RUE BONAPARTE
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Celte nouvelle édition des différents discours prononcés par M. Gambetta, depuis le i juillet 1871, a été entreprise pour répondre aux nombreuses demandes parvenues à l'éditeur. Les discours de M. Gambetta, livrés au public dans les colonnes de la Réptiblique française^ sont, pour la plupart, reproduits in extenso parla presse républicaine, dès les premiers jours de leur publication. Â cette immense publicité vient s'adjoindre celle de la propagande par brochures populaires à bon marché. Tous les discours que nous réimprimons ici ont d'abord paru en petites brochures séparées, dont le tirage a été souvent renouvelé, et qui ont même eu plusieurs éditions, notamment celle qui contient le discours prononcé à Bordeaux, le 26 juin 1871, au moment où M. Gambetta est venu reprendre sa part dans les travaux et les efforts du parti républicain. Ces différentes brochures réunies formaient une collection aujourd'hui épuisée, qui était fréquemment demandée à l'éditeur et qu'il importe de rendre au public républicain sous une ; '
forme plus durable et plus complète que les brochures séparées.
On trouvera donc dans le présent volume les dix-neuf discours que M. Gambetla a prononcés depuis le discours de Bordeaux jusqu'au récent discours d'Auxerre, depuis le i6 juin 1871 jusqu'au 3 octobre 1873. La sympathique attention avec laqncllo le parti républicain a toujours écouté la parole de M. Gambetla prouve assez Tintérêt de ces allocutions. Les voyages entrepris par M. Garabetta dans toutes les contrées de la France peuvent compter au nombre des plus sérieux services qu'il lui a été donné de rendre à la cause de la démocratie républicaine. L'orateur républicain s'esL exprimé lui-môme sur ce sujet en des termes qui ne laissent plus rien à dire : il avait voulu reconnaître l'état vrai de l'opinion publique en France; il s'est mis en route ; il est allé du nord au midi, de l'est a l'ouest, et partout il a trouvé que la France était unanime dans sa volonté de fonder la République comme gouvernement délinitif de la démocratie, unanime dans son espoir de trouver enUn le repos après tant de révolutiodà, la prospérité après tant de désastres, la ûerté et l'honneur après tant d'humiliations et de hontes, à l'ombre d'institutions libres^ larges, ouvertes à tous es hommes de bonne foi, capables d'assurer l'ordre véritable et de favoriser tous les progrès politiques et sociaux que peut souhaiter un grand et généreux pays comme le nôtre.
Les discours de M. Gambelta, prononcés devant des auditoires si différents, traitent de bien des sujets, et la variété le dispute à l'ampleur dans ces harangues qui ont obtenu, non- Beulement en France, mais en Europe, un si profond et si légitime retentisse rneût. Toutefois, il ne serait pas difiicile de re-
connaître qu'une pensée commune anime tous ces discours et eh fait comme une œuvre unique que Ton pourrait appeler l'œuvre de la constitution du parti républicain à Tétat de parti de gouvernement. Cette pensée se retrouve à toutes les pages du présent volume, et c'est, à proprement parler, Tinspiration maîtresse de cette éloquence qui, par un singulier privilégei éclaire encore les intelligences après qu'elle a cessé de remuer les cœurs« Nulle part d'ailleurs la politique proposée au parti républicain par M. Gambetta, politique toute nouvelle par la méthode autant que par l'inspiration, n'a été plu? largement, plus complètement exposée que dans deux Lettres à un Conseiller général, écrites par M. Gambelta, Tune au lendemain des élections d*octobre 1871, l'autre à la veille du. renouvellement par moitié des Conseils généraux en octobre 1874. L'éditeur a cru devoir donner place à ces deux lettres dans ce recueil de discours. La dernière, la plus récente, revient sur toute la politique conseillée par M. Gambetta, et suivie par le parti républicain depuis trois ans, la caractérise, la développe, en signale les bienfaits et les heureuses conséquences. C'est comme une récapitulation de tous les événements de notre histoire intérieure. L'éditeur l'a mise entête du présent volume, dont elle est la meilleure préface. Quant à la première, celle qui a été écrite en octobre 1871, elle devait aussi trouver place, à sa date, parmi les discours que nous publions, entre celui de Bordeaux et celui de Saint-Quentin. On la trouvera immédiatement avant la série des discours. Les lecteurs auront plaisir à se convaincre que l'auteur des lettres, comme l'orateur des discours, reste fidèle à lui-même, soit qu'il écrive, soit qu'il parle; que sa pensée suit un cours depuis longtemps tracé, et que toutes les idées qu'il expose successi-
vement devant le pays ne sont que le développement nécessaire d*idées antérieurement émises et sur lesquelles il ramène volontairement la réflexion de ses auditeurs. On sent, à parcourir ces pages, que l'orateur est à la poursuite d'un utile et noble dessein, et qu'il s'est proposé un but élevé dont chacun de ses discours et de ses écrits le rapproche, sans que jamais le découragement, la lassitude le gagnent.
C'est en vue de concourir à l'exécution du plan politique que M. Gambetta s'est tracé, que cette série de discours est aujourd'hui réimprimée. L'éditeur ose compter que son entreprise sera comprise et appréciée par le parti républicain, dont ce livre, qui a déjà porté tant de fruits excellents, peut encore servir utilement la cause, à la veille des prochaines et inévitables élections générales.
Paris, octobre 1874.
L'Éditeur.
Consulté à l'occasion du renouvellement par moitié des Conseils généraux dans toute la France, M. Gambetln vient d'adresser à un de ses amis, président et membre sortant du Conseil général dans l'un des départements du centre, la lettre suivante :
Pari«, le 24 septembre 1874.
A M, C. . . , président et membre sortant du Conseil général
du département de l'Allier.
