V. l'Officiel du 21 janvier
J. Ferry, Discours, II. 31
Le président du Conseil répondit immédiatement à M. Sénard. Après avoir, habilement et non sans justice, attribué le résultat des élections sénatoriales du S janvier à la bonne conduite par le gouvernement de tontes les affaires extérieures et intérieures du pays, M. Dufaure aborda la question du personnel judiciaire. Il fit une distinction enlre les procureurs généraux qui n'avaient été « que les instruments dociles et passifs du ministère » et ceux qui « avaient poussé le dévouement jusqu'à la passion. Il n'avait destitué que les derniers — en tout cinq — et il en avait déplacé deux avec diminution de fonctions. Tel était le bilan de l'épuration réalisée par M. Dufaure dans le haut personnel judiciaire. Le ministre promettait d'ailleurs « d'être sévère pour l'avenir », tout en renouvelant les témoignages de son indulgence pour les vieux magistrats sur le point d'atteindre l'âge de la retraite.
Les orateurs de la gauche avancée, MM. Madier de Montjau et Floquet, répliquèrent à M. Dufaure. Ils soutinrent que le programme ministériel ne répondait pas aux exigences d'une situation nouvelle, qu'il n'était que l'écho de celui de 1876, qu'il ne s'expliquait nettement ni sur le caractère des nouveaux projets de loi, ni sur la question du personnel.
L'ordre du jour Ferry.
Après la clôture de la discussion et une suspension de séance, M. Jules Ferry monta à la tribune et s'exprima ainsi :
M. Jules Feruy. — Messieurs, j'ai L'honneur, en mon nom et au nom d'un grand nombre de mes collègues, de déposer sur le bureau de la Chambre l'ordre du jour motivé dont je vais vous donner lecture :
« La Chambre des députés, confiante dans les déclarations du Gouvernement et convaincue que le cabinet, désormais en possession de sa pleine liberté d'action, n'hésitera pas. après le grand acte national du 5 janvier, à donner à la majorité républicaine les satisfactions légitimes qu'elle réclame depuis longtemps au nom du pays, notamment en ce qui concerne le personnel administratif et judiciaire,
« Passe à l'ordre du jour. »
M. Paul Bert. — Mais c'est Tordre du jour de 1876 que vous lisez là!
M. Chaules Floquet. — Nous demandons l'ordre du jour pur et simple.
M. de Marcère, ministre de l'intérieur. — Le Gouvernement accepte l'ordre du jour motivé présenté par M. Jules Ferry.
M. le Président. — Le Gouvernement déclare accepter l'ordre du jour motivé dont M. Jules Ferry vient de donner lecture. M. Floquet demande l'ordre du jour pur et simple.
A la suite du rejet, par 200 voix contre lao, de Tordre du jour pur et simple, l'ordre du jour motivé, proposé par M. Jules Ferry, fut adopté par 208 voix contre 116.
Démission du Maréchal.
C'était au fond pour le cabinet un triomphe à la Pyrrhus, car l'ordre du jour de M. Jules Ferry constituait une véritable mise en demeure. Les ministres, d'ailleurs, s'efforcèrent de donner satisfaction aux désirs de la Chambre en déposant un projet pour permettre de gracier les condamnés par contumace et, le 28 janvier, le général Gresley, ministre de la guerre, présentait au Président de la République un rapport concluant, par application de la loi de 1873 relative aux grands commandements, au remplacement de 10 généraux qui commandaient des corps d'armée depuis plus de trois ans, mais qu'on avait maintenus jusque-là dans leurs fonctions par délibération spéciale du conseil des ministres, sous prétexte de ne pas nuire à la réorganisation de l'armée. Bien qu'il s'agit de l'application d'une loi votée par l'Assemblée nationale, le maréchal de Mac-Mahon, saisissant cette occasion de quitter le pouvoir, refusa de signer la mise en disponibilité des généraux à remplacer, et envoya, le 30 janvier, aux présidents de la Chambre et du Sénat, une lettre qui leur demandait de communiquer sa démission au Parlement. Le même jour, le Congrès se réunissait et nommait M. Jules Grévy président de la République, pour sept, ans, par 563 voix sur 662 votants. Il y avait eu 77 abstentions et le général Ghanzy, qui ne s'était pas porté candidat, avait obtenu 99 suffrages.
Démission de M. Dufaure. — Le ministère Waddington.
M. Dufaure ayant manifesté la résolution de rentrer dans la vie privée, un nouveau ministère fut constitué, sous la présidence de M. Waddington qui prit le portefeuille des affaires étrangères1. Ses collègues étaient MM. de Marcère (intérieur et cultes), de Rover (justice), Jules Ferry, instruction publique), Léon Say (finances), de Freycinet (travaux publics), Lepère (agriculture et commerce), Gresley (guerre), amiral Jauréguiberry (marine).
Dans la séance du 6 février 2, M. Waddington au Sénat, et M. de Marcère, à la Chambre, lurent un Message du nouveau Président de la République dans lequel il promettait « d'être soumis avec sin-
1. Les décrets de nomination sont datés du 4 février 1879 et ont paru à Y Officiel du 5 février.