‹ Discours et panégyriquesChapitre 1 sur 86 · RUE DU BAC · texte numérisé non relu

RUE DU BAC

Prononcé en l'église Saint-Thomas-d'Aquin, le jour de la Quasimodo, clôture de la station du Carême 186 M.

Omnes qui placuerunt Deo, per militas tribulationes transierunt fidèles.

(Judith, cap. vin, 23.)

Mes Frères,

C'est pour la dernière fois aujourd'hui que ma parole se fait entendre au milieu de vous, jusqu'à ce que Dieu ramène des circonstances

1. Il faut se rappeler que ce discours a été prononcé à l'époque où l'Empire, qui avait d'abord donné des espérances aux catholiques, sollicitait les convoitises, encourageait par des faveurs les professeurs d'impiété, tra~ hissait sourdement le Souverain-Pontife, tout en faisant mine de le protéger. Le ministère Espinasse s'émut. Le discours fut dénoncé au P. Lacordaire, alors Provincial, qui en demanda communication et écrivit à l'orateur : « Vous êtes resté dans la limite de votre droit et n'avez « fait que votre devoir. »

heureuses qui me procurent de nouveau l'honneur de votre sympathique attention. Qu'attendez-vous de moi? Un discours qui résume tous les enseignements de cette station, ou bien un mot qui vous révèle une dernière fois mon cœur, et vous fasse connaître ce que je demande de vous pour prix de mes labeurs et de mon amitié? Je crois avoir assez clairement parlé jusqu'ici pour n'avoir pas besoin de me résumer auprès de ceux qui ont suivi ma parole. Et, quand je le voudrais, je ne le pourrais pas. Un texte de l'Écriture m'a frappé les yeux, pendant que les événements qui s'accomplissent autour de nous me déchiraient le cœur. Ce texte le voici : « Omnes qui placuerunt Deo per militas tribulationes transierunt fidèles. Tous ceux qui ont su plaire au Seigneur ont traversé fidèles des torrents de tribulations. » Plaire au Seigneur et ne recevoir du Seigneur que clés maux. Ne recevoir du Seigneur que des maux et pourtant rester fidèles au Seigneur. Que de mystères en ces quelques mots, et comme notre humaine sagesse est facilement mise en déroute par cet austère langage. Cependant c'est l'Esprit de Dieu qui parle et nous révèle le plus grand, le

plus universel de nos devoirs comme chrétiens, le devoir de la fidélité. En vain j'ai fait effort pour me dégager des étreintes du texte sacré, il me serrait à la gorge et ne me permettait qu'un seul mot : Fidélité! Fidélité! Et j'ai pris mon parti. J'ai laissé derrière moi tout ce que je voulais dire, afin cle vous rappeler que le nom reçu par vous au baptême est le nom de fidèles; que vous vous êtes engagés, à la vie à la mort, au Christ Sauveur qui vous a donné son nom, à sa doctrine, à ses lois, à ses institutions; enfin que notre devoir toujours, — aujourd'hui plus que jamais, — c'est la fidélité. Fidélité!... N'est-ce pas que ce mot retentit à vos oreilles comme un bruit vengeur dans les circonstances présentes. Il est impossible de le prononcer sans flétrir à la fois clés ignorants et des lettrés, des grands et des petits, des rois et des peuples. Mais aussi, il descend des Ci eux comme une révélation à nos esprits obscurcis par une nuée de sophismes, comme un encouragement à nos cœurs chancelants, comme un hommage sur la tombe de ceux qui se sont déjà sacrifiés pour la sainte cause de Dieu.

La fidélité, mes frères, est le constant et inviolable attachement d'une âme au droit et à quiconque représente le droit, attachement qui résulte d'un libre et légitime engagement cle sa foi. La fidélité saisit toutes les vertus, les protège contre tous les caprices, les élève audessus des instincts égoïstes et des calculs cle l'intérêt, les rapproche, les unifie et les tient serrées auprès cle la cause sainte à laquelle elle s'est engagée. N'ayez peur, rien ne l'en séparera. La fidélité n'est pas une vertu cle montre et de parade, dont on se sert pour orner des triomphes et rendre plus éclatantes et plus scandaleuses les bonnes fortunes de la force. La fidélité n'est pas cette joie chamarrée d'or et lestée cle rentes qui courtise le succès ; pas cette prostration humiliante qui fait toujours deux actes à la fois, l'acte d'adoration et l'acte de demande, mais jamais l'acte d'amour; pas cet enthousiasme mercenaire qui hurle des vivats à chaque changement de décoration sur

