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blessure se réparait sans suppuration, que toute complication paraissait conjurée et que la guérison était prochaine. Aussi conseillèrent-ils de plus rares pansements.
Le bulletin suivant fut livré au public : « L'état de M. Gambetta est absolument satisfaisant à tous les points de vue ; sa santé générale ne laisse rien à désirer, et la blessure touche à la guérison. » Signé par les médecins consultants.
3 décembre, cinq heures du soir. — Visite de M. Lanhelongue. Température, 36°, 4; pouls, 72.
La journée a été excellente et le moral est tout à fait naturel ; M. Gambetta ne se plaint que de la sensation locale déjà signalée. On lui a permis ce matin une côtelette et un œuf; il a eu une garde-robe naturelle dans la journée.
4 décembre, huit heures du matin. — Visite de M. Lannelongue. Température, 36°, 5; pouls, 68.
Le malade a souifert deux heures environ dans la soirée du 3; puis, il a passé la meilleure des nuits, il a dormi huit heures sans chloral, et ce matin il ne sent pas sa main.
4 décembre, soir. — Visite de M. Lannelongue. Température, 36°,5; pouls, 68.
Le malade a bien déjeuné et la journée a été très calme ; il n'a plus en effet cette tension permanente qui Ta beaucoup éprouvé jusqu'ici; mais il a eu trois ou quatre crises dans lesquelles la douleur a pris un nouveau caractère. De la paume de la main partent des irradiations à forme fulgurante se dirigeant vers les doigts et principalement vers l'index et le pelit doigt.
Deux fois ces douleurs ont remonté vers le coude et l'épaule.
Une évacuation naturelle assez abondante a eu lieu.
5 décernée, matin. — Visite de MM. Siredey et Lannelongue. Température, 36°, 4; pouls, 68.
Cinq heures du soir. — Visite de M. Lannelongue. Température, 36°, 7 ; pouls, 72.
Le déjeuner a été pris avec plaisir. M. Gambetta a beaucoup moins souffert et a ressenti seulement trois à quatre crises comparables à celles de la veille. Le pansement est défait, la main est dans le meilleur état, la plaie palmaire est presque cicatrisée, et celle de l'avant-bras otfre une couche de bourgeons de la dimension d'une lentille. Le pansement est très allégé et les doigts restent à découvert.
On permet au malade de changer de lit, et il est autorisé à recevoir M. Arnaud (de FAriège), son ami et son secrétaire.
La santé générale est excellente, il y a eu une garde-robe abondante dans la journée.
6 décembre, matin. — Température, 36°,6; pouls, 68. Soir. — Température, 36°,7 ; pouls, 72.
7 décembre, matin. -— Température, 36°,7 ; pouls, 68. Soir. — Température, 36°,7 ; pouls, 72.
8 décembre, matin. — Visite de M. Lannelongue. Température, 36°,5; pouls, 68.
Soir. — Température, 36°,7 ; pouls, 72.
Cinq heures du soir. — Visite de MM. Siredey et Lannelongue.
Renouvellement du pansement : l'aspect du membre est excellent, presque normal ; les doigts sont dans l'extension complète; tout œdème a disparu; la paume de la main ne présente plus de gonflement que dans le premier espace interosseux, et là on ne trouve ni tension ni soulèvements pulsatiles.
L'orifice de la blessure palmaire est à peu près cicatrisé et l'orifice brachial est oblitéré par une couche rosée fort petite de bourgeons charnus. Le trajet intermédiaire semble être entièrement réparé; l'articulation du poignet jouit de tous ses mouvements. Le blessé nous dit qu'il ne perçoit plus de douleur que dans les doigts; l'index et le petit doigt le travaillent surtout; il a l'impression qu'ils sont fléchis dans la paume de la main, et il regarde souvent pour s'assurer du contraire.
Une perversion plus étrange de la sensibilité est celle-ci : M. Gambetta n'a pas le sentiment vrai de la position de sa main qui est étendue sur un coussin en dehors du lit; il lui semble qu'elle repose sur sa poitrine et il a besoin de la voir pour se remettre dans la réalité.
M. Gambetta a fait un déjeuner un peu plus abondant (un bouillon, un œuf à la coque, 4 huîtres avec du pain, les ailes d'une bécasse) ; il a ce soir le ventre distendu par des gaz ; il s'en plaint.
Un purgatif lui est ordonné pour le lendemain samedi.
9 décembre, matin. — Visite de M. Lannelongue. Température, 36°,9; pouls, 80.
Soir. -7 Température, 37 degrés; pouls, 84.
