‹ Discours et rapports de RobespierreChapitre 38 sur 54 · Courtois. Rapport, p. lio · texte numérisé non relu

Courtois. Rapport, p. lio

donc au milieu d'une hostilité silencieuse, mais réelle, que Robespierre prononça à la Convention, dans la séance du 8 thermidor, le plus célèbre peut-être de tous ses discours. Telle était cependant la sincérité émouvante de cette éloquence que l'Assemblée ne put entendre Robespierre sans l'acclamer. L'impression du discours fut même votée, mais, la discussion s'étant engagée sur les accusations qui s'y trouvaient contenues, il fut, en dernière analyse, renvoyé à l'examen des Comités. C'était un échec pour Robespierre, et, dès ce moment, la chute fut certaine. Le soir, il lut son discours à la tribune des Jacobins. Mais les applaudissements enthousiastes qui l'accueillirent ne lui firent pas illusion, et on raconte qu'après avoir lu il ajouta : « Ce discours que vous venez d'entendre est mon testament de mort. Je l'ai vu aujourd'hui, la ligue des méchants est tellement forte que je ne puis espérer de lui échapper. Je succombe sans regret; je vous laisse ma mémoire; elle vous sera chère et vous la défendrez. »

Plus tard, le 30 thermidor an H, sur la demande de Bréard, la Convention ordonna l'impression du discours de Robespierre. Il fut « imprimé, dit Ernest Hamel, sur des brouillons trouvés chez Robespierre, brouillons couverts de ratures et de renvois, ce qui explique les répétitions qui s'y rencontrent 1 ».

1. Histoire de Robespierre, t. III', p. 733, note. — Le discours de Robespierre a été publié sous ce titre : Convention nationale. Discours prononcé par Robespierre, à la Convention nationale, dans la séance du 8 thermidor de Van 2 de la République une et indivisible ; trouvé parmi ses papiers par la commission chargée de les examiner ; imprimé par ordre de la Convention nationale. A Paris, de l'Imprimerie nationale, l'an II de la République ; in-8° de 44 pages. Il y a une autre édition, de 49 pages. — Nous avons suivi fidèlement le texte donné par la Commission thermidorienne; mais Ernest Hamel, qui a pu consulter le manuscrit de Robespierre, a constaté quelques variantes. C'est ainsi que dans le premier alinéa, après ces mots force de la vérité, le manuscrit contenait cette phrase : « Je vais dévoiler des abus qui tendent à la ruine de la patrie et que votre probité seule peut réprimer. » Dans le même alinéa, la phrase qui suit ces mots liberté violée, était rédigée ainsi : « Si je vous dis aussi quelque chose des persécutions dont je suis l'objet, vous ne m'en ferez point un crime; vous n'avez rien de

Citoyens,

Que d'autres vous tracent des tableaux flatteurs; je viens vous dire des vérités utiles. Je ne viens point réaliser des terreurs ridicules répandues par la perfidie; mais je veux étouffer, s'il est possible, les flambeaux de la discorde par la seule force de la vérité. Je vais défendre devant vous votre autorité outragée et la liberté violée. Je me défendrai aussi moi-même; vous n'en serez point surpris; vous ne ressemblez point aux tyrans que vous combattez. Les cris de l'innocence outragée n'importunent point votre oreille, et vous n'ignorez pas que cette cause ne vous est point étrangère.

Les révolutions qui, jusqu'à nous, ont changé la face des empires, n'ont eu pour objet qu'un changement de dynastie, ou le passage du pouvoir d'un seul à celui de plusieurs La Révolution française est la première qui ait été fondée sur la théorie des droits de l'humanité, et sur les principes de la justice Les autres révolutions

commun avec les tyrans que tous combattez. » (V. Ernest Hamel, Thermidor, p. 242-243). Ces deux phrases, d'ailleurs, se retrouvent un peu plus loin. Toutes les notes qu'on trouvera ici sont empruntées, sauf indication contraire, à l'édition de la Commission thermidorienne.

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