G. CHARPENTIER ET C'% EDITEURS
13, RUtC DB ORBNBLLK-SAINT-OBRMAIN, 13
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NOTICE BIOGRAPHIQUE
Léon Gambetta naquit à Cahors le 2 avril 1838. Son père, originaire de Gênes, était épicier. Sa mère, Oréasie Massabie, descendait d'une vieille famille bourgeoise du Quercy. 11 était par excellence un (ils de ces nouvelles coucltes sociales dont il devait proclamer et diriger l'avénement avec tant d'édat.
Après avoir fait de rapides et brillantes études d'abord au petit séminaire de Montauban, puis au lycée de sa ville natale, Léon Gambelta vint à Paris poar suivre les cours de l'Ëcole de droit et se livrer, selon le désir de sa mère qui lui avait appris k lire dans les œuvres d'Armand Carrel, à sa passion déjà dominante pour la politique. Inscrit au barreau en 1860, il débuta bientôt avec succès,,m.ais sans se . laisser éblouir par ses premiers triomphes oratoires, et continua à développer par d'immenses lectures une instruction qu'il sentait incomplète. On a beaucoup glosé sur les longues stations du jeune avocat au café Procope, et de nombreuses légendes plus on moins inexactes ont couru sur les années d'apprentissage de Gambetta. On n'a presque rien dit du travail acharné auquel il s'appliqua sans relâche dans le modeste appartement que tenait son excellente
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tante et où il ne recevait que des amis d'élite. Cest pourtant ce labeur passionné et méthodique à la fois qui sera digne de fixer un jour Tattention d'un véritable historien. Dans les cafés, à la conférence Mole dont il fut deux fois président, à la conférence du stage dont il fut le troisième secrétaire^ Gambetta ne faisait guère qu'ouvrir une écluse aux pensées qui s'agitaient dans son ardent cerveau. Mais ce n'était que la moindre partie de son existence. Peu d'hommes sont entrés mieux armés que lui dans la vie publique. Et c'est lui-même qui s'arma. Il n a réellement paru sur la scène qu'après avoir parachevé une éducation littéraire, historique, économique, politique et militaire qui faisait, dès 1865, l'admiration des vieux hommes d'État, de Tbiers qui eut pour lui, de très bonne heure, un goût très vif, de Crémieux dont il fut le secrétaire favori, de Jules Favre. Il suivait avec assiduité les séances du Corps législatif, dont il rendit compte, pendant quelque temps, dans VEurope. Il s'appliquait à connaître et à comprendre les hommes importants de tous les partis. Il voyagea deux fois en Orient, et ne voyagea pas en simple touriste. Il voulut toujours voir et savoir par lui-môme, et méditant profondément sur les causes qui avaient fait échouer la tentative républicaine de 1848, il s'appliqua à dégager des nuages une conception claire et pratique de la démocratie.
Ce fut aux élections générales de i863 que Gambetta fit son premier acte de politique un peu éclatant, en soutenant avec énergie dans le sixième arrondissement, qui était le quartier des Écoles, la candidature, simplement libérale, de Paradol. Il a toujours été très fier de cet acte d'indépendance qui lui créa, dès lors, une place à part dans le camp républicain. Cette campagne n'a pas été moins caractéristique de son tempérament d'homme d'État et de sa ligne générale de conduite que ne le fut, quelques années plus tard, sa foudroyante intervention dans l'affaire Baudin.
Le procès Baudin porte la date du i4 novembre 1868. M. Pinard, ministre de l'intérieur, avait fait poursuivre devant la police correctionnelle MM. Challemel-Lacour, rédacteur en chef de la Reoite Politiquef Peyrat, rédacteur en chef de l'Avenir National, Delescluze ^ rédacteur en chef du
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Réveil, Charles Quentin, rédacteur du même journal, Duret, gérant du journal la Tribune, Gaillard père et fils, et Abel Peyrouton, « sous T inculpation d'avoir tous les huit, à Paris, dans le but de troubler la paix publique et d*exciter à la haine et au mépris du gouvernement, pratiqué des manœuvres à rintérieur ». Ces manœuvres résultaient du fait d'avoir ouvert une souscription pour élever un monument à l'héroïque représentant qui avait été tué sur les barricades de Décembre* Delescluze savait que Gambetta, véritable chef de la jeunesse française, avait plaidé avec un grand talent l'affaire des Sociétés secrètes, dite procès des- 54, et l'affaire des correspondants mexicains. Il se souvenait que Gambetta avait gagné contre lui-même en 1865, après un remarquable plaidoyer, un procès littéraire très curieux qui engageait le droit de réponse. Il le désigna comme avocat l'avant-veille de l'audience. Les défenseurs des autres accusés étaient : Crémieux, Clément Laurier, Jules Favre, M. Emmanuel Arago et M. Leblond.
