‹ Discours et plaidoyers politiques de M. GambettaChapitre 49 sur 55 · INCIDENT · texte numérisé non relu

INCIDENT

M. LB PRÉSIDENT* — La parole est à M. GambelU, qui Ta demandée pour un fait personnel.

M. Gambetta. ^ Messieurs, pendant que j'étais retenu au 13* bureau, un de nos collègues, l'honorable M. André, de la Charente, est monté à cette tribune et a prononcé les paroles suivantes :

« Messieurs , lorsque hier M, le ministre des finances, répondant à mon discours, invoquait les souvenirs de 1870, le Journal officiel m'a fait dire ceci :

<c J'ai voté contre la guerre. >« Ce ne sont pas les expressions dont je me suis servi. J*ai dit que je n'avais fait aucune allusion à la guerre dans mon discours, et j'ai ajouté que M. le ministre répondait à ce que je n'avais pas dit. Ge que j'ai fait, beaucoup d'entre vous l'ont fait, et M. Gambetta tout le premier. »

J'ignore pourquoi M. André, de la Charente, a jugé à propos de me faire intervenir dans cette rectification au procès-verbal. Je sais d'ailleurs qu'il n'a fait que rééditer ainsi une des nombreuses calomnies dont la presse bonapartiste, depuis cinq ans, cherche à empoisonner la vérité historique de ce paya. {Très àieni très bien! à gauche,)

Non! vous n'avez pas fait ce qu'ont fait beaucoup d'entre nous, et M. Gambetta tout le premier, monsieur André. Nous avons résisté à la déclaration et à la préparation de cette guerre criminelle qui a abaissé

la France et mutilé la patrie. {Applaudissements à gauche,) Nous avons résisté pendant un mois; nous avons voté contre ces mesures extra-parlementaires, inouïes, qui ont été la cause d'une déclaration de guerre portée à la tribune avec éclat , avec l'éclat calculé que vous savez. Nous avons voté contre une déclaration de guerre au milieu des ténèbres, sur des pièces fausses, sur des dépêches apocryphes. (Très bien! très bien ! — Nouveaux applaudissements à gauche,) Nous avons mis en doute, — et nous avions le pressentiment de cette redoutable vérité, — nous avons mis en doute l'existence de cette dépêche sur laquelle vous avez engagé le sort même de la patrie, l'avenir de l'Europe. Nous avons voté constamment contre les préparatifs de guerre et contre la déclaration de guerre.

Il n'y a eu qu'un vote de notre part : Lorsque les coureurs de l'ennemi arrivaient sur le sol même du pays, lorsque la frontière de l'Alsace avait été livrée, lorsque nos armées, livrées par l'inexpérience du chef suprême de la France à toutes les aventures, se trouvaient démunies, désemparées, presque sans ressources, vous êtes venus nous demander des subsides : et nous avons, au Corps législatif, fait ce que nous avons continué à faire durant six mois : après les désastres, nous avons pris la responsabilité de parer aux dangers effroyables sortis de cette criminelle politique qui avait amené l'invasion de la France. Nous n'avons pas plus refusé les subsides au Corps législatif, que nous n'avons refusé plus tard de défendre les lambeaux que vous nous aviez laissés de la patrie envahie par voire criminelle faute. {Viue approbation et applaudissements répétés à gauche.)

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