NOTICE SUR I KNKI.ON
plus courte et moins vive que celle du pur amour. Ljaj courtisans supposèrent à Fénelon, dans cette circonstance!
«1rs vues d'amhilion Bl de llatterie. Si Fénel» m ;i\;iit voulu
gagnev leMBur du roi, il employait à la nême époque une voie plus aoble, en nourrissant, à ses déposa, l'armée française pendant le désastreux hiver de 170i; niais il ne cherchait pas plu- dans cette occasion que dans l'autre à guérir dea préventions incurables, il servait la religion et la pairie. L'année suivante, les mêmes sentiments lui inspiraient la peinture éloquente des maux de, la France, et le projet d'associer la nation au gouvernement, la proposition d'une assemblée de notables, Ce mémoire est du plus haut intérêt. Fénelon y juge admirablement la loue et la faiblesse du despotisme, la puissance salutaire de la liberté. On a peine à concevoir (pie cette politique généreuse et prévoyant'1 , qui devançait l'opinion de l'Europe, ait attiré à Fénelon des reproches et des haines jusqu'au milieu de notre siècle. Si c'était à ce titre qu'on a donné le nom de philosophe au plus religieux des évoques, Fénelon ne désavouerait ni ses panégyristes, ni ses accusateurs ; et, pour avoir souhaité le bonheur et la libelle des peuples , il ne se croirait pas moins chrétien. Les mémoires que Fénelon adressait au duc de Beauvilliers étaient le vœu d'un sage zélé pour son pays, mais sans autorité pour le servir. Un événement inattendu laissa entrevoir le moment où les conseils de Fénelon pourraient gouverner la France. Le grand Dauphin mourut ; et le duc de Bourgogne, longtemps opprimé par la médiocrité de son père, se vit tout à coup rapproché du trône, dont il était l'héritier, et du roi, dont il devint le confident et l'appui. Ses vertus, affranchies d'une jalouse tutelle, eurent enfin assez d'espace [tour agir ; et l'élève de Fénelon se découvrit tout entier. Quelle joie devait éprouver le vertueux instituteur-, en voyant son ouvrage
près d'être justifié par le bonheur de la patrie ! Alors , plein d'espérance, il écrivait à son élève, qui, suivant l'expression de Saint-Simon, jouissait d'un avant-règne : « 11 ne faut pas que tout soit à un seul ; mais un seul doit « être à tous pour faire leur bonheur. » 11 communiquait en même temps à Beauvilliers divers plans d'administration et de gouvernement , qui devaient être proposés au jeune prince. Une des idées à laquelle Fénelon attachait le plus d'importance était la formation d'états provinciaux dans toute la France.. Cette institution, qui donne une liberté moins grande et moins noble que la représentation législative, aurait, dans l'origine, épargné bien des maux à la France.
Tandis que Fénelon préparait le règne de son élève , une mort soudaine enleva le jeune héritier du vieux roi, qui demeurait inébranlable parmi toutes les humiliations de sa gloire et tous les désastres de sa famille. Là finirent les espérances de la vertu : cependant , Fénelon , malgré sa douleur, n'abandonnait pas le soin de la patrie, même lorsqu'il ne vit plus entre elle et lui le jeune prince qu'il avait élevé pour elle. Inquiet de la France, dont la destinée reposait sur un monarque de soixante-seize ans et sur un enfant au berceau, il aurait voulu prévenir les maux d'une inévitable et longue minorité. Dans plusieurs mémoires confidentiels qu'il écrivit à ce sujet, on reconnaît la nouveauté de ses vues politiques et cet esprit de liberté qui, dans son siècle, n'était pas la moindre de ses innovations. Un de ces écrits est employé à discuter les soupçons qui accusaient le duc d'Orléans du crime le plus affreux et d'une ambition impatiente d'en commettre de nouveaux. Quand on a lu ce mémoire, dont l'auteur, sans accueillir toute l'horreur des bruits populaires, juge sévèrement les scandales et les vices du duc d'Orléans , on éprouve quelque surprise de voir Fénelon entretenir