‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G.; (volume 5)Chapitre 35 sur 102 · IX. n · texte numérisé non relu

IX. n

plus dans la justice de l'histoire, et cela suffit à ceux qui ont fait leur devoir. {Oui! ouif — Applaudissements enthousiastes. — Cris répétés de : Vive la République! Vive Gambettal)

Le Temps da 28 mai apprécia dans Farlicle suivant le discours prononcé la veille par M. Gambelta :

<c Ainsi que notre correspondant de Cahors nous T avait annoncé, le discours qu'a prononcé hier M. Gambetta, à Finauguration du monument érigé à la mémoire des mobiles du Lot, ne touche que très indirectement à la politique intérieure. Le président de la Chambre s'est exclusivement attaché à mettre en relief les enseignements qui résultent des événements douloureux que rappelait nécessairement la patriotique cérémonie du jour. 11 a indiqué, à grands traits et avec cette ampleur d'élocution gui caractérise sa manière oratoire, les raisons de la catastrophe de 1870. Il a fait la part de tous les partis dans cette sombre histoire : » les ans, a-t-il dit, ont péché par excès d'arrogance et de despotisme, les autres ont péché par excès de faiblesse, le plus grand nombre par indifférence. Rien de plus exact. Pendant la période impériale, la France a trop oublié qu'un peuple qui se désintéresse de l'action politique se trouve à la merci de tous les caprices de l'homme auquel il a laissé prendre la direction absolue de ses destinées. Heureusement ces tmnps néfastes ne sont plus, et nous avons, dans nos institutions, des garanties formelles contre un retour à ces excès de faiblesse d'une part et de despotisme de l'autre. D'ailleurs l'union politique de la France se fait, chaque jour, de plus en plus, en dépit de résistances d'éiats-majors épuisés : « Encore un coup de collier du suffrage universel, a dit l'orateur, et nous tiendrons cette communauté d'efforts et de volontés sous un gouvernement libre et définitif. »

« M. Gambetta ne pouvait laisser échapper l'occasion qui lui était offerte par une cérémonie qui se rattachait à des souvenirs de guerre de dire quelques mots de notre politique internationale. Celte politique, le président de la Chambre l'a résumée en ces mots : « La France n'a qu'un souci, qu'une volonté : le maintien de sa dignité et d'une paix qui la Kii assure. » Il sera difficile de voir dans ces paroles la manifestation de la moindre intention belliqueuse, d'autant

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plus qae M. Gambetta a mis une insistance particulière à rerenir sur cette même affirmation d*une politique pacifique 4 « Ce que la France réclame, a-t-il dit en terminant son discours, ce que les républicains veulent, c'est Tordre et la paix dans la liberté et le progrès. » Ce langage tenu en présence des représentants de l'armée, en face du monument élevé à ces braves mobiles du Lot morts pour la patrie, ne laissera subsister aucun doute sur les vues du chef de la majorité touchant la politique extérieure et Faction internationale du gouvernement de la République.

«Ce discours ou plutôt cette allocution, dont nous venons de signaler les principales données^ indique tout ce qu'il y À d'exagéré dans ces airs alarmés qn' affectent de prendre certains journaux et certaines personnes à propos du voyage de M. Gambetta à Cahors. Il est indubitable que ce voyage s'est accompli dans des conditions exceptionnelles. Le chef incontesté du parti républicain a reçu de ses concitoyens du Lot un accueil plus que chaleureux ; mais ceux qui s'étonnent ou s'alarment de ce fait sont véritablement par trop ignorants des choses humaines. Comment! voilà un homme qui a, depuis plus de douze ans, joué un rôle considérable, et comme orateur, et comme chef de parti, et comme homme d'État; il a rempli le monde de l'éclat de sa puissante parole; il a été le lutteur infatigable qui a tant aidé au triomphe définitif de la République, et on voudrait que lorsqu'un tel homme revient, après dix ans d'absence, dans la ville où il est né, où s'est écoulée son enfance, où vivent ses condisciples de collège, les amis de sa jeunesse, il ne fût pas fait à cet enfant du pays un accueil enthousiaste. Ce qui serait étonnant, c'est qu'il en fût autrement, surtout lorsqu'il s'agit de ces populations si exubérantes, si en dehors, du midi de la France. Qu'il y ait eu dans les manifestations de sympathie, d'admiration ou même de curiosité, dont r illustre enfant de Cahors a été l'objet dans sa ville natale, des naïvetés ou môme, si Ton veut, des enfantillages, nul n'en disconviendra; mais quand a-t-on vu les foules, lorsque quelque incident les met en mouvement, se tenir dans une exacte mesure et ne pas dépasser la limite d'une démonstration parfaitement pondérée ? 11 n'est pas advenu pour M. Gambetta autre chose que ce qui s'est constamment produit et ce qui se produira toujours chaque fois qu'un

