi catholique qui en garde si jalousement le seuil. D'autre part, quelles pressions exercées sur notre peuple, et quels motifs spécieux offerts à son esprit, pour le soulever contre l'autorité légitime et pour l'entraîner hors des voies d'une franche loyauté !
Ces tentatives opposées n'ont pu faire fléchir la vertu de nos pères. Dociles aux enseignements de l'Eglise, ils sont restés fidèles et à leur Dieu et à leur Roi ; ils ont marché d'un pas assuré entre l'abîme de l'hérésie religieuse et le piège menteur de l'hérésie politique, et cette sage et loyale attitude les a sauvés.
Le catholicisme canadien grandit. Il se révèle, il s'affirme, il franchit même les bornes de ce pays.
Qui n'a présente à l'esprit cette mémorable expédition entreprise, il y a vingt ans, par une poignée de braves dont le drapeau mêle aujour-
d'hui sa gloire à celle de Carillon1 ? C'est une loi naturelle que, dans les temps de crise, la vie reflue vers sa source. Rome était menacée, Rome, la tête du monde chrétien, le centre des pensées et des espérances catholiques. Que vit-on tout à coup ? des fils du Canada se lever, s'armer de leur foi et de leur vaillance, abandonner patrie, amis, familles, et aller, nouveaux " croisés sur le chemin de Saint-Pierre2, ' porter au-delà des mers un courage et un dévouement dont l'Europe gardera un impérissable souvenir.
Et nos frères qui émigrent, semant autour d'eux leurs croyances, et nos prêtres et nos vierges qui les suivent, et cet appui que notre sacerdoce donne avec un zèle croissant au christianisme de nos voisins, ne témoignent-ils pas une vigueur et une plénitude morale merveilleuse ? Pareille exubérance n'est-elle pas un des signes dont Dieu se plaît à marquer les peuples prédestinés ?
Mais je vois d'autres signes plus éclatants encore, et par lesquels se manifeste plus visiblement la faveur divine.
Dans un coin renommé de cette terre canadienne s'élève un sanctuaire où affluent chaque année de toutes nos paroisses, et jusque des Etats-Unis,
1. Les Zouaves pontificaux, présents à la cérémonie, portaient avec eux le drapeau de Carillon.