Mon cher ami,
Vous voulez bien me rappeler qu'il y a trois ans, à pareille époque, j'eus Toccasion, après l'imposante manifestation électorale qui ouvrit la porte des Conseils généraux à tant de républicains, d'exprimer mon opinion réflécliie sur le caractère et la mission des nouveaux délégués de la démocratie républicaine. A la veille du renouvellement par moitié des Conseils des départements, vous me demandez de faire connaître l'appréciation que me
suggère cette nouvelle et importante opération du suffrage universel. Je défère d'autant plus volontiers à votre désir que les circonstances de la politique générale imposent aux élections partielles qui vont avoir lieu un caractère de lutte politique, et attachent par avance au scrutin du 4 octobre 1874 une signification qu'il est nécessaire de bien marquer pour faire justice des critiques et des accusations que les adversaires de la République ne manqueront pas de diriger contre la conduite de nos amis/Je vais donc, puisque vous m'y invitez, m'expliquer sur la nature des élections qui vont avoir lieu, sur le rôle spécial que les élus du 4 octobre devront s'efforcer de prendre dans l'accomplissement de leur mandat, enfin sur les conséquences politiques qui doivent, à mon sens, en découler dans un prochain avenir^
Au lendemain de la signature du traité de paix arraché par la force triomphante à une nation que l'abandon de sa propre souveraineté aux mains d'un seul avait conduite aux extrémités du malheur, la France se préoccupa de créer des institutions qui pussent la mettre à l'abri, dans le présent et dans l'avenir, des aventures et des folies du gouvernement personnel : elle demanda la reconnaissance et l'organisation du gouvernement de la République française. Les députés qu'elle avait choisis, dans un moment de trouble et de confusion, refusèrent obstinément * d'écouter la voix du pays, et cherchèrent dans les combi-
naisons les plus tortueuseà le moyen de déjouer le vœu national en faveur de la République. Surpris et même irrité de ce qu'il considérait comme une violation de promesses solennelles, dont le recueil des professions de foi et des engagements des candidats aux élections du 8 février 1871 demeure Tirrécusable témoin, le pays s'empara dès lors de tous les moyens légaux laissés à sa disposition, pour signifier hautement qu'il n'entendait pas être dépossédé de sa souveraineté et qu'il poursuivait avec persévérance l'établissement du régime républicain. C'est ainsi qu'il faut expliquer le spectacle si intéressant que donne depuis trois ans la nation, ne perdant, ne négligeant aucun moyen, aucune occasion de faire éclater ses sympa thies, ses vœux, ses légitimes exigences/Qui ne se rappelle avec émotion cet admirable mouvement municipal qui, dès le mois d'avril 1871 , remua toutes les communes de la France? Le pays sentait dès lors le besoin de ne laisser planer aucun doute sur ses résolutions et sur ses volontés, et il couvrit la France d'Administrations et de Conseils municipaux républicains. Les élections municipales furent politiques et républicaines.
Vinrent les élections des Conseils généraux en octobre 1871. Les politiques de la monarchie étaient restés sourds aux réclamations du suffrage universel : le suffrage universel parla plus haut encore, et, pour la première fois depuis trois quarts de siècle, on vit, sur toute la surface du territoire, la démocratie républicaine prendre part aux élections cantonales et remporter un succès éclatant, gage précurseur d'une prise de possession définitive de ces
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anciens postes dont la réaction avait pour habitude de se faire comme autant de citadelles, et d*où elle savait sortir à l'heure propice pour refouler la démocratie. L'échec fut rude et significatif pour les partisans du régime des classes dirigeantes; ils étaient battus par la démocratie sur leur terrain le plus favorable. On remarqua Tinstinct et la pré* cision qui avaient dirigé les coups du suffrage universel sur la personnalité des membres de l'Assemblée nationale les plus engagés et les plus compromis dans les intrigues monarchiques, ce C*est un grand pas, vous écrivais-je alors, le plus considérable peut-être qui ait été fait vers l'établissement et l'organisation de la République, ^n le vit bien, par les événements qui ne tardèrent pas à se dérouler. La révolution parlementaire du 24 Mai ayant renversé du pouvoir l'homme qui, le premier dans le camp monarchique, avait entendu et recueilli les vœux de la France, les ardeurs royalistes ne rencontrèrent plus dans le pouvoir ni obstacle ni frein ; elles éclatèrent ouvertement, et la France ni Tt urope n'ont oublié les prétentions insolentes d'une faction qui annonçait la résolution d'imposer au pays, malgré la résistance du suffrage universel, la monarchie héréditaire à une voix de majorité dans le Par* lement. C'est à ce moment de crise suprême, d'où la giierre^cixile pouvait sortir à chaque heure, que les esprits réfléchis purent apprécier l'utilité des choix faits dans les scrutins municipaux et cantonaux d'avril et octobre 1871. Le pays manifesta, d'une extrémité à l'autre de ses frontières, ses répugnances et son aversion pour une politique qui ne tendait à rien moins, comme on l'a dit avec autant
de force que de justesse, qu à prendre une revanche sur la Révolution de 1789; et c'est à Tintervention calme, loyale, résolue des représentants des assemblées locales que la France doit certainement d'avoir échappé à une nouvelle commotion, qui auf ait été c< la plus effroyable de toutes. »
Délivré aujourd'hui du fantôme de la restauration mo* narchique, le pays n'en reste pas moins exposé à toutes les inquiétudes et à toutes les craintes qu'inspirera toujours un gouvernement incertain sur la nature de ses pouvoirs, dépourvu d'un principe de droit capable de mettre on aux compétitions des partis.
