IM CONCOURS DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
HESglEURS ,
Le deuil tout récent* le deuil d*hier qui , pour FAcadémie et rinstitut tout entier, attriste cette séance, n'a pas été pour nous un motif dfe la dififé^pr. Le nom de celui que nous avon& perdu était tf op jpppilaire par l'estime, pour que nous n'ayons pas eu Fassurs^ce que la sympathie publique s'unirait à notre douleut,et que, dans rémotion de cette assemblée , M. Lemerciei recevrait ce grave et dernier témoignage qu'emporte ave^lu^ l'homme de talent universellement respecté pour u dignité de sa vie et la noble fierté de son âme. Une telle impression dans un tel auditoire est un exemple dont nous n'avons pas dû priver la jeunesse littéraire. C'est de< beaucoup la plus belle couronne qu'on puisse décerner dans cette enceinte.
Un intérêt nouveau devait aujourd'hui s'attacher à la séance annuelle de l'Académie» Pour la première fois , nous avons à décerner la plus grande récompense qui', de nos jours , ait été consacrée à l'encouragement du *ta-
RAPPORT iM Lis CÔNdOtRd lAS 1840. Sdl
lent et des sérieux trataux. Ce que faisait Louis IIV, quand , par des bienfaits publics, il assurait indépendance et loisir aux hommes dont Tesprit pouvait honorer son règne, un simple citoyen , un jeune homme Sans pouvoir et sans expérience Ta noblement essayé.
Mourant isolé, loin de sa patrie, obscur, SoUs un nom qui s'était distingué dans les guerres de la république et de l'empire, il n'a songé qu'à la gloire de la France et à «eux qui pourraient la servir et la célébrer; il lêur a légué sa fortune, pour prix des savantes recherches et des éloquents travaux qu'ils entreprendraient SUr notrer histoire.
Gardienne d'une moitié de cette dotation , l'Académie française a voulu n'en disposer qu'après une longue attente et un scrupuleux examen. Trente-trois ouvrages historiques, quelques-uns portant des nonts célèbres et respectés , ont occupé ses commissions et ses séances. Je n'ai point à nommer ici les auteurs des livres écartés après cette ép|puve ; l'Académie ne doit compte que de son choix; et si ce c})oix est en lui-même Justifié par l'éclat et la pureté dtf talent , il fera deviner assez les critiques littéraires que nous n'exprimerons pas sur d'autres o\jvrages. H a paru à l'Académie que, pour répondre à «la pensée du prix^ dont elle était dispensatrice, elle ^vait dû prononcer plus d'une exclusion qui n'était ptts
••un blâme, et refuser la couronne à des écrits remarquables d'ailleurs. Ce qu'on lui demandait de désigner, eh
' eflfet, ce n'était pas quelque travail trop vaste dans l'ensemble pour être soigné dans toutes les parties , quelque monument imn^pnse et incomplet, précieux pour les recherches, insuffisant pour l'art; ce n'était pas non plus quelque ouvrage brillant, mais inégal , marqué plutôt
l ..par la hardiesse des vues et les vives ftmtaisies du lan-
; é^^i <lûe par l'irréprodiable maturité du talent histo-
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rique. Sans méconnaître en rien rimagination et la science, rAcadémie devait surtout se montrer fidèle aux principes de ce goût simple et sévère qui , partout désirable, est doublement nécessaire dans Thistoire , où il semble faire partie de la vérité même.
On a dit que l'histoire sans cesse renouvelée par le temps, changeante et inépuisable comme lui, était le genre de littérature qui convient le mieux aux civilisations avancées, et peut le plus échapper à la décadence des langues et du goût. Mais les qualités essentieVes au récit, cette clarté parfaite, cet ordre judicieu^^, cette imagination sobre et tempérée, cette sensibilité contenue que la forme historique commande, elle ne vous les donne pas ; et ce n*est qu'à force de réflexions , de comparaisons et d'études , que vous pouvez lentement les acquérir ou plutôt les développer en vous. Indiquer cette route au talent, lui rappeler que la nouveauté et l'étendue des recherches ne sont pas tout dans l'histoire, qu'elle veut en outre un grand art de (imposition et de style, art d'autant plus élevé qu'il n'a pas de forme précise, et qu'il doit être, en quelque sorte, inventé pour chaque sujet et à chaque époque, c'est là, sans doute, un conseil utile; et c'est ainsi que l'Académie a» conçu l'objet et le caractère du prix mémorable qu'elle décerne.
Le nouveau travail d'un homme justement célèbre à d'autres titres, nous a paru sous deux formes différentes offrir dans un haut degré ce mérite de la composition et du style que l'Académie avait à reconnaître et à couronner. Quelques considérations sur notre histoire, quelques récits empruntés à nos vieux temps, voilà tout cet ouvrage. Une heureuse diversité de sujets et de manières en augmente l'effet par le contraste. Yous ouvrez un livre de Légendes Mérovingiennes, dont la naïve et pure ex-
pression vous charmera; et ce que vous rencontrez d'abord, c'est une histoire toute intellectuelle de systèmes et d'idées, c'est la discussion des otigines françaises telles que chaque siècle les a supposées, et telles que le nouvel historien les démontre , avant de les décrire. Le savant et le publiciste peuvent s'attacher à ces premières pages dans lesquelles sont résolus, avec une profondeur toujours méthodique et sensée, quelques problèmes où s'est parfois trompé Montesquieu , et qui ont fait travailler tant d'esprits élevés, depuis notre ancien secrétaire l'abbé Dubos, jusqu'au paradoxal et éloquent Montlosier.