Dans la journée de samedi les phénomènes douloureux de la main ont été beaucoup moins prononcés ; mais le malade qui ne s'est pas purgé le matin a ressenti les mêmes troubles gastriques que la veille et en particulier du dégoût pour les aliments; il a fort peu mangé ce jour-là.
Dimanche 10 décembre, matin. — Température, 37°, 5; pouls, 84.
Soir. — Température, 37°,6 ; pouls, 84.
Visite de M. Lannelongue dans la soirée. — Le malaise abdominal s'est accentué et M. Gambetta nous apprend que, la veille au soir, en faisaut des efforts pour aller à la .garderobe, il a ressenti subitement une vive douleur dans le flanc droit, dont il précise mal le siège. Cette douleur a déterminé de l'insomnie, et le dimanche il s'en plaint encore, quoiqu'elle soit beaucoup moins accentuée. L'état saburral est plus prononcé, l'inappétence est complète.
M. le professeur Gharcot qui l'a vu dans la journée lui a conseillé un lavement purgatif. L'examen du ventre ne révèle rien d'anormal; il n'y a nulle part d'empâtement, le siège de la douleur est très vague, et M. Gambetta se plaint àjÇeine quand on presse fortement dans le flanc ou dans la région lombaire.
On réveille pourtant de la sensibilité sur la paroi latérale et inférieure du thorax du côté droit ; il est proposé d'appliquer sur ce point un sinapisme; mais, comme on a déjà pratiqué un large badigeonnage de laudanum, M. Gambetta ne paraît pas disposé à accepter le sinapisme, et il ajoute qu'il ne souffre pour ainsi dire plus.
11 décembre, matin. —Température, 37 degrés ; pouls, 80.
Soir. — Température, 36°,8; pouls, 76.
Visite de M. Lannelongue dans la matinée.
Le visage est légèrement congestionné, la langue blanche et très saburrale ; le dégoût pour la nourriture est absolu; 40 grammes de citrate de magnésie sont ordonnés. L'état de la main est tout à fait satisfaisant, l'orifice palmaire est cicatrisé, et le brachial n'offre plus qu'une agglomération de petits bourgeons exubérants; on les cautérise, L'examen de la région, qui a été le siège de la douleur subite mentionnée plus haut, ne révèle aujourd'hui qu'une sensibilité très obtuse, que d'assez fortes pressions seules mettent en évidence. M. Gambetta, qui se levait chaque
jour pour aller d'un lit dans un autre, demande avec insistance l'autorisation de passer quelques heures dans un fauteuil; elle lui est accordée s'il n'est pas trop fatigué par les effets de la purgation.
12 décembre. — Visite de M. Lannelongue à une heure. Température à huit heures du matin, 36°,7 ; pouls, 76. Température à sept heures du soir, 36°, 8 pouls, 76.
La purgation a été efficace la veille ; la nuit dernière a été bonne.
M. Gambetta est dans son fauteuil, et s'y trouve aussi bien qu'hier. Son visage est naturel, et il reçoit avec une satisfaction évidente les personnes qui viennent le voir.
Il lui est recommandé ce jour-là, comme les jours précédents, d'être encore très réservé sur ce point.
Pour nous donner la preuve que son dégoût pour la nourriture a disparu, il nous fait part du bon déjeuner qu'il a fait, et qu'il complète en fumant un cigare ; il a fumé la veille pour la première fois depuis son accident.
13 décembre. — Température, 36°,8; pouls, 76. Visite de MM. Siredey et Lannelongue.
La main est dans un si bon état que j'ai cru devoir exercer quelques mouvements de flexion dans les phalanges des doigts, m'arrètant toujours à la première sensation de douleur; la blessure brachiale n'offre plus qu'un bourgeon à peine gros comme la tête d'une épingle. M. Gambetta examine sa main en détail et en est très satisfait; sa santé générale ne laisse rien à désirer, son ventre est libre.
14 décembre. — Température, 36°,7; pouls, 76. Visite de M. Lannelongue à deux heures du soir.
M. Gambetta est très bien; il mange à table, circule dans sa maison. On fait les mêmes manœuvres. de flexion des doigts que la veille ; elles s'accomplissent sans douleur.
15 décembre. — Température, 36°, 6; pouls, 72.
