‹ Discours et mélanges littéraires (volume 2)Chapitre 1 sur 31 · M DCCC XXV · texte numérisé non relu

M DCCC XXV

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X3 ANS tous les siècles où Tesprit humain se perfectionne par la culture des arts, on voit naître ^tes honames supérieurs , qui reçoivent la lumière et la répandent, et vont plus loin que leurs contemporains, en suivant les mêmes traces. Quelque chose de plus rare, c'est un génie qui ne doive rien à son siècle , ou plutôt qui , malgré son siècle , par la seule force de sa pensée , se place, de lui-même, à côté des écrivains les plus parfaits , nés dans les temps les plus polis : tel est

^ Ce discours a remporté le prix d'Éloquence décerné par la classe dé la Langue et de la Littérature françaises, dans la séance du «3 mars i8i3.

Montaigne. Penseur profond soùs le règne du pédantisme , auteur brillant et ingénieux dans une langue informe et grossièrç , il écrit avec le secours de sa raison et des anciens : son ouvrage reste , et fait seul toute la gloire littéraire d'une nation ; et lorsque , après longues années , sous les auspices de quelques génies sublimes, qui s'élancent à la fois,^, arrive enfiq Fâge du bon goût et du talent , cet ouvrage , long- temps unique , demeure toujotirs^ original; et; 1^ France, enrichie tout à coup de tant de brillantes merveilles, ne sent pas refroidir son» admiration pour ces antiques et naïves beautés. Un siècle nouveau succède, aussi fameux que le précédent, plus éclairé peut-être, plus exercé à juger, plus difficile à satiisfaire , parce qu'il peut comparer davantage : cette seconde épreuve n'est pas moins favorab^^ à la gloire de Montaigne. On l'entend mieux, ol^ l'imite plus hardiment ; il sert à rajeunir la littérature , qui commençait à s'épuiser ; il inspire nos plus illustres écrivains ; et ce philosophe du siècle de Charles IX semble fait pour instruire le dtxhuitième siècle.

- Quel est ce prodigieux mérite qui survit aux variations du langage , aux changements des mœurs ! c'est le naturel et la vérité : voilà le charme qui ne peut vieillir. EJt ce n'e^t pas seulement de siècle en siècle, et à de longs inter-

DE MOWTAIGNii:- ^

valles, que le goût change, et que les ouvrages éprouvent des fortunes diverses: dans la vie même de rhonmie, il est un période où, détrompés de ce moode idéal que les passions lormaiérA alAour de nous , ne sachant plus excuser des illusions qui ne se retrouvent plus dans nos cœurs, perdant l'enthousiasme avec la jeunesse, et réduits à ne phis aimer que la raison , nous devenons moins sensibles aux plus éclatantes beautés de l'élo* (ftteHce et de la poésie. Mais qui pourrait se lasser âfttn livre de Bonne foy * écrit par un homme de génie ?* Ces épanchements familiers de l'auteur , ces révélations inattendues sur de grands objets et snr dès bagatelles, en donnant à ses écrits la forme tfune longue confidence , font disparaître la peine légère que Ton éprouve à lire un ou* ^vrage dfe moraïe. On croit converser ; et comme jft' Conversation est piquante et variée , que souvent nous y venons à notice tour, que celui qui ifùus instruit ar soin de nous répéter, ce n^esf pas my mu doctrine y c'e'stmon étude , nous avoue ses Mblèsses, pour nous convaincire des nôtres, et nous corrige sans nous humilier, jamais on ne se lasse die rentretien.

£]qpre$sion de MDntaigpe.

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