Le plaidoyer pour Delescluze produisit un effet immense ; il retentit à travers toute la France comme un coup de canon. Jamais un plus terrible réquisitoire contre l'Empire n'avait été prononcé dans un plus magnifique langage. Jamais encore le régime de Décembre n'avait été dénoncé avec plus de colère à la haine de tous les amis du droit et de la justice. Ce fut réellement le signal avant-coureur de la chute prochaine des Bonaparte. « La veille du procès , écrivait M. Henri Brisson dans la Uevue Politique, on parlait de Sadowa, du Mexique, du pape. Le lendemain, on ne parla plus que du Deux-Décembre, et dévoilé, flétri dans son origine criminelle, l'Empire était condamné. » Léon Gambetta passa ainsi du premier coup au premier rang des républicains qui étaient l'espoir du pays. Berryer étant mort, les électeurs de Marseille offrirent sa succession à Gambetta. Le gouvernement impérial s'effraya, et il fut décidé qu'à la veille des élections générales, toutes les élections partielles seraient ajournées.
Ce ne fut pour Gambetta qu'un très court retard. Deux circonscriptions, la première du département de la Seine, et la première des Bouches-du-Rhône, l'envoyèrent au Corps
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législatif le 23 mai et le 6 juin i869. Il fut élu à Marseille contre MM. Thiers, Ferdinand de Lesseps et Barthélémy, et à Paris, contre M. Garnot, comme candidat irréconciliable avec TEmpire.
Le principe directeur de mes opinions et de mes actes politiques, disait-il dans sa profession de foi aux électeurs de Belleville, c'est la souveraineté du peuple, organisée d'une manière intégrale et complète ; il faut tout lui rapporter et il en faut tout déduire, les institutions, les lois, les intérêts et les mœurs mêmes ; scientifiquement appliqué, ce principe peut seul achever la Révolution française, et fonder pour toujours Tordre réel, la justice absolue, la liberté plénière, et Tégalité véritable.
Gambetta devint rapidement Tun des chefs de la minorité républicaine du Gorps législatif. Recherché par tous ses collègues sans exception pour la grâce charmante de son esprit et Tirrésistible attrait de son talent, il était par excellence, et même aux heures de l'opposition la plus violente, rhomme de gouvernement dans son parti :
Il faut surtout, écrivait-il le 24 avril 1870, s'attacher à dissiper les calomnies dont on couvre nos doctrines et nos aspirations. Il faut dire, redire et prouver que, pour nous, le triomphe de la démocratie fondée sur les libres institutions, c'est la sécurité et la prospérité assurée aux intérêts matériels ; la garantie rendue à tous les droits, le respect de la propriété, la protection des droits sacrés et légitimes des travailleurs, l'amélioration et la moralisation des déshérités, sans atteinte, sans péril pour les favorisés de la fortune et de Tintelligence. Dites bien que notre passion, c'est uniquement d'amener la justice et la paix sociale parmi les hommes; démontrez sans trêve^ sans repos, que, seul entre tous les partis, le parti démocratique est réellement conservateur, libéral et progressif. Avec le triomphe de no^ idées et seulement par ce triomphe, la France pourra clore l'ère des révolutions, et développer, au sein d'une démocratie régénérée et maîtresse d'elle-même, les admirables ressources de la patrie française.
Et dans une autre lettre de la même époque :
Je crois pouvoir résumer en deux lignes toute ma politique : faire prédominer la politique tirée du suffrage universel dans l'ordre intérieur aussi bien que dans la conduite des affaires extérieures ; pour tout dire, au point dé vue des circonstances
irai pourmeinooe pouiique, aans louies lee discuBSions, de relever et d'établir, eu Tace de la démocratie césarienoe, la doctrine, les droits, les griefs et aussi les incompatibilitéa de la démocratie lojale.
Et il tint parole dans ses actes comme dans tous les discours qu'il pi-ononca depuis soq entrée au Corps légblatiF, dans celui du iô janvier 1870 où il dit aux ministres du prétendu Empire libéral et à leurs clients :
Voua n'êtes qu'un pont entre la République de JS46 et la République i, venir, et ce pont, Doua le passons.
Dans la magnifique harangue du i% janvier, contre les prétentions insolentes de M. Ollivier à la conriance des républicains :
Il 7 a quelque choae que vous ne pourrez expliquer, pour la moralité française, c'est que Totre changement d'opinion a coïncidé avec votre fortune.
Dans le charmant discours au banquet de la jeunesse, et surtout dans le discours du S avril contre le plébiscite. Ce jour-là, devant le ministère accablé, et au milieu de l'admiration générale de l'Assemblée pour le merveilleni génie d'orateur et de politique qui éclatait devant elle, Gambetla proclama sans ambages la République contre l'Empire. Il avait déjà dit le <0 janvier :
Ce que nous voulons, c'est qu'à la place de la monarchie, on organise une série d'inalitutione conformes au suffrage universel, à la souveraineté nationale-, c'est qu'on nous donne, sans révolution, pacifique meut, cette forme de gouvernement dont vous savez tous le nom ; la République.
