DISCOURS PRONONCÉ A MARS-LA-TOUR^ LE 16 AOUT
4893, A l'occasion du vingt-troisième anniversaire DE LA BATAILLE DE GRAVEL0TTE.
Mes très chers Frères,
Je viens pour la seconde fois présider cette cérémonie funèbre qui unit la religion et la patrie, la croix et le drapeau national, Dieu et la France. Cette cérémonie est incontestablement une des manifestations les plus belles, les plus touchantes et les plus grandioses du patriotisme français. Tout ici élève et émeut les âmes : le souvenir de terribles et sanglantes journées, la gloire de cette bataille du 16 août qui fut une victoire, la mémoire des soldats tombés pour la défense de notre pays, le rayonnement immortel de leur bravoure et de leur héroïsme, le deuil toujours présent de nos malheurs passés, la confiance que nous inspire notre vaillante armée, la prévision d'un avenir qui, si nous le voulons, sera glorieux.
Mais que dirai-je qui soit digne de ceux que nous pleurcns, de cette immense assemblée et de la reconnaissance de notre cher pays ? Quelle parole répondra à l'éclat de cette solennité ? Ah ! cette parole, elle monte en ce moment de tous vos cœurs, elle monte de mon cœur jusqu'à mes lèvres et elle résume admirablement les enseignements et les émotions de ce jour ; cette parole, la voici : il faut aimer la France.
Il faut aimer la France ; car elle est pour nous la patrie, c'est-à-dire ^e trésor de tous les biens qui font battre le cœur de l'homme. Elle est la patrie, c'est-àdire le sol qu'ont foulé nos premiers pas, le toit qui a abrité notre enfance, le ciel qui sur nos têtes a étendu ses nuées ou fait resplendir ses rayons et ses ardeurs ; la patrie, c'est-à-dire les affections pures et saintes, les croyances augustes, les traditions vénérables, le souvenir des tristesses et des joies, des épreuves et des gloires nationales, les tombes où reposent ceux que nous avons aimés, les autels du Dieu de Charlemagne, de saint Louis et de Jeanne d'Arc.
La France ! elle est cette contrée privilégiée que Dieu a façonnée avec amour et qu'il a comblée de ses dons, cette terre aux produits si variés, aux races diverses, fondues en un même peuple, cette terre dont trois mers baignent les beaux rivages, qui a pour remparts au midi et sur un de ses flancs les Pyrénées et les Alpes, et qui a ici et partout les remparts bien plus puissants encore de l'amour et du dévouement de ses fils.
11 faut aimer la France dans sa vraie grandeur, dans les gloires de son passé, dans l'héritage de loyauté et d'honneur que quatorze siècles lui ont laissé, dans ses grands hommes, dans ses apôtres et ses soldats, ses héros et ses saints,
La France a pu être vaincue ; elle n'a jamais désespéré d'elle-même. Au lendemain des plus terribles désastres, elle a révélé de merveilleuses ressources et s'est montrée aux regards étonnés de ses ennemis debout, prospère et puissante. Aujourd'hui, sincère-
ment désireuse de la paix^ ne provoquant personne, elle est capable de défendre, partout et contre tous, ses droits, son honneur et son drapeau.
Cet amour de la patrie, ce devoir sacré, enseignons-le aux générations qui se lèvent. Sous les formes les plus vives, dans les accents les plus vibrants, par les plus nobles exemples, que le patriotisme pénètre toutes les âmes et soit l'inspiration de ce peuple tout entier. Que les mères apprennent ce devoir à leurs enfants, dès les premières lueurs de leur raison ; que les pères en laissent à leurs fils les traditions comme le plus précieux héritage ; que les maîtres le révèlent par toutes les ressources de l'instruction et de l'éducation, et le fassent resplendir à toutes les pages de notre histoire ; que ce peuple s'incline avec respect et admiration devant les tombes de ceux qui sont morts pour sa défense et pour sa gloire.
L'accomplissement de ce devoir est d'ailleurs la condition essentielle de la gi^andeur, de l'existence même d'une nation. Quand le patriotisme diminue et disparaît, la vie nationale s'abaisse et s'éteint ; quand chez un peuple les appels de la patrie ne rencontrent plus que l'indifférence et l'égoïsme, quand dans ses périls, elle n'obtient plus de sacrifices, ce peuple est un peuple fini. Les jours que lui laisseront la pitié ou le mépris de ses ennemis seront des jours de lamentable décadence et d'irréparable honte.
Mais l'élan du patriotisme fortifie les cœurs, illumine les consciences, enflamme les courages, trempe les caractères, élève la foule au-dessus d'elle-même et
l'entraîne sur les hauteurs des héroïques dévouements, de la vraie grandeur et de la vraie puissance.
Il faut aimer la France au-dessus de tout ce qui est de la terre et du temps, puisqu'elle résume tout ce qui est digne de notre amour ; au-dessus de tous les intérêts personnels, de toutes les joies du foyer, de tous les rêves de l'ambition, de toutes les entreprises des partis. Quand il s'agit de la France, il n'y a plus d'autre intérêt que le sien, d'autre ambition que de la mieux servir, d'autres espérances que de la voir respectée, heureuse et triomphante, d'autres joies que de combattre, de souffrir et de mourir pour elle.
Ainsi, sur les champs de bataille, au sein de la mêlée, il n'y a qu'un centre, qu'un guide, qu'un signe de ralliement, le drapeau, symbole de l'honneur, de l'indépendance nationale et dans les plis duquel, en ces jours-là surtout, on voit passer l'âme de la patrie.
Mais ce n'est pas seulement sur les champs de bataille que le devoir du patriotisme s'impose ; il s'impose à toutes les époques et tous les jours. Sans doute, il est difficile, à certains moments, de savoir ce qu'il réclame; mais une fois connu, il doit être accompli toujours, sans hésitation et sans réserve.
C'est dans la paix, par l'action et par le travail, par l'union qui concentre toutes ses forces vives, qu'un peuple multiplie ses ressources, développe son armée ; affermit son ascendant et se prépare aux luttes décisives. Ah ! je l'ai dit tant de fois, laissez-moi le redire: si nous étions tous ainsi unis, si nous mettions l'amour de la patrie, la justice et la liberté, au-dessus de tout, la France serait bientôt plus prospère, plus puissante, plus glorieuse que jamais.
Mais, s'il faut toujours aimer et servir la patrie, il faut l'aimer plus encore et la servir avec plus de dévouement au temps du péril et de l'épreuve. Alors surtout elle réclame la fidélité de ses fils ; alors, elle a, pour les nobles cœurs, les irrésistibles attraits que le malheur met au front d'une mère.
C'est aux jours oii Israël est menacé par d'innombrables ennemis que les Machabées font entendre ces cris de guerre, ces accents immortels du patriotisme :
(( Nous combattons pour notre vie et pour nos lois et Dieu brisera sous nos yeux la puissance de nos ennemis. Donc ne les craignez pas : Vos autem ne timiieritis eos (1). Prenez vos armes, soyez les fils de la vaillance ; demain matin, soyez prêts pour le combat, car il vaut mieux mourir dans la guerre que de voir la destruction de notre peuple et de toutes les choses saintes : Quoniam melius est nos mori in hello quam videre mata gentis nostrœ et sanctorum (2) ».