Nous visitons M. Gambetta à deux heures, avec M. le professeur Gavarret; il nous reçoit dans son fauteuil. La nuit précédente a été bonne, et il n'a été ressenti qu'à des intervalles éloignés une légère douleur dans l'index et le petit doigt. Le pansement est défait : rien d'anormal ; on renouvelle les tentatives de flexion des doigts et le blessé exécute devant nous quelques légers mouvements dans ces organes. Mais M. Gambetta se plaint de nouveau d'un
malaise abdominal; il a des éructations fréquentes depuis le matin, et il ne peut pas s'en défendre. Spontanément il a pris aujourd'hui un verre d'eau de Pullna qui n'a pas encore agi. Son déjeuner a été marqué par un petit incident; il s'est endormi à table après avoir mangé un Oeuf, et n'a pas continué son repas.
Le temps étant très beau, il nous a demandé de faire sa première sortie avec nous, et il nous a accompagné, en etFet, jusqu'à la grille de son parc.
Cette promenade, qui lui a fait le plus grand plaisir, a duré vingt minutes.
Soir. — Température, 36°,6; pouls, 76.
Samedi 16 décembre, matin. — Température , 36°, 6; pouls, 72.
Soir. — Température, 39°,6; pouls, 88.
Visite de M. Lannelongue à deux heures. M. Gambetta est dans son fauteuil; il nous dit que la veille au soir il n'a presque pas mangé, n'ayant pas faim, et qu'il a éprouvé une sensation de chaleur sans frisson préalable. lia dormi toute la nuit. A son déjeuner, il a éprouvé le même malaise que le jour précédent.
L'examen du membre blessé atteste que l'orifice de sortie est complètement cicatrisé, et que la blessure est totalement fermée. Pendant le pansement, M. Gambetta est tourmenté par d'assez violentes coliques ; il a des renvois incessants; sa figure est rouge, son ventre un peu tendu.
Il est tellement persuadé de la nécessité de prendre Pair qu'il a commandé sa voiture, avant mon arrivée, pour une promenade qui fut faite en prenant de grandes précautions.
Un verre d'eau de Pullna pour le lendemain, et dans la journée de la limonade tartrique avec de l'eau de Vichy lui furent prescrits.
Sa promenade en voiture lui fut très agréable; à son retour, il ne cessa de manifester le bien-être qu'il en avait ressenti, et en rentrant il resta quelque temps encore dans son jardin.
Néanmoins, les éructations persistent, et à six heures il éprouve une chaleur vive non précédée de frisson, qui rie fait qu'augmenter dans la soirée.
A. huit heures du soir, M. Berne, chargé de ses soins particuliers, trouvant une température de 39°,6, avec un pouls
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à 88, crut devoir me prévenir, et je me rendis à Villed'Avray, où j'arrivai à dix heures du soir. M. Gambetta ressent une grande chaleur; il est en pleine transpiration. L'examen de la poitrine ne révèle rien ; tous les phénomènes sont concentrés dans le ventre, qui est tendu et un peu douloureux à la pression du côté droit; on n'y trouve pas ' pourtant d'empâtement. — Limonade; lait froid; 50 centigrammes de sulfate de quinine à la fin de l'accès.
Je fais prévenir M. Siredey dans la nuit.
Dimanche.il décembre. — Température du matin, 39°,4; pouls, 80.
Température à deux heures de l'après-midi , 39°, o; pouls, 80.
Température à huit heures du soir, 39 degrés; pouls, 84.
Neuf heures du matin. — M. Siredey, après avoir procédé à un examen complet du malade, rejette l'hypothèse de toute complication thoracique. Ayant constaté un empâtement douloureux et très circonscrit dans la fosse iliaque droite, il me transmet une note que je trouve à Villed'Avray à deux heures de l'après-midi, et dans laquelle je lis cette phrase : « Je crois que la typhlite est ce qu'il y a de plus probable. »Ace moment la température est encore élevée, et M. Gambetta ressent les mêmes symptômes de tension abdominale et d'éructation. Le régime prescrit comprend exclusivement des boissons : limonade tartrique, grogs et bouillons.
Lundi i8 décembre, huit heures du matin. — Température, 38°,4; pouls, 76.
Onze heures et demie. — Température, 38°,5; pouls, 80.
Six heures du soir, pendant un frisson. — Température, 38°,4; pouls, Tl.
Dix heures du soir. — Température, 39°,9 ; pouls, 96.