Il le répéta le a avril avec plus de force encore et d'éclat ;
Il faut choisir entre le suffrage universel et la monarchie... Eu dehors de la réalisation de la liberté par la République, tout ne sera que convalaion, anarchie ou dictature,.. Je ne veux pas d'une
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république mensongère, je veux d'une république réelle, et si Ton ne l*a pas essayée, c'est une raison de plus pour le faire.
Les avertissements de Gambetta furent perdus pour le suffrage universel comme pour le Corps législatif. Un ordre du jour de confiance fut voté au cabinet du 2 janvier et le sénatus-consulte fut approuvé le 8 mai par 7,359, i 42 oui, contre i,538,82o non et ii2,975 bulletins nuls. L'appel des gauches à la nation et à Tarmée, à la veille du plébiscite, avait été rédigé par Gambetta. Les députés républicains disaient : « La Constitution qu'on vous propose, c'est votre abdication qu*on vous demande. » Ce fut par l'abdication que le suffrage universel répondit, égaré et trompé une dernière fois par les hommes néfastes qui lui répétaient que l'Empire, c'était la paix.
Le 15 juillet,le gouvernement impérial déclarait la guerre à la Prusse.
Le plaidoyer pour Delescluze avait révélé dans Gambetta l'orateur de premier ordre ; le discours contre le plébiscite avait montré dans le jeune tribun l'homme d'État le plus puissant de son parti : il apparut, à partir de l'ouvertu^e des hostilités contre l'Allemagne, comme le plus admirable patriote de son pays.
D'abord, après avoir joint ses efforts les plus éloquents à ceux de Thiers pour obtenir du ministère une preuve, même la plus faible, que la France avait été réellement insultée par le roi de Prusse dans la personne de son ambassadeur, que cette guerre était vraiment une guerre nationale et non une guerre dynastique, Gambetta se sépara avec éclat de ceux de ses collègues qui refusèrent de voter les demandes de subsides. « Quand la guerre sera déclarée, avait dit Gambetta, nous ne verrons devant nous qu'une seule chose : le drapeau do la patrie. » Et en effet, il ne vit plus autre chose. Après les désastres de Wœrth et de Spickeren, s'il fut le premier à signer avec Jules Favre la demande d'un
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comité de gouvernement élu par le Corps législatif « pour repousser l'invasion étrangère », — demande qui, si elle avait été adoptée dès le 10 août, aurait pu sauver la patrie, — Gambetta fut aussi le plus énergique à repousser avec colère les avances des démagogues qui ne cherchaient dans les malheurs de Tarmée qu'une occasion de trouble et d'insurrection. L'échauffourée de la Villette fut ilétrie par lui en termes indignés (séance du 17 août), et le ministre de la guerre n'eut pas d'avocat et même de collaborateur plus dévoué que lui, pour toutes les inesures qui avaient trait à l'organisation énergique de la défense et à l'expulsion de l'étranger.
11 montait presque chaquejourà la tribune du Corps législatif pour y prononcer des paroles dont la sagesse et le patriotisme allaient droit au cœur de la France. Le 10 août, il réclama l'armement immédiat de la garde nationale; le 12, l'armement immédiat de Paris; le 13, la discussion et l'adoption de la proposition de Jules Favre :
Il faut savoir si, ici, nous avons fait notre choix entre le salut de la patrie ou le salut de la dynastie.
Puis ce fut lui qui annonça au Corps législatif l'entrée des Prussiens à Nancy (14) ; il demanda la permanence de l'Assemblée (15), réclama l'application énergique de la loi sur les étrangers (17), insista avec énergie pour le projet de loi relatif à l'activité des militaires de tous grades et la proposition des gauches de mettre le recrutement et l'armement de la garde nationale de Paris dans les attributions du général Trochu (27 et 29). Le gouvernement cachait les nouvelles de la guerre ; il les réclama avec passion :
Savez-vous, Messieurs, ce que je pense? c'est que vous êtes tout à fait patriotes, mais aveugles, je le dis dans la sincérité de mon âme. Eh bien I j*estime que nous avons fait assez de concessions, que nous nous sommes assez tus, qu'on a trop longtemps jeté dans ce pays un voile sur les événements qui se précipitent et fondent sur nous. J'ai la conviction intime que ce pays court vers l'abîme sans en avoir conscience.
Il roula en effet au gouffre : l'armée, emprisonnée dans Sedan, fut livrée par l'Empereur au Hoi de Prusse.
▼m IfOnCB BIOORAPRIQCB.