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personnage illustre se retrouvera au milieu de ses compatriotes, et il est ridicule de prendre texte de la réception faite à Gahors au président de la Chambre pour parler de dictature et d'asservissement. Ce sont là de gros mots qui ne peuvent être pris au sérieux par aucune personne sensée. « D'ailleurs ceux mômes qu'effarouche l'accueil fait par les populations du Lot au président de la Chambre peuvent se dire' qu'ils ont contribué à rendre cet accueil plus éclatant. Leurs attaques réitérées et violentes contre M. Gambetta, les accusations souvent mesquines et plus souvent encore calomnieuses dirigées contre lui, ont eu pour unique résultat, on peut s'en apercevoir aujourd'hui, de grandir sa personnalité. Les acclamations des Cadurciens sont une réponse au flot d'injures déversé chaque jour par les feuilles d'extrême droite comme par les feuilles intransigeantes contre le puissant orateur. M. Gambetta, moins outragé, eût été moins fêté. Les insultes et les calomnies de ses adversaires lui ont fait un piédestal et l'ont élevé d'autant au-dessus des foules. S'il en est ainsi, comme nous le crojons, cène serait pas la première fois que des ennemis politiques auraient servi, par la violence et l'injustice de leurs attaques, la fortune de celui qui était l'objet de leurs agressions passionnées. Aussi fera-t-on bien de profiter de la leçon et de renoncer à ces procédés grossiers de polémique, lesquels tendent trop à devenir la règle dans une certaine presse, et dont les incidents du voyage de Gahors démontrent la complète inefficacité. »

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Prononcé le 21 mai 1881 AU BANQUET PATRIOTIQUE

CahorSf 28 mai.

(Dépêches dd la République française,)

Le banquet patriotique a eu lieu ce soir, à sept heures, dans la cour du lycée. La table d'honneur était établie sur une estrade couverte, et dix grandes tables étaient disposées dans le préau planté d'arbres. Le nombre des souscripteurs atteignait onze cents, dont trois ou quatre cents cultivateurs. On remarquait un grand nombre d'officiers en uniforme. L'arrivée de M. Gambetta a été saluée par des acclamations répétées et par les cris de : Vive la République! Vive Gambetta! Ont pris place sur l'estrade : le maire de Gahors» M. Relhié; le président du conseil général, M. Gambres; les généraux Appert, Golomb, Villain, Lewal, Minot; MM. Calmon et Foucher de Gareil, sénateurs; Spuller, Gomeau, Lasserre, Bastid, députés; Gambetta père; les préfets du Lot, de la Gironde, de Tarn-et-Garonne, du Gers, de TAveyron, de la Haute-Garonne; de nombreux sous-préfèts de la région; MM. Hervé Mangon, membre de l'Institut; le trésorier-payeur général, le directeur des postes et télégraphes, le recteur de l'académie, le proviseur du lycée, etc.

A neuf heures, M. Cambres, président du conseil général, a porté au milieu d'acclamations répétées le premier toast au président de la République.

Il s'est exprimé ainsi :

« Messieurs, quelque vif que soit votre désir, quelque légitime que soit votre impatience d'entendre notre illustre compatriote, dont le talent oratoire, déjà si élevé et si puis-

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sant, va toujours grandissant et n*a d'égal que Tardent patriotisme qui rinspire, permettez-moi de porter un toast à riiomme probe dont la politique a pour base l'honnête et le juste, à l'homme éminent dont M. Gambetta, lui, le défenseur le plus énergique et le plus convaincu de nos institutions républicaines, a dit l'an dernier, à Cherbourg, que' depuis qu'il est élevé à la magistrature la plus haute du pays, son nom se grave chaque jour plus profondément dans le cœur de tous les Français, à raison des éminents services qu'il ne cesse de rendre à la patrie : A M. Jules Grévy, président de la République française! » { Adhésion unanime. — Applaudissements répétés.)

M. Relhié, maire de Cahors, a prononcé ensuite le discours suivant :

« Messieurs,

c< Vous avez bien voulu répondre à notre invitation ; vous vous êtes empressés d'accourir de tous les points de la France pour assister à nos fêtes et vous associer à l'hommage que son pays natal a voulu rendre au président de la Chambre des députés.

a Mon premier devoir, en me levant devant cette imposante assemblée, est de vous remercier et de vous dire combien nous ressentons vivement l'honneur que vous nous faites aujourd'hui.