le théâtre social ; pas cette légèreté ridicule et imbécile qui s'accommode de toutes les nouveautés au détriment de la justice. Non, non. La fidélité se cache au fond du cœur et n'en sort qu'à l'heure clés sacrifices. La fidélité regarde au front de qui l'appelle s'il a reçu l'empreinte de la justice éternelle. La fidélité ne rend que des hommages où l'amour a la plus grande part. La fidélité ne se paye que par le témoignage d'une conscience irréprochable. La fidélité ne s'accommode des nouveautés que lorsqu'elle y rencontre le droit. Un homme a fait une promesse, et par cette promesse il s'est engagé à une cause. Il a pu se tromper et voir le droit où il n'était pas, — l'homme se trompe si facilement. — Mais, je fai dit, s'il est fidèle, rien ne le séparera cle la cause qu'il a épousée. Qu'elle soit injuriée, bafouée, méprisée, calomniée, trahie, il croira toujours en sa bonté. Qu'elle soit persécutée, opprimée, et comme noyée clans tous les malheurs imaginables, il attendra patiemment qu'elle se relève. Qu'elle soit lâchement abandonnée de tous, il se dévouera jusqu'à la mort pour la servir. La tribulation multipliera son courage, affermira

sa constance et resserrera les liens qui le tiennent enchaîné. Donc engager sa foi, être attaché toujours, et dans le malheur croire, attendre, se dévouer, c'est être fidèle. Voilà, mes frères, ce que je pense de la fidélité.

Eh bien ! je vous l'avoue, ce que je pense m'étonne devant ce que je vois. Il semble que j'ai 'parlé un langage inintelligible, quand je compare ce que je viens de dire avec ce qui se fait tous les jours. Engager sa foi, être attaché toujours, et, dans le malheur, croire, attendre, se dévouer, c'est être fidèle. A ce compte, mon Dieu, où sont donc les fidèles? J'écoute et j'entends qu'on parle encore de fidélité. On fait serment de fidélité, on s'engage à la fidélité. C'est bien, le mot n'est pas perdu; mais à quoi sert-il s'il n'est qu'un mensonge ? Cent mille millions de mots, entendez-le bien, ne font pas la plus petite des vertus ! Si la fidélité consiste à être l'esclave de tout ce qui triomphe, à retirer aux vaincus cle la force et de l'opinion les promesses qu'on leur avait faites en toute liberté d'esprit et de cœur, à envoyer des baisers à tous les soleils qui se lèvent pour recevoir un peu de leur lumière et

de leur chaleur, je ne sais plus mon français, je suis un homme d'un autre âge, et je demande à rentrer bien vite clans les froids sépulcres de ceux qui comprenaient ma langue comme je la comprends. 0 mes pères! Où êtes-vous? Vous croyiez à la justice descendue du sein immortel de Dieu. Vous croyiez au droit, au droit émané de Celui qui est le droit vivant et éternel, et quand votre noble cœur conduisait votre main loyale sur les Saints Évangiles, vous croyiez avoir marié votre vie à une autre vie, et, après ces noces sacrées, ne faire plus qu'un avec ceux que vos serments avaient épousés. Et vous marchiez, à travers heurs et malheurs, jusqu'au jour suprême où votre dernier soupir était un double hommage à votre Dieu et à votre sainte cause. 0 mes pères ! Où êtes-vous ? N'entendez-vous pas mes gémissements, ne voyez-vous pas que mon cœur est plein de larmes ?

Oh! oui, mon cœur est plein de larmes ! car qui ne s'attristerait du spectacle de tant crinfidélités qui peuvent vivre et mourir sans honte, et transmettre à la postérité leur héritage

déshonoré? Quel homme de cœur n'est pas alarmé des faciles travestissements de conscience à l'aide desquels on prend la livrée de tous les événements, sans s'engager à leur issue. Plus de serments qui tiennent, plus de cœurs qui se dévouent, plus de vies qui s'immolent, mais une foule avide, de tout âge et de toute profession, qui spécule sur' une formule et en attend le rassasiement de ses appétits toujours croissants.

