MANŒUVRE ÉLECTORALE
« Citoyens,
a La violence ne sufQt pas.
a Les calomnies accumulées depuis plusieurs années par la coalition monarchico-intransigeante contre le député du vingtième arrondissement ne suffisent pas.
« L'beure de l'élection approche.
t< Des manœuvres électorales à la hauteur de la moralité de nos adversaires, commencent.
« Voici la première :
« Le citoyen Gambetta a reçu la dépêche télégraphique suivante :
« Vousieri, 17 août, 9 heorea 45 matin.
« De Voncq partent des bulletins imprimés portant votre nom ; évidemment, cela a pour but de nuire à Péronne et de favoriser Xadoucette. — Indignation générale. Signé : Hbnrionnbt.
(L'affiche reproduit ensuite Tarticle que le journal l'intransige<mt a publié sous le titre de : M. Gambetta a menti, et continue ainsi :)
«< C'est un mensonge !
' (( Voici la réponse du citoyen Gambetta :
«Henrionuet a Vouziers (Ardennes).
tt Cette manœuvre honteuse de distribuer des bulletins de vote à mon nom ne trompera personne, je lespëre bien. Je profite de cette, occasion pour vous envoyer tous mes vœux pour le succès de la candidature républicaine de M. Péronne.
Signé : Oamdbtta.
'" ^< Et maintenant, citoyens, appréciez et jugez!
Les délégués des comités radicaux du XX* arrondissement : P. Lbbègue, Mugnibr, Bouvet, H» Bureau, Lgcler (E.),
NOURRY, DéSENFANTy LfiCESNE^ POMMlER, JOLY, JOUS- . 8AUD, PaLUT, GaLLAND» ^
^ Vu : Léon Gambetta..-
aa AOUT 1881. ' 137
Les affiches suivantes furent encore apposées le 1 0 et le 20 août dans le XX* arrondissement :
Les délégués des chambres syndicales et des diverses associations ouvrières de Paris ont, dans une réunion tenue le 19 août, décidé d^adresser Tappel suivant aux ouvriers du vingtième arrondissement :
AUX OnVRIBRS DU ZZ* ARRONDISSEMENT.
(( Nous, membres de chambres syndicales et d'associations ouvrières de Paris, venons protester contre l'attentat fait à' la liberté par une faction anarchiste et révolutionnaire s'intitulant parti ouvrier.
« Les ouvriers républicains doivent repousser toute solidarité avec ces hommes, qui se cachaient au moment du danger et qui relèvent aujourd'hui le drapeau de la révolte.
« Ouvriers, céderez-vous devant cette minorité factieuse qui n'a pour but de tout détruire sans avoir rien de pratique à mettre à la place ?
« Céderez-vous devant ces meneurs qui n'ont pour eux que rinsulte et le tapage ? devons-nous laisser donner à la France un tel exemple de désordre? Non, nous le devons pas.
« Que demandons-nous? des réformes ; et nous croyons fermement que Theure est venue de les réaliser,
c( Nous voulons Tordre qui assure le travail.
0 Nous voulons le bien-être pour tous les travailleurs.
« Nous voulons une République qui nous assure des solutions, sociales.
c< En conséquence, nous vous engageons, pour obtenir ce» résultats, à continuer votre confiance au vaillant patriote, à rhomme de progrès partisan et défenseur de toutes les libeHés,
a Pour le travail,
« Pour le progrès,
« Pour la République,
« Votez tous pour le citoyen Gambetta,
« Vive la France I
« Vive la République I
(Suivent les signatures de deux cents ouvriers appartenant à tous les corps de métiers et domiciliés dans les divers quartiers de Pans.)
APPEL DBS COMITÉS RéPUBLlCAlNS RADICAUX
« Citoyens électeur,
« Le 21 août, vous aurez à chobir
« Entre :
« Le tribun courageux qui, dans l'affaire Baudin, osa faire le procès de l'Empire et précipita sa chute ;
« Le patriote ardent qui organisa la défense nationale devant l'invasion et sauva l'honneur de la France ;
« Le républicain sincère qui, par son talent politique, obligea l'Assemblée réactionnaire de Versailles à voter la République;
« Le citoyen dévoué qui, au 24 Mai et au i6 Mai, a, par son indomptable énergie, terrassé la coalition monarchique et sauvé la République ;
« L'homme d'État, honnête et convaincu, que la France et l'Europe admirent, dont la conduite ferme et prudente a rallié au gouvernement républicain la migorité du pays.
«Citoyens!
