Discours parlementaires
Après que le minisire de la guerre eut demandé à la Chambre de remettre la délibération à midi.
M. Jules Favre parle ainsi :
Si la Chambre est d'avis que, dans la situation douloureuse et grave qui caractérise suffisamment la communication de M. le ministre de la Guerre, il est sage de remettre la délibération à midi, je n'ai aucun motif pour m'y opposer; mais, comme nous avons à provoquer ses délibérations sur le parti qu'elle a à prendre dans la vacance de tous les pouvoirs, nous demandons la permission de déposer sur son bureau une proposition que je vais avoir l'honneur de lui lire, sans ajouter quant à présent aucune observation.
Nous demandons à la Chambre de vouloir bien prendre en considération la motion suivante :
Article premier. Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie sont déclarés déchus des pouvoirs que leur a confiés la constitution.
Art. 2. Il sera nommé, par le Corps législatif, une commission de
gouvernement composée de — vous fixerez le nombre de membres
que vous jugerez convenable de choisir dans votre majorité —
iv. i
qui sera investie de tous les pouvoirs du gouvernement, et qui aura pour mission expresse de résister à outrance à l'invasion et de chasser l'ennemi du territoire.
Art. 3. Le général Trochu est maintenu dans ses fonctions de gouverneur général de la ville de Paris.
Signé : Jules Favre, Crémieux, Bartiiélemy-Saint-Hilaire, Desseaux, Garnier-Pagès, Larrieu, Gagneur, Steenackers, Magnin, Dorian, Ordinaire, Emmanuel Arago, Jules Simon, Eugène Pelletan, Wilson, Ernest Picard, Gambetta, le comte de Kératry, Guyot-Montpayroux, Tachard, Lecesne, Rampon, Giraud, Marion, Léopold Javal, Jules Ferry, Paul Betiimont.
Je n'ajoute pas un mot; je livre cette proposition à vos sages méditations, et demain, ou plutôt aujourd'hui dimanche, a midi, nous aurons l'honneur de dire les raisons impérieuses qui nous paraissent faire à tout patriote une loi de l'adopter.
Dans la séance du 4 septembre, à midi, cette proposition fut renvoyée à l'examen des bureaux, avec une autre de M. Thiers et celle du gouvernement.
Pendant la discussion dans les bureaux, la Chambre fut envahie par la foule, aux cris de : « La déchéance! Vive la France ! Vive la République ! »