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bec, le trois juillet 1608, ne fut saluée que par les regards étonnés des aborigènes, et par le murmure de Ja brise à travers la forêt de noyers séculaires qui couvrait ces lieux de son épais manteau, cet homme, toute une nation l'acclame aujourd'hui, son nom est sur toutes les lèvres, et vous l'avez sans doute prononcé avant moi, Excellence: c'était Samuel de Champlain.
Le nom de Champlain avait toujours été gravé en lettres ineffaçables dans le cœur du peuple canadien ; son souvenir immortel se perpétuait dans les pages de nos historiens et dans les panégvriques de nos orateurs. Toutefois, il lui manquait encore cette consécration solennelle de la pierre et du bronze, que l'on prodigue de nos jours à tant de gloires apocryphes, mais qui, dans noire pays du moins, est demeurée le privilège de la vertu et de la grandeur incontestables. Cette consécration solennelle, Excellence, c'est notre joie et notre orgueil patriotiques de la lui donner aujourd'hui, avec votre bienveillant concours, et de décerner à Champlain, sous vos auspices, l'éclatant hommage que la postérité devait à ses héroïques labeurs et à sa vie glorieuse,
Samuel de Champlain à été soldat, marin, séographe, découvreur, mais il à été plus que cela: il a été fondateur. Il a appartenu à cette élite auguste des hommes aux longs regards ct à la volonté forte, qui ne se limitent pas aux sollici-
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DISCOURS ET CONFÉRENCES y
tudes présentes, mais qui créent pour les siècles futurs. Il à créé une ville, il a créé un peuple, il a créé une civilisation chrétienne et française dans les solitudes de l'Amérique septentrionnle, et il a communiqué à son œuvre un souffle de vie, puisque, après trois siècles, cette ville, ce peuple, et cette civilisation, manifestent leur étonnante expansion et démontrent leur vitalité prodigieuse, dans une fête magnifique consacrée à glorifier sa mémoire,
Sans doute, l'œuvre de Champlain à subi bien des vicissitudes, C'était une nouvelle France qu'il était venu fonder sur les rives du Saint- Laurent ; c'était le drapeau de la vieille monarchie salique qu'il avait planté sur le promontoire de Québec, Et la Nouvelle-France est disparue, il Y à plus d'un siècle, comme entité politique ; et le drapeau aux fleurs de lvs est tombé ici de nos bastions démantelés, avant d'être déchiré Tà-bas dans la tourmente où s'est effondrée l'antique royauté française. Aujourd'hui, l'étendard d'Angleterre flotte au-dessus de nos têtes. Un gouverneur anglais, représentant Sa Majesté la reine-impératrice de la Grande-Bretaæne et des Indes, préside à cette inauguration d'un monument qui est destiné à immortaliser le premier gouverneur français du Canada, choisi par le lieutenant de Sa Majesté très chrétienne, Henri IV, roi de France et de Navarre. Mais
en dépit des variations et des changements extérieurs, malgré les mutations historiques et les modifications inévitables «4:93 formes politiques et sociales, l'élément supérieur et sacré de la création de Champlain est demeuré immuable, et son œuvre essentielle n'a poi :! péri. IT était venu arborer ici l'étendard de la civilisation chrétienne, à laquelle la vieille Europe devait sa grandeur et sa force. Et cette civilisation, Suivant les voies frayées par le génie de l'intrépide saintongeois, a pénétré les profondeurs immenses de ce demi continent, a conquis les espaces, franchi les mers intérieures, escaladé les pics en apparence inaccessibles, et s'épanouit aujourd'hui, dans sa floraison merveilleuse, des flots de l'Atlantique à ceux du Pacifique. L'œuvre de Champlain n'est pas morte ; elle a traversé toutes les fluctuations des âges, elle a échappé à tous les désastres, elle s'est adaptée à tous les régimes ; et, aujourd'hui, elle apparaît à nos regards pleine de vie et débordante de sève.
C'est done avec une bien légitime fierté que la ville de Québec voit se réaliser un projet qu'elle caressait depuis longtemps, celui d'élever un monument à son illustre fondateur. La Providence à voulu qu'après deux cent quatre-vingtdix ans d'existence, notre chère cité eût le spectacle solennel de notre dernier gouverneur anglais, dans l'ordre chronologique, venant dé-
voiler la statue de notre premier gouverneur français. Quoi de plus émouvant pour nous que cette union du passé et du présent, que cet hommage généreux rendu par les grandeurs d'aujourd'hui aux gloires d'autrefois, que ce double concours du représentant de la couronne anglaise et de l'envoyé officiel du chef de la noble nation française, venus ensemble porter l'hommage des deux grands peuples dont nous nous réclamons, au monument de celui à qui nos historiens ont décerné le beau titre de Père de la patrie ! Ah ! l'ombre de Champlain doit planer en ce moment sur cette ville de Québec, qui est la fille de son courage et de sa foi, et qui est restée si française d'aspect et de traditions, tout en professant une loyauté inviolable—elle l'a bien prouvé jadis—au sceptre et au drapeau de l'Angleterre, Et la grande âme du fondateur doit éprouver une joie profonde en contemplant la scène inoubliable de ce jour.
Merci à votre Excellence, et aux hommes éminents qui représentent si bien au milieu de nous, en ce moment, la vieille Europe, ainsi que la jeune et forte république américaine, d'avoir bien voulu assister à cette démonstration civique et nationale, pour en rehausser l'éclat. Dans un instant, votre main va faire tomber le voile qui recouvre la belle œuvre due à la collaboration distinguée de deux artistes éminents, Et la sta-
tue majestueuse de Samuel de Champlain va apparaître sur son magnifique piédestal aux regards émus du peuple canadien.
Excellence, le rôle de notre comité s'achève en ce moment. Nous présentons à tous nos concitoyens la statue du père de ce pays ; et, nous souvenant d'une inscription fameuse, nous sommes sûrs d'être les interprêtes du sentiment universel en nous écriant : “A Samuel de Champlain, le Canada reconnaissant !”
Québec, 21 septembre 1898,
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