Aucun d'eux, en effet, n'a renoncé ni à ses espéranoQS ni à ses ambitions ; la bande du â Décembre elle-mém^ ose reparaître pour tenter de nouveau la spoliation du pays, et ce n'est pas un gouvernement sorti de la coalition de ces factions rivales qui peut trouver en lui îjeul l'autorité et l'énergie nécessaires pour les dominer et assurer au pîfys la direction et la conduite de ses propres affaire»* C'est pour donner à ce pouvoir la force et le crédit dont il ne peut se passer, qu'on réclame de toutes parts qu'il soit entouré d'institutions nettement définies et capables de lui survivre. Ces institutions^ le pays seul peut les indiquer. ^n face d'une Assemblée qui s'est proclamée constituante, et dont l'impuissance manifeste à remplir un tel mandat est depuis longtemps établie, il faut que la France parle; et c'est là la raison supérieure et invincible qui exige que les élections du 4 octobre 1874, pour le renouvellement partiel des Conseils g«inéraux, soient eomme celles d'octa*
bre 1871 , des élections politiques , partant républi-
caines.
Au surplus, une fois élus, les républicains qui iront s'asseoir dans les Conseils généraux n'auront qu'à persévérer dans la ligne de conduite suivie par nos amis depuis le mois d'octobre 1871. Les esprits les plus préyenus contre la démocratie française sont obligés de confesser aujourd'hui l'injustice de leurs accusations contre les élus des derniers scrutins. Outre la vie, l'activité dont les Conseils généraux ont fait preuve, on a constaté le zèle, l'aptitude, la compétence croissante des nouveaux venus dans le maniement des affaires départementales^^'est une véritable transformation qui s'est opérée dans le rôle de ces Conseils locaux. Au lieu de ces banales et rapides sessions qu'on bâclait lestement sous les anciennes monarchies, on a vu les Conseils tenir à honneur de consacrer tout le temps qui leur est imparti par la loi à la discussion publique et au règlement des plus graves intérêts. L'intervalle des sessions n'a pas été non plus un temps de loisir : il a presque partout servi à la préparation de rapports circonstanciés sur les branches les plus importantes de la vie départementale, sur l'élat des services publics au point de vue delà voirie, du régime pénitentiaire, de l'hygiène, de l'assistance publique, des chemins de fer, des exploitations minières, des canaux, des débouchés et des tarifs pour la production
locale; mais l'honneur par excellence de ce grand développement d'activité et de zèle pour le bien public, c'est la passion que les Conseils généraux ont montrée dans toutes les questions qui touchent à l'éducation nationale. Les vœux que soixante-cinq d'entre eux ont fait publier, avec les discussions théoriques et pratiques à l'appui, révèlent mieux qu'aucun autre genre de travaux l'esprit de grogrèsjetjie4ustice, pour tout dire d'un mot, le patriotisme qui anime ces représentants de la France moderne. Républicains et hommes politiques, nos conseillers généraux se sont sévèrement interdit la politique pure, l'ingérence passionnéedans les querelles des partis. Us ont admirablement compris que bien étudier, bien gérer les affaires de leurs électeurs, c'est, au vrai sens du mot, faire de la bonne politique.
En effet, la politique, pour la démocratie contemporaine, ce n'est pas une lutte plus ou moins brillante concentrée tout entière dans l'enceinte des assemblées nationales : c'est l'élaboration sur place, dans chaque communauté administrative de la France, de toutes les questions qui touchent aux droits, aux intérêts, aux besoins, à l'émancipation morale et matérielle de tous les membres de cette grande démocratie dont on suit le lent et douloureux affranchissement à travers notre histoire, mise hors de tutelle par la Révolution de 1789, investie de tous ses droits par celle de 1848, et qui, après avoir été constamment asservie, refoulée ou trompée par des maîtres divers, veut aujourd'hui faire elle-même ses affaires, par Tintermédiaire d'hommes sortis de son sein
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et décidés à ne jamais séparer ni leur cause ni leur fortune de celles du peuple.
La politique ainsi comprise, dans la grande majorité des Conseils, a eu pour premier avantage de faire ressortir aux yeux de tous la capacité de ces élus d'une démocratie que le travail a créés, que le travail maintient, développe et grandit tous les jours : ils apportent naturellement, dans les fonctions et les charges dont ils sont revêtus, cette forte application, cette patience obstinée, ce scrupule et cette attention, fruits de leur existence laborieuse, qui leur permettent de se trouver à la hauteur de toutes les exigences et de toutes les difficultés.X]l'est cette démocratie, petite bourgeoisie, ouvriers et paysans, que j'ai appelée un jour les nouvelles couches sociales, et c'est entouré de conseillers généraux nouvellement élus que j'ai silué son avènement^
Cette initiation des nouvelles couches sociales au maniement des affaires publiques a exercé la plus salutaire influence sur l'esprit démocratique. Rapprochés de la réalité des choses, aux prises avec les difficultés qui naissent pour toute réforme de Tentrecroisement et de la multipli-» cité des intérêts, de la résistance et de la coalition des pré* Jugés, la partie représentative de la démocratie a prompte* ment pu faire un juste départ, dans ses aspirations, entre les idées mûres, pratiques et réalisables, et celles qui sont encore incohérentes, prématurées ou chimériqueaf L'expé. rience, cet organe supérieur de l'acquisition de la vérité dans le domaine de la science, n'est ni moins nécessaire ni moins féconde dans la sphère de la politique, et nul pro«
À m CONSEiLLSa GEiSÉRÂL. 40