C'est devant la vision des malheurs qui désoleront sa patrie ingrate et aveugle que le Fils de Dieu adressait à Jérusalem des paroles d'amour et de miséricorde qui ont traversé et ému tous les siècles (3).
C'est à l'heure oii la France, envahie par les Anglais, vendue par des traîtres, abandonnée de ses chevaliers, de son roi, et près de s'abandonner elle-même, faisait entendre à Orléans la dernière protestation de son patriotisme et comme le dernier battement de son cœur, c'est alors que Jeanne, la Bonne Lorraine, se lève, quitte son troupeau, son village, sa famille et
(1) I Machab.. m, 21, 22.
(2) I Machab., m, 58, 59.
(3) Luc, XIII, 34.
qu'elle va^ inspirée de Dieu, combattre, souffrir, mourir, pour délivrer, racheter et sauver la France.
C'est quand l'armée française, surprise et écrasée par le nombre, reculait devant ses ennemis, que nos soldats luttaient ici avec héroïsme et ramenaient à nos étendards la victoire devenue infidèle.
Plus tard, en des temps plus sombres encore, nos armées se reformaient après la défaite, pour ainsi dire sous le feu de l'ennemi. Sans espoir de succès, elles s'efforçaient d'arrêter les flots des envahisseurs, de disputer pied à pied le sol de la patrie et elles pouvaient redire cette parolvi du courage malheureux: Tout est perdu fors r honneur.
Ces jours de défaite et de désolation, la France forte, prête pour toutes les luttes, ne les reverra pas ; mais, si elle était malheureuse, si elle était menacée, nous serions tous debout, d'une frontière à l'autre, et d'une seule âme et d'un seul cœur nous lui dirions : 0 patrie, ô mère, ô France bien aimée, nous voici ; nous venons combattre et mourir pour toi !
D'ailleurs, cet enseignement du patriotisme ne se fait-il pas entendre ici avec une incomparable puissance ? C'est le patriotisme qui, dans ces terribles journées, inspirait les chefs, animait les soldats, ramenait au combat les bataillons décimés... Voyez, le 18 août, sur la pente de la colline d'Araanvillers, ce caporal français qui dépasse de bien loin tous ses compagnons d'armes ; entraîné par son ardeur, il avance, il avance toujours ; il brave en face les légions ennemies. Tl tombe frappé à mort ; et les Allemands émus de tant de bravoure, demandent pour lui les honneurs d'une sépulture religieuse et l'ensevelissent au milieu des
leurs afin qu'un jour il puisse être rendu à sa patrie. Ce jour est venu ; cette pensée a été réalisée. Il y a quelques semaines, les restes mortels du vaillant soldat étaient apportés ici et maintenant il repose parmi tant d'autres héros auprès de ce monument de l'admiration et de la reconnaissance nationales.
C'est le patriotisme qui a inspiré cette image si belle, si touchante de la France ; c'est lui qui a ciselé dans le bronze les traits de ces guerriers et tracé pour l'immortalité l'épopée de ces grandes batailles.
C'est l'amour de la patrie qui rayonne en ces lieux, sur ce sol consacré par des flots de sang, par les larmes des enfants, des épouses et des mères, par les larmes de la France ; c'est lui qui préside à cette cérémonie, et qui fait monter vers Dieu ces chants et ces prières.
J'oserai dire qu'il faut aimer la France ici plus que nulle part ailleurs. Sans doute, il est dans notre pays d'autres champs de bataille qui rappellent d'émouvants souvenirs; il est d'autres monuments élevés à la mémoire de nos soldats, d'autres lieux illustrés, depuis quatorze siècles, par la bravoure et par la victoire. Comme tant d'autres, ceux qui sont tombés ici ont donné pour leur pays tout leur sang ; et pourtant les combattants de Gravelotte ont subi une épreuve rare, unique peut-être dans les annales de nos armées.
Le 16 août, nos troupes étaient victorieuses; elles avaient repoussé partout les attaques de l'ennemi ; généraux et soldats n'avaient qu'un cri : en avant ! Ils pouvaient, le lendemain, refouler, disperser l'armée allemande, ouvrir le chemin de la victoire complète et du salut. IMais non, ils devront abandonner le terrain défendu par une héroïque vaillance, reculer
devant les vaincus et aller à d'autres conabals où les secours nécessaires et la direction suprême leur feront encore défaut^ pour aboutir à des désastres que la France pleure toujours. Non, je ne connais pas de plus douloureuse épreuve ; je ne connais pas de sacrifices qui égale ce sacrifice. Après vingt-trois ans écoulés mon cœur et les vôtres en frémissent encore. Ah ! ceux qui sont tombés ici le 16 août, faut-il donc tant les plaindre? Eux, dumoins^ n'ont pas abandonné le champ de bataille, ils n'ont pas reculé devant les
vaincus Que dis-je ? les vaincus ont passé sous les
yeux des mourants et sur les cadavres des morts ! . . .
C'est pourquoi il faut élever nos regards et nos cœurs. En vérité, que peut offrir le peuple le plus généreux pour récompenser de telles épreuves, de tels dévouements ? Et que sont ces manifestations, s'il n'y a rien au-delà de la tombe et si elles ne s'unissent pas aux joies et aux triomphes éternels ? Quoi ? des regrets impuissants, des monuments qui recouvrent des cendres à jamais éteintes, des hommages qui n'atteignent que la mort, des récompenses qui ne s'adressent qu'au néant ! Non, non, ceux dont nous honorons la mémoire, dont nous célébrons la valeur, ne sont pas là tout entiers. Le patriotisme ne peut aboutir à une contradiction stupide, à une ironie sacrilège. Les traditions de tous les peuples, la philosophie la plus haute et le simple bon sens, tout ce qu'il y a en nous de noble, de juste et de bon affirment que Dieu supplée ailleurs à notre impuissance. Il couronne dans la paix, dans la gloire, les héros et les martyrs.
Non, non, la France du passé n'est pas la poussière inerte des morts. La France du présent et de l'avenir
n'ira pas à la destruction et au néant. La vie s'échappe de ces tombes ; au-dessus des fêtes de la terre, j'entrevois les fêtes du ciel, au-dessus des victoires et des défaites de ce monde, les triomphes sans limites et sans fin. La France que nous aimons est plus grande et plus belle ; elle est vivante, rayonnante, immortelle.
LA PHEMIÈHE CROISADE
Ik PREMIÈRE CROISADE
DISCOURS PRONONCÉ DANS LA CATHÉDRALE DE GLERMONTj LE 19 MAI 1895.
Accinçjimini et estote fîlii potenles, et. estote parati in mane, ut pugnctis adversus nationes has quai convenerunt adversus nos disperdere nos et sancta nostra.
Prenez vos armes, soyez vaillants et tenez-vous prêts à combattre les nations rassemblées contre nous pournous anéantir et pour anéantir notre religion sainte. — (I Magh., III, 58).
Éminence (1),
MeSSEIGNEURSj
Mes Frères,
Cet appel de riiéroïsme des Machabées, ce cri des guerres saiutes d'Israël luttant pour sa liberté, son existence et sa foi me paraissent résumer admirablement les pensées et les sentiments, les joies, les craintes et les espérances qui, depuis trois jours, émeuvent ici tous les cœurs.