M. Siredey voit le malade à huit heures du matin; il apprécie de la même manière l'état local, persiste dans le même sentiment à l'égard de ce qu'il a trouvé la veille, et conseille le même régime. Je le vois à mon tour à deux heures, et je procède d'abord à un examen du membre blessé; il n'est le siège d'aucune complication. Sa forme, son volume, ses apparences sont les mêmes que ceux du membre sain, il ne conserve plus que les macules cicatricielles de la blessure. J'écarte définitivement la pensée
d'il 11e résorption purulente, qui ne se trouvait être justifiée ni par l'état local actuel du membre, ni par la marche absolument apyrétique de la blessure, ni par les conditions antérieures qui ont été celles d'une réparation tout à fait heureuse, sans production de pus, ni enfin par les nouveaux symptômes qui se produisent depuis deux jours. Toute l'attention doit se concentrer désormais sur les accidents qui ont pour point de départ la cavilé abdominale, et rendez-vous est pris avec M. Siredey pour que nous ayons le lendemain une conversation à ce sujet. Aujourd'hui d'ailleurs la tuméfaction persiste malgré la purgation de la veille, qui a produit trois évacuations abondantes. M. Gambetta est fatigué et cherche à reposer.
A six heures moins un quart, il se produit pour la première fois un frisson assez intense de vingt-cinq minutes de durée, suivi d'une forte impression de chaleur et de quelques efforts de vomissements. Appelé dans la soirée, je trouve une température de 39°, 9. A dix heures du [soir, le malade est dans une abondante transpiration. Il est ordonné 50 centigrammes de quinine après l'accès, et une dose pareille pour le lendemain matin à la première heure.
Mardi 19 décembre, huit heures du matin. — Température, 36°,5; pouls, 76.
Midi. — Température, 36°,4; pouls, 72.
Trois heures. — Température, 36°, 5; pouls, 72.
Six heures. — Température, 39°,9 ; pouls, 80.
Dix heures du soir. — Température, 38°, 1 ; pouls, 72.
Nous nous réunissons avec M. Siredey pour visiter le malade à huit heures du matin. Il a eu dans la nuit un nouveau frisson très intense d'une demi-heure de durée, suivi d'une forte chaleur, d'une évacuation d'urine abondante et aussi d'une transpiration considérable. On lui a fait prendre 50 centigrammes de quinine immédiatement après ce second accès; puis il a dormi jusqu'à notre* arrivée, et nous le trouvons calme et reposé. La température est basse, 36°,5, le pouls est à 76, la langue est très humide. L'examen attentif de la cavité abdominale donne les résultats suivants : le ventre est souple et d'un aspect uniforme ; l'exploration de la fosse iliaque droite est facile et fort peu douloureuse superficiellement ; on constate clans sa partie la plus élevée, à deux travers de doigt environ au-dessus
■de l'épine iliaque supérieure, un empâtememt très profond et douloureux à la pression, de" forme allongée et cylindrique, ressemblant à un boudin. Cet empâtement suit le trajet du côlon ascendant et cesse d'être senti au delà d'une longueur de 4 à 5 centimètres environ. La percussion eii révèle aussi l'existence; il y a là une submatité circonscrite, séparée de la matité du foie par une zone transversale sonore d'un pouce environ; l'inspection de ce dernier organe permet de le considérer comme sain et plutôt d'un petit volume. En explorant la région lombaire on ne découvre rien d'anormal ; une pression forte au niveau du rein ne réveille pas de sensibilité. Les mouvements du membre inférieur de ce côté sont tout à fait libres. Les urines examinées avec soin révèlent l'existence d'une assez forte proportion d'albumine, elles sont très épaisses, .de couleur betterave et jumenteuses (voyez l'analyse de l'urine).
< Nous eûmes avec M. Siredey un long entretien qui nous amena à conclure à l'existence d'une pérityphlite 'que paraissait rendre indéniable la constatation d'un engorgement péricœcal.
. Régime lacté, boissons fraîches, limonade et eau de Vichy. { gramme de sulfate de quinine dans la journée.
A trois heures, petit frisson ou plutôt sensation de froid légère et de courte durée, chaleur et sueur consécutives.
Visite de M. Lannelongue à six heures du soir. La température est élevée (39°,9) la chaleur grande; le ventre est dans le même état et le. malade n'y ressent aucun élancement, aucune douleur spontanée; les mouvements du membre inférieur du côté droit sont absolument libres. „ Entre sept et huit heures, il se produit plusieurs petites impressions de froid; le malade a une expectoration assez abondante et quelques nausées. A partir de dix heures, sensation de bien-être très marquée et sommeil à la suite.
Mercredi 20 décembre, huit heures du matin. — Température, 36°.2; pouls, 68.
. Une heure du soir.— Température, 37 degrés; pouls, 72.
Trois heures, immédiatement après un frigson. — Température^ 39°,7; pouls, 84. :
Huit heures du soir. — Température, 37°, 5; pouls, 76.