grès au monde n*e8t plus désirable pour la démocrati« que de s*:nstruire, par elle-même et par la gestion de la commune et du département, des règles et des nécessités du gouvernement de TÉtaty Ainsi se formera une nation ^ nouvelle, véritablement libre et libérale, assez sûre d'elle^ même, assez jalouse de sa dignité pour être respectueuse des droits de tous et ne faire de TÉtai que le garant des libertés publiques. Ainsi peut-être, gr&cd à cette éducatioB expérimentale de la démocratie, (iniront les cruelles et dangereuses guerres de mots, l'esprit public cessant de se repaître de vaines formule^Je regarde, en effet, ce qui m passe autour de nous, et je crois découvrir que noat avons déjà fait de notables progrès. Il me semble que partout s'est répandue une notion juste et vraie, dont noiu verrons plus tard se produire les heureuses conséquences : c'est qu'en somme, les abus, les excès, les entraves, les infériorités de toute nature dont pâlissent f.ncore, en dépii de la Révolution française, les innombrables couches la* borieuses de ce pays, ne dépendent pas d'une solution théorique, uniforme, capable de les effacer et de les abolir, comme une formule d'algèbre sert à résoudre une équation. L'idée d'une telle solution, abstraite, insaisis^ sable, la démocratie la perd infailliblement au contact de la réalité et, comme on dit vulgairement, en mettant la main à la pâte. Par contre, la démocratie acquiert simui-^ * tanément une notion non moins précieuse : c'est que toute plaie sociale, tout vice social a ses racines dans âne des dépendances de la législation politique, commerclaiey judiciaire^ administrative, économique du pays ; mais que
ce mal doit être considéré en lui-môme, pris à partie en quelque sorte, et qu'il doit être combattu avec les moyens et par les procédés même qui ont aidé et facilité sa propagation dans le corps social, de telle sorte que. pour ceux de nos amis qui les étudient de près dans les affaires, il y a autant de problèmes sociaux, divers, vaiiés qu'il y a de conditions politiques, administratives ou économi(|ues différentes, et pour chacun desquels il faut chercher un procédé spécial de solution, ce qui fait que toute question dite sociale se résout en fm de compte, et par l'action immédiate des mandataires du pays, en question d'ordre politique.
Ce sont les résultats d'une si prompte et si efficace éducation qui me font désirer ardemment de voir s'augmenter le nombre des membres de ces nouvelles couches sociales qui, dans tous les corps électifs du pays, pourront s'initier à leur tour à la connaissance et à la gestion des intérêts vitaux d'une démocratie qu'ils composent pour la plus grande part. Un pareil progrès ne va pas sans le progrès même de l'esprit de légalité dans les rangs du suffrage universeK/Si dure que soit la légalité, si gênante que la fassent parfois des interprétations captieuses, notre démocratie a compris admirablement que c'est par le respect systématique de la légalité qu'elle forcerait ses adversaires à se découvrir, pour apparaître à tous les yeux comme des provocateurs et des violents, et qu'elle ne tarderait pas, pour sa part, à gagner la confiance des véritables conservateurs, des esprits vraiment modérés. C'est pour f tire c^tte démonstration que nos élus, à l'exemple de leurs
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commettants, sont restés fermes et impassibles depuis trois ans, sous les injures, les intimidations^ les menaces, les rigueurs, se couvrant à leur tour de la légalité qu'ils avaient respectée en toute occasion et l'opposant aux artifices et aux empiétements d'agents qui se proposaient de les pousser à bout. Ils ont rempli leur tâche dans les conditions les plus difficiles, défendant hautement les droits et les intérêts de leurs électeurs, en dépit des sévérités de cet arbitraire légal, Tétat de siège, établi contre l'étranger et maintenu contre l'opinion. Les nouveaux élus persévéreront dans cette conduite si sage et si patriotique. Ils contribueront à maintenir, en face des ardeurs et des partis réactionnaires, cette union, cette concorde, cette inaltérable patience de toutes les fractions de la démocratie ré* publicaine; ils prépareront par là le triomphe, lors des élections générales, des défenseurs de la démocratie dans tous les départements.
C'est, en effet, une véritable préparation aux élections générales que tous les partis s'accordent à voir dans le scrutin du 4 octobre.
La conspiration monarchique a épuisé , pendant ces quatre dernières années, toutes les ressources dont elle disposait pour surprendre la France et lui imposer la royauté. Impuissante à ramener le régime de ses vœux, elle est également impuissante à retarder bien longtemps
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encore l'ëtablistement définitif de la République, et c'est avec terreur qu'elle envisage le moment où il lui faudra avouer publiquement sa défaite et rendre la parole au pays. Ces réacteurs ont cherché à se débarrasser du suffrage universel : ils n'ont réussi qu'à le molester et à le rendre plus vigilant et plus hostile. Ils ont frappé d'ostracisme toutes les municipalités républicaines, et ils n'ont réussi qu'à donner, dans toutes les communes de la France, un chef et un guide à l'opposition démocratique en faveur des franchises municipales. Ils ont chassé de leurs postes tous les fonctionnaires suspects d'esprit républicain ou même libéral, et ils n'ont réussi qu'à constituer une administration divisée, hétérogène, inerte, quand elle n'est pas tracassière. Ils ont combattu sur le terrain électoral tous les candidats républicains, et ils n'ont réussi qu'à rassembler, qu'à concentrer toutes les forces républicaines dans un même faisceau. Us ont presque partout porté la main sur la presse républicaine, et ils n'ont réussi qu'à susciter le zèle et l'activité des citoyens, obligés de suppléer au silence forcé des journaux par un redoublement d'efforts personnels. Ils ont affecté le pouvoir constituant, et ils n'ont réussi qu'à mettre en lumière cette idée, depuis longtemps en possession de l'opinion publique, que la France seule est de taille à se donner des institutions. Us sont à bout de ressources. Les vacances exagérées qu'ils se sont données prendront bientôt fin, et il faut qu'à leur retour, on les mette en présence du plus récent et du plus significatif des verdicts du suffrage universel.