M. Thierry, dans cette œuvre de haute critique, donne une double leçon : il dissipe l'erreur, et il montre comment elle s'est formée; il rétablit la vérité des temps anciens ; et il explique le faux point de vue des temps intermédiaires, nous avertissant ;ainsi que chaque siècle met beaucoup du sien dans le passé qu'il étudie, et qu'en redressant tout le monde, il faut nous défier un peu de nous-mêmes. Il y a cependant une perspective qui est la vraie ; et si quelqu'un peut s'y placer par le constant effort de la science et de l'imagination réunies, si , comme nous le croyons , il n'est rien en histoire d'impénétrable à cette seconde vue que la méditation porte en soi , il appartenait à M. Thierry d'éclaircir l'obscurité de nos origines nationales, d'en fixer les éléments certains, d'arriver à la conviction sans être partial , et d'avoir raison avec nouveauté.
La rectification systématique de quelques noms propres est ici secondaire : si parfois elle a pu sembler contestable, l'intérêt et la lumière que l'auteur a jetés sur les premiers temps de notre histoire n'en subsistentpas moins. |Les nouvelles Considérations de M. Thierry ont fait pour les origines de la nation ce que ses lettres sur l'histoire de France avaient fait pour les origines des Communes. Que si
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tous Ajoutez au mérite de la méthode et de la sagacité ce ébolx heureux d'Idées accessoires qui développe et confirme une première vue, cette expression juste et forte ^i tnet la vérité en relief et laisse un long souvenir, tous ne Serez pas étoliné que cette partie de Fouvrage de M. Thierry ait paru, dans Topitilou de juges sévères, mériter à eUe seule la plus haute distinction.
Mais l'art savant de l'auteur s'était ménagé un autre succès, plus populaire par les beaux et touchants récits qui formeut une moitié de soiî livre. Là, ce n'est plus la pénétrante analyse du passé ; c'est le passé même qui revit par uue admirable intelligence des mœurs barbares, et cette connaissance du cœUr humain qui retrouve sous tous les costumes le pathétique et le naturel. On dira que ces récits étaient dans les chroniqueurs du temps. Ils y étaient f sans doute, informes, épars, inaperQuÉ ; mais le talent qui les remet au jour, la préoccupation érudite et naïve qui nous les rend comme d'aneiéns épisodes ) inséparables de notre histoire, l'émotion et la simplicité du langage^ tout cela est l'œuvre de l'écrivain moderne, la création de son savoir et de son art.
L'Académie, en se séparant de tout souvenir, de toute séduction , tnéme la plus légitime, celle d'une juste célébrité ^ a donc pensé. Messieurs, que le prix fondé par le baron Oobert était dû au dernier ouvrage de M. Augustin Thierry.
Et maintenant que ce prix est proclamé, si la France littéraire se reporte aux premiers temps de la vocation historique dont il est la couronne , si elle regarde cette earriëre laborieuse, éclatante^ dévouée, si elle compte tes monuments qui l'ont déjà marquée, et surtout cette Hiêtoiré de la conquête de l'Angleterre par les Normands, titre immortel pour l'historien et pour notre pays, n'ap* prouvera-Nm pas l'Académie d'avoir, en se montrant équi- '
table pour un récent et bel ouvrage, honoré tous les travaux d'une vîe entière et d'un rare talent? Et n'est-il pas de bon exemple aussi, Messieurs, que, dans notre époque de prétentions si actives, une récompense si éclatante s'adresse au mérite seul , sans faveur, sans appui , et qu'elle aille le chercher dans la retraite , où il est incessamment retenu par la souffrance, la privation de la vue, et cette grande consolation de Fétude, dont le suffrage public peut seul doubler le prix , en y ajoutant la gloire?
Une seconde récompense était réservée à Fouvrage qui aurait le plus approché du premier rang; l'Académie la décerne à V Histoire de Louis Xlll par M. Bazin. Ce sujet, qui embrasse le gouvernement et la vie du cardinal de Ûcbelieu, avait été déjà de nos jours habilement traité. Mais rhtstoire est toujours à faire ; et tout esprit distingué, en s'aidant lui-même du progrès d'idées qu'il adopte ou qu'il combat, découvre dans les événements racontés par d'autres des leçons et des vues nouvelles. Sans avoir épuisé la double tâche qu'il s'était proposée, la peinture d'une époque historique et d'un grand homme, M. Bazin a fait un ouvrage instructif et piquant. Si quelques événements n'offrent pas dans ses récits k pathétique terrible auquel s'attendait l'imagination du lecteur, on n'en doit pas moins apprécier la finesse impartiale de son esprit. Il explique plus qu'il ne peint ; mais une pénétration ingénieuse éclaire tous ses récits : et dans l'art si difficile de l'histoire, l'étendue et la précision des recherches, l'intelligence exacte des grandes choses et le talent d'écrire soutenu dans un long ouvrage, sont des qualités rares, dignes d'un succès durable.
Ce vif intérêt accordé de nos jours aux études historiques paraîtra, sans doute , avoir influé sur le choix de l'Académie dans le jugement d'un autre prix , dont la
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générosité d'un autre fondateur nous a fait dépositaires. Chargée de couronner un ouvrage utile aux mœurs, rAcadémie a unanimenoent désigné le beau travail de M. de Beaumont, l'Irlande sociale, politique et religieuse. Il lui a paru , en effet, que jamais démonstration plus convaincante et plus utile n'avait été donnée à la plus haute morale, à celle qui commande aux nations l'humanité , la justice , le respect de la conscience et du droit. Il lui a paru également que jamais plus bel exemple n'avait été donné de la dignité humaine , et de la puissance irrésistible que la conviction peut exercer contre la force. La première de ces leçons est dans la longue série d'embarras et de périls qu'une puissante et habile nation s'était suscités à elle-même, par cela seul qu'elle avait été injuste, et voulait continuer de l'être. La seconde leçon morale , ou plutôt le grand spectacle dignement retracé par M. de Beaumont, c'est la persévérance, qui , faisant grandir le peuple irlandais au milieu d'une oppression inouïe, a enfin amené pour lui la paix religieuse et l'égalité civile et législative, en le rendant le libre et affectionné sujet de cet empire, dont il était depuis tant d'années l'indomptable et malheureux esclave.