Ce fat dans la naît du 2 au 3 septembre qae le ministère reçot la première dépêche de la capitulation de Sedan, et la nouvelle se répandit le lendemain dans Paris. Le patriotisme de Gambelta grandit avec le désastre. Comprenant à merveille quelle serait, en face de l'invasion triomphante, la faiblesse originelle d'un gouvernement issu d'une insurrection, il aurait voulu que le Corps législatif eût le courage de proclamer lui-même la vacance du pouvoir et de nommer, en dehors de toute préoccupatiou de parti, un gouvernement de défense nationale. Thiers et Jules Favre eurent le même sentiment, mais les efforts de ces bons citoyens, qui étaient des politiques perspicaces, furent inutiles. Le Corps législatif ne sut pas se décider à temps; le général de Palikao s'obstina à poursuivre une lieutenance chimérique de l'Empire, et cependant tout le peuple de Paris se mit en mouvement. 11 n'y eut pas, à proprement parler, de révolution. Le Corps législatif fut envahi malgré les etforts de Gambelta, et l'Empire disparut. Lorsqu'il lut bien avéré que la majorité du Corps législatif perdait son temps à ne rien décider, Gambelta s'élança à la tribune .
Citoyens ! attendu que la patrie est en danger ; attendu que tout le temps nécessaire a été donné à la représentation nationale pour prononcer la déchéance ; attendu que nous sommes et que nous constituons le pouvoir régulier issu du suffrage universel libre, nous déclarons que Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie ont à jamais cessé de régner sur la France.
La foule réclame la République. « Oui! vive la Répi>blique! réplique Gambelta. Citoyens, allons la proclamer à THûtel de Ville. » Et il partit au milieu d'une escorte enthousiaste de gardes nationaux. A l'Hôtel de Ville, ce fut lui qui proclama la République. Les députés de Paris se constituèrent en gouvernement de la Défense nationale sous la présidence du général Trochu, et le ministère de l'intérieur fut confié à Gambettu.
11 est impossible de résumer, dans le cadre étroit de cette notice, le rôle de Gambelta pendant' la Défense nationale, à Paris d'abord, jusqu'au 7 octobre, alors qu'il renouvelait en quelques heures tout le personnel administratif, qu'il adressait au peuple les admirables proclamations du 23 sep^
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tembre et du 3 octobre, qu'il insistait en vain pour la translation du gouvernement en province, — puis, à Tours et à Bordeaux, jusqu'au 6 février, lorsque, s'étant échappé en ballon de Paris assiégé *, il prit en main l'organisation de la résistance dans les départements et qu'il réussit à sauver l'honneur de la patrie, après avoir mérité d'en sauver l'intégrité. L'blstoire de Gambetta pendant la Défense nationale, c'est celle de la France même, de la France qu'il retira de sa prostration, qu'il électrisa par l'éloquence enflammée de ses discours, qu'il remplit pour quelques semaines de son enthousiasme et de son héroïsme, dont il fit enfin une nation armée qui disputa pied à pied le sol sacré du territoire contre les plus fortes troupes du monde. L'Europe fut émerveillée, et les militaires allemands, le général de Moltke le premier, rendirent à Gambetta le plus éclatant hommage. Ministre de l'intérieur, il avait réprimé toutes les tentatives factieuses, domptant la Commune dans Lyon par son intervention hardie aux funérailles du commandant Arnaud, brisant la ligue du Midi par la vigueur^d' une prompte répression, arrêtant les dissidences monarchistes par la dissolution des conseils généraux. Ministre de la guerre, il fit de la France un immense camp retranché et il lança coup sur coup, au secours de Paris, quatre armées. Quand Gambetta avait débarqué, au milieu de la forêt d'Épineuse, près de Montdidier, la France manquait de tout. Un mois après, grâce au génie du jeune dictateur, elle était debout et les Allemands vaincus évacuaient Orléans.
Il avait débuté à Tours par une proclamation où il signalait aux citoyens des départements le double devoir d'écarter tout autre souci que celui de la guerre à outrance et d'accepterfraternellement jusqu'à la paix, le commandement du pouvoir républicain sorti de la nécessité et du droit :
Le temps manque, disait-il; j*ai mandat, sans tenir compte ni des difficultés, ni des résistances, de suppléer, à force d'activité, avec le concours de toutes les libres énergies, à Tinsuffisance
1. Dans le ballon l'Armand Barbes, avec M. Eugène SpuUer qui devait être, à Tours et à Bordeaux, sans titre officiel, son collaborateur de tous les instants.
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des délais.. Les hommes ne manquent pas ; ce qui a fait défaut, c'est la résolution, la décision, la suite dans Texécution des pro> jets. Ce qui a fait défaut, ce sont les armes...
Et il annonçait que Ton concluait des marchés pour accaparer tous les fusils disponibles sur le marché du globe*. Il peignait en traits de feu ce qui était à faire pour mettre en œuvre toutes les immenses ressources du pays, pour inaugurer la guerre nationale :
La République fait appel au concours de tous. C*est sa tradition à elle, d*armer les jeunes chefs; nous en ferons!
