DÉCÈS DE H. MENIER
Messieurs, je reçois à Tinstant une dépêche télégraphique qui m'annonce une nouvelle perte que la Chambre vient de faire encore dans la personne de notre honorable collègue et ami M. Menier. [Mouvement.)
Voici en quels termes est conçue cette dépêche :
J'ai la douleur de vous faire part du décès de M. Emile Menier, député de Seine-et-Marne, qui a succombé ce matin à Noisiel, après une longue et cruelle maladie.
Agréez, Monsieur le Président, Texpression de ma haute considération.
Henhi Menier.
Messieurs, ce n'est pas sous le coup de cette nouvelle que votre président peut trouver des expressions véritablement suffisantes pour expliquer ou plutôt pour traduire devant le pays Témotion qu'elle provoque sur vos bancs. En effet, M. Menier, qui appartenait à la haute industrie parisienne, était connu de vous tous comme un homme de bien par excellence. Tout le monde savait et appréciait les qualités de cœur, la passion généreuse, on peut le dire, qu'il
1. Emile Menier, né à Paris le 18 mai 1826, industriel à Noisiel , membre de la Chambre de commerce de Paris , député de Seine-et-Marne depuis 1876,
apportait au service des œuvres philanthropiques, et Ton a vu , dans, les dernières circonstances de sa vie, alors que la maladie ne le tenait pas encore éloigné de nous, avec quelle ardeur juvénile il poursuivait la réalisation d'idées qui, pour n'être pas acceptées de ses collègues, n*en étaient pas moins inspirées par la plus haute générosité sociale. {Très bien! très bien!)
M. Menier avait exercé pendant une vie trop courte les fonctions consulaires, les fonctions de membre de la chambre de commerce, et il s'était toujours montré à la hauteur de tous ses devoirs. Gomme industriel , M. Menier avait pris une place qui ne sera pas remplie de sitôt, au point de vue du développement de notre industrie et des débouchés qu'il trouvait dans le monde entier pour les produits qu'il y répandait.
M. Menier était enfin, dans cette Assemblée, un lien naturel entre vous et ces chercheurs un peu hardis qui, dans le domaine de la finance et de l'impôt, étudient les procédés les plus simples de prendre les ressources naturelles d'un pays là où elles se trouvent.
Vous serez convoqués à ses funérailles par lettre à domicile, puisque demain il n'y a pas séance publique. On n'a pas encore fixé le jour des obsèques, mais la Chambre comprendra qu'il faut tirer au sort dès à présent la députalion qui assistera à son cortège funèbre. [Très bien! très bien!)
SEANCE t)U U MARS 1881
DÉCÈS DE, H. ROCVRR '
Avant de lever la séance, j*ai à faire connaître à la Chambre la perte qu'elle vient de faire dans la personne de notre honorable et regretté collègue M. Rouvre, député de TAube.
M. Rouvre a été frappé la nuit dernière, et enlevé à sa famille, à ses amis et à la Chambre par un coup d'autant plus crnel qu'il était inattendu.
Voici la lettre que sa fille m'a adressée :
Paris, 14 mars 1881.
Monsieur le Président,
J*ai la doulear de vous annoncer la mort de mou père, M. Rouvre, député de TAube, enlevé À notre affection ce matin à quatre heures.
Recevez, Monsieur le président, l'expression de ma considération la plus distinguée.
J. DUCOUDRÉ.
M. Rouvre était un vétéran d'un parti républicain. 11 n'avait jamais recherché l'honneur de représenter son pays : ses concitoyens ont fait violence à sa modestie aux heures difficiles qu'a traversées la France. Ils le connaissaient autant pour la fermeté
1. Louis Rouvre, né à Saint-Parres-les-Vaudes le 12 décembre 1802, docteur en médecine, député de Bar^sur-Seine depuis 1876.