Huit heures du matin. —Visite de MM. Siredey et Lanne-
longue. La nuit a été excellente, le sommeil prolongé. M. Gambetta se trouve très bien, il ne souffre pas du ventre ; l'examen que nous en faisons ne révèle que de la sensibilité à une pression assez forte toujours dans le même .point; l'état local a la môme apparence que la veille. La quantité des urines rendues est normale, elle était moindre hier; elles sont beaucoup plus limpides et toujours albumineuses*.
Régime lacté, quelques bouillons, eau rougie. i gramme de sulfate de quinine dans la journée.
A deux heures de l'après-midi, frisson assez intense, longue période de chaleur suivie de sommeil, transpiration moins abondante. Pendant le frisson, vomissement du grog ingéré. Dans la soirée, le malade se trouve bien, il ne se plaint aucunement, il a eu d'assez longs moments de sommeil et quelques bourdonnements d'oreille provoqués par la quinine.
En dehors de nos conversations du matin et du soir, nous eûmes souvent à Paris de longs entretiens avec M. Siredey sur la situation de M. Gambetta; elle nous occupa une partie de la soirée de ce jour. Le fait de l'existence d'une pérityphlite ressortit de notre discussion comme la donnée la plus certaine; mais le mode d'invasion, l'intensité des frissons et des accès fébriles auxquels succédait une chute de la température jusqu'au degré normal et une rémission complète, le bien-être du malade dans les intervalles apyrétiques, ne nous parurent pas suffisamment en harmonie, avec l'idée d'une inflammation franche, légitime, d'un type régulier et continu. Pour la première fois, nous parlâmes d'une perforation extra-péritonéale de l'intestin comme cause première des accidents; l'hypothèse d'une ulcération,d'une fissure, qu'un corps étranger venu de l'intestin aurait déterminée dans ses parois fut nettement posée, et nous dessinâmes sur le papier les adhérences qui devaient exister et dont nous supposions en tous cas la possibilité.
Jeudi 21 décembre, huit heures du matin. — Température, 36°,4; pouls, 68.
1. A partir de ce jour, les urines sont toujours restées à peu près limpides, suffisamment abondantes, contenant constamment de l'albumine, nous n'en parlerons plus et nous renvoyons aux analyses chimiques et histologiques faites. L'examen quotidien des évacuations intestinales n'a jamais révélé de traces de pus.
Deux heures et demie. — Température, 39°,4; pouls, 76.
Neuf heures du soir. — Température, 39°,9; pouls, 80.
22 décembre, quatre heures du matin. — Température, 39°,5; pouls, 84.
Huit heures du matin. — Visite de MM. Siredey, le professeur Cornil et Lannelongue.
Le malade se trouve très bien et nous parle de l'excellente nuit qu'il a passée. Notre examen nous fait reconnaître un ballonnement du ventre plus marqué que les jours précédents. La pression est plus douloureuse que la veille, et nous observons que l'empâtement descend encore vers l'épine iliaque supérieure, tout en restant profond et séparé de la paroi abdominale par une zone sonore; cet empâtement est dur et la peau du ventre n'otfre ni œdème, ni rougeur apparente. M. Cornil prend les urines pour faire l'examen des dépôts qu'elles renferment.
On prescrit un lavement au miel de mercuriale, 60 centigrammes de sulfate de quinine, la continuation du lait, de l'eau de Vichy avec ou sans vins. Il survient dans la journée deux très courtes sensations de froid suivies d'une élévation de température et, dans la nuit, à quatre heures du matin, un véritable frisson moins fort que ceux du début. Le lavement a amené une évacuation abondante suivie d'un excellent repos.
Vendredi 22 décembre, matin. — k Tempe rature , 36°,8; pouls, 72.
Soir. — Température, 37 degrés; pouls, 72.
Visite de MM. Siredey et Lannelongue. A la suite du frisson de la nuit, le malade a reposé et son état général est satisfaisant au moment de notre visite, la physionomie est bonne et la langue très humide.
L'empâtement iliaque est dans le même état; il n'y a ni œdème superficiel, ni induration de la paroi antéro-latérale de l'abdomen, tout se passe plus profondément. M. Gambetta nous dit qu'il a ressenti la veille au soir quelques petites douleurs spontanées. Les mouvements du membre inférieur droit sont complets et faciles, il n'y a pas d'œdème de ce membre.
M. Gambetta refuse une consultation que lui offre M. Siredey dans les termes les plus amicaux.
Un verre d'eau "de Pullna, cataplasmes, onctions sur la
partie engorgée avec la pommade mercnrielle belladonée, sulfate de quinine 60 centigrammes.
Sommeil d'une à quatre heures, et bien-être pendant toute la soirée.
Dix heures du soir. — Petite évacuation, puis frisson de moindre intensité que les précédents, suivi de chaleur.