Et il en faisait. A côté des d'Aurelle et des Faidherbey il découvrit Chanzy, Billot, Clinchant, Farre, Cremer ; il prit à la marine Jauréguiberry, Jaurès, Gougeard :
Non, il n*est pas possible que le génie de la France se soit voilé pour toujours, que la grande nation se laisse prendre sa place dans le monde par une invasion de 500,000 hommes! Levons-nous en masse, et mourons plutôt que de subir la honte du démembrement.
Et il formait les deux armées de la Loire, Tarmée du Nord, Tarmée de Normandie, Farmée des Vosges, l'armée de l'Est. Il avfllit accepté le concours de Garibaldi ; il reçut avec joie celui de Cathelineaa, de StofÛet, de Cliarette. Il choisit l'ingénieur de Freycinet pour son délégué à la guerre, le colonel Thoumas comme directeur de l'artillerie, et le général Loverdo comme directeur de l'infanterie et de la cavalerie. Clément Laurier conclut à Londres un emprunt de 250 millions. Il appela à lui toutes les forces, tous les courages, tous les patriotismes '.
Mais le destin nous avait condamnés : Metz capitule,
1. Voir le beau récit de M. Henri Martin ; Gambetta à Tours, s
2. Les principaux commissaires de la République et préfets » appelaient Cnallemel-Lacour, Testelin, Grosjean, Valentin, Gent, Paul Bert, Allain-Targé, Desseaux, Ténot, Lechevalier, Ricard, Martin Nadaud, Charton, Pierre Lefranc, Girot-Pouzol, Cornil, Camescasse; l'amiral Fourichon était ministre de la marine, M. de Chaudordy délégué aux affaires étrangères, M. Cazot secrétaire général à 1 intérieur, M. Ranc directeur de la sûreté
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tout semble perdu, et les plus vaillants désespèrent. Gambetta^ presque seul, ne se laisse point abattre :
Français ! s'écria-t-il dans une proclamation qui semble écrite de lave ardente, Français, élevez vos âmes et vos résolutions à, la hauteur des effroyables périls qui fondent sur la patrie. Il dépend encore de vous de lasser la mauvaise fortune et de montrer à Tunivers ce qu'est un grand peuple qui ne veut pas périr et dont le courage s'exalte au sein même des catastrophes. Metz a capitulé ! Un général sur qui la- France comptait, même après le Mexique, vient d'enlever à la patrie en danger plus de cent mille de ses défenseurs. Le maréchal Bazaine a trahi ; il s'est fait l'agent de l'homme de Sedan, le complice de l'envahisseur, et, au mépris de l'honneur de l'armée dont il avait la garde, il a livré, sans même essayer un suprême effort, cent vingt mille combattants, vingt mille blessés, ses fusils, ses canons, ses drapeaux et la plus forte citadelle de France : Metz, vierge jusqu'à lui des souillures de l'étranger. Un tel crime est au-dessus même des châtiments de la justice...
Presque au lendemain de cet héroïque appel, le général d'Aurelle de Paladines rentrait dans Orléans. Le mouvement militaire qui fut couronné par cette victoire avait été indiqué par Gambetta. Le ministre de la guerre avait même insisté pour que l'opération eût lieu quinze jours plus tôt, et il avait vu juste. Les retards nécessités par rinutile voyage de Thiers à Versailles et Thésitation du général d*Âur6lle après la bataille, permirent à l'armée du prince Frédéric-Charles de rejoindre les Bavarois défaits et d'entrer en ligne. Orléans fut repris par les troupes allemandes, et dès lors la série des désastres,- interrompue pendant quelques jours à Coulmiers et à Bapaume, recommença. Pourtant ni la perte de la bataille du Mans, ni la défaUe de Saint-Quentin ne purent altérer la confiance inaltérable de Gambetta dans un retour fmal de la fortune. Les troupes, en effet, s'aguerrissaient à vue d'œil ; l'admirable retraite de Ghanzy, la campagne de Faidherbe dans le Nord, des combats comme ceux de Dijon, Nuits et Viller-
eénérale, M. Lecesne président de la commission d'armement, M. Steenackers directeur des postes et télégraphes, M. Isambert chargé du service de la presse.
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sexel, témoignaient que ]a France allait bientôt tenir une véritable armée.