« La ville de Cahors vous exprime par ma voix sa profonde reconnaissance. Elle gardera longtemps le souvenir de cette journée, et elle ose espérer que vous tous, amis connus ou inconnus, vous voudrez bien faire grâce à son hospitalité modeste, dont la cordialité fait tout le prix.

« Dois-je remercier aussi M. le président de la Chambre des députés d'avoir abandonné la direction des travaux parlementaires pour venir prendre place au milieu de nous et combler par sa présence les vœux les plus ardents de notre population?

« Il me semble. Messieurs, que les marques éclatantes de sympathie et les témoignages de dévouement que ses compatriotes lui prodiguent arriveront plus sûrement au cœur de M. Gambetta que ne le pourrait faire ma parole : l'émotion qu'il a dû ressentir en mettant le pied dans cette ville après une absence de dix ans, et qui a été si heureuse d'ou-

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vrir ses portes pour le recevoir, cette réunion même dans la maison où 8*est écoulée une partie de sa jeunesse, produiront sur son esprit une impression que je veux respecter, sans risquer de Taifaiblir par d'inutiles développements.

« Mais ce dont il est juste de remercier hautement M. Gambetta, c'est d'avoir choisi le département du Lot et la ville de Cahors comme un terrain favorable à une de ces grandes manifestations auxquelles sa parole a le privilège de donner un retentissement universel et qui marquent comme les étapes successives de sa glorieuse carrière.

« C'est d'avoir pensé à noire département,enfln délivré des influences dynastiques et désormais acquis aux idées républicaines, qui, ainsi que de récents exemples Font surabondamment démontré, était prêt à recevoir les conseils que son expérience et sa sagesse ont si utilement répandus dans d'autres contrées.

« Voilà, si je ne me trompe, le remerciement qu'il nous convient d'adresser au président de la Chambre des députés; car, si M. Gambetta reste toujours notre compatriote, ce titre, bien précieux pour nous, doit pourtant s'eÛacer ici et ne pas nous faire oublier que les acclamations qui Tentourent s'adressent surtout à l'homme d'État, à l'illustre orateur qui depuis son entrée dans la vie publique, est toigours sur la brèche à tenir haut et ferme le drapeau de la démocratie républicaine.

« C'est dans cette pensée que j'ai l'honneur de vous proposer un toast qui rencontrera, j'en suis sûr, votre assentiment unanime.

« Je vous propose. Messieurs, de boire à la grandeur, à la prospérité de la France républicaine, à l'union de tous les bons citoyens sur le terrain de la République légale et progressive ; au représentant de cette politique aussi sage que ferme, qui, à force d'énergie et de persévérance, a su triompher de tous les obstacles et réduire à l'impuissance la coalition des partis, et qui, acclamé par le pays, assurera, avec la durée des institutions républicaines, la puissance et la liberté de la patrie : à Gambetta! »

Lorsque les applaudissements eurent cessé, M. Gambetta s'est levé ; mais les convives et les assistants cherchant à s'approcher le plus près possible de l'estrade, le bruit a pen-

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3t8 CAHORS.

dant quelques instants rendu la parole impossible. Enfin M. Gambetta a prononcé le discours suivant :

Messieurs et chers compatriotes,

Permettez-moi de porter un toast au département du Lot et à la ville de Gahors. Vous m^avez comblé, ravi et fatigué. Quelques-uns ont pu penser que j*étais venu ici avec l'intention de vous entretenir des intérêts de la démocratie de notre département et de tracer avant Theure devant vous le tableau des futures élections. Ce n*est pas pour remplir ce programme que je suis à cette table; j'y suis pour fêter avec vous la pensée qui a inspiré la municipalité de Gahors et qui se retrouve dans tous les détails de l'organisation de cette belle fête à laquelle la nuit, sans doute, a mis fin trop vite et trop tôt, ce qui est certainement la cause des rumeurs indistinctes qui partent du fond de cette cour. Par conséquent, je me bornerai purement et simplement à remercier les deux orateurs qui ont précédé, M. le pré^sident du conseil général et M. le maire : Tun et l'autre, dans l'exagération de leur amitié, m'ont adressé des paroles trop flatteuses pour que je puisse les accepter dans leur plénitude. Us ont tous les deux prononcé, avec la hauteur et la gravité de langage qui leur appartiennent, des paroles que je veux relever et qui, si vous le voulez bien, préciseront le sens et la portée de mon toast.

M. Cambres a dit qu'avant toute chose il fallait porter la santé du chef de l'État ; il a bien voulu rappeler en me les empruntant, — et je suis heureux de cet emprunt, — quelques mots que je prononçais l'année dernière dans une situation assez analogue à ceiie^, au banquet de Cherbourg.