Grftce à ces élections du 4 octobre, qui vont mettre eu-
mouvement la moitié de la France, sous l'attention passionnée du reste du pays, on peut faire parvenir à Yer^ sailles une grande et décisive parole. Chaque canton, con-r voqué au scrutin du 4 octobre, doit tenir à honneur de faire connaître sans équivoque, par Tintermédiaire d*un homme ferme et convaincu, que son choix est fait, et qu'il attend désormais, du gouvernement de la République aux mains des républicains, la protection de ses droits, la sécurité de ses intérêts^ul des serviteurs de la démocratie, n'aie droit, en pareille conjoncture, de décliner le mandat qui lui serait offert par ses concitoyens. Les raisons pri* vées, les refus tirés des goûts et des convenances domes« tiques ne sauraient être accueillis, quand il s'agit d'un service que le pays est en droit de réclamer de tous ceux qui s'intéressent à son relèvement et à sa prospérité Les adversaires de la démocratie ne manquent pas d'objecter que cette préoccupation politique, de la part des républicains, est une nouvelle causée d'agitation pour le pays ; et certes oui, c'en est une. Mais à qui la faute ? Si l'Assemblée de Versailles avait mieux compris les intérêts de la patrie, si elle avait voté cette dissolution que rendaient nécessaire ses avortements successifs et la situation périlleuse de la France, nous n'en serions pas réduits à tenir un tel langage. Si même elle avait, au dernier moment, dans un élan de bon sens et de clairvoyance, adopté la proposition de M. Casimir Périer, le pays, rassuré sur le sort de la République, ne serait pas forcé de se servir de tous les moyens pour affirmer sa volonté de l'adopter pour forme de gouvernement. Oui^ c'est une agitation ; mais
elle est légitime, elle est salutaire ; tous les bons citoyens doivent désirer qu'elle serve enfin à mettre un terme à la politique de résistance et de combat^^nfm, il est souhaitable que les triomphes électoraux, que le zèle et l'activité des républicains s'efforcent d'obtenir, éclairent et dissipent les dernières hésitations de ce groupe de députés qui, sans aversion marquée pour le régime républicain, n'ont pas osé se confier encore au gouvernement de droit de la démocratie, et qui ont cherché, dans un expédient politique sans prestige et sans assiette, les garanties d'ordre et de sécurité qu'ils ne peuvent trouver que dans la satisfaction des vœux de la France./
Le besoin que la France ressent depuis tantôt quatre ans de se donner un gouvernement définitif pour mettre fin à ses divisions intérieures et vaquer, sans souci du lendemain, au développement de ses merveilleuses ressources naturelles, est, pour ainsi dire, surexcité encore par les appréhensions redoutables qui lui viennent du dehors. La France ne peut pas s'accommoder plus longtemps de la situation précaire, fragile, périlleuse, oii elle est aujourd'hui. Sa politique extérieure, sans dessein ni plan arrêté, soumise aux tiraillements des partis les plus divers, exposée à toutes les surprises, reste à la merci des événements : elle ne retrouvera de direction précise qu'avec un principe précis et fermement adopté dans le.gouvernement. L'histoire ne voudra pas croire qu'après les malheurs qui ont assailli la France, les terribles leçons qu'elle a reçues de la fortune, elle a pu passer quatre ans, grâce à l'impiété des partis, sans institutions, sans direction et par consé-
quent sans diplomatie véritable. Jamais les heures n'ont été plus précieuses, jamais on ne les a plus témérairement gaspillées. Qui oserait dire cependant, dans Tétat d'armement où sont les divers peuples de l'Europe, au milieu des haines et des convoitises surexcitées de toutes parts, qui oserait dire que le temps nous sera donné pour réparer les fautes du passé et nous trouver, le cas échéant, en état de porter le drapeau de cette nation à qui TEurope n'a jamais retiré son admiration ?
La responsabilité en pèsera tout entière sur ces hommes de parti qui, moins préoccupés de l'avenir de la patrie que de la satisfaction de leurs passions politiques, auront, par leur détestable conduite, retardé tout ensemble, mais heureusement sans pouvoir y échapper ni Terapêcher, l'avènement de la République et le relèvement de la France.
'Pendant que ces partis s'épuisaient dans leurs dissensions intestines, la démocratie grandissait, s'instruisait, travaillait, se disciplinait, en un mot prenait possession du pays, en faisant sortir tous les jours de ses rangs les meilletîrs de ses fils, pour les installer à tous les degrés dans les Conseils électifs ; elle préparait ainsi le nombreux personnel nécessaire au fonctionnement des institutions qui réaliseront réellement le gouvernement du pays par le pays, la République^ C'est ce personnel que la démocratie doit toujours avoir en vue dans les diverses manifestations électorales. Le scrutin du 4 octobre 1874, j'en ai la ferme assurance , augmentera ce brillant et solide effectif.
C'est d'ailleurs, mon cher ami, l'espoir que j'entends partout exprimer autour de moi, et c'est mon excuse de cette longue lettre.
Salut fraternel.
GonsuUé sur la conduite à tenir par les élus de la démocratie dans les Conseils généraux, M. Gambelta vient d'adresser à un de ses amis, nommé conseiller général dans l'un des départe* menls du centre, la lettre suivante :
Paris, le 16 octobre 1871.
A M. C.., membre du Conseil général du départetnent
de l'Allier»
Mon cher ami,
Au moment d'aller prendre votre place au Conseil général, vous voulez bien me demander mon opinion sur les élections qui viennent d'avoir lieu et sur la conduite que doivent tenir les élus de la démocratie républicaine dans ces nouvelles «assemblées. Comme la maladie me fait actuellement des loisirs forcés, je vais m'expliquer librement et complètement avec vous sur cet important sujet. J'ai beaucoup réfléchi aux avis que je vais vous donner.
sur votre propre demande; vous verrez d'ailleurs, à la lecture, que mes réflexions ont un caractère personnel et qu'elles sont toutes inspirées de cette pensée : que ferais -je, que proposerais-je, si j'étais membre d'un Conseil général ? C'est donc la règle de ma propre conduite que je prends la liberté de vous communiquer.