Les Croisades furent des guerres saintes, et malgré des fautes et des désastres qui ne peuvent être contestés, elles sont dignes d'exciter notre admiration et d'enflammer notre courage ; car il ne suffit pas
(1) Etaient présents le cardinal Langcnieux, archevêque de Reims ; les archevêques de Bourges, de Lyon, de Sens, de Chambéry ; les évoques de Clermont, de Vannes, de Grenoble, d'Aire, de Montpellier, de Plaisance, de Nevers, de Monaco, de Tulle, de Pamiers, de Montauban, dOran, de Tarentaise, de Belley, de Meaux, de Limoges, de Gap, de Jéricho, d'Arras, de Saint- Flour, de La Rochelle, de Moulins, duPuy, de Parium, d'Evreux et d'Orléans.
de célébrer les Imuts faits du passé, il importe, avant tout, d'en recueillir les enseignements et d'en reproduire la beauté, la puissance et la grandeur.
Jamais peut-être de tels enseignements ne furent plus nécessaires et de tels devoirs plus certains et plus pressants.
L'Islamisme paraît ouvrir de nouveau l'ère de ses conquêtes ; il s'avance rapidement à travers l'Asie et l'Afrique. Les peuples innombrables de l'Extrême- Orient menacent eux aussi de s'ébranler. Un jour, bientôt peut-être, ces deux puissances réunies pourraient jeter sur l'Occident des millions d'hommes armés de tous les instruments modernes de la destruction, et anéantir le christianisme et la civilisation de l'Europe sous les Ilots d'une invasion telle que le monde n'en a jamais vue.
La haute sagesse et le grand cœur de Léon XIII rappellent à l'unité les Eglises de l'Orient. La réalisation de ses magnanimes desseins auxquels Votre Eminence a été si directement et si intimement associée, élèverait une première barrière devant ces formidables périls; elle lesatleindrait même dans leurs sources en développant l'autorité et la puissance de l'apostolat chrétien.
Au sein de notre pays, il n'est pas une âme sincèrement dévouée à la religion et à la liberté qui ne réclame avec ardeur et avec angoisse la Croisade qui doit défendre les droits, l'honneur, l'existence même de la France chrétienne.
Glorieux souvenirs, héroïsme de nos pères, puissance de la foi qui transporte les peuples, direction suprême de la Papauté, action providentielle de notre
pays^ périls de l'heure présente, grandes leçons du passé, fêtes splendides préparées par une haute intelligence et par le zèle le plus ardent, nombreuse et magnifique assemblée de Pontifes présidée par un prince de TEglise dont la voix, naguère, faisait tressaillir les cœurs catholiques, quelle parole devant vous ne se sentirait hésitante et troublée ?
Je voudrais cependant, avec la grâce de Dieu que j'implore pour ma faiblesse, je voudrais embrasser dans son ensemble, mais surtout dans ses causes, ses conséquences et ses enseignements, ce prodigieux mouvement de la première Croisade, et vous démontrer qu'elle a été une des plus glorieuses et des plus fécondes manifestations de l'esprit chrétien et de l'esprit français, une des œuvres les plus admirables de l'Église et de la France.
Deux buts principaux, l'un et l'autre essentiellement chrétiens, ont entraîné les populations de l'Occident, à la voix du Vicaire de Jésus-Christ, et ont été les causer; décisives des Croisades.
Tout d'abord, c'est la délivrance de l'Orient chrétien, conquis, opprimé, souillé, dévasté par la barbarie musulmane. Quelle puissance devait avoir sur des peuples pénétrés par la lumière et l'esprit de l'Évangile le récit de ces lamentables infortunes !
L'Orient où se sont accomplis les plus grands mystères, l'Orient berceau de l'humanité, source des traditions primitives, où vivaient les patriarches, où parlaient les prophètes, l'Orient vers lequel pendant
quarante siècles se sont tournés les regards et les espérances du monde entier, où les empires se succédaient sous la main de Dieu, préparant le règne du conquérant des âmes et du roi de tous les siècles, l'Orient qui avait vu le peuple choisi comblé des bénédictions divines et sur lequel « s'était levé le soleil de justice 'pour illuminer ceux qui étaient assis dans les ténèbres et les ombres de la mort (1) », l'Orient est enseveli dans la désolation, la servitude et la honte !
La terre trois fois sainte sur laquelle le Fils de Dieu est né, qu'il a foulée de ses pieds, consacrée par son sangj est captive des infidèles. Le Sépulcre glorieux d'oii la vie nous est venue est livré à toutes les profanations. Bethléem, Nazareth, Jérusalem ont subi le joug abhorré de Mahomet.
Églises fondées parles Apôtres, chrétientés illustres entre toutes, Conciles dont presque tous les Pontifes portaient les traces du martyre. Évoques à l'ame indomptable, orateurs à la bouche d'or, docteurs qui avez illuminé les peuples, admirables Saints qui reproduisiez l'image vivante de Jésus-Christ, qu'êtes-vous devenus ?
Toutes ces lumières sont éteintes, tous ces sanctuaires sont souillés, tous ces souvenirs obscurcis et méprisés, toutes ces gloires effacées dans l'abjection. La dépravation du Coran a envahi les populations qui n'ont point été entraînées dans l'erreur par les menaces et les supplices. Encore un peu de temps, et l'Orient chrétien aura disparu dans le sang et dans la boue.
Quelle révélation pour l'Europe chrétienne ! Quelle
(Ij Ilhiminare his qui in toiebi'is et in mnbrà niorlis sedent. ';Luc., j, 29.)
indignation soulève toutes les âmes ! Mais aussi quelles espérances les font tressaillir à la pensée que l'Occident pourra un jour renvoyer les plus brillantes splendeurs de la vérité aux sommets du Sinai\, du ïhabor et du Calvaire !
— Une autre pensée saisit tout les cœurs : préserver l'Occident lui-même de l'invasion musulmane^ et sauver l'Orient, l'Europe, l'Église et la civilisation chrétienne.
Les Turcs, sortis des steppes de la Tartarie, après avoir longtemps et sourdement miné la puissance des Arabes s'étaient établis sur ses ruines. Convertis au Coran, ils unissent aux instincts des tribus barbares le fanatisme des disciples du Prophète. La Syrie, la Cilicie, l'Arménie, l'Asie-Mineure tout entière ont subi le joug des envahisseurs. L'étendard de Mahomet flotte sur les murs d'Antioche, d'Edesse, de Tarse, et Nicée est devenue la capitale d'un nouvel empire musulman. Déjà trois siècles auparavant les hordes mahométanes, après avoir conquis l'Afrique septentrionale et l'Espagne, avaient pénétré sur le sol de la France. Écrasées à Poitiers par Charles-Martel, refoulées par la puissante épée de Gharlemagne, elles ont envahi les côtes méridionales de notre pays, poussé leurs avant-gardes et élevé des forteresses jusque dans les défilés des Alpes.
Les armées de Soliman couvrent de leurs tentes les collines de la Bithynie, en face de Constantinople ; ses vaisseaux menacent la Sicile, Naples, Venise, Rome elle-même.
