‹ Discours et panégyriquesChapitre 3 sur 86 · Job, cap. xiv · texte numérisé non relu

Job, cap. xiv

sure suprême de notre fidélité, c'est moins ce qui se passe au dedans de nous-mêmes que ce qui se passe autour de nous, moins le malheur dont nous sommes victimes que le malheur qui semble vouloir atteindre Dieu lui-même. Comme il y a des nuits dans chaque existence humaine, il y a des nuits dans chaque siècle, nuits orageuses, nuits fatales qui menacent tout ce qui est bon, juste et saint, et épouvantent les âmes les plus vaillantes. Alors, les lumières de la vérité se dérobent sous le nuage sans cesse grossi des plus monstrueuses erreurs; alors, les principes du juste et de l'honnête se déchirent sous la griffe des passions; alors, le crime, enhardi par les ombres et par les défections multipliées des cœurs pusillanimes, ose espérer la ruine des plus sacrées institutions ; et ses espérances seraient réalisées, s'il ne voyait se dresser devant lui une armée de fidèles, toujours confiants dans la bonté des saintes causes, toujours attendant qu'elles se relèvent, toujours prêts à se dévouer pour leur triomphe.

J'avais raison de dire en commençant; aujourd'hui, plus que jamais, chrétiens, souvenez-vous de vos engagements sacrés; aujourd'hui, plus que jamais, chrétiens, soyez fidèles, car aujourd'hui, plus que jamais, le torrent de la tribulation se précipite sur l'œuvre de Dieu et menace de l'entraîner dans ses eaux fangeuses; aujourd'hui, plus que jamais, Dieu nous cache sa face adorable et semble pris d'une défaillance qui le livre aux mains de ses ennemis. Les rois et les peuples, les despotes et les démagogues, les hommes d'État et les hommes de rien, les savants et les philosophes, les historiens et les publicistes, tous conspirent avec une infernale malice ou un aveuglement insensé, contre le Seigneur, contre son Christ, contre l'Église, contre sa doctrine, contre les traditions séculaires qui jusqu'ici ont protégé sa vie. Comptez, si vous le pouvez, les livres maudits qui depuis plusieurs années ont vomi le blasphème contre

les principes les plus vénérables et les plus sacrés sur lesquels se soutient l'édifice de la foi. La divinité du Sauveur, les destinées de l'homme, la grâce, les sacrements, la prière, l'autorité doctrinale et législative de l'Église, est-ce que tout cela n'a pas été la pâture d'esprits malsains, qui rêvent un naturalisme dont l'aboutissement fatal est le triomphe exécrable de la matière sur l'esprit. Demandez à ces écrivains éhontés qui se sont donné la mission de catéchiser quotidiennement le peuple, ce qu'ils pensent des vérités augustes que nous vous prêchons, et que vous respectez comme l'unique et éternel trésor de l'esprit humain. N'ont- ils pas accumulé contre elles toutes les injures et toutes les invectives? Mais l'injure et l'invective sont armes trop loyales pour leur plume déshonorée. Rien ne répugne à ces larrons de la foi, à ces corrupteurs de la conscience publique: à l'injure et à l'invective ils ont ajouté le mensonge, afin de mieux pervertir l'ignorance grossière de leurs lecteurs. Et voilà des troupeaux de bêtes humaines qui écoutent, comme autrefois Israël, les prophètes de Baal. Dieu, le Christ, son Église, disent-

ils, qu'est-ce que tout cela ? — La raison, le progrès, la liberté, à la bonne heure! — Dieu règne au ciel loin de nous. Sa majesté sainte ne s'avilit pas jusqu'à mendier à l'homme des hommages dont il n'a que faire. Sa puissance désintéressée laisse se développer l'esprit humain comme il convient à sa nature. Toute intervention de sa part serait une injure faite à notre liberté. Toute détermination d'une doctrine, d'une loi, d'un culte, supposerait une exclusion barbare à laquelle nous ne pouvons consentir. Sa bonté ne nous condamne pas à attendre un bonheur problématique, pour lequel il faut mépriser et oublier tous les biens d'ici-bas. Sa justice n'exige pas qu'on violente des instincts irrésistibles; les menaces qu'on nous fait en son nom n'épouvantent que les âmes puériles. — Le Christ! philosophe austère qui mérite une mention honorable entre Socrate et Jean-Jacques. Il a su tirer profit de la science des sages qui l'avaient précédé, et arrêter l'humanité sur les pentes périlleuses du paganisme. Grand est son caractère, admirable est sa doctrine. Qu'il soit béni par tous les libres penseurs dont il est le plus fier

et le plus intègre représentant ! Qu'il soit béni, mais que maudite soit l'Eglise qui a corrompu sa doctrine et fait de sa personne une idole ! Le christianisme est un noble système, soit. Mais l'Église est une caste ambitieuse qui monopolise à son profit des enseignements que toute raison humaine a droit d'interpréter. L'Église! il est temps de s'en défaire. Qu'on l'enlève, qu'on l'enlève et qu'on la crucifie. Toile, toile, crucifige. Depuis trop longtemps elle séduit et abrutit le genre humain, a Quand mourra-t-elle et quand aura péri son nom? Quando moriehir et veribit nomen ejus1? »

Les jours s'avancent, jours de colère et d'équitable vengeance. Le siècle qui s'écoule ne finira pas sans avoir donné raison aux ennemis de l'Église. Ils le pensent du moins. Pendant que des écrivains sans conscience accusent son passé, calomnient ses tendances, appellent le mépris public sur son attitude si ferme, si noble, si résignée; pendant que des folliculaires impies livrent à la curiosité passionnée du public les scandales qui affligent son cœur,

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