Le publiciste qui, de bonne heure, épris de cette noble cause, est allé sur les lieux mêmes l'étudier, s'unir à elle, est en même temps celui qui donne à l'Irlande des conseilsde modération pourquela victoireexclusived'un culte ne se substitue pas à celle d'un autre, et que le mouvement démocratique qui précédait l'émancipation , et qui la suit encore, se modère et s'arrête à propos.
Quelles que soient les objections qu'on peut opposer parfois aux vues présentées par l'auteur, il est impossible de ne pas honorer son amour du bien , sa politique constanmient généreuse, son intérêt si attentif et si tendre à la destinée du peuple dont il tt peint la délivrance, et dont
il poursuit le bonheur, comme la solution du problème qu'il s'était posé. Nobles études d'un esprit actif et pénétrant, spéculations élevées, sans cesser d'être éclairées par les Mts et soumises à l'expérience I En Irlande on ne voulait pas croire, tout récemment, que ce livre, où l'Irlande est peinte d'une manière si touchante et si vraie, fût l'ouvrage d'un étranger ; M. deBeaumont avait prouvé par un exemple de plus que le génie communicatif de la France sait tout comprendre et tout exprimer, et que , par l'étude et la sympathie populaire , il n'est étranger nulle part. Nous devons lui en savoir gré; et l'Académie lui décerne le grand prix Montyon.
Après les ouvrages où le talent sert à recommander avec éclat , et à renouveler avec autorité quelque grande vérité morale , il n'est rien de plus digne de ces prix que les recherches judicieuses, les études approfondies et pratiques sur quelques-unes des misères humaines , et sur quelques-uns des remèdes qu'y peuvent apporter la religion, les mœurs et le travail. Là, comme ailleurs, sans doute, les livres ne font pas tout ; et il y a parfois un luxe de paroles bien stérile auprès des œuvres. Cependant de nos jours , et dans notre civilisation complexe , le bien même ne se fait pas sans la science. Deux ouvrages, sous ce rapport, ont particulièrement fixé l'attention de l'Académie. L'un , dont l'auteur est M. de la Farelle , ancien magistrat, indique, par le titre seul , une pensée utile et nouvelle , du Progrès social au profit des classes pt^laires non indigentes. C'est une réponse à beaucoup de déclamations et de systèmes ; c'est le travail d'un esprit vraiment spéculatif, qui hait la violence , et qui voudrait voir le bien-être et la lumière s'étendre paisiblement à tous les rangs d'une société libre et gouvernée. De studieux voyages, des connaissances précises en statistique et en économie, l'enthousiasme du bien sans illusion, la
tW DISGOUftfl IT MiLANGBS.
oonviction tans esprit sectaire , donnent du prix à cet ouvrage. L'auteur y combat parfois une opinion qui s'annonçait de nos jours comme une religion , et qui l'était si peu qu'elle a disparu en moins de dix années. Mais il ne méconnaît pas les circonstances sociales auxquelles cette opinion avait dû naissance : les analysant avec justesse, y en trouve le correctif en elles-mêmes: et^ de l'esprit d'alité, de l'émulation pour le bien-^être, d« cette amélioration matérielle qui accroît et multiplie le travail, de cette amélioration morale qui seule donne du prix et de la dignité au bien-être , il fait sortir , avec le progrès des individus, la stabilité du pouvoir.
Dans cette utopie , souvent appuyée sur des chifiâres , il reste beaucoup à faire , sans doute ; et tout n'est pas également démontré ; mais on ne peut qu'bonorer ce sage et généreux publiciste des classes populaires qui , par** courant sans cesse les lieux où elles s'instruisent, où elles souffrent f où elles travaillent, recherche tout ce qui peut les éclairer sans exalter leur orgueil , et veut améliorer à la fois leurs sentiments et leur état social. Rien de plus essentiel à cet égard que l'instruction primaire partout répandue et sagement graduée, telle que la conçoivent les pouvoirs de l'État , et telle que récemment un vote législatif vient de l'encourager avec une prodigalité judicieuse. Les bons ouvragessur ce sujet, ceux qui sont le fruit du dévouement et de l'expérience , ne sauraient obtenir trop de faveur. C'est en ce sens que l'Académie a placé près du savant Traité de M. de la Farelle un simple Manuel de l'instruction primaire , le livre de mademoiselle Sauvan , ce livre écrit avec simplicité par une personne d'un esprit distingué , après trente ans de travaux et de vertus.
L'Académie décerne à chacun de ces deux ouvrages une médaille de 3 000 francs.
RAPPORT SUR LIS GONCOCRS Dl 1840.
Un ouvrage également lié à rinstruction primaire , et qui la suit dans la famille pour la mettre toujours en rap* port avec l'intérêt de TËtat , le Coun de morale sociale par M. Dinocourt , reçoit de TÂcadémie une médaille de 2 000 fr., comme premier encouragement à d'utiles triivaui^. D'autres médailles semblables sont partagées entPQ des ouvrages oà TAcadémie a reconnu, sous des formes très^diverses , la même empreinte d'utilité morale.
Pans la Philosophie sociale de M. Hello , le sentiment et la tradition des vertus de Tancienne magistrature se produisant avee force et gravité , dans les Mélanges liUém rckires (le M. Géruses , Férudition eboisie , Téléganee du style, la pureté des S0ntiments et du goût ont obtenu las suffrages de TAcadémie ; et elle a cru devoir signaler ce mérite indépendamment des autres éloges que peuvent attirer à cas deun ouvrages la soienca du jurisconsulte et le talent du critique,
L'histoire de France élégamment abrégée par M. Men* neebeti et contei^ue dans les limites d'un récit intéfes* sant et mops^l , 4 paru digne de la môme distinction. Enfin TÀçadémie, pour être juste, a voulu récompenser le tablent qu'une jeune personne , travaillant par un pieux de^ voir , a trouvé dan3 la pureté du sentiment filial qui la force d'écrire . ^lle décerne à mademoiselle Crombaeh une médaille de 1 $00 francs,
Sans préiendre être plus sévàre sur le goût que sur la morale , l' Ae^^épiie ne déeemera pas cette année le prix qu'elle avait proposé depuis trois ans pour une question de littérature et d'érudition moderne, Vinfiueme du ^mie espagnol ?ur les lettres françaises m çomnieneeme^t in xvu* siècle. Un seul ouvrage remarqwftWe lui était papr venu sur ce sujet ; et cet ouvrage , trèsT^ingénieux dans quelques parties , était d'ailleurs inporoplet et n'appré*
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ciait pas la part d'originalité personnelle et nationale qui s*est maintenue sous cette imitation.
