‹ Discours et mélangesChapitre 16 sur 51 · MERE TT ER · texte numérisé non relu

MERE TT ER

; , vf is nids CE OR dé

rendu célèbre. Dans une lettre à un ami anglais, Taine regrette . 1 que Sir William Thomson, dont la renommée appartient à

l'Europe et non seulement à l’Angleterre, cache son illustre - personnalité sous un titre inconnu. Pourquoi, ajoute-t-il, n’a-t-il pas suivi l'exemple de Lord Tennyson et de Lord Macaulay,

en s’appelant Lord Thomson ? Quoi qu’il en soit, il fallut 4 débaptiser les nombreux enfants de Lord Kelvin, je veux dire à

dectriques, magnétiques, nautiques, répandus ide entier. Le 25 février 1892, Lord Kelvin prit à Chambre des lords introduit, avec le cérémonial Lord Sanford, et un physicien, pair héréditaire, que If io ns, il y a quelques mois, parmi nos Associés

ler sent, où étaient en jeu des intérêts RPATPE et triels ; ;il ne dépendit pas de lui que l'Angleterre adoptât ivement le système métrique, et maintes fois il traita avec pris, Lu seule pouvait se permettre une bouche anglaise,

En . l'Institut de ne célébra le centenaire de sa fon- -dation. Lord Kelvin fut invité à prendre part < à cette solennité.

ps à ‘& Péonicllement, dit-il, les mots me font défaut pour 7 dire e combien j ‘apprécie le grand honneur que vous m'avez

une dette encore plus grande. Elle th vraiment l’alma mater de ma jeunesse scientifique, et l'inspiratrice de l'admiration ; “pour la beauté de la science, qui m’a enchaîné et guidé pendant toute ma carrière. » Nous avons déjà dit avec quelle insistance Lord Kelvin s’est proclamé disciple de Laplace, de Fourier et : de Carnot, pour ne citer que ces trois grands noms. En 1896, le jubilé universitaire de Lord Kelvin, nommé cinquante ans auparavant professeur à l'Université de Glasgow, fut fêté avec un éclat digne d’un des plus glorieux représentants de la science de son temps. L’Angleterre a toujours su honorer ceux qui, à des titres divers, ont bien mérité du pays et accru = le prestige britannique. Ces fêtes ont laissé un souvenir inou- # … bliable : à ceux qui y ont assisté. La présence des représentants = dés grandes sociétés industrielles, en même temps que des = universités et des sociétés savantes étrangères, témoignait que : l'on fêtait l' homme d'action non moins que le savant. Le représentant de notre compagnie, en rappelant les paroles de gratitude envers la France, prononcées l’année précédente par Lord nn au centenaire de l’Institut, pouvait dire à notre

PUS 1 | Rae

illustre associé : « Si la dette existe, vous l'avez payée avec usure. Dans la longue série de travaux et de découvertes qui

jalonnent votre admirable carrière, une des plus nobles que l’on

puisse rêver, vous avez abordé toutes les questions auxquelles

la littérature anglaise conserve le nom de Philosophe naturelle, soit pour contribuer aux progrès des conceptions théoriques, soit pour en déduire des applications utiles au développement .

de l’industrie et au bien de l'humanité. Quoi que l’avenir réserve au génie inventif de l'esprit humain, votre nom restera comme ayant été le guide le plus sûr dans une époque féconde et le véritable éducateur de la génération actuelle dans le domaine de l'électricité. » :

En répondant aux félicitations qui lui venaient de toutes

parts, Lord Kelvin poussa la modestie à un point qui étonna quelques-uns de ses admirateurs. « Un mot, dit-il, caractérise le plus vigoureux des efforts, pour l’avancement des sciences, que j'ai faits depuis cinquante ans; ce mot est smsuccès. Je ne sais rien de plus, de la force électrique ou magnétique et de la relation entre l’éther, l'électricité et la matière pondérable, que ce que je savais et essayais d'apprendre à mes étudiants, quand je débutais dans la chaire de Glasgow. Cetteconstatation a sa tristesse, mais dans la poursuite du vrai, l'effort trouve en lui-même sa récompense et permet au savant d'accomplir avec joie sa tâche de chaque jour. » C’est le théoricien un peu déçu par l’insuccès, au moins relatif, de ses tentatives d'explications dans la physique de l’éther, qui semble parler ici; mais, un

peu plus loin, l’expérimentateur et le technicien ajoutent :

« Par contre, quelles compensations pour certains de ses échecs

dans l’ordre théorique, le naturaliste trouve dans les découvertes sur les propriétés de la matière, auxquelles le conduisent :

l'expérience et l’observation, et dans les bienfaits que la science procure au genre humain ! » Devons-nous penser que Lord Kelvin, au soir de sa vie, n'avait plus la même foi dans les études théoriques et attachait moins d'intérêt aux recherches qu'il avait poursuivies pendant tant d'années ? Quelques-uns avaient tiré cette conclusion, maïs il tint à déclarer bien haut que,

malgré toutes les difficultés du problème, le but suprême de la.

philosophie naturelle était une théorie moléculaire et atomique expliquant les propriétés optiques, électriques et magnétiques. I1 devait travailler dans cette voie jusqu’à son dernier jour.