Les élections qui viennent d'avoir lieu dans toute l'étendue de la République doivent être envisagées à plusieurs points de vue, si l'on veut en bien saisir le caractère et l'importance.
Le premier, le plus apparent et le plus grave de ces points de vue, c'est qu'elles ont été des élections politiques. Le pays, fatigué d'intrigues monarchiques dont les unes sont audacieuses et impudentes, et les autres discrètes et perfides, quelque peu irrité, d'ailleurs, de voir l'Assemblée de Versailles rester sourde aux manifestations de la volonté nationale dans les scrutins des 30 avril et 2 juillet, a voulu affirmer une fois encore sa résolution de s^ rattacher à la République, de mettre un terme au provisoire et à l'équivoque et de confier à des mains républicaines le soin d'administrer et de relever ses aÔ'aires. Ce sentiment s'est fait jour de deux manières, à la ville et à la campagne, par l'échec que le suffrage universel vient d'infliger non-seulement aux monarchistes avérés ou honteux, mais aussi aux répubhcains légitimement suspects
de tiédeur et de mollesse. Donc, sans nous laisser aller à aucun entraînement, nous pouvons conclure que les élections sont politiques et qu^elles sont républicaines.
Le second point de vue, moins éclatant que le premier, mais à coup sûr aussi consolant et aussi décisif, c'est que ces élections des Conseils généraux qui étaient souhaitées et préparées par la réaction comme un moyen sûr et déjà éprouvé de ressaisir la France, de refouler le parti républicain hors de toute administration publique, d'organiser et de hâter, grâce au concert des influences locales savamment accouplées, le renversement même de la forme républicaine, ces élections ont tourné à la confusion de toutes ces espérances rétrogrades. Désormais, les Conseils généraux, ces assemblées locales qui, depuis trois quarts de siècle, n'ont servi que de point d'appui à tous les despotismes, au centre comme aux extrémités du corps social, vont échapper à la direction exclusive, soit des agents du pouvoir central, soit des représentants des monarchies déchues. Elles ne seront plus, comme par le passé, des instruments dociles aux mains, soit des préfets du gouvernement établi, soit des fauteurs de restauration. C'est un grand pas, le plus considérable peut-être qui ait été fait vers l'établissement et l'organisation de la République.
Le troisième point de vue sous lequel je considère ces élections me paraît pouvoir être indiqué d'un seul mot : Elles sont profondément démocratiques. Par là, elles marquent jusqu'à quel point le suffrage universel prend tous les jours une plus grande possession de lui-même. La
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lumière se fait dans ses couches les plus profondes. Il est visible qu'il est résolu à écarter les vieilles lisières, i roro» pre avec les traditions inintelligentes et serviles du passé et qu'il s'affranchit des influences locales que ne légitime pas une supériorité d'intelligence ou de dévouement. Le peu* pie, petite bourgeoisie, ouvriers et paysans, conçoit de jour en jour plus clairement l'étroite relation de la politique et de ses affaires; il veut être représenté pour lui-même; il se représentera bientôt lui-même : c'est une Révolution. Dans un grand nombre décantons, le suffrage universel a repoussé le vieux personnel politique de tous les partis, personnel épuisé dans sa moralité ou dans son intelligence, et il a porté ses choix de préférence sur des hommes nou* ▼eaux dont les déclarations sont empreintes de l'esprit démocratique le plus net et le plus novateur. Ce n'est pas un des moindres enseignements de cette période électorale que d'observer la différence du langage tenu par les candidats prétendue conservateurs et par les candidats républicains. D'un côté tout est équivoque et dissimulation; sauf de très-rares exceptions, il n'y a pas eu un candidat de la monarchie qui ait osé l'avouer. De l'autre côté, tout est franchise et loyauté. Les républicains déclarent hautement leurs préférences, leurs dévouements à la République dont ils veulent non-seulement la proclamation nominale, mais toutes les conséquences politiques et sociales; et ils le disent. Ils entreront dans les Conseils généraux avec l'autorité que donne un mandat publiquement débattu et déterminé* Leur origine leur assure d'avance, s'ils y restent fidèles, une influence qui ne fera
qu'aller en s'accroissant; par leur exemple, ils encourageront le suffrage universel à persévérer et à s'avancer dans sa nouvelle voie, et le jour n'est pas éloigné où la démocratie, qui est évidemment le nombre, sera le pouvoir. Il lui suffira de prendre ses représentants à tous les degrés dans ses propres rangs, et c'est ainsi qu'elle chas-* sera de la politique les oisifs et les intrigants.
Je ne vous parle pas, mon cher ami, si ce n'est pour mémoire, de la défaite des députés compromis dans la Chambre par leur hostilité excentrique aux idées modernes, La déroute de ces champions du passé n'est faite ni pour nous émouvoir ni pour nous étonner. Créatures de la sur* prise et de la peur, ces pseudo-mandataires du peuple devaient rentrer dans le néant d'où le peuple ne les a tirés que par erreur. Leur échec n'avance pas la question de la dissolution sur les bancs de l'Assemblée, mais on peut dire que le pays vient de la prononcer. En face d'un teî arrêt, messieurs les élus du 8 février n'ont plus que le choix entre une usurpation et la retraite. Mais je n'insiste pas. Et après avoir établi les divers caractères des scrutins des 8 et 15 octobre, j'ai hâte de vous dire comment je comprends la conduite des élus de la démocratie dans les conseils des départements.