L'Académie attend de nouveaux candidats à ce savant concours.
Elle décerne aujourd'hui le prix qu'elle avait proposé pour un sujet tout français , l'éloge de madame de Sévigné ; et elle s'est félicitée que ce nom ait appelé un talent digne de le célébrer. La femme qui fut un grand écrivain dans le siècle de Bossuet , sans écrire autre chose que des lettres à sa fille, méritait d'être louée de nos jours par une autre femme , par celle qui , dans des poésies célèbres, échappées de sa pure et modeste retraite , a donné tant de charmes à l'expression des sentiments de famille , et n'a jamais séparé l'imagination et la vertu. L'Académie couronne l'éloge de madame de Sévigné par madame Tastu.
La cour de Louis XIY et la terre des Rochers , la vie de madame de Sévigné, ses conversations , ses lectures , sa tendresse, revivent dans cet éloge, souvent avec son propre langage heureusement rappelé, avec d'élégantes et simples paroles, un esprit qui ne coûte rien au naturel, une grâce digne du sujet et qui lui ressemble. Le discours même qu'on va lire me dispense d'en parler davantage, et fera paraître ce que j'ai dit bien faible. Ajoutons seulement un mot , c'est que le discours qui vient après, Y accessit auquel l'Académie a voulu décerner une médaille, est un travail très-distingué, parfois trop savant, mais toujours spirituel, et même éloquent lorsque l'orateur peut se montrer sérieux à son aise, comme, par exemple, dans une belle description de Port-Royal , dont madame de Sévigné aurait su gré à son jeune et austère panégyriste : l'auteur de cet ouvrage est M. Caboche, professeur de l'Université, dont le nom sera bientôt honorablement connu dans les lettres. Enfin ,
après ce discours vient encore l'ouvrage élégant d'une autre femme, à laquelle le siècle et le génie de madame de Sévigné ont inspiré de fines réflexions et d'ingénieuses peintures.
Un si heureux retour vers les modèles du xvu* siècle invite l'Académie à chercher encore dans cette grande époque les sujets de ses concours ; elle propose aujour • d'hui l'éloge de Pascal , de ce grand et multiple génie qui y disant lui-même avec un modeste orgueil , que la géométrie devait être l'essai et non Remploi de notre force, indiquait assez que , pour analyser les puissances de sa pensée , il faudra surtout faire ressortir son caractère de profond moraliste et d'écrivain subUme.
Pour sujet de prix de poésie , l'Académie propose un des. grands spectacles qui frappent aujourd'hui nos yeux , l'influence de la civilisation chrétienne en Orient; et elle se plaît à penser, qu'en célébrant cette influence , on rencontrera partout, depuis les bords du Nil et les plaines de la Morée jusqu'aux gorges de l'Atlas, les sou-venirs anciens et récents de la valeur et de l'humanité française.
SM ancmmi ir nÉtiiMii.
RAPPORT
ioi
LES CQPIGOURS DE L'ÂCADËUIE FRANÇAISE
IhssnuRS,
ÇfLenque rAeadémid frapçaise déeepnait , il y a un an , poup la prainièra fois , la dotation littéraire destinée par un généreux citoyen à récompenser de grandes études sur notre histoire, elle s'attendait bien, en proclamant M. Augustin Thierry, qu'une palme si justement acquise ne serait pas transférée de longtemps à un autre nom et à d'autres ouvrages. Cette première épreuve avait eu pre&* que le caractère d'un concours décennal. Le prix était annoncé depuis la mort déjà éloignée du jeune fondateur. Un grand nombre d'écrits historiques , quelquesuns très-remarquables , avaient paru dans l'intervalleé L'examen avait été laborieux ; le choix pouvait sembler difiTicile. Mais aujourd'hui nul doute n'a pu s'élever. Le court espace de temps écoulé depuis notre dernière séance annuelle n'a point produit d'ouvrage à comparer soit aux Considérations sur l'Histoire de France, soit au
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tableau coitôct et ingénieux du siècle de Louis Xni. La IHx>portion entre ces deux ouvrages n'est pas changée , sans doute; mais le livre de M. Bazin conserve « avec autant de justice que celui de M. Thierry, la distinction qu*il avait obtenue , et qu'on ne pourra lui ravir sans beaucoup de savoir et de talent.
Les prix des Académies ne font pas naître les grandes vocations littéraires ; mais ils peuvent les aider, les servir ; et , dans notre société nouvelle , si distraite de la spéculation studieuse par les affaires, et si économe pour les lettres, combien n'est-il pas précieux que , sur une route pénible, quelques appuis soient offerts au talent isolé I
Il y faut sans doute une condition ; c'est que la destinnation de ce talent soit utile, c'est que sa pensée soit pure et son but honorable. Assefe d'efforts ont été tentés de nos jours contre les vérités sociales , pour que la défense de ces vérités ne semble à personne un lieu commun , mais une lutte courageuse et nécessaire. La morale, même la plus simple, le bon sens le plus vulgaire atta^ qués par des sophismes corrupteurs , grandissent en té» sistant. (Comme il n'est rien d'évident qu'on n'ait contesté, il n'est rien de salutaire et de vrai qu'il ne faille soutenir.
