VALENCE
toujours: Tennemi des personualités excessives. J*ai réclamé mon rang, ma place dans la démocratie pour la servir et non pour l'asservir. {Applaudissemenfs et acclamations.)
Je Tai réclamé pour pousser à ma manière, selon les calculs et les combinaisons de ma raison, sa politique de progrès et d'avancement incessant de la conscience. Oh ! je sais que je ne serais pas de mon parti, que je n'aurais pas d'entrailles, que je ne serais pas un fils du peuple ayant ses origines, ses passions, ses enthousiasmes et ses aspirations, si j'ignorais qu'il y a dans ses rangs des impatients et des étourdis, des violences et des passions en même temps qu'un souffle généreux qui le porte à vouloir briser les obstacles alors qu'il serait si simple de les détruire par quelques mois de patience.
Eh bien, je n'ai jamais failli à ce devoir de rendre hommage à nos devanciers, et jamais il n'est sorti de ma bouche, — quelles qu'aient été les sollicitations venues du dehors ou d'ailleurs, — une parole, je ne dirai pas de blâme, mais même de remarque contre ceux qui, fidèles au drapeau, comprenaient autrement la conduite et les intérêts du parti républicain. Non, jamais !
Et pourquoi? Parce que je ne voulais jamais élargir le fossé, aviver les dissidences, irriter les controverses. Je suis, au contraire, pour les aplanir, et savez-vous ce qui, je crois, fait ma force dans ce pays et mon action sur vos esprits, malgré de légitimes colères contre ce qu'il faut faire disparaître? C'est que, partout où je vais, je cherche la concorde et l'union parce que j'estime que c'est là qu'est l'avenir. (Adhésion unanime et applaudissements prolongés.)
On nous le disait tout à Theure : quand il fallut refaire la France, l'arracher aux abus qui la rongeaient et aux cataclysmes de bouc et de sang, il fallait de puissantes mains ; il fallait des hommes allant, comme
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18 SEPTKMBRB 1878. e03
des lions, contre les obstacles, s'y heurtant le front au risque de disparaître et léguant à la postérité non seulement de sublimes efforts, mais des résultats dont nous jouissons à Taise aujourd'hui; il fallait cette génération de Titans qui, ily aura bientôt quatre-vingt-six ans, ont fait la République contre l'Europe monarchique, contre les rois coalisés, contre un régime de quatorze siècles, contre une oppression qui menaçait de devenir éternelle. Alors, il fallait avoir recours à la violence et à la passion qui ne calculent pas. Ces temps héroïques sont finis,et il nous appartientaujourd'hui de remplacer la force par le calcul parce que nous sommes en possession d'un instrument souverain qui manquait à nos pères : la nation consultée par le suffrage universel. {Applaudissements et acclamations prolongées.)
Et, de môme que l'ancien régime, avec ses plus éminents docteurs, tirait toute la politique de l'Écriture sainte, — après Bossuet^ on l'a tirée de la raison d'État, et la Convention, s'en emparant de ses puissantes mains, a tout haché en roulant la France devant l'ennemi pour triompher des obstacles. Mais, quand le peuple est devenu majeur, quand il est capable de se prononcer, je dis que l'emploi de la force et de la violence est un crime et un attentat contre la patrie. Et alors, ne faisant appel qu'à la raison et à la persuasion, je dis : Je connais mon maître, c'est le peuple, je le consulterai, et son autorité s'imposera parce que la loi est celle qui s'exprime par le suffrage universel. {Salve d'applaudissements.)
Le suffrage universel a pu se tromper quelquefois alors qu'il était l'objet de tentations hasardeuses ; mais, à partir du moment où il a pu fonctionner librement, il lui a suffi de l'instinct de conversation, du sentiment de justice et d'égalité, unissant, dans une même pensée, le culte de l'humanité et du droit public, — il lui a suffi de ces conditions pour rester le maître et briser, avec une facilité sans exemple, les