L'Europe est divisée : des guerres perpétuelles la désolent et l'affaiblissent. Le jour où le torrent de
l'Islamisme franchira ses limites^ aucune force^ aucune armée, aucune nation ne pourra lui opposer une barrière.
Qui donc éclairera ces peuples aveuglés ? Qui leur révélera ces formidables périls et leur rappellera leurs devoirs ? Qui donc les unira pour leur propre défense et les jettera dans les élans de la foi et dans l'enthousiasme guerrier au-devant de la barbarie musulmane pour sauver la chrétienté, conquérir l'Orient et le rendre à Jésus -Christ ?
Une pareille œuvre ne pouvait être accomplie que par le Pontife Romain, chef suprême de l'Église. Essentiellement chrétienne dans sa double inspiration, cette oeuvre devait l'être encore dans son impulsion première et sa prodigieuse réalisation.
Seul, du haut de sa chaire éternelle, le Pontife Romain embrasse d'un regard tous les horizons des choses divines et humaines, et domine, dans sa dignité et sa puissance, tous les intérêts secondaires. Seul il connaît la gravité des périls, les principes de faiblesse et les ressources de la résistance et du salut. Secondé par le clergé et l'épiscopat, s'adressant aux rois et aux princes, aussi bien qu'aux seigneurs et au peuple, il ne rencontrera aucune opposition qui soit légitime, et aucune résistance qui ne puisse être vaincue. La cause qu'il s'agit de défendre est la cause même confiée à sa sollicitude, et sa mission, comme sa parole, n'a d'autres limites que les frontières de l'humanité chrétienne.
Ce fut, en effet, le Pontife Romain, ce fut Urbain II qui décida, prêcha et organisa la guerre sainte. Faut -il essayer de résumer en quelques mots le récit
que nous ont fait tant de voix éloquentes ? Urbain II avait annoncé son dessein au concile de Plaisance, mais il le réalisa au concile de Glerinont. Quatorze Archevêques, deux cent vingt -cinq Evêques, quatre vingt dix abbés et les ambassadeurs de presque tous les princes chrétiens, se réunirent autour du Pontife aux pieds de Notre-Dame du Port.
Une multitude innombrable est accourue dans votre antique cité, et^ au jour réservé pour la prédication de la Croisade, elle s'étend dans une vaste plaine du seuil du sanctuaire vénéré jusqu'au sanctuaire de Ghatoin. Prêtres et fidèles, moines et chevaliers, paysans et bourgeois, serfs et hommes libres attendent avec la plus ardente impatience la parole de l'auguste Pontife. Du haut d'une estrade qui domine la foule, Urbain II revêtu de ses ornements pontificaux et la tiare en tête prononce un discours que des porte-voix placés de distance en distance font parvenir jusqu'aux extrémités de l'immense auditoire.
La puissance de ce discours, dont le texte n'a pas été recueilli, est un des plus beaux triomphes de la parole humaine, ou plutôt un des plus beaux triomphes de la foi, de la piété, de la charité chrétiennes et de l'autorité du Vicaire de Jésus-Christ, « On crut, disent les chroniqueurs contemporains, entendre Dieu lui-même » (1).
La désolation des Lieux-Saints, les cruelles épreuves des fidèles de l'Orient, les périls de l'Europe et de l'Église retracés par une éloquence de feu soulèvent
(I) Guillaume de Tyr. Ilistoria rerum transmarin. ; lib. IV, p. 4/i. Boldric de Dole, liv. I, p. G5 du tome IV des Historiens occidentaux des Croisades.
cette multitude qui sanglote^ se frappe la poitrine et jure de délivrer Jérusalem opprimée.
Le cri mille fois répété : a Dieu le veut ! Dieu le veut! », cri sublime de toutes les guerres saintes, de toutes les luttes pour l'Église et la liberté des âmes, franchit les défilés de vos montagnes et fait tressaillir la France et le monde chrétien.
Urbain II est saisi alors par une inspiration de la piété et du génie. S'emparant du manteau rouge d'un des Cardinaux assis à ses côtés, il en fait des croix qu'il distribue comme un nouveau labarum, comme le signe du ralliement de ces armées qui s'appellent les armées de la croix.
— Mais ni la situation navrante de l'Orient, ni les périls de l'Europe, ni l'autorité et l'éloquence d'Urbain II ne pourraient expliquer le mouvement prodigieux des Croisades, s'ils n'avaient trouvé dans la foi des peuples un auxiliaire tout puissant. Là est la cause première, essentielle des guerres saintes.
Malgré les excès si fréquents de la violence et de la révolte, malgré les usurpations sacrilèges du pouvoir civil sur l'autorité religieuse, et les guerres portées souvent, avec la dévastation, jusqu'au sein de Rome et dans ses basiliques profanées, la foi, à cette époque, était admise par tous, respectée de tous au fond des consciences. Tôt ou tard, elle reprenait son empire sur les plus égarés et courbait tous les fronts devant elle. Aussi, la guerre contre l'Islamisme apparut à tous comme l'œuvre la plus méritoire et la plus sainte, les expéditions vers l'Orient devinrent des pèlerinages enrichis de toutes les grâces célestes et capables de racheter toutes les iniquités. La croix
devait purifier toutes les vies, sanctifier toutes les épreuves; aucua sacrifice ne pouvait être trop douloureux puisqu'il était uni au sacrifice qui avait sauvé le monde.
On ne peut le contester, les fautes des croisés furent nombreuses, leurs excès déplorables. Ces rudes hommes de guerre habitués aux répressions sans pitié et aux combats sans merci, ne pouvaient transformer rapidement leur sauvage nature et contenir, après une victoire chèrement ac'ietée, les entraînements de la fureur et de la vengeance; mais bientôt la foi dominait de nouveau les terribles vainqueurs et les prosternait devant Dieu dans le repentir, l'action de grâces et l'adoration.
Je l'ai dit dans cette enceinte, il y a quatre ans, en célébrant la bonté et la puissance de la Patronne de l'Auvergne, tout, dans la préparation de la première Croisade fut inspiré par la piété la plus ardente. Les témoignages les plus éclatants d'un amour filial et d'une confiance sans bornes se multiplièrent pour obtenir la protection de la Reine de la terre et du ciel, de celle qui « est terrible comme une armée rangée en bataille (1) ». La gloire de Notre-Dame du Port fut comme l'aurore du soleil de justice qui allait de nouveau se lever sur l'Orient (2).
Une cérémonie religieuse consacrait pour ainsi dire le chevalier ; son épée était bénie « afin qu'il s'en servît pour sa défense, pour la défense de la sainte
(1) Terribilis ut castrorum actes ordinata.{Ganiic. iv, 3.) f2) Notre-Dame du Port, l'Auvergne, la France et l'Église. Discours prononcé par Mgr Turinaz, évêque de Nancy, dans l'église Cathédrale de Clermont, le 17 mai 1891. Clcrmont-Ferrand, Bellet et fils, libraires, Avenue Centrale, 4.
Église de Dieu et, la confusion des ennemis de la croix du Christ (1) ». Pendant la messe^ les chevaliers français tiraient leur épée du fourreau avant l'évangile, et la tenaient à la main jusqu'à la fin de la lecture du texte sacré (2).