C'est à ce point de vue, Messieurs, que deux ouvrages très-différents par le sujet , le caractère , la forme , ont également intéressé l'Académie , et lui ont paru dignes de partager le prix fondé par un philosophe bienfaisant du dernier siècle* L'un de ces ouvrages , en effet , rap*pelle énergiquement les esprits à la modération et au bon sens , en leur montrant la fausseté de quelques théories sociales annoncées de nos jours, au nom du perfectionnement indéfini et de la complète égalité. L'autre ouvrage ) moins savant en apparence , attire doucement les âmes à la religion ^ ptu* la peinturé d'une belle vie eon-
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sacrée tout entière au service de rbumanité , dans un laborieux épiscopat. Les Réformateurs contemporains , par M. Louis Reybaud , la Vie de M, de Cheverus, archevêque de Bordeaux, par un prêtre qui ne s'était pas nommé, tels sont les deux ouvrages dont nous avons à marquer les mérites , les différences, et peut-être le secret rapport.
Un esprit ferme et juste , un écrivain habile a jeté les yeux sur un des incidents moraux qu'on avait vus se produire en Europe, à la suite de nos grandes commotions politiques; il regarde ces expériences isolées, ces tentatives individuelles de réforme sociale qui ont succédé aux mouvements tumultueux des peuples , et ont voulu tantôt nier tous les cultes , tantôt prendre la forme d'un culte , et simuler l'enthousiasme d'une religion nouvelle. Pour mieux apprécier ces entreprises contemporaines , il parcourt d'abord les utopies sociales que des esprits élevés ou rêveurs avaient conçues dans tous les siècles , et en présence de toutes les formes de société ; il remonte jusqu'à Platon , avant de descendre à la nouvelle Atlantide cherchée de nos jours ; et il passe, pour y arriver, par les systèmes de Thomas Morus , de Bacon , de Fénelon, des intelligences les plus fortes, des génies les plus purs. Mais , si cette revue rapide des espérances du passé atteste le principe tout à la fois de progrès et d'illusion que l'homme porte en soi , la justice rendue à ces nobles précurseurs du perfectionnement social n'empêche pas le nouvel observateur de juger sévèrement ce qu'il y avait de vain dans leurs espérances, ce qu'il y a de vain et de coupable dans des théories plus récentes.
Il est des illusions paisibles qui charmaient quelques imaginations , sans agiter le monde ; il en est de menaçantes qui ne tromperaient aujourd'hui la société que pour la corrompre , la posséder violemment et la dé-
truire. C'est là ce que rbistorien des nouveaux Réformateurs a voulu combattre , sans prévention injuste , sans animosité personnelle, mais avec une logique inexorable pour les faux principes. Ce qu'il repousse , ce qu'il attaque comme une stérile et dangereuse chimère , c'est Texcès d'indépendance dans Tordre moral , l'excès d'égalité dans l'ordre civil : il montre qu'à ce prix, ni la famille , ni l'État n'existeraient , et que les tentatives pour y substituer la communauté sans abnégation religieuse , et dans la seule vue de l'intérêt personnel , sont contradictoires avec elles-mêmes , et n'aboutissent qu'au désordre et au néant.
C'est dans l'ouvrage de M. Reybaud qu'on trouvera l'histoire impartiale et piquante de ces plans de sociétés et de religion nouvelle , que nous avons vus passer près de nous , comme un spectacle ; c'est aussi là qu'il faut lire la vie plus sérieuse d'un réformateur étranger, auquel n'a manqué ni la force d'esprit , ni la ténacité d'espérance, ni la foi en lui-même , et qui , depuis longues années, multiplie, dans l'ancien et dans le nouveau monde , ses efforts toujours impuissants pour établir une éducation sans culte , une société sans famille et sans propriété, un peuple sans gouvernement. L'orgueil , un orgueil illimité est le droit divin de ces nouveaux apôtres , comme l'humilité était la yertu des premiers chrétiens : et cependant les premiers chrétiens ont transformé le monde; et le réformateur moderne, M. Owen, lui qui se proclame le favori de l'univers , n'a pu , dans la contrée le mieux choisie de la libre Amérique, loin de tout obstacle et de tout préjugé, fonder son système sociétaire, et bâtir une ville sous le beau nom de Nonvelle-Harmo^ nie, sans voir aussitôt toutes les passions déchaînées faire de sa création un chaos , d'où lui-même s'est enfui des premiers.
806 DISCOUAS ET MÉLàNGIS.
Sur un autre point des vastes fitats d'Amérique, dans une de ces grandes villes démocratiques et commerçantes où l'activité du travail et Tamour du gain ont transporté tous les arts de l'Europe , se préparait un autre mission^ naire, dévoué plus utilementau bonheur des hommes. Jeté hors de son pays en 1793, un jeune prêtre français avait trouvé à Boston , au milieu du libre concours de toutes les sectes chrétiennes, une Église catholique, faible et peu nombreuse. Bientôt il Taccrott, il la ranime par l'ardeur de son zèle et sa vertu persuasive. Il est à la fois le plus fervent , et le plus tolérant des hommes. Simple et modeste dans ses manières, spirituel , brillant , gracieux ptf la parole, il charme les protestants américains, en leur prêchant l'Évangile dans la langue de leurs pères.
Cet apostolat dans une ville ne suffit pas à sa charité. Aux confins des six États nommés autrefois la Nouvelles- Angleterre, au delà du Connecticut , erraient encore des tribus sauvages , du nombre de celles que l'implacable progrès de la civilisation américaine fait successivement disparaître de la face du globe. Le jeune prêtre les re-* garde comme dévolues à sa mission catholique de Boston. S'aidant du jargon d'une vieille esclave sauvage qui par^ lait un peu l'anglais, il apprend la langue de ces peu^ plades ; puis , seul , conune le missionnaire dont M. de Chateaubriand a tracé l'immortelle peinture , avec son bâton et son bréviaire , il s'enfonce dans la profondeur des bois, et va chercher des âmes à sauver, des hommes à convertir et à humaniser. Dans cette poursuite, il a le bonheur de retrouver quelques restes d'une ancienne mission chrétienne ; il les rassemble, il les vivifie de nott'^ veau par l'ardeur d'une charité dont le souvenir ne s'effacera plus dans le cœur oublieux du sauvage. Vivant sous les huttiss de ces pauvres tribus, traversant les fleuves dans leurs frêles pirogues, les sauvant, par ses prières et
RAPPORT «i9t Li» coNCOtmd db 1841. ^iffr
mm autoritéi de la contagion deft marchandt qui leur apportai»! les liqueurs enflammées de l'Europe, il pftssa là plusieurs mois à instruire, à consoler, à guérif ; ec^ dans la suite, il revint souvent visiter soû dlooèaa du désert. Mais il lui Mlut alorft lé quitter, pour retourner à Boston ; une épidémie de fièvre jaune Vy mppelaît : il accourt , et , dans le trouble général , quand \m affections de famille , quand le ièle religieux] même reculait effrayé , il est partout Tassistant des abandonnés et le consolateur des mourants.