Samedi 23 décembre, matin.— Température, 36°,2 ; pouls,72.
Soir. — Température, 38 degrés ; pouls, 80.
Le malade a désiré dans la soirée de la veille voir M. le professeur Charcot; la réunion a eu lieu à huit heures du matin. La fin du jour précédent et la nuit ont été très bonnes; M. Gambetta a longuement dormi. M. Charcot trouve un état général dans de bonnes conditions, la physionomie favorable, la langue humide. Le ventre étant moins distendu par les gaz, l'exploration de la fosse iliaque est facile et M. Charcot reconnaît que la partie inférieure et interne est libre ; il n'en est pas de même en dehors et en haut où existe un empâtement qui occupe le csecum et la partie inférieure du côlon ascendant ; c'est la portion postérieure de ces organes qui semble atteinte ainsi que le tissu graisseux sur lequel ils reposent. Actuellement, selon M. Charcot, l'affection serait une pérityphlite primitive se propageant sur le côlon, et il prononce le nom de péricolite concomitante. Il n'y a aucun indice de suppuration, ni œdème, ni fluctuation, ni douleurs spontanées. L'opinion du professeur Charcot confirme et précise le diagnostic posé par les médecins ordinaires.
En face de l'engorgement profond, on décide l'application d'un large vésicatoire qui ne devra produire que de la rubéfaction de la peau et ne sera laissé en place que trois heures. On prescrit 25 centigrammes de calomel en trois paquets. Lait, eau rougie, grogs, bouillon et même potage si l'amélioration persiste *.
Là journée du samedi a été bonne et le malade a dormi à plusieurs reprises ; dans la soirée, le calomel n'ayant pas agi, on donne un lavement qui est efficace.
4 . A l'issue de la consultation , ce jour-là comme les jours suivants, les médecins rédigèrent un bulletin intentionnellement favorable. Ils n'ignoraient pas que M. Gambetta, dans sa lecture quotidienne des journaux, tenait à savoir ce qui était dit de sa santé.
(Note de M. Lannelongue.)
Dimanche 24 décembre, matin. — Température, 37°, 4; pouls, 76.
Soir. — Température, 38°, 2; pouls, 80.
Visite de MM. Siredey et Lannelongue. Excellente nuit, physionomie presque normale, langue humide. Absence de douleurs et d'élancements dans le côté droit. Le vésicatoire a déterminé de la rubéfaction et une légère vésication en deux poinls. Le malade désire un œuf frais pour son déjeuner; lait et bouillon dans la journée, lavement purgatif dans la soirée.
Lundi 25 décembre, matin. — Température, 36°,8; pouls, 76.
Soir. —Température, 38°, 6; pouls, 80.
La nuit dernière a été fort calme, avec du sommeil. M. Gambetta a pris le matin un verre d'eau de Pullna qui n'amène pas d'évacuation dans le jour; le soir un lavement est suivi d'abondants effets. Le malade prend un œuf et du vin à son déjeuner, du lait et de l'eau vineuse dans le jour. A cinq heures, il reçoit la visite de MM. Charcot et Siredey qui constatent que l'empâtement est un peu descendu vers l'épine iliaque supérieure et qu'il se prolonge en arrière; la pression lombaire ne détermine aucune douleur. Il n'y a pas eu de nouveaux frissons depuis le 22 décembre à dix heures.
Mardi 26 décembre, matin. — Température, 38 degrés; pouls, 80.
Soir. — Température, 38°,2; pouls, 80.
Visite de M. Siredey dans la matinée, de M. Lannelongue à trois heures.
M. Gambetta a eu un sommeil ininterrompu de dix heures à huit heures du matin ; il a pris entre huit et dix heures 25 centigrammes de calomel en trois doses; à midi on lui donne un œuf frais et un demi-verre de vin. Plus tard, sommeil d'une à deux heures; à son réveil, léger frisson «uivi de chaleur à la tête ; à trois heures, il prend 50 centigrammes de sulfate de quinine. M. Lannelongue le visite à quatre heures et procède à un examen approfondi.