« Vous aurez à choisir
c( Entre le citoyen Gambetta,
« Ayant pour lui l'autorité des services rendus à la France et à la République, dont le passé répond de l'avenir,
« Et les candidats de la révolution et de la réaction de toutes couleurs, réunis dans une haine commune et poursuivant un seul et même but :
<c Le renversement de la République. »
(Suivent les si^atures des membres du comité républicain radical des quartiers de Belleville, de Saint-Fargeau, du Père- Lachaise et de Charonne, ainsi que celles des membres du comité radical indépendant du Père-Lachaise.;
MANIFESTE DE M. GAMBBTTA
Électeurs du XX® arrondissement!
C'est avec confiance que je viens demander à vos libres suffrages la sanction de la politique suivie
depuis douze ans par votre mandataire pour le service de la démocratie et de la République.
Vous me connaissez tous; je vous appartiens tout entier et pour toujours.
G*est de vous seuls que je veux tenir le, mandat législatif, pour poursuivre, avec Tautorité que me donnent vos votes, la politique de fondation républicaine, de progrès démocratique, de relèvement national, qui est dans vos volontés et dans vos cœurs.
Toujours en avant, sans secousses, sans violences. Jamais en arrière I Telle est votre devise et la mienne. Persévérons pour la République et la Patrie I
Signé : Léon Gambetta.
PROCLAMATION DU COinTÉ RÂPUBLICAIN RADICAL
« Citoyens !
« Pour la cinquième fois le citoyen Gambetta se présente à vos suffrages.
Nous comptons que le vingtième arrondissement restera fidèle à cette politique de progrès pacifique, constitutionnel et légal, à laquelle nous devons la République inaugurée il y a douze ans, de compte à demi avec son député ;
« Qu*il conservera, dans la période de réformation, la sagesse, la fermeté, la mesure, Tesprit politique, en un mot, dont il a fait preuve pendant les années de lutte ;
« Qu'il ratifiera par ses suffrage les propositions de son comité et qu'il votera pour le représentant le plus éminent ed cette politique féconde, pour Léon Gambetta.
« Vive la République I »
(Suivent les signatures d'environ trois cents membres du comité central républicain du vingtième arrondissement pour les quartiers de Belleville et Saint-Far^au, du Père-Lacnaise et de Charonne, et des membres du comité radical indépendant du Père-Lachaise.)
Le scrutin du 21 août donna, dans le XX* arrondissement, les résultats suivants :
440 XX* ARRONDISSBMEMT.
PREMlàKE CIRCONSCRIPTION.
Inscrits : H, 41 9.
Votants : 8,889
Saffrages exprimés : 8,668
M. Gambetta a obtenu 4,5i0 yoiz (Élu).
. M. Sigismond Kryzanowski,dit Lacroix. 3,536
.M. Jance 605
Divers i57
Blancs ou nuls. . . 231
DSaXièME aRCONSCRIPnON.
Inscrits : 13,i45 VoUnts: 10,003
Suffrages exprimés : 9,906 Migorité absolue : 4,954
M. Gambetta a obtenu 4,900 voix.
M. TonyRévillon. . . 4, M 6
M. Jance 605
Divers 157
Blancs ou nuls . 231
(BallotUgc.) M. Gambetta adressa la lettre suivante à ses électeurs :
Paris, 25 août 1881.
Aux ékcteurs et atix membf*es des comités du vingtième
aîTondis^ment de Paris.
Messieurs et chers concitoyens,
Au scrutin législatif du 21 août, j'avais considéré comme un devoir de ne pas distinguer entre les deux circonscriptions du vingtième arrondissement.
Je voulais soumettre nettement, sans ambages, le jugement sur ma politique à tous les électeurs du vingtième, à l'exclusion de tout autre collège électoral dans le pays. Ce jugement est rendu, et la majorité de l'arrondissement a ratifié ma politique.
Élu dans la première circonscription- de Belleville, à la majorité absohie, j*apprends ce matin que la deuxième circonscription ne m*a donné que la majorité relative.
Ma résolution est prise. Je sais ce que je voulais savoir. Aujourd'hui, il me parait oiseux et peu respectueux du suffrage universel (dont il ne faut jamais faire un jeu) de tenter une nouvelle démonstration électorale sans but pratique, puisque l'option entre les deux circonscriptions s'imposerait dans quelques semaines.
Cette option, je crois plus digne de la proclamer dès à présent.
Je suis et je reste député de la première circonscription du vingtième arrondissement, le député de Belleville.
Il suffit. Cette élection, en dépit de la bassesse et de la violence des efforts réunis de tous nos ennemis ligués contre nous, est décisive; elle prouve que, dans le milieu le plus passionné, le plus inflammable de Paris, à côté d'une minorité, hélas! trop prompte à s'égarer, il reste toujours une majorité de républicains résolus et fidèles à la saine raison politique.
La preuve est faite ici comme dans la reste de la France; et ce ne sont pas les commentaires d'une presse exaspérée^ les criailleries furibondes des démagogues, les sarcasmes démodés des vaincus de la réac^ tion, qui pourront en affaiblir le caractère et la portée.