Que pouvait un titre pour tant de vertus? Aotne cependant , qui voyait alors , c*était en 1798 , le culte catholique menacé dans une partie dé l'Europe, apprit avec une vive joie les miracles de charité qu'un prêtre français exilé suscitait en iLmérique ; et elle sè hâta de les honorer, en le nommant évéque de Boston. Ce titre, sans pouvoir, sans crédit temporel, au milieu d'une ville étrangère et dissidente, devint pour M. de Cheverus , comme pour un évéque de l'Eglise primitive , un instrument de diarité universelle , un signe public de conciliation et de paix , au milieu de la division des sectes , envenimée par la division des partis. Dans la rudesse souvent si injurieuse de la liberté américaine , son nom , toujours béni par le pauvre , n'était jamais prononcé qu'avec respect ; son accours était partout invoqué ; ses dons semblaient inépuisables , tout pauvre qu'il était ; sa voix faisait partout élever des églises et des écoles. L'àpreté du 2èle sectaire tombait devant sa douceur; et souvent les pasteurs des diflërents cultes le priaient de prêcher dans leurs temples , comme si sa parole , vraiment apostolique , ttki venue rendre aux chrétiens leur unité première.
C'est ainsi qu'il fût occupé près de trente ans en Amérique , étendait son influence et sa vertu depuis Boston ttflqu'à Baltimore.
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L'Europe avait bien changé dans cet intervalle ; elle avait été bouleversée et reconstruite. Les républiques ^ les empires avaient passé ; une restauration était debout pour la seconde fois. Parmi les préoccupations souvent aveugles de ce pouvoir entouré d'obstacles, il lui vint la sage idée de rappeler en France le pieux et tolérant évéque de Boston, et de lui confier un siège épiscopal. Cette simplicité tout apostolique , cette longue habitude des mœurs d'un Ëtat libre, cette indulgence d'un esprit aimable et supérieur, cette piété qui se marquait toujours par les œuvres, tous ces traits du caractère de M. de Cheverus lui gagnèrent les cœurs à Montauban, comme à Boston. La division des sectes , qu'une fausse politique avait ranimée, céda sans peine au saint évéque, qui venait, en 1825 , apporter, dans une de nos villes du Midi, la tolérance américaine, avec l'effusion d*âme et la douceur de Fénelon.
Bientôt vint s'offrir à lui une de ces occasions déplorables où la charité, où le dévouement ont besoin d'être immenses comme le malheur. Une inondation désola le département du Tarn ; et , sans entraîner autant de maux que les ravages du Rhône, il y a quelques mois, elle frappa des villages entiers de misère et de désespoir. Donnant alors un exemple qui s'est récemment renouvelé, M. de Cheverus se mêle partout au péril, encourage les travailleurs, assiste les victimes, recueille et nourrit dans sa propre demeure plus de trois cents personnes , pendant que ses démarches actives et sa charité impérieuse obtenaient des secours de toutes parts pour réparer les pertes de deux faubourgs inondés.
M. de Cheverus est appelé du siège épiscopal de Montauban àTarchevéché de Bordeaux;. les dignités de l'État lui sont prodiguées : sa modération, son humilité, sa tolérance , sa popularité même , n'en éprouvèrent pas la plus
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légère atteinte. Dans des jours de réaction politique et de défiance, il restait pour tout le monde bienveillant et respecté.
L'épreuve même d*une révolution soudaine ne troubla ni cette vertu si sûre d'elle-même , ni cette autorité si douce exercée sur les âmes. Plaignant le malheur, mais jugeant les fautes, inaccessible aux passions de parti , et préférant à tout la religion et la France , M. de Cheverus seconda de sa libre et fidèle adhésion le pouvoir tutélaire qui s'élevait par le vœu public. Son cœur d'ancien émigré était attristé ; il n'en fut que plus tendre et plus secourable à tous. Sa maison épiscopale était appauvrie ; il redoubla de simplicité pour lui-même , et de charité pour le malheur. On le vit plus souvent à pied dans les rues pour aller visiter les pauvres, et faire parfois le catédiisme dans les écoles d'enseignement mutuel. Quand le fléau du choléra s'étendit, et que, dans le4rouble public, on se préparait partout à le combattre, M. de Cheverus fit aussitôt de son palais un hospice; et il n'en sortit que pour aller chaque jour visiter, dans les dépôts publics , les malheureux frappés de contagion , ou pour monter en chaire et prêcher contre ces bruits funestes d'empoisonnement qui troublaient l'imagination du peuple , et ajoutaient la sédition au fléau. Le mal dura peu ; et le peuple de Bordeaux puisa dans cette prompte délivrance plus de dévouement encore à son saint archevêque. Pour lui, son âme vive et pure , en jouissant avec délices des témoignages de l'affection publique, n'en tirait aucun orgueil ; et il poursuivait seulement avec plus d'ardeur sa tâche de chaque jour, infatigable dans les moindres devoirs, comme il était admirable dans les plus grands.