Messieurs, ces paroles expriment le sentiment unanime de tous les bons Français ; telle est du moins ma conviction. Aussi, quelles que soient les tentatives

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que des esprits hostiles, séditieux, pervers ou simplement abusés ont pu faire dans ces derniers temps, à propos de toutes les questions, les plus futiles comme les plus sérieuses, pour créer je ne sais quel antagonisme secret ou déclaré, je ne cesserai, toutes les fois que je serai devant mes concitoyens, devant mes compatriotes républicains, devant mon pays qui m'écoute, de dire et de répéter que, dans toutes les Républiques, le premier de tous les devoirs est de saluer et d'honorer le chef de l'État. {Applaudissements unanimes,) Mais, Messieurs, si c'est là un devoir dans toutes les Républiques, dans la nôtre c'est mieux qu'un devoir, c'est un acte qu'il nous est doux d'accomplir, car celui qui préside aux destinées de la patrie, nous l'avons connu à d'autres époques; nous avons pu juger de la solidité de son caractère, de la sagesse de ses intentions et de ses idées ; nous ne sommes pas suspects en affirmant devant le pays que son passé est le gage de son présent et fait la sécurité de l'avenir. ( Vifs et unanimes applaudissemnts. — Vive Grévy ! vive Gambetta!)

J'arrive maintenant aux paroles prononcées par le chef de cette municipalité dont je suis heureux de saluer la présence parmi nous et qui tient si dignement sa place à la tête de cette cité que j'aime tant, — car je l'aime, je vous le dirai sans phrases, je l'aime comme ma mère nourricière. {Bravos et applaudissements.) Il disait que dans ce département, trop longtemps ou indifférent ou asservi, la République allait enfin triompher, la République par la Constitution et la légalité républicaines. Eh bien, c'est cette parole que je lui emprunte à mon tour, et je dis : Oui, messieurs, ce beau, ce fier département qui a été entraîné à d'autres époques dans une voie fatale, avait ses excuses, ses raisons, ses origines pour ainsi dire héréditaires, qui expliquent comment et pourquoi il a pu si longtemps se tromper. En effet, au lendemain

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de la Révolution française, ce pays-ci, cette contrée du Lot, ce vieux Quercy, cette terre de paysans laborieux et jaloux de leur égalité, après avoir pris la plus large part au mouvement national et régénérateur de 1789, saluait la force triomphante. Trompé comme bien d'autres, il croyait voir passer la Révolution couronnée sur le char de Bonaparte. {Vive adhésion et applaudissements.) Il était arrivé à ces paysans, partis conscrits pour la frontière dltalie et du Rhin, de revenir, les uns scintillants des étoiles du commandement; les autres, plus comblés, plus enivrés encore par la fortune, ayant gravi les degrés des trônes de l'Europe. Et tous rentraient au pays, jetant autour d'eux le rayonnement de leur gloire militaire et suscitant des soldats qui devenaient à leur tour des légionnaires : car. Messieurs, on a remarqué qu'il y avait eu dans le Lot plus de légionnaires que dans aucun autre dépailement de France. Et alors, comment vouliez-vous que, tant que cette légende a duré, en présence de ces nombreuses familles militaires unies et compactes, ce pays se débarrassât de ces chaînes dorées par la gloire? Il ne le pouvait pas. [Applaudissements prolongés,)

Mais la légende a péri et a di:>paru dans le désastre, je ne dis pas dans la honte, mais dans un désastre comme la France n'en avait jamais connu. C'est alors qu'on a dit à ces paysans du Lot, comme aux trente millions de paysans qui sont en France — et dont certainement le paysan du Lot est une représentation et un type fidèle, dur au labeur, toujours soucieux de son pécule, tout dévoué aux besoins de sa famille, peu mêlé aux bruits extérieurs, toujours replié sur luimême, faisant œuvre de ses doigts, gagnant son pain et celui des siens à la sueur de son front, — c'est alors qu'on leur a fait croire que le gouvernement républicain mettait toutes choses en péril, et ils se sont écartés de nous. Eh bien, Messieurs, il y a dix ans que

répreuve se poursuit ; il y a dix ans que ce gouvernement républicain, garant de Tordre dans la rue et de la paix dans les esprits, grandit toujours, en même temps que le crédit, la fortune, le bien-être matériel et le développement intellectuel de la France. Les prophètes de malheur répétaieiït tous les jours que le cataclysme était pour la fin de la semaine; à la fin ils se sont trouvés devant le robuste bon sens du paysan français, qui les a bafoués et conspués. (Salves répétées d'applaudissements.) Ce jour-là, qu'est-il arrivé? Il est arrivé, Messieurs, que cet homme de labeur, qui ne se rend que devant les démonstrations palpables et tangibles qui sortent des faits, s'est ébranlé à son tour, et c'est vers nous qu'il s'est dirigé.