Mais Paris affamé capitule , un armistice est signé à Versailles, Tarmée de l'Est est perdue par Terreur fatale de Jules Favre, le gouyernement de Paris convoque les électeurs pour la nomination d'une Assemblée nationale... Gambetta persiste à vouloir lutter. Tout en s'inclinant devant la décision qui convoque les électeurs pour le 8 février, la Délégation rend le fameux décret qui frappe d'inéligibilité tous ceux qui ont exercé sous TËmpire les fonctions de ministre, de sénateur, de conseiller d*£tat, tous ceux qui ont été présentés aux populations comme candidats officiels, qu'ils aient ou non réussi à se faire élire députés. Ce décret, dans lequel l'histoire verra une grande pensée de justice et de moralisation politique, fut accueilli par les vives protestations de M. de Bismarck. Le chancelier, « au nom de la liberté des élections stipulées par l'armistice », déclara que le scrutin, « dans de telles conditions d'oppression », ne pourrait créer une représentation légale du pays. Gambetta répond par quelques paroles indignées à cette immixtion de l'étranger dans nos affaires intérieures. Mais le gouvernement de Paris est dominé par d'autres sentiments; il annule le décret de Bordeaux, et M. Jules Simon est envoyé auprès de la délégation, avec mission de faire exécuter dans sa plénitude le décret de convocation. Gambetta résiste avec énergie. M. Jules Simon s'obstine, il s'abouche avec des officiers, et alors, quand il devient évident que l'attitude de l'envoyé de Paris menace d,'ajouter aux horreurs de la guerre étrangère la honte d'une lutte civile, Gambetta donne sa démission de tous les pouvoirs réunis en sa personne.
Il fut élu représentant dans neuf départements : à Paris, par 2025,399 voix, par 56,621 dans le Bas-Rhin, par 51,917 dans le Haut-Rhin, par 57,047 dans la Moselle, par 47,2il dans la Meurthe, par 18,530 dans Seine-et-Oise, par 62,739 dans les Bouches-du-Rhône, par 12,425 à Alger, et par 6,142 à Oran. Il opta pour le Bas-Rhin et vota contre les préliminaires de paix (l"mars).
Quand le traité de démembrement eut été adopté par 516 voix contre 107, Gambetta signala déclaration suivante,
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qui fut portée par M. Grosjean à la tribune de rAssemblée nationale :
Les représentantsderAlsaceetde la Lorraine ont déposé, avant toute négociation de paix, sur le bureau de FAssemblée nationale, une décla^ration affirmant de la manière la plus formelle, au nom de ces provinces, leur volonté et leur droit de "rester françaises.
Livrés, au mépris de toute justice et par un odieux abus de la force, à la domination de l'étranger, nous avons un dernier devoir à remplir.
Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement.
La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à' tous et à chacun dans la forme et dans la mesure que notre conscience nous dictera.
Au moment de quitter cette enceinte où notre dignité ne nous permet plus de siéger, et malgré Vamertume de notre douleur, la pensée suprême que nous trouvons au fond de nos cœurs, est une pensée de reconnaissance pour ceux qui, pendant six mois, n'ont pas cessé de nous défendre, et d'inaltérable attachement à la patrie dont nous sommes violemment arrachés.
Nous vous suivrons de nos vœux et nous attendrons, avec une confiance entière dans l'avenir, que la France régénérée reprenne le cours de sa grande destinée.
Vos frères d'Alsace et de Lorraine, séparés en ce moment de la famille commune, conserveront à la France, absente de leurs foyers, une affection filiale jusqu'au jour où elle viendra y reprendre sa place.
Bordeaux, le I*' mars 1871.
Signé : L. Chauffour, E. Teutsch, André, Ostermann, Schneegans, E. Keller, Kablé^ Melsheim, Bail, Titot, Albrecht, Alfred Kœchlin, A. Saglio, Humbert, Kuss, Rencker. Deschange, Bœrsch, A. Tachard, Th. Noblot, Domès, Ed. Bamberger, Bardon, Léon Gambetta, Frédéric Hart mann, Jules Grosjean.
Puis les députés de TAlsace- Lorraine quittèrent la salle des séances, le président Grévy restant muet au fauteuil. Le soir même mourait Kuss, le dernier maire français de Strasbourg, et ses obsèques, célébrées le lendemain au milieu d*uneaf£luence énorme, permettaient à Gambetta d'adresser un suprême adieu à TAlsace :
La force nous sépare, mais pour un temps seulement, de l'Al-
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sace, berceau traditionnel du patriotisme français. Nos frères de ces contrées malheureuses ont fait dignement leur devoir, et, eux du moins, ils Vont fait jusqu'au bout. Eh bieni qu'ils se consolent en pensant que la France, désormais, ne saurait avoir d'autre politique que leur délivrance; pour atteindre ce résultat, il faut que les républicains, jurant à nouveau une haine implacable aux dynasties et aux Césars qui ont amené tous nos désastres, oublient leurs divisions et s'unissent étroitement dans la pensée patriotique d'une revanche qui sera la protestation du droit et de la justice contre la force et l'infamie.
Épuisé par les fatigues surhumaines de la Défense, Gambetta se rendit à Saint-Sébastien pour reprendre quelques forces et attendre les élections complémentaires qui lui permettraient de rentrer à l'Assemblée. Les événements des trois mois sinistres, mars, avril et mai, le plongèrent dans une profonde tristesse. 11 flétrit hautement les excès et les crimes de la Commune.