La politique réformatrice, ferme, sage, loyale, méthodique et forte, que nous poursuivons ensemble, ne sera jamais à la merci des coalitions éhontées.
Nous persévérerons dans la politique de progrès réguliers, successifs, par étapes, attendant tout de la volonté du pays, rien de la force, toujours prêts à repousser utopistes et rétrogrades, toujours résolus à maintenir sur la même ligne l'ordre et le progrès républicains.
11 ne vous sera pas difficile de trouver dans vos rang§,
XX* ARRONDISSEMEN
pour la deuxième circonscription du vingtième, un serviteur de la République éprouvé et dévoué, dont le passé et Thonneur soient à la hauteur de vos suffrages.
Je n'ajoute qu*un mot :
A vous tous qui n*avez pas faibli, qui avez confiance dans votre mandataire, merci, et à bientôt.
Le député de la première cit^conbcription de Believille,
Léon Gambetta.
Les scrutins du 21 août et du 4 septembre (ballottage) donnèrent les résultais suivants qu'il est intéressant de rapprocher des scrutins du 20 février 1876 et du 14 octobre 1877.
SCRUTIN
SCRUTIN
SCRUTIN
du
do
du
Électeurs inscrits. . .
20 PBV. 1876.
UOCT. 1877.
VotanU
Abstentions
SufTrag. républicains.
Suffrag. monarchistes
Voix perdues
Les républicains prenaient 65 sièges et en perdaient 12, (total : 457), soit un gain définitif de 53 sièges, dont 42 sur les bqnapartistes. La nouvelle majorité comprenait, si on se reportait aux anciennes divisions de partis parlementaires : pour le centre gaucbe, 34 députés; pour la gauche républicaine, 68 ; pour l'union républicaine, 204, et pour l'extrême gauche, 46 *.
1. La droite perdait les plus importants de ses membres avec MM. Keller, Anisson-Duperron, d'Harcourt, de Valfons, Niel, Oanivet, Haussmann, Breteuil, Ôaslonde, etc. M. Rouher s'était retiré avant le Tote. Parmi les anciens 363, MM. Léon Renault,
27 AOUT UWl. 443
La Revue politique et littéraire du 27 août publia Tarticle suivant uù nous cherchions à exposer « ce que les élections auraient été avec le scrutin de liste : »
u Eh bien, oui! elles ont été bonnes pour la République, ces élections législatives du 21 août ; elles ont été désastreuses pour les réactions toujours et partout coalisées avec rintransigeance, elles doivent être fécondes en résultats! Mais à voir ce que le scrutin d'arrondissement a donné, comprenez-vous maintenant ce que ces élections eussent été avec le scrutin de liste ? Est-ce que cette victoire restée incomplète ne vous révèle pas le magniflque triomphe qui eût été la conséquence et la récompense du rétablissement, du sutrrage universel dans toute sa vérité et dans toute sa puissance ? Pour nous, nous n'avons jamais plus amèrement regretté que depuis huit jours le vote sénatorial du 9 juin ; jamais nous n'avons condamné plus sévèrement tous ces faux modérés, tous ces prétendus hommes d'État conservateurs dont l'aveugle politique vient de permettre à l'intransigeance et à la réaction de faire encore quelque figure sur le champ de bataille électoral. La responsabilité de nos cent défaites partielles pèse tout entière sur leurs têtes. Certes, ils ont été éloquents, les orateurs qui ont plaidé dans la Chambre et devant le Sénat la thèse de la réforme électorale. Mais combien leur éloquence pâlit devant le simple tableau des scrutins du 2i août!
a Car voici ce que démontre ce tableau. Sur les trente-huit départements où la victoire de la République n'a pas été générale S il y en a d'abord dix-neuf où la réaction bona-
Bardoux, Crozet-Foumeypon, Senard, Cyprien Girerd, Pascal Duprat, Camille Sée, Charpentier, n'étaient pas réélus. D*autre
8 art, on remarquait parmi les nouveaux élus républicains, [M. Ranc, Mézières, Eu^ne Ténot, Frédéric Passy, Francis Chnrmes, Joseph Fabre, Félix Faure, Charles Ferry, Albert Ferry, Etienne, de llérédia, Villeneuve, Compay ré. Dieu, Lenient, DusoUier, Chavannes, Delattre, Courmeaux, Demarçay, Robert, Edmond Henry, Camescasse. Rousseau, Fourcand,''Cazauvielh, Hervé Mangon, Fanien, Letellier, Magnier, Blancsubé, Oerville- Réache, Bartoli, Viox, Steeff, Caduc, Salis, Ëven, Saint-Romme, appartenant au centre gauche, à la gauche et à TUnion répuhlicame, et MM. Jules Roche. Camille Felletan, de Lanessan, Tony Révillon, Henry Maret, Clovis Hugues, membres de Textréme gauche ou intransigeants.