Le ventre présente un tympanisme prononcé qui gêne le malade depuis quelques moments ; sur la place occupée par le vésicatoire existe une inflammation de la peau assez prononcée avec rougeur et œdème (c'est la première fois
qu'on constate ce phénomène nouveau, mais il perd de sa valeur clinique, car il n'existe qu'à la place même du vésicatoire). L'empâtement profond se présente dans les mêmes conditions que la veille; il se prolonge un peu en dehors dans la paroi latérale de l'abdomen; la fluctuation y est recherchée avec soin dans tous les sens, elle n'y est pas rencontrée. Par la percussion, on trouve de la sonorité partout, même dans les points de la paroi qui font suite à l'induration profonde; mais la sonorité y est moins écla-; tante. L'empâtement est plus sensible qu'hier et non seulement on réveille par la pression une douleur profonde, mais il existe une sensibilité de la peau très évidente au niveau de la cutite : les ganglions inguinaux sont douloureux. La pression au niveau du sein ne réveille pas de douleur; M. Gambetta a souffert spontanément dans le côté, il est un peu affaissé. Un lavement pris le soir amène une évacuation.
Mercredi 27 décembre, matin. — Température, 38 degrés ; pouls, 80.
Soir. — Température, 39 degrés; pouls, 80.
Visite de MM. Siredey et Lannelongue. La nuit a été un peu agitée et le sommeil très interrompu. Le malade accuse quelques douleurs superficielles dans le côté, dans la racine du membre et jusque dans la jambe ; il tient plus volontiers le membre inférieur droit fléchi sur le bassin et dans la rotation en dedans. Quand on lui demande d'étendre ce membre, il le fait sans douleur, mais il le ramène dans la flexion; il y a incontestablement un certain degré d'irritation du psoas.
Même état local qu'hier, pas de fluctuation, subsonorité sur la paroi latérale correspondante à l'engorgement. La surface du vésicatoire est rosée et œdémateuse, on voit quelques traînées qui vont vers le pli de l'aine. Le malade a pris du chocolat au lait à son déjeuner, du lait et deux grogs dans la journée. Le soir évacuation après un lavement purgatif.
Jeudi 28 décembre, matin. — Température, 38 degrés; pouls, 80.
Soir. — Température, 38°,8; pouls, 100.
Consultation de MM. Charcot, Verne u il, Trélat, Siredey, Gilles, Fieuzal et Lannelongue.
Matin. — Le malade a passé une bonne nuit et il se sent reposé; il prend deux verres d'eau de Pullna à huit heures qui amènent dans la journée une évacuation abondante de matières liquides et de gaz. Le régime alimentaire est composé de lait, de vin et de grogs. A cinq heures du soir a lieu la consultation.
Les médecins réunis, après avoir discuté toutes les hypothèses que pouvait suggérer l'état du malade, furent unanimement d'accord sur les conclusions suivantes :
L'existence de la pérityphlite est incontestable; toute autre hypothèse doit être écartée; les probabilités en faveur d'une suppuration autour du gros intestin, dans le tissu cellulo-graisseux sur lequel il repose, sont très grandes. Les résultats fournis par la recherche attentive de la. fluctuation étant absolument négatifs, il n'existe en aucun point de collection purulente. Peut-être y a-t-il un infiltration de pus? La sonorité intestinale déborde de toutes parts, même en arrière, l'empâtement profond.
Ces conditions réunies interdisent une intervention chirurgicale qui seraient pleine d3 périls sans donner aucun espoir fondé d'un résultat favorable 1 .
Vendredi 29 décembre, matin. — Température, 36°,8; pouls, iOO.
Soir. — Température, 38°,7 ; pouls, 108.
Matin. — La nuit a été médiocre, pas d'agitation, mais peu de sommeil. Un verre d'eau de Pullna.
Cinq heures. — Visite de MM. Siredey et Lannelongue.
1. La note suivante fut publiée le lendemain dans la République française :
« M. Gambetta ayant souffert de nouveau, ces jours derniers, de douleurs intestinales qui ont ramené plusieurs fois des accès de fièvre, une consultation a eu lieu hier à cinq heures à Villed'Avray, Aux médecins et chirurgiens qui, depuis le début, ont soigné M. Gambetta avec le dévouement que l'on sait, s'étaient joints MM. les professeurs Charcot, Trélat et Verneuii. Après examen, tous, d'accord sur chacune des données du diagnostic, ont reconnu qu'il n'y avait pas lieu d'intervenir actuellement par les procédés chirurgicaux. Une opération n'était nullement indiquée.