Sur le seuil de leurs demeures qu'ils abandonnaient pour toujours, en s'éloignant de leurs épouses et de leurs enfants qu'ils ne comptaient plus revoir, brisés par la fatigue de ces expéditions lointaines, décimés par la maladie, par la faim, par le fer de l'ennemi, en frappant un de ces coups d'épée qui sont restés immortels, les chevaliers croisés étaient guidés et soutenus par la foi.
Quand ils succombaient sur les chemins de la Terre Sainte, ils mouraient les bras en croix et les regards tournés vers Jérusalem. Avant de donner aux murailles de la cité de David un dernier assaut, les Croisés en firent le tour en priant et en chantant des hymnes sacrées. Après avoir conquis Jérusalem par le glaive, Godefroy de Bouillon parcourut la voie douloureuse sous le cilice et sous la cendre, et refusa de porter une couronne d'or là oii le Fils de Dieu avait été couronné d'épines.
— La première Croisade fut encore une grande œuvre chrétienne dans ses résultats, dans les secours puissants, dans les fruits de bénédictions qu'elle apporta à la sainte Église.
Les classes sociales se rapprochèrent dans la préparation et dans les épreuves de la Croisade et sous l'action des lois ecclésiastiques. Pendant toute la
(1) Paroles du Pontilical romain : De beiiedictione ensitf.
(2) Favyn : Le Ihèàlrc d'honneur et da chevalerie, 1, DO, 91.
guerre sainte le débiteur et l'accusé qui y prenaient part ne pouvaient être poursuivis par leurs créanciers et par les tribunaux. Les biens et les familles des Croisés étaient placés sous la tutelle et la sauvegarde de l'Eglise.
L'apostolat catholique déborda au-delà des barrières qui lui avaient été si longtemps imposées. Il monta sur les vaisseaux qui sillonnaient la Méditerranée et entra en relations avec tous les peuples qui habitaient ces rivages. Par les Grecs et les Musulmans^ il atteignit les peuples des hauts plateaux de l'Asie centrale et de l'Extrême-Orient. Les pèlerins de la Nubie et de l'Abyssinie se rencontrèrent avec les pèlerins de l'Europe au pied du saint Sépulcre.
L'essor des nations de l'Occident vers des régions à peine connues^ les ressources des sciences et des arts empruntées à la civilisation arabe donnèrent aux études une impulsion nouvelle^ et bientôt les universités de Paris, de Bologne, de Prague, d'Oy.ford, de Salamanque jetèrent un éclat qui n'a jamais été surpassé.
Qui pourrait dire l'influence qu'exercèrent sur la vie des âmes et des peuples, sur la vie de l'Église, ces incomparables manifestations de la foi, cette soif de dévouement, cet enthousiasme religieux et guerrier, en un mot, les plus nobles sentiments qui peuvent faire battre le cœur de l'homme? Qui pourrait dire de quel poids furent dans la balance où se pèsent les destinées du monde, tant de sacrifices généreusement acceptés, tant d'actes héroïques de piété et de vaillance, tant de victimes immolées, tant de sang versé pour le service et l'amour de Dieu ? Toutes ces causes, que je
ne puis que signaler en passant, a'ont-elles pas préparé, après le xii*^ siècle qui fut une époque de transformation, la magnifique efflorescence de la civilisation chrétienne, l'apogée de la société catholique au XIII'' siècle ? Les soldats des guerres saintes n'ont-ils pas mis, sans le savoir, dans cette création splendide, leurs forces, leurs travaux, leur dévouement, pareils aux ouvriers obscurs qui ont élevé les cathédrales du moyen-âge, merveilleux chefs-d'œuvre de la foi et du génie chrétien ?
— Mystérieux dessein de la Providence ! Voies cachées et admirables de la Sagesse divine ! La première Croisade devait préparer ces résultats mille fois bénis en favorisant la réforme de l'Eglise et le triomphe de la Papau,té.
Au x^ siècle, quatre grandes plaies avaient porté leurs ravages au cœur même de l'Eglise : l'usurpation des Césars allemands qui prétendaient donner aux Evêques, avec l'investiture des domaines temporels, l'autorité qui enseigne et qui gouverne les âmes; la dépravation des mœurs dont plusieurs princes étalaient le scandale ; les défaillances, l'ambition et la simonie envahissant le sanctuaire et souillant la tribu sainte elle-même, et enfin le schisme s'efforçant de s'installer sur la chaire infaillible de Pierre. Contre ces effroyables périls, dix Papes luttèrent avec un invincible courage, mais parmi eux trois sont restés au premier rang dans la reconnaissance de l'Eglise : Léon IX qui fut Evêque de Toul, Grégoire VII (jui « mourut en exil pour avoir aimé la justice et haï l'iniquité », et Urbain II, le Pape des Croisades. Exhortations paternelles, décrets des Conciles,
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sentences sévères^ foudres de l'excommunication frappant les plus hautes têtes^ rien ne fut épargné par le doux et vaillant Pontife. Jamais peut-être la Papauté n'avait rencontré devant elle de plus redoutables obstacles et des ennemis plus acharnés à sa perte ; mais le succès des prédications d'Urbain II, l'enthousiasme des peuples groupés autour du Vicaire de Jésus -Christ, entraînés par sa parole, donnèrent à la Papauté un éclat et un ascendant inespérés. La Papauté allait recevoir au centuple ce qu'elle avait si noblement et si généreusement donné.
L'antipape Guibert abandonné par l'Empereur d'Allemagne, au milieu des difficultés et des luttes qui le cernent de toutes parts, essaie en vain de s'opposer au torrent qui emporte tout. Bientôt les victoires des Croisés, la conquête d'Antioche et de Jérusalem abattent son orgueil dans le découragement et l'impuissance. Urbain II apparaît de plus en plus comme le chef incontesté et tout puissant de la chrétienté. Il rentre à Rome et préside un Concile dans la basilique de Saint- Jean de Latran. Les dernières armées des Croisés qui s'ébranlent en 1100 et 1102 comptent surtout dans leurs rangs des princes et des prélats autrefois hostiles au Pape légitime.
C'est la victoire décisive de l'autorité pontificale sur les usurpations du pouvoir civil et sur le servilisme abject des ambitieux et des traîtres ; la victoire de la Papauté sur la force brutale. C'est l'indépendance du Vicaire de Jésus-Christ affirmée en face de tous ses ennemis vaincus, le triomphe de celui auquel il a été dit avant tous les autres : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie (1). Tout pouvoir m'a
(1) Slcut misit me Pater, et ego mitto oos (Joan., xx, 21).
été donné au ciel et sur la terre. Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (1). )) C'est une des plus belles^ des plus complètes, des plus divines réalisations de cette promesse immortelle : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle (2). »
J'ai essayé de vous dire ce que l'esprit chrétien a été pour la première Croisade et ce que la première Croisade a été pour l'Église. Je voudrais vous démontrer la part qu'à eue la France dans la guerre sainte et ce qu'elle en a reçu de bienfaits et de bénédictions.
