SÉANCE DU U MARS
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Avant de lever la séance, j'ai h faire connaître à la Chambre la perte qu'elle vient de faire dans la personne de notre honorable et regretté collègue M. Rouvre, député de l'Aube.
M. Rouvre a été frappé la nuit dernière, et enlevé à sa famille, à ses amis et à la Chambre par un coup d'autant plus cruel qu'il était inattendu.
Voici la lettre que sa fille m'a adressée :
Paris, 14 mars 1881.
Monsieur le Président,
J'ai la douleur de vous annoncer la mort de mon père, M. Rouvre, député de TAube, enlevé à noire atfeclion ce malin à quatre heures.
Recevez, Monsieur le présidcnl, l'expression de ma considération la plus dislinguce.
J. DUCOUDRÉ.
M. Rouvre était un vétéran d'un parti républicain. U n'avait jamais recherché l'honneur de représenter son pays : ses concitoyens ont fait violence à sa modestie aux heures difficiles qu'a traversées la France. Ils le connaissaient autant pour la fermeté
1. Louis Rouvre, né à Saint-Parres-les-Vaudes le 12 décembre 1802, docteur en mëdecine,député de Bar-sur-Seine depuis 1876.
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que pour Tancienneté et la modération de ses opinions. Ils le connaissaient aussi comme un homme de bien, désintéressé, toujours prêt à prodiguer ses soins, ses talents, ses ressources, sa vie, pour le soulagement des infortunes qu'il rencontrait sur son passage. {Très bien! 1res bien!) 11 a été parmi nous un député fidèle à ses convictions, aimé et honoré de ses collègues... {Oui! oui! — C'est vrai!)] son souvenir restera présent dans le cœur de tous ceux qui Tout connu. {Marques générales d'assentiment,)
Il va être procédé au tirage au sort d'une députalion qui devra accompagner les restes mortels do notre regretté collègue; après quoi, je lèverai la séance.
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DÉCÈS DE M. DBSSEAUX ^
Messieurs, avant que la Chambre reprenne le cours do la délibération, je dois lui apprendre la perte qu'elle vient d'éprouver par la mort de notre regretté, vénéré et aimable doyen, M. Desseaux. {Sensation,)
Vous connaissiez tous M. Desseaux, et certes je ne pourrai louer trop haut les qualités de cœur, d'esprit, d'urbanité, qui le distinguaient et qu'il avait pour ainsi dire le don de répandre au milieu de nous.
M. Desseaux appartenait à cette forte génération de la fin du siècle dernier, qui a traversé les trois quarts de celui-ci, en portant haut et ferme le drapeau de la Révolution française. {Très bien/ trèsbien! — Applaudissements à gauche et au centre.)
Sous tous les gouvernements, et au milieu des épreuves les plus cruelles, il avait su grouper autour de lui toutes les sympathies, et, je peux le dire, tous les concours, car, aux heures de crise que traversaient la patrie et cette grande ville de Rouen, toujours généreuse et ardente, M. Desseaux se levait, montait les degrés de la maison commune et apportait le tribut
1. Louis Desseaux, né à Honfleur le 6 décembre 1778, avocat à Rouen en 1820, bâtonnier, premier avocat général en 1848, député au Corps législatif en 1869f préfet de la Seme-Inférieure le 4 septembre 1870, député de la i^ circonscription à Rouen depuis 1876.
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de sa fermeté civique, de son courage et de sou dévouement au bien public. [Applaudissements,)
A ce poste de lutte et de péril, M. Desseaux était suivi et soutenu par tous ceux qui, le connaissant* savaient ce que Ton peut attendre de son énergie et de sa clairvoyance.
La crise passée, cet honnête homme rentrait chez lui, se dérobant pour ainsi dire à la reconnaissance de ses concitoyens et laissait à d*autres Thonneur de les représenter dans les Assemblées parlementaires.
Enfin un jour vint où on lui fit violence ; et sous l'Empire, après qu'on eut longtemps pesé sur lui, on le décida à venir se joindre au groupe des députés qui défendaient la cause démocratique. Il combattit au milieu d'eux.
Il se retrouva aussi avec eux, au lendemain de nos désastres : on lui imposa encore, — et il ne put s'y dérober après les services éminents qu'il avait rendus pendant la défense nationale, — le mandat de représentant de son pays.
C'est là, Messieurs, que vous l'avez connu, que vous l'avez rencontré, et le plus beau des éloges qu'on puisse faire de lui, c'est certainement le souvenir qu'il a laissé dans vos cœurs. [Nouveaux applaudissements,)
Chargé de jours, mais l'âme toujours forte, il supportait d'une façon presque juvénile les travaux que son âge lui imposait à l'ouverture de nos sessions.
Nous ne verrons plus à ce siège cette douce et aimable figure de vieillard, mais cependant je suis sûr que plus d'un l'évoquera naturellement le jour où il avait l'habitude de remplir les fonctions de doyen de l'Assemblée. [Oui! oui! — C'est vrai!)
Messieurs, il sort de la vie, il la quitte sans agitalions, sans souffrances; on peut dire qu'à ses derniers moments il aura été un favori de cette heureuse fortune, qui manque quelquefois aux carrières les plus noblement remplies et consacrées tout entières au
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culte de la justice, à la défense du droit et à Tamour du beau I {Applaudissements prolongés.)
Il va être procédé au tirage au sort de la délégation chargée de représenter la Chambre aux obsèques de notre regretté collègue, qui auront lieu demain à deux heures.
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