Vous en avez eu la preuve éclatante dans la dernière manifestation du suffrage départemental. Messieurs, je le dis hautement, ^our moi, ce jour-là, le voile s'est déchiré, et j'ai aperçu mon pays prêt à entrer dans la vraie voie de la liberté. {Nouveaux applaudissements unanimes.) C'est ce jour-là que je me suis dit : Moi «aussi je retournerai vers eux, je les verrai. {Applaudissements.) Je savais l'accueil que vous me feriez. Car, Messieurs, je peux avoir des adversaires ici, je n'y ai pas d'ennemis. {Adhésion générale et applaudissements prolongés.) Mais je voulais, je ne vous le cache pas, que cette sorte de retour au berceau, que cette rencontre de nos regards et de nos âmes eussent plus de portée et de signification qu'un simple témoignage de fraternité et de compatriotisme. Je voulais que cette rencontre reçût, le lendemain, une plus haute sanction. Je serais bien fier si, grâce à mes efforts, tous pénétrés d'une pensée commune, nous disions dans quelques mois d'ici que ce département du Lot qu'on avait marqué de cette suprême injure — vous savez bien ce que je veux dire... {Oui/ oui! — Bravos prolongés.) si nous pouvions dire que ce département est à la tête des départements républicains. (Nouveaux applaudis-

semenis,) J'en ai Tespoir; j'ai aperçu bien des signes précurseurs de la victoire, d'une victoire pacifique et féconde, celle-là; mais pour l'atteindre, je ne saurais trop répéter ici, afin que mes paroles soient entendues même ailleurs, que c'est à la méthode tout à fait calme, progressive, constitutionnelle, que Ton doit d'avoir assisté à ce ralliement des populations rurales au régime républicain, et que c'est cette méthode si heureusement éprouvée qu'il faut continuer d'appliquer; pour tout dire. Messieurs, c'est parce que vous avez une Constitution, c'est parce qu'autour de ce pivot toutes les forces politiques et sociales de la nation se sont pour ainsi dire donné rendez-vous, s'appuyant, se solidarisant pour constituer la forme même de la République.

Cette Constitution, Messieurs, ohl je la connais bien, elle n'est pas parfaite, j'y ai trop participé pour ignorer ses défauts. {Rires approbatifs.) Mes chers concitoyensy les Constitutions parfaites, celles qui naissent tout entières du cerveau d'un penseur politique, je les admire, mais je ne trouve guère dans l'histoire personne qui les respecte et les appuie sincèrement. (Tirés bien! très bien! — Applaudissements,)

Les Constitutions, permettez-moi de le dire, naissent surtout de la nécessité des mœurs et, pour ainsi dire, des circonstances qu'une grande nation traverse. Les Américains ont eu une Constitution dès 1788 et, s'ils l'ont gardée, c'est qu'ils l'ont lentement corrigée et difficilement modifiée. {Vive approbation.) Us considéraient que c'était l'abri tutélaire et qu'il n'y fallait pas porter une main téméraire. Ils ont exigé les plus grandes précautions, les plus grandes réunions de voix, une sorte d'irrésistible concours, pour y apporter le moindre amendement.

Messieurs, je vous le dis avec une entière conviction : il y a cinq ans que ce pays a une Constitution ; certainement, elle n'est pas immuable; elle doit être

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perfectionnée; elle le sera, et dans un sens démocratique {Applaudissements prolongés)^ dans un sens de plus en plus libéral ; mais ne nous hâtons pas, et, avant que Tédifice soit véritablement consolidé, ait subi le tassement nécessaire, n'ébranlons pas Tune quelconque de ses assises. Non, Messieurs ; nous sommes à la veille d'un grand rendez-vous devant le suffrage universel; nous allons le consulter, j'en ai le ferme espoir, bien que le Sénat ne se soit pas encore prononcé, par la voie la plus large, la plus franche, la plus haute et la plus concluante. {Applaudissements unanimes et cris répétés de : Vive le scinitin de liste /)

Mais ne nous égarons pas, ne mettons pas à la fois tout en question et ne disons pas que cette Constitution qui nous a sauvés et qui nous abrite, que cette Constitution autour de laquelle toute la France républicaine s'est réunie et groupée, ne disons pas qu'elle a besoin d'être remaniée dès maintenant; ne le disons pas, parce que nous l'ébranlerions et que nous n'avons pas le droit de le faire ^.{Nouveaux applath dissements.)