Tout d'abord, je m'interdirais sévèrement toute ingérence sur le terrain de la politique générale. Et ne voyez
pas de contradiction entre ce ferme propos et le jugement que je portais tout à Theure sur le caractère politique des élections. Nommé comme républicain, je ne croirais pas pour cela devoir altérer la nature et la compétence du Conseil. Plus que jamais, je chercherais à séparer l'administration de la politique. Je me garderais de confondre les attributions et de transformer les conseils généraux en assemblées législatives au petit pied. Ce serait à la fois commettre un empiétement et donner un mauvais exemple. Je ne réclamerais donc ni la dissolution de l'Assemblée de Versailles, ni la proclamation de la République, ni toute autre mesure de politique générale. Je concentrerais tous mes efforts sur le terrain de l'administration et des intérêts locaux. Je me considérerais comme l'homme d'affaires de mes commettants; la tâche est déjà assez lourde : heureux ceux qui pourront y sufiBre I En effet, que de questions à étudier ! que de détails à connaître t que de solutions à rechercher et à faire prévaloir I Je voudrais me réunir et m'associer préalablement avec mes collègues, et arrêter de concert avec eux une méthode de travail. Carie temps est passé des sessions rapides et stériles, où Ton enregistrait à la hâte les projets du préfet, où Ton donnait lecture de quelques rapports rédigés dans les bureaux, où le dîner à la préfecture était la grande affaire de la session ! Ce n'est point ainsi qu'on va procéder. 11 ne faudra plus se contenter d'enregistrer les déclarations préfectorales, et l'examen sommaire dubudgetdépartemental ne saurait suffire. Je comprends et je me fais, en esprit un autre rôle pour les élus et les interprèles du suffrage universel.
Il faudra qu'ils portent leurs investigations et leurs études, non-seulement sur tous les services établis-, mais encore sur tous les éléments économiques, politiques^ sociaux^ dont la réunion forme le département.
Nos élus doivent demançler et faire eux-mêmes des en* quêtes approfondies sur Tétat de la population, ses divisions, son développement, son hygiène, son bien-être, ses ressources, ses misères ; ils doivent mettre en première ligne de leurs travaux Tenquête sur la situation scolaire, sur le nombre des écoles existantes, l'état des édifices, la qualité des maîtres, la nature des programmes, et indiquer toutes les réformes, tous les progrès que réclame- cette question qui, pour le peuple, prime toutes les autres ; ils doivent tracer également un fidèle tableau de la situation agricole du pays, décrire minutieusement la condition des propriétaires de tous rangs et des manouvriers, indiquer quelles améliorations peuvent être apportées par le crédit ou par la science au sort des populations laborieuses qu'ils représentent : ils doivent encore exposer le régime industriel de leur département, et nous donner sur ses intérêts, sur ses besoins, tant au point de vue des ouvriers que des patrons, des renseignements circonstanciés et sûrs ; ils doivent dresser le bilan exact des revenus et des dettes du département, étudier ses forces contributives, analyser les conséquences économiques ou sociales des di vers impôts, et rechercher, sans autre préoccupation que celle de la justice, les réformes financières qui, sans porter atteinte aux ressources nécessaires à l'Etat, permettraient cependant de répartir plus équitablement le fardeau
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dea contnbuiioQs publiques; ils doivent mettre à l'ordre du jour de leara plus instants travaux les questions reUr tives aux indigents, aux invalides, aux abandonnés, re* prendre de fond en comble les institutions de secours, hospiees d'aliénés, asiles départementaux, etc , etpropo ser la refpnte complète du système actuel d'assistance pu blique; ils doivent s'enquérir, par des inspections même par&onnelles, de Tétat dea routes et des chemins, des rivî&res et des canaux, et dresser une statistique critique de loua les moyens de communication que le département possède ou réclame : en un mot, et ceci n'étant qu'une ébauche^ je voudrais qu'à force de travail et de zèle, nos élus ouvrissent et réalisassent une enquête approfondie sur le dépaJrtement, qui permettrait de voir^ dans l*ensemble comme dans les détails, Tétat vrai de ses ressources et de S€& b^oina. Cette étude nécessaire et préalable leur permettrait alors en toute sécurité de proposer, pour ces nombreuses questions, les solutions démocratiques.
Une telle investigation, quelque laborieuse et difficile qu elle paraisse, s'impose aux nouveaux Conseils généraux : premièremei^t, parce que leurs attributions, par une récente loi, se sont singulièrement accrues ; et secondement^ parce que le parti républicain entre, pour la première fois, d'une poussée aussi générale dans ces assemblées locales jusqu^ici fermées aux i^eprésentants de la elasse la plus nombreuse et la plus pauvre^ et parce que \^ parti républicain doit y apporter, avec son goût traditionnel du libre examen, le souci d'intérêts jusqu'à présent telégués au dcorniei' xwg de» préoccupations adminisira-
tives. C'est un monde nouveau qui arrive. Il a le droit et le devoir de prendre connaissance, sous bénéfice d'inventaire, de la succession léguée par les régimes antérieurs. Quelle lumière, quels enseignements sortiraient d'une semblable enquête, entreprise et poursuivie par chaque Conseil général, dans tous les départements de la République I Quelle éducation pratique en retireraient les hommes qui y auraient pris parti Quelle occasion de se produire pour les intelligences et les aptitudes de tout ordre^ sa^i^ compter que la France n'aurait jamais possédé de plqs complets ni de plus sincères renseignements sur elle-* même I
Vous voyez, mon cher ami, que la tâche est rude et que les sessions dont la durée a été trop parcimonieusement mesurée par la loi nouvelle seraient vite remplies. Sous U pression de l'opinion publique qui ne manquerait pas de s'intéresser à un pareil travail, le Conseil général prendrait vraiment le rôle et l'importance qu'il doit avoir. Il deviendrait la pépinière des administrateurs et des hommes politiques du pays. La vie locale reprendrait son éclat et 3a fécondité^ et cela au bénéfice commun de la France e{ d^ la République.