— Le Pape qui fut rap(5tre et l'organisateur de la première Croisade, le réformateur de l'Église et le vainqueur des ennemis de la Papauté, Urijain II, était français. 11 est né d'une vieille famille féodale, sur une terre française. Le chapitre de P»eims reçut le jeune Odon au sortir du château de ses pères. Il eut pour maître saint Bruno, le fondateur de cet ordre des Chartreux qui, malgré sa règle si austère, n'a jamais eu besoin de réforme. Bruno fut plus tard le conseiller et l'auxiliaire de son disciple élevé sur le trône pontifical. L'école ecclésiastique de Reims avait maintenu avec éclat au milieu de la décadence des sciences.
(1) Data e.si milii ornnis jjolestas in cœlo et in terra et
ccce ef/o vobisciun siun oinnibus diebus usque ad consummationc'ni smculi (Malt., xxviii, 18,20).
(2) 7'i( es Petrus cl super liane pelrani a'di/icabo ccrlcsiani meani et port;e inferi non pnevalebunt adversus eam iMalt.,
XYI, l>i).
des lettres et des mœiirs^ les nobles traditions de la piété^ de la pureté et du savoir.
Le jeune Odon appelé aux plus hautes dignités de cette illustre métropole, alla s'ensevelir dans la solitude de Gluny. Il y fut formé à la vie monastique par l'abbé Hugues, le conseiller des Papes et des Rois, dont la parole encourageait ou faisait trembler les princes les plus puissants.
Cardinal-Evèque d'Ostie, associé à tous les travaux et à toutes les luttes de Grégoire VII, Dieu le préparait ainsi à achever, dans le succès et la victoire, l'œuvre de son héroïque prédécesseur.
Sylvestre II, Pape d'origine française, avait songé à la délivrance de la Palestine ; Grégoire VII et Victor III avaient repris ce grand dessein; Urbain II le réalisa. Quelques historiens ont attribué une grande part dô cette gloire à Pierre l'Ermite, mais des démonstrations appuyées sur les sources originales sont opposées à ce récit. L'austère pèlerin ne prêcha la Croisade ni avant Urbain II, ni même dans l'assemblée de Glermont. H faut le redire, Urbain II fut le premier apôtre et l'organisateur de la Croisade (1).
-Le voyez-vous ce grand Pape et ce grand Français sur cette colline qui domine les plaines fameuses oii tant de fois, dans de sanglantes batailles, se joua le sort de notre pays ? Il est debout sur les ruines de la forteresse de Ghâtillon, non loin de Reims, où la France fut baptisée avec Clovis et où Jeanne d'Arc
(1^ V. Gcffroy, Revue des Deux-Mondes, n" de décembre 1883. Le comte Ri'.nt, Invent, critiq. des lettres liistoriques des Croisades, p. 31. 38. 59. -- Henri Hagenraeycr : Le vrai et le faux sur Pierï-e Vllerrnite. Traduction frauçaise par Furc.y Raynaud, p. 119, 120, etc. — L'abbé Landrieux, Notice historique sur le B. Urbain II, p. 70 et siiiv.
apparut dans son triomphe. Le voyez- vous coulé dans le bronze, ce Pape des guerres saintes ? La tiare est sur son front, il est enveloppé de ses vêtements sacrés, une de ses mains porte la croix, l'autre s'élève vers le ciel et le geste achève cette parole qui souleva l'Europe chrétienne.
Saluez cette glorieuse image que la piété d'un successeur de saint- Remy, que la religion et le patriotisme, la reconnaissance et l'admiration ont élevée au grand pontife. Elle est bien, cette image, le sublime symbole de l'union providentielle et malgré tout indestructible de la Papauté et du peuple choisi de la loi nouvelle, de l'Église et de la France.
— Ce Pape français s'adresse à la France. C'est au centre de notre pays, dans cette province de l'Arverne qui la dernière avait défendu contre la puissance romaine les libertés de la Gaule, dans votre antique cité célèbre par ses traditions religieuses, ses saints Évoques et sa piété envers Marie, c'est dans un Concile dont presque tous les Pères étaient français, devant une multitude accourue de tous les points de notre patrie, qu'est prèchée la première Croisade.
C'est dans la langue des Francs qu'Urbain II prononça son discours, c'est dans la langue des Francs que le cri des guerres saintes retentit une première fois pour traverser tous les siècles.
(( Les chefs des armées qui s'ébranlent et se dirigent vers l'Orient, Godefroy de Bouillon, duc de Lorraine et ses deux frères, les ducs de Vermandois, de Bretagne et de Normandie, les comtes de Toulouse, de Flandre, de Chartres, de Blois, Bobert, le prévôt royal de Paris, mais c'est Télite et la Heur de la tlievalerie française. ))
« Huit fois en deux siècles, la guerre sainte est presque toujours organisée et dirigée par les chevaliers et les princes français. La première et la dernière, la France tiendra levé l'étendard des Croisades. Après Godefroy de Bouillon, c'est Philippe-Auguste, Louis YllI et enfln saint Louis qui se croise deux fois et qui meurt sur les plages africaines. Oui, cette grande et sublime épopée des Croisades, elle est écrite d'un bout à l'autre en des pages immortelles par le génie, l'épée et le sang de la France (1). »
La lutte contre l'Islamisme a été, depuis Charles- Martel, Roland et Charlemagne, le rôle réservé à la chevalerie française. La haine de l'Infidèh;, l'ardeur à le combattre sans merci et sans trêve, est vraiment la passion de nos chevaliers : « bi nous étions en paradis, disaient-ils, nous en redescendrions pour combattre le Sarrasin(2j ».
— Cette fidélité de notre pays à répondre à l'appel de l'Église et à réaliser sa grande mission a été bénie de Dieu ; elle a servi admirablement à sa grandeur et à son influence.
Les Croisades ont contribué à rendre la France plus
(1) Noire-Dame du Port, l'Auvergne et l'Église. Discours prononcé à Glerraont par Mgr Turinaz, le 17 mai 1891.
Les trois grandes armées régulières de la première Croisade étaient fournies par les populations françaises. La première, recrutée dans la Haute et la Basse Lorraine, avait pour chef Godefroy de Bouillon ; la seconde, levée dans les provinces de la langue d'oil, comprises entre l'Escaut et la Loire, était commandée par les principaux vassaux de la couronne : le duc de Vermandois, le duc de Normandie, etc.. ; la troisième, composée des pèlerins el des gens de guerre des pays situés entre la Loire, les Pyrénées et les Alpes, appartenait à la langue d'oc et avait à sa tête l'évéque du Puy, légat apostolique et chef spirituel delà Croisade, et pour chef militaire, Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse.
(2) Moniage Renoart, cité par L. Gautier, La Chevalerie, Code de la chevalerie, yi.
unie, plus prospère et plus forte. Elles mirent un terme aux guerres qui désolaient et dévastaient nos provinces. Elles firent émigrer en Orient une partie des populations trop nombreuses et qui, selon la parole d'Urbain II à Clermont, « étaient à l'étroit sur une terre fermée de tous côtés par les mers et les montagnes. » Les arts et les sciences, je l'ai dit. reçurent une impulsion puissante. L'agriculture se développa par la culture des arbres et des plantes importés de l'Asie. L'affranchissement des serfs, l'organisation des communes ouvrirent pour notre pays une ère de liberté. Le paysan et le bourgeois purent arriver à l'aisance et parfois à la fortune par l'acquisition des terres que vendaient à vil prix les seigneurs partant pour les Croisades et par le progrès du commerce et de l'industrie. La monarchie fit accepter son autorité aux princes et aux barons réunis autour d'elle, elle leva sur tous des impôts, elle organisa et dirigea des armées nombreuses. Plus tard, quand saint Louis partit pour la Croisade, il entraîna à sa suite tous les seigneurs qui s'étaient d'abord déclarés contre lui, et dans sa dernière expédition, il avait à sa solde toute la noblesse de France.
