Isaie, xi
Il fallait enfin à notre patrie et à ce siècle une grande révélation et comme une grande explosion de la vie surnaturelle.
Le naturalisme nous envahissait de toutes parts ; sous son souffle glacé les croyances fondamentales elles-mêmes menaçaient de s'éteindre. Il était nécessaire de rappeler, par des signes éclatants, aux générations contemporaines que l'horizon étroit et sombre de celte vie n'est pas toute leur destinée, et que le plus grand des crimes est d'ensevelir les âmes dans les ténèbres et la boue de cette terre. Il était nécessaire de rappeler aux peuples que la vie surnaturelle doit les pénétrer, et qu'elle est la seule sève capable de leur donner la fécondité, la puissance et la gloire. Les législateurs oubliaient que les principes de la vie chrétienne sont aussi les principes de la vie sociale, que l'Évangile a créé la civilisation dont ils sont si fiers et que l'Église est la mère des natioris modernes.
Mais pour que cette vie surnaturelle se répandit à flots, pour qu'elle pût pénétrer partout, il fallait ouvrir sur la France et sur l'humanité la source intarissable de toutes les grâces divines, de tous les trésors célestes, le cœur de Jésus-Christ. C'est de ce cœur, ouvert parla lance du soldat romain, que sont sortis les sacrements et l'Église elle-même, c'est de ce cœur que jaillit le fleuve impétueux qui réjouit la cité de Dieu, « Fluminis impetus lœtificat civilatem Dei (1). C'est le puits de Jacob d'où sortent les eaux qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle ; et, dans la Jérusalem du bonheur, c'est de ce cœur que sortent les torrents de volupté et
i. PS. XLV. 5.
de vie qui enivrent les élus. « Torrente voluptatis tnœ potabis eos (1)...»
Mais il faut finir, il faut quitter ce sol béni. Nous retournons dans nos montagnes, nous dirons à nos populations si chrétiennes l'enthousiasme de vos fêtes, nous leur dirons nos espérances et nos joies ; oui, nos espérances et nos joies, et je veux finir par une parole d'espérance....
Je la vois cette France nouvelle, cette France régénérée par l'amour infini. Qu'elle est belle, qu'elle est puissante, cette France devenue pour jamais l'auxiliaire de Dieu et la libératrice des cames ! Qu'elle est belle, qu'elle est puissante la France du Sacré-Cœur!...
Hier, lorsque nous étions emportés vers vous sur les chars de feu de l'industrie moderne, une pensée traversait mon esprit. Je pensais à cette goutte d'eau qui repose dans le calicede la fleur des champs, qui tremble sur la feuille des bois, qui disparaît aux premiers rayons de l'aurore ; et pourtant réunissez ces gouttes d'eau, réchauffez-les par la flamme, et voyez maintenant ces convois qui emportent des multitudes immenses à travers les flancs ouverts de nos montagnes et par-dessus les abîmes. Nos cœurs ne sont que des goutter d'eau imperceptibles et impuissantes par elles-mêmes. Mais réunissez ces cœurs, réchauffez-les, embrasez-les au contact du cœur de Jésus-Christ. Ah ! ce n'est pas assez. Prenez cette océan qui se nomme le cœur de la France, océan mobile, agité, frémissant sous tous les soufflesqui passenl,océanqui a ses tempêtes et ses fureursaveugles. Fidèles de France, prêtres de France, évêques de