EXPOSITION DE MES PRINCIPES
C'est la Constitution que je veux détendre, la Constitution telle qu'elle est. On m'a demandé pourquoi je me déclarais le défenseur d'an ouvrage dont j'ai souvent développé les défauts : je réponds que. membre de l'Assemblée constituante, je me suis opposé de tout mon pouvoir cà tous les décrets que l'opinion publique proscrit aujourd'hui ; mais que. depuis le moment où l'acte constitutionnel fut terminé et cimenté par l'adhésion générale, je me suis toujours borné à en réclamer l'exécution fidèle, non pas à la manière de cette secte politique que l'on nomme modérée, qui n'en invoque la lettre et les vices que pour en tuer les principes et l'esprit, non pas à la manière de la cour et des ambitieux qui. violant éternellement toutes les lois favorables à la liberté, exécutent avec un zèle hypocrite et une fidélité meurtrière toutes celles dont ils peuvent abuser pour opprimer le patriotisme, mais comme un ami de la
1. Cet article préliminaire occupe les pages 1-16 du premier numéro du Défenseur de la Constitution.
patrie et de l'humanité, convaincu que le salut public nous ordonne de nous réfugier à l'abri de la Constitution, pour repousser les attaques de l'ambition et du despotisme.
L'Assemblée constituante a tenu dans sa main la destinée de la France et oie l'univers; elle pouvait tout à coup élever le peuple français au plus haut degré de bonheur, de gloire et de liberté ; elle est restée au-dessous de sa mission sublime. Elle a violé souvent les principes éternels de la justice et de la raison, qu'elle avait solennellement proclamés. Les droits de la nation et de l'humanité sont restés les mêmes : mais les circonstances sont changées ; et elles doivent déterminer la nature des moyens que Ton peut employer pour les rétablir dans toute leur étendue.
Peut-être la seconde législature, en arrivant au gouvernail de la révolution, aurait-elle pu examiner quelles étaient les véritables limites de ses devoirs et de sa puissance, et si les premiers représentants avaient eu le droit de lui imposer le serment qu'ils avaient exigé d'elle. Sans doute, si elle eût alors déployé un grand caractère ; si un homme de génie et de vertu s'était élevé. dans son sein, pour lui présenter le tableau des décrets qui démentaient la déclaration des droits et violaient les principes fondamentaux de la Constitution; si elle les avait immolés d'un seul coup au peuple et à la liberté, je ne peux douter que, dans ce moment, la majorité de la nation, fatiguée des fautes de la première Assemblée, n'eût applaudi, avec transport, à cette grande et courageuse démarche.
Mais l'Assemblée législative s'est empressée de prêter un serment unanime et absolu à l'acte constitutionnel tout entier. Les premières paroles qui retentirent dans sa tribune furent de pompeux éloges, prodigués indistinctement à tous les membres de la première législature; Cerutti1 déclara qu'ils avaient donné au monde la meilleure de toutes les constitutions possibles. Ce code fut apporté en triomphe par des vieillards, comme un livre sacré;