Je demande qu'on attende, — et ici permettez-moi d'emprunter un mot à la science astronomique, — je demande qu'on attende que les pouvoirs établis par cette Constitution aient accompli leur révolution. (Mouvement général. — Applaudissements.) Le Sénat, fondé en 1876, doit être renouvelé trois fois en neuf ans ; déjà il est visible, je l'avais annoncé,qu'à chaque renouvellement le Sénat grandit en force démocrati-

1. La commission d'initiative parlementaire de la Chambre des députés venait de proposer la prise en considération de la proposition de M. Barodet et de 64 de ses coUëg^ues, ayant pour objet la révision de la Constitution. Cette proposition avait été inscrite à Tordre du jour de la Chambre. Eflle portait la suppression du droit de dissolution et de Fégalité des droits législatifs entre les Chambres, le rétablissement de la permanence des assemblées, la modification de la loi électorale au Sénat, la convocation d'une Assemblée constituante et Tinscription de la loi électorale des députés dans la Constitution.

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que et libérale. {Assentiment et bravos.) Attendez le troisième renouvellement, et vous verrez les critiques adressées à cette institution s*atténuer chaque jour davantage. Et peut-être s'habituera-t-on à y voir une suprême ressource que vous serez heureux d'avoir un jour ou l'autre. J*estime donc qu'il serait souverainement contraire aux nécessités d'un bon gouvernement de mettre avant l'heure une partie quelconque de votre Constitution en suspicion devant le pays. Quelles que soient les difficultés que puisse soulever cette déclaration» quels que soient les doutes de certains esprits à l'heure qu'il est, je n'hésite pas à le dire, on ne doit, on ne peut toucher, sans imprudence, à la Constitution qui nous régit* (Vive approbation,)

Voilà ce que je voulais vous dire, mes chers concitoyens. Je vous ai parlé en résumant, parce que mes forces physiques ne me permettaient pas de plus longs développements. Mais je crois avoir dit la vérité. J'ai parlé au point de vue de l'intérêt du parti républicain. Mes chers compatriotes, en servant le parti républicain, c'est la France tout entière dans ses gloires passées, dans ses grandeurs futures, dans son développement historique, que j'ai l'intention et la volonté de servir, avec tous ceux qui sont assis dans cette enceinte. {Oui/ oui/ — Très bien/ — Applaudissements et acclamations prolongés. — Cris répétés de : Vice la République/ vive GambettaP)

Après quelques minutes, M. Gambetta se lève de nonveaii au milieu des applaudissements et se retire après avoir prononcé les paroles suivantes :

« Mes amis, je vous demande la permission de me retirer, vu l'état d'extrême fatigue où je me trouve. {Marquts d'assentiment.)

« Je vous remercie de Taccueil que tous m'ont fail, de Tordre qui a régné dans cette fête, et j'adresse mes remerciements sincères à ceux qui y ont assisté, et surtout à ceux qui l'ont organisée. »> (Vive la République! Vive Gambetta !)

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Prononcé le ^9 mai i881

A LA DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES AtfX UUfflÊKTS DD CORCOURS MIRCOLE

Cahors, 29 maif 5 heures.

(Dépêches de la République française.)

La distribution des récompenses aux lauréats du concours agricole a eu lieu aujourd'hui avec une grande solennité. M. BargetoUy préfet du Lot, a pris le premier la parole. Il a éloquemraent rappelé que le développement de Tagriculture et de la fortune publique a suivi raffermissement des institutions républicaines. Actuellement les populations des campagnes, éclairées, s'intéressent aux problèmes les plus divers et sont Tappui le plus précieux de la concorde et de Funité nationale. En terminant, M. Bargeton a fait un magnifique éloge du premier magistrat de la République, M. Jules Grévj.

M. Couvert, professeur à TÉcole d'agriculture de Montpellier, a lu un très remarquable rapport au nom de la commission chargée de la visite des expositions rurales.

M. Foucher de Careil, sénateur, président de la Société d'encouragement à l'agriculture, a prononcé un bref discours qui a soulevé de chaleureux applaudissements.

Enfin, M. Gambetta, prenant la parole, s'est exprimé ainsi :

Mesdames, messieurs et chers compatriotes,

Nous allons nous séparer. Ces fêtes, nées de la collaboration de Tadministration et de la libre initiative de mes compatriotes, vont, dans quelques heures, se