Une vertu si constante et si approuvée ne pouvait échapper à l'attention du Roi. Sa Majesté, dès qu'elle en
eut l'OMMioii, désigna M. de Cheverui pour la pourpre romaine. Toutes leë opinionB applaudirent avec une égale faveur; et jamais, de nos jours, élection ne fût plttft populaire que cette promotion d*un cardinal. G'eat qu'il y a dans la bonté du cœur utile à la pureté religieuse uft eharme et un ascendant que nulle prévention ne peut méconnaître ; c'est qu'aimer les hommes, et leur foire du bien au nom de Dieu , sera toujours un grand titre dans le monde. Ce fut la puissance de M. de GheveruB^ et le secret de sa vie heureuse et honorée.
Cette vie approchait du terme ^ sans se démentir un moment. Lorsqu'il rentra dans Bordeaux , avec sa dignité nouvelle de cardinal , un sinistre de mer venait tout récemment d'engloutir quatre -^vingtë pauvres pécheurs sortis du port de la Teste. M. de Cheverus, au milieu des acclamations de la foule qui se pressait sur son passage, n'a d'attention et de cœur que pour le désastre qu'il vient d'apprendre. Il tourne en pitié et en aumônes tout l'enthousiasme qu'on a pour lui. Les malheureux qui avaient péri laissaient sans ressources leurs veuves, leurs vieux parents et cent soixante et un petits orphelins ; c'est là ce qui trouble , ce qui fait pleurer l'archevêque. U envoie aussitôt, pour porter des secours aux familles désolées, un de ses dignes élèves, celui qui sera plus tard le charitable et courageux évéque d'Alger. Il reste à Bordeaux , afin de multiplier les quêtes , et de les prêcher lui-^méme ; il célèbre dans sa cathédrale un ser->vice solennel pour les pauvres noyés , comme pour des grands de la terre. Des dons passagers ne suffisent pas; dans son ingénieuse charité, il forme au profit des orphe^ lins de la Teste, une association durable de tous les enfants des familles aisées de la ville, ayant à leur tête quelques riches orphelins. Par les soins des Jeunes proiecteursj une école est établie dans Bordeaux pour leurs
RAPPORT m% iM ceiicofma m 1841. sir
pauvres pupiUan ; «t rwrcbevéque soulage ainsi les ubs, en 2ippra»9nt aui autres Texercice éclairé de la bienfaisfiiice et de la vertu.
Ainai se auooédaient incessamment ses bonnes œuvres et ses édifiantes paroles. Fatigué de longs efforts, malade et déj4 frappé d'un funeste avant*coureur, M. de Cheyerus continua sans interruption de travailler à sa tâche épiscopale, partout inspirant le bien, ou le {^sant.luimême ; et il ne se reposa que pour mourir, en laissant conune un dernier bienfait Texemple même de ses derniers moments.
Quels hommages solennels aurait mérités M. de Cbeverus ! quel prix de vertu serait digne de chacune de ses belles actions 1 oe prix qu'on n'eût pas osé lui offrir, nous le décernons de loin à sa mémoire, en couronnant son modeste historien.
D'gutres livres remiirquables ont frappé vivement Tattentîpn de TAcadémie , sans qu'elle ait cru pouvoir les comprendre dans le concours, ou les associer aux prix. TaptOt e'^t le caractère dii sujet qui lui a paru résister au oboix qu'elle aurait voulu faire ; tantôt c'est le but mén^e de l'ouvrage qui lui a semblé n'admettre d'autre réeompense qu'une mention publique. C'est ainsi qu'en appréciant les laborieuses recherches et les brillants récits eansaorés à l'Espagne par M. Rossew Saint-Hilaire , l'Académie a regretté de n'avoir pas , pour les études d'histoire étrangère, un prix spécial à décerner, comme pour les travaux sur notre histoire nationale. C'est ainsi qu'un écrit rapide et excellent de M. Charles Dupin, adressé, sous le titre de Bienrétre et concorde, aux classes laborieuses qui souvent ont entendu la voix de l'auteur, n'a paru à l'Académie qu'une suite de ses leçons du Conservatoire, placées en deboni de toute autre récompense
par leur suôeès otâme. Le Gmr* à^ Morale que M, Rendu
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a composé pour rinstniction de la jeunesse, avec la pieuse tendresse d'un père et Texpérience d'un maître habUe, devait également recevoir une mention à part ; et les Mélanges littéraires de M. Patin, en replaçant sous les yeux de TAcadémie plus d'un remarquable discours déjà couronné par elle , lui rappelaient combien d'estime est due à cette érudition choisie , à cette raison piquante , à ce goût ingénieux et pur.
Après des éloges trop faiblement exprimés, mais si justes, l'Académie réserve, pour quelques ouvrages utiles , des médailles d'encouragement et d'honneur. Le nombre môme de ces ouvrages témoigne du vif intérêt qui s'attache aujourd'hui à l'éducation morale de l'enfance. Tous ceux que l'Académie a distingués sont écrits par des femmes ; et , dans celui qu'elle place le premier, le Livre de V enfance chrétienne, par madame de Flavigny, on reconnaît à chaque page , avec les grâces de l'esprit le plus délicat, la vigilance inquiète et l'attention passionnée d'une mère. Dans ce livre sérieux et charmant , la leçon est un entretien intime ; le langage élégant et noble décèle les plus heureuses traditions du bon goût, en même temps qu'il est approprié à la raison du premier âge, par sa simplicité, et intéressant pour tous les âges, par les sentiments vifs et purs qu'il exprime.
D'autres essais moraux , sous une forme romanesque, Marianne Aubry, par mademoiselle Julie Gouraud , Bernard ou le. Gagne-Petit, par mademoiselle Oiliac de Trémadeure, Julien, par madame Fanny Richomme, la Jeune Aveugle, par madame Taunay, ont offert à l'Académie ce même caractère de vérités utiles, mises en scène dans un récit touchant et naturel. Un sentiment toujours pur et parfois un honorable besoin de travail a dirigé le talent dans ces ouvrages : nous devons d'autant plus l'accueillir. Si la culture des lettres honore dans la
prospérité, il est juste aussi qu'elle soit un appui dans une fortune moins heureuse, et qu'elle la soutienne, en la rendant respectable.