■ Les élections complémentaires ayant été flxéesau 3 juillet, Gambetta accepta une triple candidature dans la Seine, le Var et les Bouches-du-Rhône :
On pose aujourd'hui à la France, sous des noms divers, la même question : veut-elle, une fois encore, abdiquer et verser dans l'ornière des dynasties ?
Non, répondait le discours de Bordeaux, et promettant à Thiers, sans marchander, son appui le plus désintéressé, Gambetta ajoutait :
Je crois que, grâce à l'union faite entre les diverses nuances de l'opinion républicaine, nous pouvons donner à la France le spectacle d'un parti discipliné, ferme en ses principes, laborieux, agissant et résolu à tout pour arriver à convaincre la France de ses facultés gouvernementales. En un mot, un parti acceptant la formule : Le pouvoir au plus sage et au plus digne... Il faut donc être les plus sages. (Discours du 26 juin.)
Gambetta traçait ensuite les grandes lignes d&sa politique :
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d'abord, il faut maintenir et appuyer la République, considérer quiconque la menace comme un factieux ; puis, il faut changer le caractère de l'opposition :
L'opposition, sous un gouvernement républicain, doit presser et contrôler et non détruire ; l'âge héroïque, chevaleresque du parti est passé depuis la réalisation d'une partie de ses espérances.
Enfin, pour achever la Révolution, il faut donner Téducation à tous, car c'est rinfériorité de notre éducation nationale qui nous a conduits aux revers; il faut que chaque Français soit soldat :
Que, pour tout le monde, il soit bien entendu que, lorsqu'en France un citoyen est né, il est né un soldat ; et que quiconque se dérobe à ce double devoir d'instruction civile et militaire est impitoyablement privé de ses droits de citoyen et d'électeur.
- Gambetta fut élu dans les trois départements où sa candidature avait été posée : il avait eu contre lui tous les royalistes sans exception et, parmi les républicains, tous ceux qui n'avaient pas encore compris la grandeur de la défense nationale en province et continuaient à voir en lui un fou furieux. Il avait eu pour lui tous les patriotes ai*dents et l'élite enthousiaste des républicains. Ainsi, il rentrait à l'Assemblée, — et c'était à la fois sa force et sa faiblesse, — comme étant par excellence l'homme de la revanche et lliomme de la république radicale.
A l'Assemblée, il poursuivit deux buts : préparer le relèvement de la patrie en refaisant l'éducation civique et militaire de la nation ; faire du parti républicain un parti de gouvernement. Thiers ayant compris que la République seule pouvait rendre à la France sa force et son prestige, Gambetta lui apporta son concours contenant les impatiences des députés de l'extrême gauche, répandant avec les idées de liberté et les principes de démocratie les idées et les principes de gouvernement, imposant à ses adversaires le respect de son talent, de son travail acharné et de son caractère. L'Assemblée, se croyant en état de rétablir la monarchie, se déclarait constituante : Gambetta nia qu'elle en eût le droit et combattit la proposition Rivet (30 août). Mais s'il esti-
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mait que l'Assemblée^ élue uniquement pour trancher la question de paix ou de guerre, avait pour devoir de se dis soudre et de faire place à une Assemblée vraiment constituante, il ne pensait pas qu'il convint aux représentants du parti républicain à l'Assemblée de se mettre en grève. Il jugeait, au contraire, que ses amis de TUnion Républicaine ne devaient pas négliger une occasion d'apporter leur pierre à l'œuvre commune de la régénération nationale :il le dit et le répéta hautement; il les persuada à la longue, et quant à lui, il tint à honneur d'intervenir souvent dans les débats et, sur les questions politiques comme sur les questions d'affaires, avec une grande modération. La compétence de ses discours pratiques sur les traités du commerce, la réorganisation du conseil d'État, le recrutement de l'armée et la responsabilité ministérielle produisit une vive impression sur les esprits. 11 se révéla bientôt comme le premier des manœuvriers parlementaires et des tacticiens de couloir, habile à intervenir au meilleur moment, toujours prêt à pro- Ater de la moindre faute de ses adversaires, prompt à se décider dans les moments de crise et à s'emparer de la position la plus forte, confîant et inspirant la confiance, sa^ chant se dégager aussi bien que s'engager, de tous les leaders politiques le plus vigilant et le plus sûr. Thiers renonça rapidement aux préventions injustes qui lui avaient été inspirées contre lui. Quant aux violentes attaques dont la délégation de Tours était l'objet de la part des meneurs de la droite, Gambetta ne leur opposa jamais que le plus Aer dédain. Sa déposition devant la commission d'enquête sur les actes du gouvernement de la Défense et son discours sur le rapport fait au nom de la commission des marchés réduisirent à néant les calomnies de la réaction.