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terminer. Je ne puis pas, je ne dois pas, malgré l'état de fatigue où je me trouve, résister plus longtemps aux désirs de mon cœur, qui me porte à vous exprimer toute ma reconnaissance. II faut que je vous dise aussi que rien n'est plus vrai que les paroles que faisait entendre tout à l'heure le président de ce concours, l'administrateur actif et éclairé de ce département, et que reprenait à son tour le président de la Société nationale d'agriculture de France. Oui, le souci principal de tous ceux qui dans ce pays veulent assurer, veulent fonder sur des assises inébranlables le gouvernement de la démocratie moderne, c'est d'avoir constamment les regards dirigés sur les intérêts des populations agricoles. A toutes les époques, dans tous les pays, tous les hommes d'État, tous ceux qu'on a honorés de ce nom, ont trouvé dans le travail des champs la source première de la fortune publique et en ont fait la préoccupation dominante de leurs méditations. {Bravos et applaudissements,) Et ce n'est pas dans un pays comme la France, qui compte vingtquatre millions d'agriculteurs et de paysans, la réserve de la nation, le lest même du vaisseau qui porte la fortune nationale, que l'on pourrait comprendre un citoyen, un démocrate, un homme public ne considérant pas comme l'essence même de la politique appliquée à la République, à la démocratie, le souci, le culte, l'amour inébranlable de tous ceux qui peinent, qui geignent, qui suent, qui épargnent, qui payent, et qui font en somme la patrie. [Applaudissements prolongés.)

Aussi, c'est bien parce qu'il s'agissait dans ce département d'une fête agricole que je suis venu, et non pas attiré par des intérêts personnels; j'y suis venu parce que, bien qu'éloigné de vous depuis de trop longues années, je sais ce qu'il y a dans l'âme du paysan quercinois, de valeur, d'énergie, de modestie, de force pour l'économie, et aussi de passion pour

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cette terre qu'il soigne comme une maîtresse chérie, qu'il couve, qu'il caresse, qu'il pare môme les jours fériés, c'est là son plaisir et son repos; et c'est ce qui le rend dur à la peine, infatigable dans sa rude besogne. {Salves d'applaudissements.) En ces temps-ci, ce paysan a éprouvé un chagrin mortel : la désolation est entré dans sa maison, car sa vigne a été frappée par le fléau qui désole tout le midi de la France et qui prolonge déjà ses atteintes vers nos coteaux si riants et si prospères de la Bourgogne. Le phylloxéra a paru, et tous les moyens qu'on a employés pour le combattre sont restés, quoi qu'on en ait dit, bien impuissants devant les désastres sans nom qu'il a causés. Vous avez cherché et vous cherchez encore, espérant que la science et la patience triompheront, et peutêtre aussi ce jeu secret de la nature qui fait qu'à chaque fléau qui apparaît naît subitement un antidote du sein même de la végétation. Qui sait? peut-être môme avant que les savants aient trouvé la solution si ardemment désirée, serons-nous débarrassés de ce fléau par une simple métamorphose naturelle ; mais jusque-là il faut lutter, il faut chercher, il faut remplacer. Je le dis avec une entière satisfaction : un concours comme celui d'aujourd'hui est la meilleure preuve que personne ne s'est abandonné dans cette région, et tout à l'heure, c'est avec une fière émotion , permettez-moi de. le dire, c'est avec l'émotion toute personnelle d'un ami heureux des succès de son ami, que je joignais rnes applaudissements aux vôtres en saluant la victoire du docteur Rey , victoire qui prouve que les hommes de science, quand ils le veulent, peuvent devenir véritablement des hommes des champs. {Applaudissemenls.) Il a fait un essai heureux qui démontre l'utilité de ces réunions entre agriculteurs; elles ont précisément pour but de pousser à l'imitation, à l'expansion et à la diffusion de l'enseignement agricole ; les exemples qui sont donnés seront suivis par tous ceux qui

sont ici et qui m'écoutent, par ceux mêmes qui n*ont pas pu pénétrer dans cette enceinte, car il parait qu*il est resté beaucoup de monde au dehors. Lorsqu'ils seront de retour chez eux, ils réfléchiront sur les méthodes, sur les résultats qulls ont eus sous les yeux, et tous sortiront meilleurs, un peu plus forts, un peu plus vigoureux, de cette rencontre. ( Vifs applaudissements.)

Non, il n*y a pas de politique, si absorbante et si ardente que vous la supposiez, qui puisse, comme on l'insinuait, nous distraire jamais de cet intérêt capital de l'agriculture française.