La première Croisade a laissé un souvenir impérissable de la France parmi tous les peuples de l'Asie. Pour les Musulmans, Franc était synonyme de chrétien, et nos chevaliers étaient les types achevés de la valeur guerrière. Les chrétientés établies au-delà des mers ne parlaient guère que la langue française ; elles étaient appelées la France d'Orient ; elles recouraient toujours à l'action tutélaire de notre pays, et quand il ne put les protéger par les armes, il les protégea encore par sa diplomatie et son influence.
Dans cette mêlée des peuples groupés par les Croisades^ la langue française devint la langue universelle. Elle régna dans les cours d'Angleterre^ de Portugal, de Sicile, de Gonstantinople, de Chypre, d'Antioche, de Jérusalem. La littérature du nord de la France devint celle de la chrétienté et nos chansons de gestes furent traduites par les poètes de TAllemagne, de la Grèce et de l'Italie.
Grâces en soient rendues à Dieu, la France n'a pas trahi sa mission providentielle consacrée par les Croisades ! Notre siècle a vu le drapeau français planté sur les repaires de la barbarie musulmane de l'Afrique, sur les remparts d'Alger et de Gonstanline. 11 a vu les bataillons français protéger les chrétiens de la Syrie contre la fureur des Turcs, et tous les jours encore, sur tous les points de l'Orient, comme sur tous les rivages du monde, nos écoles, nos institutions de charité, nos vaillants missionnaires et nos héroïques religieuses font rayonner l'ascendant et l'amour de la France.
Ce qui étonnera ceux qui ne font remonter l'idée de la patrie qu'à des dates très récentes, c'est que, à l'époque de la première Croisade, l'amour de la patrie française animait et enflammait tous les cœurs.
Malgré des divisions profondes et des luttes incessantes, malgré les limites restreintes du pouvoir royal et des possessions directes de la couronne, la France était constituée. Ce n'est pas seulement une erreur, c'est un crime anti-français que faire dépendre de la victoire ou de la défaite, de la domination d'un prince, ou de la loi des traités les frontières et Fexistence de la patrie. Ce qui fait la patrie, c'est le trésor des tra-
ditions vénérables^ des intérêts supérieurs^ des grands souvenirs, des croyances sacrées et de Tiionueur national, c'est l'ensemble des revers et des succès, des mêmes douleurs et des mêmes espérances, ce sont les liens du sang versé pour les mêmes causes, c'est l'âme de la patrie ; ce qui fait la France, c'est Tàme de la France.
Les Lorrains, séparés des possessions de la couronne par le démembrement de l'empire de Charlemagne, abandonnés par la faiblesse de ses successeurs, s'efforcèrent souvent de se rattacher à la mèrepatrie. Au temps de Godefroy de Bouillon, et au temps de Jeanne d'Arc, les Lorrains étaient Français comme ils le sont aujourd'hui, même au-delà des frontières tracées parl'épée sanglante de nos vainqueurs.
La grande patrie que les chevaliers doivent aimer, c'est « la vraie France », celle, disaient les vieux chants de guerre, qui s'étend de « Saint-Michel du Péril (1) ou du mont Saint-Michel jusqu'à Cologne, et de Besançon jusqu'au Pas-de-Calais ». L'Espagne lutte alors contre les ennemis africains de sa foi. L'Italie saigne en tronçons ennemis. L'Angleterre est française par sa cour, ses nobles, ses tribunaux, ses lois. Sous le vain nom de saint Empire, l'Allemagne est « un campement de barbares (2) » ; mais la France du x^ et du xi^ siècle est vraiment une patrie (3). Et cette patrie comme elle est aimée ! Ecoutez les chants
(1) « De scint Michiel dcl Péril jusqu'as Scinz et de Besançon jusqu'as Porl-dc-Guitsant. » Chanson de Roland, v. 14'28 et 14:9.— Soint-Michiel del Pciil. dit M. Léon Gautier (La Chevalerie, Introduction, Giule de la Chevalerie, pa^-^e 59), c'est le Mont Sainl-Micliel ; Soiritz c'est Cologne ou Xanlen ; Guitsaii, c'est Wissant (Pas-de-Calais.)
(2) Onésime Reclus, France, p. 3.
(3j Léon Gautier, lac. cit., p. 6L
de guerre : « La plus belle couronne est celle de France. Le roi de France a été couronné par les Anges en chantant, et Dieu lui a dit : ïu seras mon sergent sur la terre et tu y feras triompher la justice et la loi (1). ))
Au milieu des richesses de Constantinople, malgré les attraits des Lieu^ Saints pour des âmes si profondément chrétiennes, dans ces royaumes, que leur épée a créés sous le beau ciel d'Orient, la France reste pour ces guerriers « la grande terre et le doux pays ». Le vent qui vient de l'Occident est pour eux le vent de la France ; ils lui ouvrent leurs lèvres et leur poitrine et l'un d'eux disait : « Quand le doux vent a soufflé du côté de mon pays, m'est avis que je sens une odeur de Paradis (2). »
— Si le temps me le permettait, je vous montrerais dans ies Croisades l'explosion magnifique des grandes qualités de notre caractère national.
C'est la générosité qui se dépouille et donne tout pour subvenir aux frais des expéditions lointaines et pour secourir dans la détresse les soldats de la Croix.
C'est la bravoure brillante, impétueuse, parfois téméraire, mais irrésistible, qui enfonce et qui brise les légions dix fois plus nombreuses de l'islamisme. Plutôt que de reculer devant le Sarrasin, les chevaliers cherchent la mort dans les rangs ennemis : « Voici la mort qui descend sur nous, disent-ils dans un de nos plus vieux poèmes, mais comme il sied à des braves, mourons en combattant (3). »
(1) Saisnes, i, p. 2, cité par Léon Hautier, loc. cit., p. Gl. ('i] Chants du troubadour, Bernard de Ventadour. (3) Léon Gautier, ibid., p. 90.
Et cette générosité et cette vaillance sont la protection de toutes les faiblesses.
Dites-moi, ce chevalier « armé de la foi au dedans et du fer au dehors, » debout, Tépée à la main et le pied dans l'étrier, écoutant d'où vient la plainte de la faiblesse opprimée, n'est-ce pas l'idéal de la France chrétienne ?
La cause première de ces nobles vertus était la force de l'âme, et l'énergie des caractères.
Un éloquent historien a écrit ces paroles : « La faiblesse et la bassesse, c'est ce qu'il y a de plus inconnu au moyen-âge. Il a eu ses vices et ses crimes nombreux et parfois atroces, mais la force et la fierté ne lui firent jamais défaut (1) ».