“x: { ) US | EL D ra ts © ) ir dde: à CR ES

Pot ans; mais, pour bien montrer qu'il ne s à ses s travaux scientifiques, il se fit i inscrire sur les

et à D die. Il s'était rallié à la théorie 4e ons, qu'il appelle des élections, et il émit même à ce sujet | des idées originales, dont on trouve la trace dans l'édition défi- : nitive de : ses Leçons de Baltimore. Sa conception de l’électron LE est. très personnelle. Il avait renoncé, non sans peine, au vieil axiome -scholastique de l’impénétrabilité, pour satisfaire à la mobilité des atomes à travers l’éther. L’électron est pour lui un atome qui, suivant son signe, condense ou raréfie l’éther dans l'espace qu'il occupe, et les attractions ou répulsions entre atomes électriques proviennent de forces qui s’exercent entre les atomes et les masses d’éther qui leur sont intérieures ainsi ‘qu'entre ces masses. C'était revenir, en la rajeunissant, à la “doctrine du fluide unique, que professait Œpinus au xvire siècle, le fluide étant ici l’éther remplissant l’espace; d’où le titre, ‘au. premier : abord singulier, d'un des chapitres des Leçons d optique : Œpinus atomized.

- Lord Kelvin ne put se résoudre, toutefois, à accepter certaines théories aujourd’hui en faveur. Ainsi, il ne voulut jamais regarder l'électricité comme l'élément ultime de la matière. En 904, M. Balfour ayant parlé de ce sujet dans son discours présidentiel à l'Association britannique, Lord Kelvin déplora que son très | honorable ami eût fait de la métaphysique. Il protesta ussi à plusieurs reprises contre la transmutation de la matière, ii lui paraissait trop légèrement admise, et de fait ces transmutations sont plutôt des décompositions ou des dissociations. La découverte du radium excita au plus haut point son intérêt. “propriété de ce corps singulier d'émettre de la chaleur le troublait profondément, et l'un de ses derniers travaux est ‘consacré à une tentative d'explication de la radioactivité.

- Le caractère et la-valeur morale étaient chez Lord Kelvin à

la hauteur du génie scientifique. L'homme était bon et simple, et un charme exquis se dégageait de sa personne. D’anciennes photographies nous le représentent déjà avec le regard profond et un peu triste, que nous lui connûmes dans ses dernières années. Il était toujours prêt à écouter et à s’instruire. Aucun savant n'eut plus que lui conscience du peu que nous savons et des mystères transcendants, ce sont ses propres paroles, que nous offre la nature. Il est des hommes éminents dont il est difhcile de connaître la pensée profonde sur certains sujets, où ils évitent avec soin de se livrer. Tout au contraire, le naturel religieux de Lord Kelvin apparaissait à tous, et, dans maintes circonstances, il proclama sa croyance en un pouvoir créateur et en une Providence qui veille sur le Monde. Dans plusieurs de ses discours populaires, il revient sur la pensée, que l’évolution

n’explique à aucun degré le grand mystère de la création. Tout

jeune encore, nous l'avons dit, il avait cru pouvoir déduire de la théorie analytique de la chaleur la nécessité d’un commen- . cement, et plus tard la doctrine de la dissipation de l'énergie lui parut montrér la nécessité d’une fin pour l'Univers. Cependant il n'avait aucun goût pour les discussions théologiques

et pour les subtilités métaphysiques. Élevé dans l’Église pres-.

bytérienne d'Écosse, il lui resta toujours attaché, mais il prêtait peu d'importance aux différences entre les sectes chrétiennes. L'’apologétique religieuse, qui cherche des arguments dans la science et que cultivent certains savants anglo-saxons, lui paraissait peu solide. Il n’aurait pas signé le livre que Tait, son

collaborateur pour le traité de philosophie naturelle, fit

paraître sous le titre « Z’Univers invisible », dont le principal objet était de montrer, par des raisonnements purement scientifiques, la possibilité d’une vie future et d’un Dieu personnel. Sur le spiritisme, qui compte tant d’adeptes dans les milieux scientifiques anglais, Lord Kelvin était intraitable. Il le qualifiait de tissu de superstitions doublées d’impostures; les seuls ennemis, qu'il eut peut-être, furent parmi les spirites.

Lord Kelvin vieillissait, entouré de respect et d'affection. L’Angleterre était fière de lui, et plusieurs de ses concitoyens … le comparaient à Newton. Au témoignage de ceux qui l'ont le.

mieux connu, sa vie fut heureuse. Il trouva le bonheur dans la recherche et le culte du vrai, et aycun insuccès n'affaiblit sa foi dans la science. À un autre point de vue, Lord Kelvin peut être

ESP TN EU Eee SR 7 EAN QUES

og ANS SNA it AS, LE A Qu TT à 4 4 Eu à bb

Page 1