‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 2)Chapitre 16 sur 82 · D'après la Justice, doot le compte rendu pour le dialogue · texte numérisé non relu

D'après la Justice, doot le compte rendu pour le dialogue

Ç recèdent ne diffère pas sensiblement des comptes rendus du 'empsetde la République française j M. Gambetta aurait répondu: a On trouverait toujours un ministre. » Sur quoi, M. Louis Legrand : « C'est l'insurrection organisée. »

croit la parité de situation des deux Cliambres nécessaire, le mieux serait d'enlever de la CousUtution la loi électorale du Sénat.

M. Gambettâ répond qu'une pareille mesnre serait en dehors de toute Téconomie de la Constitution. Elle ne constitue pas du reste, comme semble le croire M. Roger, an mojea de conciliation; ce serait la destruction de la Constitution tout entière.

M. G.vMiLLB Pblletan demande quels sont les argoments du Gouvernement en faveur de la limitation des pouvoirs du Congrès.

M. Gambettâ. — J'ai déjà répondu.

M. Chevandieh. — Ainsi, nous ne savons pas quelles sont les attributions exactes du Congrès. U faudrait laisser au Congrès le soin de tirancher la question.

M. Gambettâ. — J'ai déjà donné des explications sar ce point en répondant à M. Andrieux.

M. Margaine. — 11 n'y a pas lieu d'entrer dans cette discussion ; il s'agit seulement de demander des explications au Gouvernement.

M. Barodkt. — Le Congrès se compose de deux Chambres. A quoi bon prendre des précautions contre Tune d'elles ?

Plusieurs membres de la commission font remarquer que tous les règlements votés par toutes les Chambres sont des précautions qu'elles prennent contre elles-mêmes.

M. Dréo. — La Chambre est émue à Tidée de s'engager ferme sur la question du scrutin de liste avant la réunion du Congrès. Le Gouvernement ne pourrait-il s'engager à saisir simplement l.e Congrès de la question ?

M. Louis Legrand. — Le système de la proportionnalité pour les élections sénatoriales est-il applicable à toutes les communes ?

M. Gambettâ répond à MM. Dréo et Louis Legrand en s»' référant à l'exposé des motifs,

M. Barodet. — Le Congrès aura-t-il le droit de se déclarer incompétent et de demander la réunion d'une Assemblée constituante ?

M. Gambettâ. — Le Congrès pourra le faire; mais à cette condition que la Chambre et le Sénat auront été préalablement du même avis.

M. Perin. — Le Gourernement refuse donc à une Asseni-

21 JANVIER 199i. j 20?

blée souveraine ce droit qui n*a é.lé contesté à aucune, de fixer elle-même son ordre du jour?

M. Gambetta. — Le Gouvernement n'a ni à accorder ni à refuser ce droit. II interprète le texte de la loi.

La séance est suspendue.

Nous reproduisons d'après notre histoire du Ministère Gambetta le récit des incidents qui suivirent cette séance :

« A ces réponses absolument correctes (les réponses de M. Gambetta aux questions de MM. Louis Legrand et Baro> det)<, une légère agitation, calmée tout de suite, se manifeste dans la commission. M. Gambetta et les ministres qui raccompagnent n'attachent qu'une médiocre importance aux dernières questions de MM. Barodet, Louis Legrand et Clemenceau. C'est de Targutie juridique où la politique pratique n'a rien avoir. Le président Margaine lève la séance.

« Mais alors, sans tarder d'une minute, les masques tombent et le complot éclate. Pendant que M. Gambetta reste dans les couloirs de la Chambre, cinq des principaux commissaires se précipitent vers la salle des Pas-Perdus qui est encombrée de journalistes et de curieux. M. Jullien', qui

1. La parfaite légalité du langage de M. Gambetta fut établie par le Tejnps dans l'article suivant : « Il y a d'abord l'art. 7 de la constitution, qui permet au président de la République de demander aux deux Chambres par un message motive une nouvelle délibération des lois qu'elles ont votées, des lois constitutionnelles comme des lois ordinaires, et cette délibération ne peut être refusée. Il y a encore le droit de dissolution. Le président de la République n*est pas désarmé du droit de dissoudre la Chambre des députés

§ar le seul fait d'une mise à l'étude des lois constitutionnelles, ans doute, il n'a pas le droit de dissoudre le Congrès en tant 3 n'assemblée de revision: mais il n'en conserve pas moins le droit e dissoudre la Chambre des Députés à toute époque de la législature/si le Sénat y consentait. L'exercice de ce droit, bien qu'il n'atteignit qu'une seule Chambre, atteindrait enméme temps le Congrès par le renvoi des deux tiers de ses membres devant les électeurs, et par l'impossibilité où serait l'Assemblée de voter la réforme avant des élections nouvelles. >» (No du 22 janvier.) M. John Lemoinne, dans le Journal desDébats, s'exprima encore

{»lus vivement : « Il serait malheureux que le monde politique se aissât prendre par le delirium tremens qui a saisi le monde des affaires et pourtant nous ne pouvons nous défendre d'une certaine inquiétude en vojrant l'accès auquel s'est livrée la Chambre des députés. La discussion révèle un profond état d'anarchie. »

2. Récit des journaux (réactionnaire et radical) le Figaro et la France du lendemain, 22 janvier 1882.

sorl le premier, ne veut rien dire, « tant il est attristé ». Mais M. Langlois le suit, « la ûgnre effarée, les dieTeox eo désordre, pâle comme un mort^ » s'écriant : « Mais c*est « un coup d'État ! Mais c*est la révolution dans la rue ! où en a sommes-nous? C'est le monde renversé. Je marche sur la <c télé'. » M. Clemenceau, interrogé, hausse les épaules', pendant que M. Camille Pelletan commence un long récit indigné^. M. Dréo s'adresse à un groupe de journalistes : « Je vous en prie, au nom de la République, de ne pas trop insister sur cette déplorable attitude du président du conseil*. » Et M. Langlois, toujours hors de lui : « C'est l'insurrection organisée* ! »

« Ces protestations, cette dispersion précipitée des coalisés dans les couloirs et dans les salles du Palais-Bourbon, les dépêches d'alarmes envoyées aux quatre coins du pays par les agences de M. Wilson, les articles furibonds et menaçants du lendemain, toute celte scène, mal calquée sur les grandes scènes tragiques de la Convention, n'est qu'une comédie vulgaire. Mais, sur l'heure, dans le désarroi général des esprits, elle est décisive. Aucun des meneurs ne croit .que M. Gambetla ait vraiment le dessein de faire sauter par les fenêtres les représentants des arrondissements ou de faire avancer les grenadiers de Saint-Cloud. Mais parmi leurs auditeurs et leurs lecteurs, tous ceux, députés et simples citoyens, qui sont ignorants ou crédules, en seront convaincus, et ceux-ci indignés, exaspérés, ceux-là terriblement effrayés. Comment douter, en effet, lorsqu'à côté des feuilles intransigeantes qui redoublent d*outrages contre le premier ministre on lira dans un journal qui passe pour Torgane de M. de Freycinet : u Le maintien de M. Gambetla au pouvoir serait un danger public, » et dans la Paix^ qai passe pour Torgane de l'Elysée, cette note à laquelle on a donné l'apparence d'une communication officielle : « Sll est vrai qu'il existe un ministre disposé à s'insurger contre

i. Récit du journal ia France. « Affolé », dit le Figaro en parlant de M. Langlois, m indigné, dit le Radical, et en proie à une grande surexcitation ».

à. France, Figaro, Radical.

Page 1