L'Académie décerne également une médaille au dernier écrit qu'a publié M. Â2ds , sur les idées bienveillantes et conciliatrices, distinctes de ses systèmes, et qui ont animé' sa vie entière.
En honorant tous les travaux qui portent un caractère d'utilité morale, l'Académie , quand elle le peut, tâche que ces travaux se confondent avec les fortes études , et servent à reporter l'attention publique vers les grands modèles de la science et de l'art. C'est dans cette pensée qu'elle a demandé et plusieurs fois couronné des traductions. Trois ouvrages, cette année , ont, à ce titre , fixé son choix, par l'importance, la grandeur des originaux, et le talent des traducteurs.
L'un est un des monuments les plus élevés et les moins accessibles de l'antiquité, la Métaphysique d'Aristote , que nulle traduction n'avait fait encore passer dans notre langue, et dont quelques parties seulement avaient été , de nos jours, dans une savante Académie et sous la plume d'un maître illustre * , l'objet d'une étude aussi neuve que profonde. En profitant des vues rapides et lumineuses que M. Cousin avait jetées sur l'ouvrage entier, deux jeunes hellénistes ont intrépidement abordé cette vaste tâche , et porté , autant qu'il était possible , la clarté française dans les obscurités ou plutôt dans les profondeurs de ce grand esprit d'Aristote , dont les versions latines du moyen âge avaient souvent obscurci la lumière. Une introduction méthodique et substantielle précède ce travail, en prépare l'intelligence , et en augmente le prix.
* Rapport de M. Cousin à rÂcadémie des sciences morales et politiques, sur ie concours de 1835.
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n ne nous appartient pas de le discuter iei ; mais il aeua est doux d'en reporter l'honneur à deux élèves d*une école célèbre, qui a beaucoup fait déjà pour la gloire desi lettres, des sciences et de renseignement en France. L'Aoadémie couronne la traduction de h Métaphysique d'Arisiote, par MM. Alçxis Pierron et Charles Zévort, anciens élèves de rËcole normale.
Avec cette variété qui appartient au domaine des lettres , nous passons tout d'un coup d'Aristote à Klop^ stock, et même à saint Augustin. Le poëme de Klopstodii, s*il n*est pas la plus attachante des épopées, est certaine^ ment la plus pure et la plus sublime dans l'ordre moral. Hormis quelques pages assez fidèlement imitées par le vertueux philosophe Turgot , rien jusqu'ici , dans notre langue, n'avait reproduit la chaste douceur et la gi'avité mélodieuse du poète allemand. Il a paru , Messieurs , qu'une élégante et complète version de la Messiade était un bon livre moral à couronner ; et nous décernons une médaille d'honneur de 2 000 fr. à l'auteur de ce beau travail , à madame la baronne de Carlowitz i naturalisée depuis longtemps en France par ses malheurs et par le talent d'écrire.
Le plus original et le plus touchant ouvrage d'un Père de l'Église , le monument intermédiaire entre l'antiquité et les âges modernes , où , près du paganisme mourant et de la foi chrétienne qui grandit , on voit apparaître le malaise et la mélancolie des civilisations avancées, lea Confessions de saint Augustin sont faites pour intéresser notre siècle , encore plus qu'elles n'édifiaient le siècle de Louis XI Y. Bien des lecteurs sont aujourd'hui préparés aux Confessions de saint Augustin par celles de Rous-* seau et par les agitations éloquentes de René. Ils ne pourront les étudier sans admirer beaucoup le gran^d évéque d'Hippone, qui, des mêmes inquiétudes rô-
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veuMs , fit sortir une tie si active et si utile au monde. Utte traduction fidMe et animée de cet ouvrage est un livre qui nous manquait. Port-Royal lui-»méme avait altéré, par respect, le naturel passionné d'Augustin. M. Moreau , moins scrupuleux , a été plus vrai ; et l'Académie , en décernant à sa traduction une médaille d'honneur, l'encourage à d'autres travaux, où le talent s'unisse à la pureté du goût»
L'Académie décernera de nouveau des prix semblables dans le prochain concours; et à côté de l'éloge de Pascal, difficile sujet proposé » dès l'année dernière , à la demande de notre illustre et regretté collègue, M. Lemercier, elle espère avoir à couronner quelque bonne et forte étude sur un monument de l'antiquité philosophique ou chrétienne.
Aujourd'hui, Messieurs, il nous reste à proclamer celui de tous les prix académiques qui rencontre souvent le plus de contradictions et de doutes , et qui cependant a été le début heureux de plus d'un talent célèbre , le prix de poésie. L'Académie avait proposé V Influence de la civilisation chrétienne en Orient , sujet prématuré peut-être, mais dont il est facile d'entrevoir les principaux aspects et la grandeur. Nous ne mêlerons pas aux pensées qu'il fait naître de minutieux détails d'analyse. Deux pièces de vers ont occupé l'attention de l'Académie. Dans l'une, l'auteur, bornant, pour ainsi dire, l'étendue encore incertaine du sujet , a pris pour symbole de l'influence chrétienne en Orient le monument que , par une patriotique et royale pensée , Louis-Philippe a fait élever à saint Louis sur le sol de Carthage, en vue des vastes possessions que le drapeau français a conquises et conserve en Afrique. De nobles sentiments et de beaux vers recommandent cette ode de M. Bignan. L'Académie , en accordant beaucoup d'éloges à l'art
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brillant et pur qu'on remarque dans cet ouvrage , a préféré cependant un autre poème, dont le cadre est plus vaste, les formes plus hardies et plus libres. L'auteur, M. Alfred des Essarts, prodigue les grands souvenirs et les images ; il sent avec chaleur, il peint avec force. Mais je ne veux pas trop louer des vers que Tauteur va lire : il sera lui-môme son meilleur interprète. Sa voix, forte d'émotion et de jeunesse , n'a pas besoin d'autre appui que de cette faveur aimable et juste, qui , dans une telle assemblée, s'attache au premier succès, et pour ainsi dire à l'avènement public d'un nouveau talent.
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