il va sans dire, mon cher ami, que celte route est longue et semée d'obstacles. Il faut d'abord que tous nos amis s'entendent, se disciplinent et se dévouent au travail ;
qu'ils se partagent !c fardeau, et se distribuent, d'après les goûts et les aptitudes de chacun, leurs diverses besognes. Et tout ne sera pas fait. Il faudra faire prévaloir les solutions déjà trouvées, en proposer de nouvelles. Vous rencontrerez dans les Conseils des résistances opiniâtres, mais ne vous découragez pas. Restez surtout en communication incessante avec le suffrage universel; faites-le constamment votre arbitre ; adressez-lui des communications imprimées sur les sujets importants; qu'il sache que vous agissez, que vous luttez, que vous peinez pour lui, et chaque jour vous ferez un progrès de plus dans l'opinion. Les populations au milieu desquelles se produiront ces efforts se rapprocheront de plus en plus de vous. En vous voyant laborieux et dévoués, soucieux de ses affaires, jaloux de ses droits, le peuple saura faire justice des ca* lomnies et des redites misérables dont le parti républicain est pour.uivi par des adversaires de mauvaise foi.
L'ambition de ce parti est de démontrer, en effet, par la pratique, en se faisant, à tous les degrés de la vie sociale comme de la vie publique, le défenseur de tous les intérêts légitimes, en se préparant à cette noble tâche par l'étude et le maniement même de ces intérêts, qu'il ne conçoit la politique que comme un moyen de protéger, de développer et d'assurer les droits de tout ce monde du travail, bourgeoisie et prolétariat, qui fait le fond de la démocratie française. Cette conception de la politique dt^mocratique est la tradition même de la Révolution, qui n'a voulu changer l'état politique de la France que pour donner le sol, le capital et Toutil, à ceux qui, jusqu'à elle, soit aux
champs, soit à l'atelier, ne possédaient rien, n'acquéraient rien et ne comptaient pour rien dans le monde. Nous devons nous maintenir dans cette tradition ; et, quand patiemment, laborieusement, nous aurons donné de notre activité et de nos aptitudes des preuves réilérées et certaines, le concours assuré de cette démocratie, pour laquelle nous aurons livré sous ses yeux tous nos combats, nous sera unanimement acquis. La démocratie haussera les épaules aux paroles de dénigrement et d'outrecuidance de nos adversaires, qui sont aussi les siens, et elle se chargera, d'un coup de scrutin, de remettre toutes choses et toutes personnes en leur place. Il ne sera plus possible de retarder bien longtemps son avènement dans les institu* tions et dans les lois ; elle ne voudra plus se contenter d'une façade républicaine ; elle voudra élever de ses propres mains son propre temple. Ainsi s'évanouiront les impertinentes théories politiques qui parlent de fonder la République sans les républicains.
C'est à cette œuvre, mon cher ami, que vous êtes convié et que vous pouvez apporter un û utile concours ; et c'est parce que cette œuvre expérimentale est . éminemment politique que je trouve superflu, pour ne pas dire périlleux, d'aborder, au Conseil général, les questions de politique pure, même sous la forme la plus indirecte. En faisant ce que je propose, il me semble que nous aurons plus efiicacement servi la République que par des discus-^ sions passionnées et abstraites. Imitons ce Conseil municipal de Paris qui, bien qu'élu sous Tétat de siège, au lendemain des plus cruelles épreuves , compte dans ses
rangs des citoyens et des politiques ardents. Il a volontairement écarté les incidents de la politique générale et oonfondu, par la sagesse et Tintelligence de ses actes, toute la tourbe des insulteurs à gages qui avait prédit que l'avènement de pareils hommes serait la consommation de la ruine de Paris. L'enquête qui est sortie de ses études a mis en lumière deux choses dont nous devons profiter, l'excellence de la ligne de conduite adoptée et l'utilité de premier ordre qu'il y a pour des gens qui entrent aux affaires de se rendre compte des besoins et des difficultés avec lesquels ils vont se trouver aux prises.
C'est la politique qui se préoccupe surtout et avant tout de l'étude des questions et de leur solution démocratique, qui est la politique du parti radical. En effet, le radicalisme n'est pas un vain mot ; ce n'est pas une nuance : c'est un parti et une doctrine. Â la différence du parti républicain formaliste qui se contente d'une pure devise, qui a conservé jusqu'ici toutes les institutions monarchiques, et qui s'accommode de compromis et d'alliances iK)Uvent coupables, toujours funestes, le parti radical se préoccupe avant tout des institutions organiques qui ne fassent plus de la démocratie un mensonge et de la République un leurre. Donnez donc, dans ces Conseils généïHsmx, l'exemple du travail ; démontrez votre compétence dans le maniement des affaires publiques ; répandez partout vos idées et vos principes, et le pays saura bien vous appeler à les mettre eii pratique, le jour où lés solutions radicales seront connues de tous ceux qui ont intérêt à les appliquer.
C'est par TapplicatioD suivie d'une pareille méthode à l'intérieur que la démocratie parviendra à mettre en œuvre ses admirables ressources et les trésors de force et de puissance que recèle notre grand pays, et* qu'il sera donné à la France de reprendre sans précipitation, sans aventures, le rang qui lui appartient dans le monde, de ressaisir les provinces violemment arrachées et de faire de son intégrité restaurée le gage de la paix européenne.
Pardonnez-moi, mon cher ami, ces longs développements. Je crains cependant de n'avoir pas assez dit sur un aussi grave sujet. Pensez-y vous-même et faites-moi connaître vos impressions.
Salut fraternel.