Ces rudes chevaliers étaient terribles dans le combat, souvent impitoyables dans la victoire, mais leurs cœurs étaient plus haut que toutes les défaillances, plus forts que toutes les épreuves et leurs âmes étaient mieux trempées que leurs cuirasses et leurs épées.
Leurs chefs en les voyant passer sur leurs chevaux de bataille disaient ; « Ce sont là ceux de France qui conquièrent les royaumes » ; et ils répondaient : « Pas un ne vous fera défaut pour mourir (2). »
Les Croisés s'élançant vers l'Orient s'écriaient : « Les murs de Jérusalem, fussent-ils d'acier, nous les mordrons (3). »
La grandeur d'àme de Godefroy de Bouillon impose l'admiration aux infidèles, et l'héroïsme de saint Louis dans les fers subjugue ses vainqueurs qui lui demandent d'être leur roi.
(1; Montalomhert, Les Moines d'Occident, Iiitvodnclion, cliap. IX. Le vrai el le faux moyen-âfje.
(2) La clianson de Roland.
(3) Jérusalem, v. 3215-3217.
Hélas ! ce sont là les vertus qui nous manquent. La France chrétienne est toujours généreuse, elle donne plus que jamais, elle n'a pas perdu la bravoure des champs de bataille, elle frémit encore en présence de la faiblesse opprimée, mais elle n'a plus assez la force de l'âme et la trempe virile des caractères.
Et pourtant, il faut aujourd'hui qu'elle défende dans une nouvelle croisade les âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ, les droits imprescriptibles des familles, les libertés les plus saintes, les institutions les plus précieuses et les plus vénérables, son honneur et son existence elle-même, que dis-je, elle doit défendre toute société religieuse et toute société humaine contre la barbarie qui s'avance, contre la marée de boue qui monte toujours, contre les revendications insensées et les assauts de l'anarchie.
Mais ces périls et ces devoirs nous trouvent indifférents, divisés, découragés, vaincus. Nous avons abandonné les unes après les autres des positions d'une importance suprême, les plus favorables à la défense et qu'il fallait conserver à tout prix. Les voix qui rappelaient et accomplissaient le devoir n'ont pas été entendues. Nous ne comptons plus que des défaites ; devant chaque nouvelle oppression nous courbons plus bas la tête. Nous subissons toutes les dévastations, nous pleurons sur les ruines que nous avons laissé faire et que nous ne savons même plus défendre.
Qui réveillera la France chrétienne ? Qui prêchera la guerre sainte, non pas la guerre des combats sanglants, mais la défense nécessaire, la défense inflexible de la vérité, de la justice et de la liberté ? Certes, ce n'tist pas moi, je n'ai ni cette mission, ni cette puis-
sance, et pourtant je ne renfermerai pas dans mon âme les pensées qui la torturent^ je ne refoulerai pas les paroles qui jaillissent de mon cœur.
Descendants des races illustres qui ont mis dans les croisades, ou qui ont mis dans la création, les progrès, la puissance et la gloire de la patrie leurs travaux, leurs épées et leur sang, où êtes-vous ? Suivez ceux d'entre vous (et ils sont très nombreux encore) qui restent les chevaliers vaillants des grandes causes trahies. Le passé vous oblige, la France et l'Église vous réclament. Si vous étiez insensibles ou infidèles, l'avenir se lèverait pour vous accuser et vous maudire. Mettez votre autorité, votre or et vos cœurs dans dans toutes les grandes œuvres religieuses et sociales. Soyez des chefs par le courage et par le dévouement. Fils des Croisés, ne reculez pas devant les fils de Voltaire. Fils des Croisés, en avant ! Dieu le veut ! Dieu le veut !
Peuple de France, ouvriers des villes et des campagnes, qui conservez encore les traditions chrétiennes, bougeoisie intelligente et active, mais si souvent indifférente et sceptique, patrons, chefs de l'industrie ou des travaux des champs, vous à qui Dieu a donné la richesse et l'influence, nous ne pouvons rien sans vous, vous ne pouvez rien sans l'Église et sans Jésus- Christ. Unissez-vous donc pour défendre tout ce qui fait la sécurité, la grandeur et la prospérité des peuples, pour sauver la France et la société menacées : dieu le veut ! Dieu le veut !
Prêtres, religieux, qui avez au cœur, je le sais, de profondes tristesses et le désir de tous les dévouements, réclamez plus que jamais l'union qui fait la
force et la direction qui seule peut conduire à la victoire. Multipliez les travaux de votre apostolat, les œuvres de votre charité. Faites monter vers Dieu vos prières ardentes et la puissance de vos sacrifices. Dieu le veut ! Dieu le veut !
Successeurs des évêques, qui, il y a huit siècles, plaçaient les premiers sur leurs poitrines la croix rouge des guerres saintes (1), et qui souvent portaient au premier rang, dans la mêlée sanglante, l'étendard de Jésus-Christ, vous qui aimez d'un même et ardent amour l'Église et la France, et qui les avez servies par votre parole et votre dévouement, défendez encore l'Eglise, sauvez la France que l'épiscopat avait faite et si grande et si belle. Refoulons enfin, refoulons devant les légions fidèles, par notre action unanime et vaillante, les ennemis de l'Eglise et de Dieu. Voyez -les; ils avancent toujours. Demain, après avoir tout détruit autour de nous, ils renverseront les murs du sanctuaire et briseront sous nos yeux la pierre de nos autels. Évoques de France, Dieu le veut ! Dieu le Deut !
Auguste Pontife, Évoque des Évoques, Vicaire de Jésus-Christ, aujourd'hui comme il y a huit siècles, aucune guerre sainte n'est possible sans votre appel et sans votre direction suprême ou votre approbation.
(1) Le premier qui reçut la croix des mains d'Urbain II fut Adliémar de Monteil, évéque du Puy. (V. Boldric de Dôle, liv. i, g V, tome i\ des Historiens Occidentaux des Croisades. — Odéric Vital, lib. iv, t. m. — Foucher de Chartres, lib. i, c. III du t. III des Historiens Occidentaux des Croisades. — Gesta Francorum, cap. ii, Guillaume de Tyr, Historia rerum transmarin., lib. i, c. XVI, etc.) et après lui, Guillaume, évéque d'Orange. (V. Guillaume de Tyr, ibid. Mathieu Paris, La grande Chronique, tome i, p. 95 de la traduction française), et Bernard de Provenchières, évéque de Lodève. (V. Histoire générale du Languedoc, tome a, p. 289).
Bien souvent vous avez affirmé ce grand devoir de la lutte contre les ennemis de l'Église et de Dieu. Entendez les vœux du clergé et des catholiques de notre pays. Parlez encore à la France chrétienne dans l'inspiration de votre sagesse et de votre amour ; elle ne peut aller^ toujours patiente et résignée, de défaite en défaite, à la ruine et à la mort. Bénissez ceux qui sont fidèles et dévoués, encouragez ceux qui hésitent, condamnez ceux qui seraient défaillants. Que la vraie trêve de Dieu atteigne enfin son but, que nous soyons unis pour défendre et reconquérir nos droits et nos libertés, pour sauver la France chrétienne. Dieu lèvent ! Dieu le veut! Dieu le veut !