‹ Discours et allocutions [microforme]Chapitre 33 sur 58 · Joan. x · texte numérisé non relu

Joan. x

n’a prouvé combien l'Eglise sait allier à l’inflexible rigidité des principes, la patience, la bienveillance, la condescendance des procédés et des égards dus aux personnes. Pourquoi tant de faux chrétiens, et tant de politiques sans conscience et sans vues, cantonnés dans le préjugé ou aveuglés par la haine, se sont-ils obstinés à repousser cette main amie qui leur apportait, avec la religion, l’ordre, la sécurité et la paix ?

Le saint Pontife a fermé les yeux sans avoir vu se réalisér ce vœu si cher à son cœur : le retour des nations égarées au Dieu de Charlemagne et de saint Louis.

Du moins, ses nobles efforts n'auront pas été vains. Le soleil disparu derrière la montagne ne continue-t-il pas d’embraser l'horizon de ses feux ? Les feux resplendissants du pontificat de Léon XIII, longtemps encore après la disparition de cet astre, rayonneront sur les âmes en reflets de vérité et de grâce ; ces clartés dissiperont les ténèbres ; le bien l’emportera sur le mal ; le droit triomphera de la ruse et de la force brutale. L'Eglise, espérons-le, reprendra sur tous les peuples son influence première, cet empire de foi, de moralité et de justice, dont le dernier pape a si souvent et si éloquemment parlé, et que, dans ses démarches de haute et saine politique, il a si persévéramment travaillé à faire prévaloir.

Pour nous, mes Frères, qui avons eu le bonheur de vivre sous son sceptre, de prêter une oreille docile à ses enseignements, de comprendre et d'apprécier, en les recevant de sa main, les bienfaits sans nombre dus à la Papauté, nous. comprenons aussi, mieux peut-être qu'aucun autre peuple, l’immensité du deuil où l'Eglise vient d’être plongée. En perdant ce Pontife illustre, nous avons perdu, nous le savons, non seulement un guide infaillible, non seulement un pasteur vénéré, mais aussi le meilleur, le plus éclairé et le plus dévoué des pères. Nous nous sentons atteints au cœur, au plus intime de notre être, dans cette partie de nous-mêmes où l’affection, transfigurée par la foi, puise à des sources plus hautes une plus profonde et plus filiale tendresse. Que faire pour exhaler notre douleur, si ce n’est répéter avec tristesse les accents pleins de larmes du prophète Jérémie : ‘“ Notre joie s’est évanouie; nos chants se sont changés en lamentations ; la couronne de notre tête est tombée ! Defecit gaudium cordis nostri : versus est in luctum chorus noster ; cecidit corona capitis nostri. ”

Pourtant, je me hâte de l'ajouter, cette tristesse, quelque vive et quelque légitime qu'elle soit, n'est pas de celles qu'aucune pensée n’adoucit

et qu'aucune consolation ne tempère. Si, d’une part, la mort de Léon XIII nous attriste, de l’autre la vie féconde et indéfectible de l'Eglise, sa forte et inépuisable jeunesse, nous réjouit. De cette tombe à peine fermée sur le plus auguste des souverains, de cette pierre sépulcrale qui, sous l’œil recueilli des anges, gardera les restes mortels d’un des plus grands pages, d’un des plus profonds penseurs, d’un des plus insignes bienfaiteurs de l’humanité, de ce monument funéraire devant lequel Rome et le monde défilent avec respect et où nos lèvres émues voudraient pouvoir déposer un suprême et pieux hommage, s'échappe comme un écho d’espérance et comme un gage d’immortalité ! Une voix monte à nos oreilles, dont le son a déjà consolé les deuils les plus cruels, et dont les promesses ont relevé les courages les plus abattus : “ Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem sæcuh; voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles!. ?’

Léon XIII, mes Frères, a pu mourir ; le Pape ne meurt pas.

Et demain peut-être, porté sur les ailes des vents, retentira par toute la terre et jusque dans les plus humbles hameaux, cet authentique message de salut et d’allégresse : Habemus ponti-

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