Cependant, ne soyons pas injustes, ne condamnons pas l'humanité tout entière. Si le sens de la fidélité est perdu auprès de bien des gens, il y a des cœurs qui savent encore ce que c'est qu'engager sa foi, être attaché toujours, et clans le malheur croire, attendre, se dévouer. Tandis que nos beaux-fils s'oublient dans un tâtonnement qui stérilise leur vie, de nobles jeunes hommes savent faire aux causes trahies l'aumône de leur sang. Pendant que des vieillards tendent aux hommes les bras de leurs convoitises plus que septuagénaires, d'autres vieillards laissent salir par des plaintes hypocrites leurs cheveux blancs, et attendent en paix la mort, plutôt que soit flétri du plus léger

soupçon leur amour du droit et de la justice. Pendant que des hommes d'État rivalisent aux enchères de leur conscience et de leurs services, des citoyens honnêtes refusent publiquement leur concours aux exploits de l'iniquité. Pendant que le parjure triomphe sur les ruines des lois jurées et méprisées, la foi persécutée protège de tout ce qui lui reste de vie l'inviolabilité des serments. Enfin, Dieu soit béni, au milieu de tant d'infidèles il y a encore des cœurs fidèles. Mais d'où vient cela, mes frères? — De ce que la fidélité, dans sa plus légitime et sa plus haute expression, n'a pas été bannie de cette terre. Vous êtes étonnés, peut-être, que je ne vous aie fait entendre jusqu'ici que des paroles humaines. Je le devais, afin de vous donner une raison de ce qui révolte l'honnêteté de vos cœurs et de vous mieux préparer à ce que je dois vous dire. Ecoutez- moi.

Les choses humaines et les choses divines se tiennent par des liens mystérieux qu'on ne peut rompre sans compromettre et les unes et les autres, ou plutôt les choses humaines sont tellement dépendantes des choses divines

qu'elles en suivent fatalement toutes les vicissitudes. Et puisque je parle de la fidélité ; eh bien ! la fidélité n'a de sens et de réalité clans les choses humaines qu'autant qu'elle est comprise et pratiquée dans les choses divines. Soyez fidèles à Dieu, vous serez fidèles aux hommes ; soyez traîtres à Dieu, vous serez traîtres aux hommes. Et par ce qu'il y a peu de fidèles à Dieu, il y a peu de fidèles aux hommes ; par ce qu'il y a beaucoup de traîtres à Dieu, il y a beaucoup de traîtres aux hommes.

Engager sa foi, être attaché toujours, et dans le malheur croire, attendre, se dévouer, c'est être fidèles, avons-nous dit. Or tout chrétien est engagé à Dieu, à son Christ, à son Église par un serment solennel qui doit retentir jusqu'aux siècles des siècles. Ce serment vous l'avez fait, au jour cle votre baptême, par la bouche de ceux qui demandaient pour vous, en échange, la grâce et le titre auguste d'enfants de Dieu. Mais, parce que vous pouviez l'oublier, parce que vos répondants pouvaient tenir secrètes les saintes promesses qui enchaînaient votre vie, ce serment, vous l'avez

renouvelé dans ce jour d'immortelle mémoire où, pour la première fois, Dieu se livrait à toute la ferveur de votre jeune amour et servait d'aliment à votre âme. Allons, rappelez vos souvenirs, ii est temps. Qu'avez-vous fait ? Vous avez touché l'autel de la main. Ainsi faisaient les Anciens quand ils voulaient rendre sacrés leurs serments. Que dis-je ? L'instinct religieux les poussait plus loin. Ils plongeaint la main clans le sang et les entrailles fumantes de la victime, après cela leur parole était sainte entre toute parole. Mais vous, mes frères, vous auriez étonné les Anciens s'ils avaient pu vous voir. Vous ! vous possédiez tout entière la victime aux sacrés foyers de votre vie. La victime, dont les hécatombes de l'antiquité n'étaient qu'une lointaine figure, la victime, qui ne recevait rien des honneurs que vous lui rendiez, mais qui vous inondait des splendeurs de sa divinité. 0 mystère ! Jésus-Christ, le Fils de Dieu, résidait au fond de vos âmes, sa toute-puissante vertu disposait de votre vie, elle faisait tressaillir vos membres, elle ouvrait vos lèvres et vous disiez : « Je crois en Dieu Père, Fils et Esprit-Saint. Je

crois en Jésus-Christ fils unique de Dieu. Je crois la Sainte Église Catholique, Apostolique et Romaine. Je renonce à Satan, à ses pompes, à ses œuvres. Je m'attache à Jésus-Christ. Je veux lui appartenir sans partage, toujours, toujours. Voilà le serment du chrétien!

