‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta (volume 2)Chapitre 15 sur 97 · AU CIMETIÈRE DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

AU CIMETIÈRE DE VERSAILLES

(OBSËQUKS d'aLBBRT JOLT *)

Messieurs,

Tout a été dit sur la vie, sur le talent d'Albert Joly*, tout a été dit aussi sur les espérances que nous avions mises en lui, et je n'aurais rien à ajouter si je n'avais voulu, en dehors de toute représentation officielle, parler au nom des amis, présents et éloignés, de ce digne et ferme républicain, et adresser un suprême adieu à celui qui est mort si jeune et si plein de promesses, à celui que nous pleurons, mais qui laisse derrière lui toute une traînée de lumière, de la véritable lumière de l'immortalité, car, Messieurs, c'est par le souvenir qu'ils laissent au cœur de leurs amis, c'est par l'exemple des vertus pratiquées, c'est par la

1. Albert Joly, né le 10 novembre 1844, mort le 5 décembre 1880, à Versailles, avocat, membre du conseil municipal de Versailles, député de Seine-et-Oise au 20 février 1876 et au 14 octobre 18T7, pour la première circonscription de Versailles.

2. MM. Deroisins, maire de Versailles, Langlois, député de Seine-et-Oise, Devès, président de la gauche républicaine, Soulier, président de l'Union républicaine, et Thomson, député d'Algérie, avaient pris la parole avant M. Gambetta.

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immorUlité que la justice résenre à ses seniteurs. (Appiaydissements.)

Telle était la conviction qui animait Albert Joly au milieu des luttes de tous ordres auxquelles il a été en proie : luttes qui ont commencé avec ses débuts dans la vie, et qui n*ont fini qu'avec son existence, car, cette vie si courte, elle résume les deux faces de la démocratie contemporaine. Partir d*en bas pour monter vers la lumière, vers le progrès, vers le bonheur, vers la justice de plus en plus élevée et de plus en plus idéale, c*est la destinée d'Albert Joly, et c*est pourquoi il nous présente les vrais caractères du démocrate et du républicain dans notre France nouvelle.

Sorti des dernières couches de la société, grâce à rintelligence que le travail suscite et féconde, il s'élevait déjà jusqu'aux plus hauts degrés de Téchelle sociale, à tel point que, si les foudres de la nature ne l'avaient supprimé subitement, nul horizon ne lui était fermé, et il n*est pas de limite qu*il n'eût atteinte et franchie. [Applaudissements prolongés.)

A côté de cette œuvre de travail et de progrès par le travail, Albert Joly nous donne, du fond de son cercueil, — de ce cercueil que la terre va tout à l'heure recouvrir, mais d'où nous entendrons toujours ses conseils, — il nous enseigne à bien servir la République en maintenant parmi nous l'esprit de sacrifice, de tolérance et de concorde, ce généreux esprit qui a fait que, dans un département qui avait été livré à toutes les dissensions et à toutes les querelles, lui, le libéral, lui, le républicain, lui, le démocrate, il était devenu le lien commun qui rapprochait les opinions et les nuances et qui mettait la force de la paix et de Tunion là où s'épuisaient dans Timpuissance la discorde et rcnvie. [Applaudissements prolongés,)

C'est cet enseignement qu'il faut demander à sa gratitude méritée, c'est par la reconnaissance conquise que les hommes de bien entrent dans celte haute

raais pour atteindre le but sacré, suprême, pour lequel Albert Joly a vécu et pour lequel il est mort : la fondation définitive en France d'un inébranlable gouvernement républicain. {Vifs et nombreux applaudisvements,)

Messieurs, nous allons nous séparer après celte cérémonie; mais à la môme heure, aujourd'hui, tous les républicains de France célèbrent avec nous les vertus, les mérites d'Albert Joly, les services rendus par lui; partout, à Theure où je parle, en France, il n*est pas un cœur républicain qui ne soit associé à cette douloureuse cérémonie. [Adhésion générale, — Applaudissements . )

Avant de nous séparer, formons tous au fond de nos cœurs un ferme dessein, une résolution énergique. C'est aux heures difficiles de la vie que nous devons savoir nous inspirer de l'œuvre et des exemples d'un homme, d'un ami tel que celui que nous perdons matériellement, mais dont nous garderons profondément, et d'une façon permanente, au fond de nos cœurs, le souvenir. Messieurs, si nous restons fidèles à cet enseignement de l'homme et de l'ami qui avait pris pour devise : Tout par le travail, tout par la justice^ tout pour la patrie et tout pour la République, tout nous deviendra facile et tout nous sera donné par surcroit. Et, parmi nous, tous ceux qui auront fait appel à l'union des cœurs, tous ceux qui auront poussé leurs concitoyens vers le juste, vers le progrès, tous ceux-là jouiront, au jour de leur mort, de la suprême récompense d'entrer dans cette véritable immortalité dont je parlais en commençant, dans l'immortalité que décerne le sentiment public à ceux qui ont travaillé au bien général. [Applaudissements prolongés,)

Non, je ne te dis pas adieu, à toi qui dès la première heure, t'es montré, parmi tes concitoyens de Seine-et-Oise, Torgane du parti républicain, le plus

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