59i CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
que pour Tancienneté et la modération de ses opinions. Us le connaissaient aussi comme un homme de bien, désintéressé, toujours prêt à prodiguer ses soins, ses talents^ ses ressources, sa vie, pour le soulagement des infortunes qu'il rencontrait sur son passage. {Très bien! ires bienl) Il a été parmi nous un député fidèle à ses convictions, aimé et honoré de ses collègues... [Oui! oui! — C'est vrai!); son souvenir restera présent dans le cœur de tous ce|ix qui Tout connu. {Marques génét*ales d'assentiment,)
Il va être procédé au tirage au sort d'une députation qui devra accompagner les restes mortels de notre regretté collègue; après quoi, je lèverai la séance.
DÉCÈS DR H. DESSEÀUX *
Messieurs, avant que la Chambre reprenne le cours de la délibération, je dois lui apprendre la perte qu*elle vient d'éprouver par la mort de notre regretté, vénéré et aimable doyen, M. Desseaux. {Sensation,)
Vous connaissiez tous M. Desseaux, et certes je ne pourrai louer trop haut les qualités de cœur, d'esprit, d'urbanité, qui le distinguaient et qu'il avait pour ainsi dire le don de répandre au milieu de nous.
M. 'Desseaux appartenait à cette forte génération de la fin du siècle dernier, qui a traversé les trois quarts de celui-ci, en portant haut et ferme le drapeau de la Révolution française. {7W« bient trèsbien! — Applaudissements à gauche et au centre.)
Sous tous les gouvernements, et au milieu de:: épreuves les plus cruelles, il avait su grouper atHour de lui toutes les sympathies, et, je peux le dire, tous les concours, car, aux heures de crise que traversaient la patrie et cette grande ville de Rouen, toujours généreuse et ardente , M. Desseaux se levait, montait les degrés de la maison commune et apportait le tribut
1. Louis Desseaux, né à Honfleur le 6 décembre 1778, avocat à Rouen en 1820, bAtonnier, premier avocat ^néral en 1848, député au Corps législatif en 1869, préfet de la Seme-Inférieure le 4 septembre 1870, député de la l** circonscription à Rouen depuis 1876.
de sa fermeté civique, de son courage et de son dévouement au bien public. (Applaudissements.)
A ce poste de lutte et de péril, M. Desseaux était suivi et soutenu par tous ceux qui, le connaissant, savaient ce que Ton peut attendre de son énergie et de sa clairvoyance.
La crise passée, cet honnête homme rentrait chez lui, se dérobant pour ainsi dire à la reconnaissance de ses concitoyens et laissait à d*autres Thonneur de les représenter dans les Assemblées parlementaires.
Enfin un jour vint oh on lui Ût violence; et sous l'Empire, après qu'on eut longtemps pesé sur lui, on le décida à venir se joindre au groupe des députés qui défendaient la cause démocratique. Il combattit au milieu d'eux.
Il se retrouva aussi avec eux, au lendemain de nos désastres : on lui imposa encore, — et il ne put s'y dérober après les services éminents qu'il avait rendus pendant la défense nationale, — le mandat de représentant de son pays.
C'est là. Messieurs, que vous l'avez connu, que vous l'avez rencontré, et le plus beau des éloges qu'on puisse faire de lui, c'est certainement le souvenir qu'il a laissé dans vos cœurs. {Nouveaux applaudissements.)
Chargé de jours, mais l'âme toujours forte, il supportait d'une façon presque juténile les travaux que son âge lui imposait à l'ouverture de nos sessions.
Nous ne verrons plus à ce siège cette douce et aimable figure de vieillard, mais cependant je suis sûr que plus d'un l'évoquera naturellement le jour où il avait l'habitude de remplir les fonctions de doyen de l'Assemblée. [Oui! oui! — C'est vrai/)
Messieurs, il sort de la vie^ il la quitte sans agitations, sans souffrances ; on peut dire qu'à ses derniers moments il aura été un favori de cette lieureuse fortune, qui manque quelquefois aux carrières les plus noblement remplies et consacrées tout entières au
culle de la justice, & la défense du droit et à Tamour du beau ! {Applaudissements prolongés.)
II va ôlrc procédé au tirage au sort de la délégation chargée de représenter la Chambre aux obsèques de notre regretté collègue, qui auront lieu demain à deux heures.