Augustes promesses, tant de fois saintes et tant de fois violées ! Car, combien de chrétiens qui n'attendent pas les jours d'épreuve et de scandale pour se dégager ! Combien de chrétiens pour qui le premier orage des passions a été le signal cle l'infidélité ! Combien de chrétiens qui se sont laissé ébranler et renverser par latribulation qui devait les affermir! Combien de chrétiens qui ne croient plus à Dieu, parce que Dieu se cache, qui n'attendent plus son règne, parce que l'ennemi est en veine cle triomphes, qui ont peur du plus petit sacrifice, comme s'ils devaient s'y compromettre à tout jamais! Mon Dieu! mon Dieu! où sont-ils ceux que vous pourriez encore appeler du nom qui leur fut donné au baptême? Des fidèles ! Où y en a-t-il ?Il y en a plein cette église, mes frères, et c'est ce qui me console, c'est ce qui me fait espérer des jours meilleurs que nos jours

déshonorés. Donc, s'il y a eu de l'amertume clans mes paroles, écartez-la de vos cœurs et renvoyez-la ailleurs. Je récuse même le droit de vous instruire, vous savez tout aussi bien que moi ce que c'est que la fidélité. Vos noms, vos sympathies, votre vigoureuse piété, parlent plus éloquemment que je ne le pourrais faire. Qu'une seule parole me soit permise, la parole d'encouragement qu'adressait l'Apôtre à un homme de Dieu. Mon fils, disait-il, sois fidèle jusqu'à la mort. Esto fidelis usque admortem1. Mes frères, mes amis, soyez fidèles jusqu'à la mort. Fidèles à qui? Aux hommes ? Je ne m'en inquiète pas. Je sais trop bien ce qui peut advenir si vous êtes fidèles à Dieu. Donc, soyez fidèles à Dieu jusqu'à la mort. Estote fidèles usque ad mortefn. Que rien ne vous séduise, que rien ne vous corrompe, que rien ne vous détache : ni les ruses de Satan, ni les promesses du monde, ni les tempêtes des passions. Soyez fidèles jusqu'à la mort. Estote fidèles usque ad mortem.

Soyez fidèles! mais rappelez- vous bien, mes

1, Apoc.j cap. ii, 10,

frères, cette austère parole que je faisais entendre au commencement de ce discours :

ce Omnes qui placuerunt Deo per multas tribulatlones transierunt fidèles : Tous ceux qui ont su plaire au Seigneur ont traversé des torrents de tribulations. » La fidélité, l'attachement à une cause est facile tant que cette cause est honorée et prospère, et que la nature rencontre dans l'accomplissement du devoir un goût qui la contente. Si, dans la vie privée, Dieu ne nous envoyait que clés consolations, si toujours nous sentions les caresses de sa main paternelle, si notre vie calme et sereine s'écoulait à l'abri cle toutes les épreuves, qui donc aurait le courage de trahir ? Si, clans la vie publique, Dieu ne nous apparaissait que dans les splendeurs cle sa gloire, si Jésus-Christ, notre sauveur, notre maître et notre roi, régnait sans contradiction sur ceux qu'il a baignés dans les flots cle son sang, si l'Église, son épouse, toujours entourée cle prodiges, toujours fécondée par des ministres sans tache de sa vertu divine, toujours maîtresse des esprits par sa doctrine, des cœurs par ses promesses, des volontés par ses lois, étendait sans obstacle

son empire universel, enfantait sans douleur et n'avait pas à pousser ces cris lamentables que poussait Rachel sur ses fils perdus, qui donc serait infidèle? Qui donc se dégagerait du serment par lequel tout chrétien épouse à son baptême la sainte cause de Dieu? Encore une fois, dans de pareilles conditions, la fidélité serait facile.

