‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 35 sur 71 · LES ORPHELINS DE SAINT-VINCENT-FERRIER · texte numérisé non relu

LES ORPHELINS DE SAINT-VINCENT-FERRIER

et j'ajoute : C'est une question du plus haut intérêt.

Tout le bien que vous ferez aux petits orphelins de Saint- Vincent-r^errier aura sa récompense, car ces enfants prieront pour vous, et Dieu se plaît à exaucer la prière de l'innocence.

(La fin comme au discours précédent.)

Discours d'ouverture,

prononcé dans l'église de Notre- Dame de Paris,

le 2 juillet 1888.

Magnificat anima meu Domlnwn .

Messeigneurs, Messieurs,

Lorsque la très Sainte Vierge, clans le mystère que rÉglise célèbre en ce jour, entendit sa cousine Elisabeth bénir le Dieu caché qu'elle portait dans son sein virginal, elle s'écria : Mon âme glorifie le Seigneur ! Je pousse le même cri devant cette magnifique assemblée, venue, de près et de loin, pour bénir le Dieu caché de l'Eucharistie : — Magnificat anima mea Dominum,

Que venez-vous faire ici, Messieurs? Ce n'est point à la manière de TEglise, qui définit les dogmes, ni à la manière des théologiens, qui élucident les mystères, que vous prétendez glorifier, en ces jours, Notre-Seigneur au sacrement de l'autel, mais à la manière de sujets fidèles qui acclament leur roi, affirment son pouvoir, se concertent pour rendre leurs hommages plus dignes de son infinie majesté, et pour ouvrir plus largement leurs coeurs à ses bienfaits.

Libre aux esprits superbes, qui croient que les sciences et les progrès humains son t seuls dignes d'un pareil concours, de jeter à votre assemblée et à ses travaux cette méprisante parole : Affaires de sacristie ! — Moi j'estime que le Congrès des Œuvres eucharistiques est une grande et belle chose, puisqu'on y doit travailler à la gloire d'un Dieu qui s'est anéanti par amour pour nous, ainsi qu'au plus intéressant, au plus glorieux, au plus durable des progrès : le progrès spirituel des âmes qui reçoivent de leurs communications avec l'Eucharistie une surabondance de vie.

Tout cela. Messieurs, est résumé dans les

paroles que le vénérable prélat qui vous donne rhospitalité de son diocèse m'a chargé de commenter ce soir. Elles sont de mon illustre frère saint Thomas d'Aquin et ouvrent l'office de nuit de la fête du Très Saint Sacrement : — (( Christum Regem adoremus dominantem gentibiis, qui se manducantibus dat spiritus pinguedinem : Adorons le Christ Roi, Maître de tous les peuples, qui donne l'abondance de la vie à ceux c[ui se nourrissent de lui. »

Il est roi celui à qui une nation doit son existence et tous ses biens ; il est roi celui qui délivre un peuple des tyrans qui l'avilissent et qui l'oppriment; il est roi celui qui reçoit d'un maître suprême un apanage longtemps promis et chèrement acheté.

Or, Messieurs, le Christ est roi à tous ces titres.

Nous sommes ses créatures. Non seulement il était au commencement avec son Père, Dieu

comme lui, agissant avec lui et faisant jaillir du néant toutes les merveilles du monde; mais, ajoute l'apôtre saint Jean : « Toutes choses ont été faites par lui: Omnisi pei' ipsuni facta sunt ; — rien n'a été fait sans lui : et sine ipso nihil factum est; — tout ce qui a été fait avait vie en lui : Quod factum est in ipso vita erat, » Vous savez de quelle manière le plus ancien des historiens sacrés commence le récit de la genèse du monde : ce In principio Deus creavit cœlum et terrani : Dans le principe Dieu créa le ciel et la terre. » — Quel est ce principe? demande le grand Augustin. — (c C'est le Verbe: In principio, id est in Verho. » — Pourquoi cela ? — ce Parce que Dieu a tout fait par son Verbe : Quia omnia Deus fecit Verho. » 11 se parle éternellement et reproduit sa propre vie et les perfections de sa vie en son Verbe et par son Verbe; de même, il parle et produit, dans le temps, le monde, sa vie, ses perfections dans son Verbe et par son Verbe. S'il y a des hommes et des peuples en ce monde, et, pour ces hommes et ces peuples, une magnifique et riche nature, à chaque instant prodigue de ses biens, nous le

devons à la parole de Dieu, au Verbe de Dieu. Or, vous le croyez, Messieurs, vous le confessez : le Christ est le Verbe de Dieu. On ne peut pas être plus maitre qu'il ne l'est, ni plus digne d'honneurs. Adorons le Christ Roi, Maitre de toutes choses: Christum Regemadoremus dominantem gentibus.

Ce roi immortel, il était invisible dans le mystère des cieux, et voilà qu'en un jour mémorable il se revêt de notre chair mortelle et de nos infirmités, et apparaît au monde comme l'un de nous. Que vient-il faire au milieu de ses sujets ? — Il vient les arracher au pouvoir d'un tyran qui, par le péché, s'est rendu maître de l'humanité. Personne n'ignore la grande œuvre qu'il a accomplie. Notre ère s'appelle, depuis plus de dix-huit siècles, l'ère du salut, et les années de cette ère nouvelle datent du triomphe du Verbe incarné. Il a remplacé par une doctrine pure les monstrueuses erreurs qui enténébraient l'esprit humain ; il a soumis les instincts révoltés et les passions déchaînées au joug d'une loi sainte ; plus que par sa doctrine et par sa loi, il a, par ses exemples et par sa grâce, ramené le genre humain égaré

sur le chemin de ses destinées éternelles et, selon la belle image de saint Paul, « il a désarmé les sinistres Puissances qui s'étaient emparées de sa création, il les a traînées fièrement après lui, triomphant en face du monde entier de leur tyrannie, en sa chair adorable, instrument de notre délivrance: Expolians Principatus et PotesiateSy traduxit confidenter, jDalam triumphans illos in semetipso^. p — Nous lui devons tout ce qu'il y a aujourd'hui de bon, de grand et de saint dans la vie et dans les sociétés humaines; et les peuples qui ne le connaissent pas encore ne seront délivrés que par lui de leur honteux esclavage. Il est roi par droit de conquête, et roi divin ; adorons-le : Cliristum Regem adoremus dominantern gentihus.

Il est roi ! Le Maître des maîtres, le Roi des rois, Dieu Ta voulu. Longtemps avant qu'il eût pris notre nature, il lui a fait dire par son Prophète: ce Demande-moi, et je te donnerai les nations en héritage: Postula a me et dabo tibi gentes hœreditatem tuam^. » — Jésus

\. Cor., cap. Il, 15.

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