A ce propos, avant de terminer, je crois qu'il est bon de dire qu'il n'y a pas eu de régime avant le nôtre qui ait donné, au point de vue du développement de l'agriculture, non pas plus de promesses, mais plus de réalisations de promesses. (Applaudissements.) En efiet, tout en allégeant autant que possible le fardeau de la dette publique, ce régime républicain, le nôtre, a jeté sur le pays un immense réseau de voies de communications, aussi bien des voies de fer que toutes ces mille veines qui, traversant les campagnes et des exploitations, sont destinées à faire converger vers un point central, pour les y écouler, les mille produits de l'activité nationale. Ce régime a multiplié les chemins vicinaux, chemins de grande communication, routes ; il a augmenté le crédit des grandes voies nationales, et vous savez à n'en pas douter quelle impulsion il donne , grâce aux auxiliaires que je ne saurab trop louer que- lui fournît lo corps des ponts et chaussées des départements, au réseau des voies ferrées. ( Vive adhésion et applaudissements prolongés.) Et Ton ne s'arrêtera pas là; tous cherchent, dans le monde politique sans acception de partis, avec un égal souci des intérêts de l'agriculture, — car l'agriculture est notre grande industrie vraiment nationale, — à rendre l'agriculture productive^ Il faut la mettre à la hauteur

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grandissante de tous les besoins; il faut qu'elle devienne une industrie avec de sérieux bénéfices. Pour atteindre ce but, il lui faut, avec les transports économiques, le crédit et, mieux que cela, le dégrèvement. ( Vifs applaudissements.) Ce dégrèvement, on Ta cherché dans des voies diverses qui ne sont peutrètre pas toutes excellentes ; quant à moi , si j'ai hasardé un mot sur cette question , c'est pour déclarer que lorsque l'on s'occupera de la réduction de l'impôt foncier, — et je n'y suis pas hostile, — mon désir est que le dégrèvement qui sera opéré profite véritablement à celui qui en a besoin, et qu'il ne soit pas seulement une prime d'une valeur tout à fait inappréciable pour ceux qui n'en ont que faire. {Très bien! très bien! — Applaudissements,)

Je demanderais que, dans cette immense population de travailleurs qui compte vingt-quatre millions d'âmes on discerne, on analyse la cote de chaque contribuable travaillant directement, afin qu'il bénéficie personnellement de la décharge; et si, à Taide de cette distinction, on veut dégrever, mon concours est acquis. {Mouvement. — Applaudissements.)

Peut-être ferait-on bien aussi de compléter ces mesures en se servant de deux instruments qui existent déjà dans notre budget d'État, que vous connaissez bien parce que tout ce qui touche dans le budget aux communes, au département, vous intéresse assez pour que vous en soyez instruits ; je parle, en effet, au milieu de membres de conseils municipaux, de conseils d'arrondissement, de conseils généraux, d'administrateurs à tous les degrés, qui savent à merveille ce que c'est que le fonds de dotation des chemins vicinaux et le fonds de répartition pour venir en aide aux communes et aux départements obérés. Je pense qu'en portant la dotation de ces deux services à une échelle suffisante pour que véritablement, au point de vue des chemins vicinaux, on touchât dans l'année,

dans l'exercice , le produit de la subvention de l'État, et qu'en second lieu, au point de vue de la répartition du fonds de secours pour venir en aide aux communes et aux départements obérés , on augmentât, on doublât, on triplât, s'il le fallait, cette dernière dotation (Très bien/), je pense que ce jour-là on n'aurait pas grevé les finances générales du pays; mais, à coup sûr, on aurait assuré quelque chose qu'il faut donner au paysan, au travailleur premier du sol ; on lui aurait donné un bordereau sur lequel il verrait décroître, au lieu de la voir augmenter, la somme totale à payer par lui; car il ne faut pas oublier que le paysan ne distingue pas entre les sommes dues à TÉtat et celles dues à la commune ; il ne distingue pas ce qui est le résultat des centimes additionnels qu'il s'est imposés à lui-même : il ne voit que le total h payer. Eh bien, il faut attaquer ce total et le faire décroître dans la partie qui appartient à TÉtat. {Vifs applaudissements,) Vous sentez bien, mes chers concitoyens, que je me suis laissé entraîner; mais j*ai voulu montrer que vos préoccupations sont les nôtres et que vous pouvez compter qu'après notre séparation je n'oublierai rien de ce que j'ai vu et entendu; vous pouvez compter aussi que je ne tarderai pas, si je le puis et dans la mesure qui est à ma portée, à vous en donner des preuves.

En vous disant au revoir, — car nous nous retrouverons probablement dans des fêtes pacifiques comme celle-ci, — je souhaite que les exemples des vainqueurs d'aujourd'hui servent à susciter de nouveaux rivaux qui viendront cueillir de nouvelles palmes, et je m'en vais le cœur confiant dans l'avenir et dans le relèvement agricole de ce beau département et de ceux qui l'entourent. Je pars en vous disant un seul mot, ce qui est le fond de mon âme : Merci ! {Appiaudi^sements plusieurs fois répétés. — Cf*is de : Vive la République! Vive Gambettal)

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Prononcé le 49 juin 1884 AU BANQUET CORPORATIF DES TABLETIERS EN PEIGNE

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