Pour travailler, en dehors de l'Assemblée, à la constitution du parti républicain et à la régénération de la patrie, Gambetta entreprit une double tâche. Il fonda la République française^ (5 novembre 1871). Il commença au banquet de
1. Il y eut pour principaux collaborateurs politiques MM. Spul- 1er, Challemel-Lacour, Isambert, Allain-Targë, Paul Bert, Ranc, Louis Con^bes, de Frèycinet, Proust, et un peu plus tard, MM. Girard de Rialle, Colani, Marcellin Fellet, Thomson,
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Saint-Quentin la campagne de propagande et d'éducation démocratique qu'il devait continuer, avec une activité prodigieuse, dans cinquante discours ^
L'apparition de la République française fut un événement politique d'une grande portée. Au lendemain de la guerre et de la Commune, en plein régime de l'état de siège, ce n'avait pas été sans malice que Tautorisation de publier un journal avait été accordée à la première demande de Gambetta. On s'attendait à une feuille révolutionnaire, âpre et violente, qui eût discrédité son fondateur. Ce fut le Jour^ nal des Débats de la démocratie qui parut et la surprise fut générale. <c La politique pratique tint autant de place à la République française que l'exposition de la doctrine. Chaque jour les collaborateurs do Gambetta s'y appliquèrent, sous son inspiration, à faire comprendre les incidents de la journée, à exposer la véritable question, souvent fort différente de la question apparente, à découvrir la tactique des adversaires, à montrer par quel mouvement les républicains y devaient répondre. Aucun incident, même secondaire, ne fut omis, aucune difficulté ne fut dissimulée, et, pour que ia propagande fût complète et parvint jusqu'aux plus humbles, bieptôtàla grande République la Petite République française vint s'adjoindre : le lecteur ne s'intéressa plus seulement aux débats retentissants de la tribune; il suivit les mouvements des couloirs, il fut initié au travail des commissions, aux discussions des bureaux ; et cet exemple, auquel s'associa toute la presse républicaine, eut pour effet de répandre par toute la France la vie politique. Chaque
Joseph Reinach, Barrère, Dépasse. La Petite République française AoumaX populaire à cinq centimes, ne fut fondée gu*en 1876. i. Discours de Saint-Quentin, Angers, le Havre, Versailles, la Ferté-sous-Jouarre, Firminv, Chambépy, Albertville, Grenoble, Pontcharra, Thonon, Bonneville, la Roche, Annecy, Saint-Julien, Nantes, Versailles, Périgueux, la Borde, Auxerre, An, Lille,
Quilleboeuf et tous les discours prononcés à Pans (réunions publiques du XX« arrondissement, conférences populaires, banquets des voyageurs de commerce, des débitants de vin, des chambres syndicales, etc. y etc.) .
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électeur, tenu au courant des faits et gestes de ses mandataires, de leurs votes, des moindres agitations des partis, comprit pou à peu ce qui est ]*art de la politique et à quelles conditions on y remporte la victoire ^ »
Mais ce fut surtout par ses promenades oratoires à travers la France que Gambetta se révéla comme le plus puissant des éducateurs du suffrage universel. Avant lui, on avait vu des tribuns populaires, des leaders politiques, s*adi*esser dans leurs harangues à telle ou telle fraction de la démocratie, de préférence aux électeurs de leur circonscription. Gambetta voulut se mettre en communication directe avec la démocratie tout entière; il eut cette ambition que sa parole, éclatant tour à tour dans toutes les parties du territoire, formerait à une seule et même politique les populations les plus diverses par l'éducation, les besoins et les mœurs. Ouvriers et bourgeois des villes, paysans et fermiers des campagnes, il aspirait à les amener tous à la République à la fois progressiste et conservatrice, mais patriote avant tout, qui était son idéal. Aucune peine, aucun sacriflce ne devait lui coûter pour la réalisation de cette œuvre. Vexé et tracassé chaque instant par une administration réactionnaire. Injuria et calomnié toujours par une presse violemment hostile, il ne se lassa jamais. Du Nord au Sud et de TEst à rOuest» chaque fois que les vacances parlementaires lui en donnaient le loisir, il allait répandre dans uu merveilleux langsige ses fortes et saines doctrines, les principes et les règles d'une sage conduite politique, et toujours le principe le plus important à comprendre, la règle la plus utile à pratiquer à Theure où il parlait, recommander la patience et le courage, démontrer la nécessité et Texcellence du gouvernement républicain, semer à pleines mains le patriotisme et T espoir. Une démocratie nouvelle naquit sous sa parole. Il aimait le peuple d'un ardent amour, mais comme il l'estimait autant qu'il l'aimait, il ne s'abaissa jamais à le flatter. Il était à la tribune comme à la barre pour dire toute la vérité. 11 la dit toujours. Tous les discours de ce grand prédicateur laïque sont des en-