« Les phénomènes inflammatoires qui ont été constatés ont un caractère local, et tout fait espérer que la résolution en sera obtenue par un traitement approprié, sur lequel les consultants sont également d'accord. •
« L'état général est satisfaisant. »
L'expression faciale est calme, mais la langue est sèche pour la première fois, la peau est fraîche, le ballonnement du ventre est toujours prononcé et le malade a eu deux évacuations dans la journée. L'examen local montre unérysipèle fort étendu, couvrant la partie latérale droite de l'abdomen et le tronc du même côté depuis l'angle inférieur de l'omoplate jusqu'à la racine de la cuisse, qui est aussi envahie en arrière : un bord abrupt et un liséré rouge limitent le gonflement de la peau. Sous cet érysipèle on ne distingue pas de partie plus saillante et une recherche attentive et modérée de la fluctuation est absolument négative. Les ganglions de l'aine sont douloureux. Toute la région est déjà depuis quelques jours fortement saupoudrée d'amidon et recouverte d'une forte épaisseur d'ouate. On donne au malade, plus affaissé aujourd'hui, une potion avec 4 grammes d'extrait mou de quiuquina,et il prendra plus fréquemment des grogs et des vins généreux.
Samedi 30 décembre, matin. — Température 37°,7; pouls, 108.
Soir. — Température 38°,6 ; pouls, iiO.
Matin. — Visite de MM. Siredey et Lannelongue. La nuit a été mauvaise et le sommeil interrompu sans qu'il y ait eu cependant du délire. La bouche est amère et la langue sèche, la peau est moite ; le malade a pris sa potion au quinquina, mais il a vomi la dernière cuillerée; la rougeur de l'érysipèle est moindre et Je gonflement de la peau peu accusé, le ventre est aussi plus souple. M. Gambetia ne parait pas inquiet, il semble moins absorbé qu'hier et nous parle de l'insommie de la nuit; la parole est facile, mais la voix est moins forte, et le nombre des respirations s'élève à 34 par minute. Thé au lait, lait additionné de kirsch, grogs.
Quatre heures du soir. — Consultation de MM. Gharcot, Verneuil, Trélat, Siredey et Lannelongue, M. Paul Bert étant présent. Pendant la journée, M. Gambetta s'est montré indifférent à toutes choses, il a eu quelques moments de sommeil; il n'a ressenti aucune douleur, il est toujours gêné par les gaz et a eu un vomissement.
Les médecins qui ont pris part à la consultation donnent successivement leur avis. D'un commun accord, ils reconnaissent que la situation s'est considérablement aggravée
et qu'aucune opération n'est indiquée, ni possible. Ils considèrent que les seules indications à remplir sont relatives à l'état fébrile et à la nécessité de soutenir les forces du malade 1 .
Dimanche M décembre, matin. — Température, 37 degrés ; pouls, 120. 40 respirations par minute.
Huit heures. —Visite de M. Siredey. Nuit calme et dans l'affaissement jusqu'à cinq heures du matin. A ce moment,. M. Gambetta est pris d'un délire léger, qui reparait à plusieurs reprises jusqu'à sept heures et demie; un peu plus tard, il a le hoquet pendant quelques instants. La faiblesse est grande, il n'éprouve d'ailleurs aucune souffrance. On lui donne du café, il le rejette ; on recommande l'usage du vin de Champagne et l'emploi plus continu de l'eau-de-vie et du rhum.
Une heure. — Visite de M. Lannelongue. La physionomie du malade est calme, mais le visage présente une teinte légèrement violacée apparente sur les joues, le nez et les oreilles ; la cavité buccale est extrêmement sèche et quand on adresse la parole au malade, il répond avec difficulté tant qu'il n'a pas humecté sa bouche: du reste, M. Gambetta possède toute sa lucidité et, jusqu'à quatre heures, il ne se plaint d'aucune souffrance. Vers deux heures les parties qui sont hors du lit, les mains surtout, deviennent fraîches. Le pouls oscille entre 120 et i40 et par temps il a quelques irrégularités ; le nombre des respirations est de 38 à 40. L'état du ventre est toujours le môme, l'érysipèle semble éteint.
Le vin de Champagne est mal toléré; il est recommandée de ne plus employer que le thé fortement additionné de rhum, les grogs à l'eau-de-vie et de réchauffer le malade avec des boules d'eau chaude.
Dix heures du soir. — M. Lannelongue. Les symptômes
1. Il fut rédigé pour la soirée un bulletin favorable. Les médecins étaient surtout préoccupés d'éloigner toute inquiétude de l'esprit de M. Gambetta qui, le matin même, s'était fait corn-t muniquer les journaux.
« Le bulletin qui parut dans la République française du 31 décembre était ainsi conçu.
« L'état inflammatoire local est en voie de résolution. L'état général est satisfaisant.
« Charcot, Verneuil, Trélat, Paul Bert, « Siredey, Lannelongue. »
alarmants se sont multipliés et s'aggravent, le malade a cependant encore sa connaissance et il répond un dernier mot à onze heures moins un quart. Le dénouement est imminent et la mort arrive sans secousse quelques minutes avant minuit.