Mais, mes frères, Dieu n'aurait pas, vous n'auriez pas non plus la juste mesure de votre vertu. Toute vertu a sa mesure, celle de la fidélité, je vous l'ai dit, c'est le malheur. C'est en face du malheur qu'on reconnaît la sincérité d'un attachement. C'est dans la tribulation que se révèlent cette foi inébranlable, cette calme attente, ce dévouement sans bornes qui sont à la fidélité ce que la longueur, la largeur et la profondeur sont à l'espace. J'ai vu des âmes vaillantes si sincèrement, si constamment et si profondément attachées à des causes persécutées que la mort n'a pu ni entamer leur foi, ni faire fléchir leur espoir, ni couper court à leur dévouement. Le monde s'étonnait d'une si haute vertu et cherchait à la flétrir par d'ineptes railleries, mais moi je i 2

bénissais Dieu qui fait de si grandes âmes et, en y regardant de près, je n'avais pas de peine à me convaincre que si la fidélité est un précieux joyau passé démode pour nos générations vénales, il n'en est pas moins de la plus pure et de la plus belle eau. Il y a clone des âmes qui savent demeurer attachées aux causes humaines, même clans le malheur.

Qu'elles soient notre leçon, mes frères. Qu'elles nous apprennent que le malheur doit être la pierre de touche de notre attachement à la sainte cause de Dieu.

En dedans de nous-mêmes, la fidélité est à chaque instant éprouvée. Toute vie d'homme est un drame invisible rempli d'événements, compliqué par mille péripéties, dont le but est d'affermir notre vertu en nous rappelant sans cesse les serments solennels qui nous ont ouvert lesportesdel' Église et nous ont engagés à Dieu. Ceux qui ne vivent que de la vie de la nature et oublient l'auguste vérité de leurs destinées ne comprennent rien à ces mystères. Mais, nous, qui vivons de la vie clc la grâce et comptons sur un meilleur avenir, nous savons que l'âme doit sortir de ia tributation, plus ferme et plus

glorieuse aux yeux de Dieu. Quand Dieu semble se retirer de nous, et nous abandonner à toutes les hostilités de la douleur et à toutes les impuissances de la nature ; quand notre âme noyée dans le chagrin, notre cœur brisé dans ses plus chères affections, notre corps en proie à toutes les langueurs et à toutes les souffrances, notre vie inquiète, gémissante, désolée par toutes sortes de persécutions, deviennent pour nous la plus effroyable des tentations, ne crions pas au scandale comme le feraient des lâches ; ne disons pas, Dieu méprise notre vertu^ Dieu délaisse les siens, Dieu est injuste; ne nous jetons pas dans les bras de ces conso* lations passagères, qui laissent toujours un aiguillon après qu'elles ont effleuré notre cœur; ne nous vengeons pas par des oublis sacrilèges qui augmentent nos malheurs eil même temps que nos fautes. Mais courage! Il est temps d'être fidèle. C'est l'heure de donner à Dieu la mesure de notre vertu, c'est-à-dire de croire, d'attendre et de nous dévouer. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Vous paraissez m'abandonner. On dirait que votre main paternelle s'est retirée pour ne plus soutenir

ma vie, mais je crois, oui, je crois que vous êtes auprès de moi comme vous êtes auprès de tous les justes travaillés par la douleur. Juxta, est Dominus his tribulsdo sunt corde1 . Vous vous cachez sous un voile austère, mais il n'est pas de nuage que ne percent les yeux de ma foi ! Seigneur, vous êtes avec moi, je le crois: Credo! Ma pauvre vie' est livrée en pâture à la tribulation. Pourquoi? Je n'en sais rien, ô mon Dieu! J'ai péché! Mais, combien de pécheurs dorment tranquilles sous votre main silencieuse ! C'est bien, pourtant, ô mon maître! Soyez inégal clans la répartition des biens et des maux, jamais vous ne serez injuste, non, jamais, je le crois : Credo! C'est dur à moi de ne plus jouir des caresses de votre providence paternelle, mais, malgré cela, vous êtes bon, vous êtes père, je le crois : Credo ! Je crois que vos perfections se cachent, mais qu'elles demeurent à jamais inaltérables. Credo! Je crois encore qu'un moment, un tout petit moment de notre tribulation passagère, nous prépare là-haut un poids de gloire éter-

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