Matth., cap. vu
tous les pays du monde. Ils partent chargés de bibles et de traités qu'ils distribuent gratuitement dans les écoles, les maisons, les rues et les places publiques. Quand ils n'en ont plus, ils n'ont qu'à faire un signe. Le bureau central, où travaillent d'infatigables traducteurs, ouvre ses portes et laisse échapper, de son sein généreux, des caisses immenses pleines de pain de vie. On n'est pas plus âpre à faire la place d'une denrée de première nécessité, que ne le sont les prédicants à faire la place de la parole de Dieu. Tout le monde peut s'en nourrir, et, si l'on devait juger des progrès de la vérité évangélique d'après la consommation des livres qui la contiennent, il faudrait croire que le protestantisme a converti l'univers. Pourtant, mes Frères, il n'en est rien. Capitaux, voyages, distributions des prédicants, tout est prodigieusement stérile. Les Bibles muettes passent aux mains des infidèles, sans éveiller leur conscience, ni les instruire des mystères de la foi. Le menu peuple en fait des enveloppes, le chasseur des bourres de fusil, le prêtre les offre à ses dieux sans les ouvrir. Après un quart de siècle^ quand il faut relever
le nombre des néophytes, on ne trouve, dans les plus florissantes missions, qu'une dizaine d'individus équivoques dont la ferveur a besoin d'une pension pour se soutenir. Au lieu des gerbes opulentes qu'on se promettait de cueillir et de transporter triomphalement dans le grenier du père de famille, c'est une poignée d'âmes méprisables, qui, souvent, n'ont renoncé au culte des idoles que pour tomber dans l'athéisme .
Triste et navrante issue d'un prosélytisme bruyant et agité, à laquelle on ne voudrait pas croire, si les rapports mêmes des missionnaires du protestantisme n'en faisaient foi.
Dans ces rapports, la douleur, le dépit, quelquefois la colère, se mêlent aux illusions d'un zèle aveuglé ou aux promesses trompeuses d'un charlatanisme en quête de secours.
Ceux-ci se plaignent d'être méprisés par les populations auxquelles ils distribuent leur pain de vie. Remarquez-le bien, mes Frères, ils ne sont pas haïs : la haine est fille des passions qui se débattent pour n'être pas étouffées dans les étreintes de la vérité; ils sont méprisés, on les appelle démons proche-
mensonges. Ceux-là se reprochent mutuellement le criminel avilissement des infidèles auxquels ils ont enlevé, par le scandale de leurs collisions ou de leurs mesquines avidités, le dernier trésor des vérités naturelles qui éclairaient encore leur conscience, ce Dans un trop grand nombre de cas, écrit un évêque protestant, les prédicants européens, parmi les païens, ont à répondre du mal qu'ils ont causé, surpassant de beaucoup leurs services les plus empressés ^ » — « Il ne nous est pas permis, dit un autre, de nous vanter de quelques succès obtenus çà et là, au point de nous aveugler sur ce que nous devrions appeler Vinutilité complète des efforts des'missionnaires dans les temps modernes \ »
Inutilité complète ! Voilà donc, mes Frères, de l'aveu même des hérétiques, le dernier résultat des prodigalités qui ont semé, dans l'espace de quelques années, plus de cinq cents millions sur toutes les côtes visitées par les Européens. Semblables à ces femmes infortu-
1. Polynesia and New-Zeeland. Rever. H. Russell, ch. m (cité par Marshall).