LETTRES DE MIRABEAU A M. DE V1TRI
3i juin 1781.
Je ne vous écris qu'un mot , mon cher Vitri , pour que vous ne soyez pas inquiet de moi : ma pauvre nièce est aux portes du tombeau ; une fièvre maligne l'a réduite en cinq jours à cette extrémité; je ne comprends pas où une jeune personne qui , par une si belle carnation , annonce un sang si pur. qui est douce, tempérante, et ne connaît aucune passion , a pu prendre le germe d'une si terriblemaladie. A ce compte , nous autres prodigueurs de vie, nous devrions mourir tous les huit jours. La pauvre mère, qui est grosse , est navrée de douleur ; nous aimons tous cette enfant, qui est charmante; jugez de notre désolation; je ne me couche plus, et ma santé aurait besoin de calme, que ce triste événement ne promet guère. Imaginez si nous la perdons ce que c'est que d'être à la campagne en tête à tête de sa douleur , isolés de toute distraction; enfin , telle est ma destinée; j'ai souvent pensé que la mort était la plus belle invention de la nature ; mais c'est quand elle frappe nous, et non pas les nôtres. Adieu, mon ami, aimez-moi comme je vous aime, et conservez précieusement votre enfant.
MIRABEAU fils.
Ji juin.
J'écris à je ha je chéris votre femme.
Va , mon cher ami, rue de Grammont et rue des Petits-Champs ; tu y trouveras de mes nouvelles. Je t'aime et te remercie de toutes les forces de mon âme.