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une fois dressée , comme l'a dit M. Royer-Collard , pour s'y endormir dans les délices de la vie privée et l'insouciance des intérêts généraux , mais qu'il faut veiller, qu'il faut combattre, qu'il faut maintenir sans cesse à la sueur de son front les monuments du travail de nos pères et les transmettre à nos enfants agrandis et perfectionnés.
Ceci m'amène à m'expliquer sur la conduite imposée aux gouvernements depuis la révolution française, sur les maximes qu'ils doivent suivre , sur les causes qui les soutiennent et qui les précipitent.
Les moyens de gouverner les hommes changent perpétuellement; ils ne manquent jamais. Le génie du gouvernement consiste aies discerner et à les mettre en œuvre. Tant qu'une nation n'est pas éteinte, elle a des sentiments, des idées, des intérêts auxquels elle tient avec plus ou moins de passion. Associezvous à ces intérêts, à ces idées, à ces sentiments, vous lui gagnez le cœur et pouvez la conduire. On ne gouverne les hommes qu'en les servant; la règle est sans exception. A toute époque, il y a un certain esprit général qu'il faut seconder pour qu'il nous seconde à son tour. Chaque siècle, chaque pays, chaque situation a ses conditions de succès. Que diriez-vous d'un homme d'État qui, dans l'antiquité, après la guerre médique, quand Athènes était pleine d'elle-même et enivrée de l'orgueil de ses exploits , aurait entrepris d'y restaurer la monarchie au nom des plus savantes théories? Ou bien imaginez saint Paul venant y prê-
AJ
XXXIV INTRODUCTION
cher le Dieu inconnu un siècle avant Socrale, avant les longs martyres et les triomphes de la philosophie. Après les Tarquins, le premier des Brutus a fait ce qu'il y avait à faire en établissant la république. Du temps de César, le dernier des Brutus, s'efforçant de soutenir une république impossible, est un grand cœur auquel a manqué un grand esprit. Au iv« siècle, Constantin, sans avoir peut-être le talent de Julien, a mieux compris où était l'avenir et la force, et par là il a mérité ou du moins obtenu le nom de Grand. Le fondateur du moyen âge, cet homme tout aussi grand qu'Alexandre et César, et que la barbarie seule de son temps diminue, l'altier Charlemagne a voulu tenir sa couronne des mains d'un pape, pour que cette couronne fut plus puissante en recevant aux yeux des peuples la consécration de celui qui leur était le vicaire de Dieu. Au xviii^ siècle, Frédéric a suivi une tout autre politique, avec un égal succès, parce que le xviïi* siècle était fort différent du lx^ L'histoire est là, qui témoigne d'une manière irrésistible que chaque peuple contient en soi et fournit des moyens de gou- ' vernement à qui sait les reconnaître et les employer. Mais pour cela l'esprit le plus merveilleux, la réflexion la plus pénétrante ne suffisent point : il y faut quelque chose de plus grand, l'instinct d'abord et puis l'amour. On ne sert bien une cause qu'à la condition de l'aimer. A l'encontre des préjugés vulgaires, tous les grands hommes d'État, ceux-là même qui ont poussé le plus loin l'ambition, et même le génie de l'intrigue dans les détails, ont été sincères : ils ont eu une conviction profonde et un dévouement sans bornes à leur
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cause. Pour accomplir ses desseins, Richelieu a été condamné à de terribles conduites; à son lit de mort, chrétien et prêtre, il ne comprit pas même la question qui lui était faite, si en ce moment suprême il pardonnait à ses ennemis, déclarant qu'il n'avait eu d'autres ennemis que ceux de l'État. On n'adopte pas une cause politique comme un rhéteur prend un sujet d'éloquence; ou plutôt on ne prend pas sa cause, c'est elle qui vous prend, c'est elle qui vous pousse et vous soutient, c'est elle qui vous rend serein et tranquille au milieu des orages, et vous guide à travers les hasards. En politique surtout, rien de grand n'est possible sans la foi et sans l'amour. Celui qui ne sent pas battre son cœur pour les idées qui agitent ses contemporains, n'est pas fait pour leur commander : qu'il demeure dans la vie privée, qu'il descende du trône s'il a eu le malheur d'y naître, et au moyen âge se retire dans un cloître : de nos jours, et c'est là la beauté de la monarchie constitutionnelle, il lui suffit de prendre dans le parlement représentant la majorité de la nation des hommes pénétrés de l'es prit de la nation, qui gouvernent pendant qu'il règne Je me hâte d'ajouter qu'il ne suffit pas d'aimer une cause pour la bien servir, qu'il faut savoir le faire sans fanatisme comme sans pusillanimité, avec constance, mais avec mesure, car sans la mesure il n'y a point de succès durable, et la modération, qui est une si belle vertu morale, est aussi une vertu politique du premier ordre.
Tels sont, à toutes les époques du monde, les moyens permanents et immortels de gouvernement.
En les appliquant à notre siècle, à l'Europe et parU- !u,ilrement\ la France, je dis que, depu. 1789 bien gouverner, c'est gouverner dans 1 esp"^^' ' Ï volution française et avec modérat.on et qu ^ut louverner ainsi ou périr, république ou monarchie, ES ou usurpation, pouvoir élu ou pouvo.r c- Trorkine des gouvernements nest pas sans cepte. ï^°"S'ne «es e moments passés, la
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INTRODUCTION. XXXVll
et moyennes, et celles-ci s'étendent très-loin et trèsbas dans la nation, s'alarment et retirent leur approbation et leur appui. Ou bien on les comprime parla terreur en déchaînant la multitude ignorante et passionnée, ou elles finissent par redresser le gouvernement et par l'entraîner dans de meilleures voies, comme à la fin du Directoire et au milieu de 1848. Le gouvernement abandonne-t-il les principes de 1789 et l'esprit de la révolution : la France, dans toutes les classes éclairées, fortifiées alors du redoutable concours des passions populaires, d'abord désapprouve, puis se plaint, et, si elle n'est pas écoutée, déclare de plus en plus son mécontentement; mais, bien loin d'être impatiente, elle attend longtemps, elle supporte beaucoup. Un rien la ramène; un peu d'espoir lui rend sa sérénité. Comme elle est sûre de l'inévitable triomphe des principes de 1789, disons mieux, comme elle en jouit depuis le consulat , grâce aux lois civiles qui ont fait passer ces principes dans la pratique de tous les jours et dans les détails de la vie, elle est plus tentée de se moquer que de se fâcher des essais impuissants de contre-révolution. N'attendant rien de révolutions nouvelles, après celle qui dispense de toute autre, dès qu'elle les voit poindre à l'horizon, elle les signale au gouvernement avec un effroi et une colère prophétiques ; elle ne les subit qu'avec douleur et à la dernière extrémité.
Un coup d'œil impartial jeté sur l'histoire de ces cinquante dernières années suffit à montrer la longanimité de la France, et la venge aisément de ses calomniateurs. Je ne vais dire que des choses bien connues
XXXVIU iNTRODUCTÏOλ.
de tout le monde, et que j'ai vues moi-môme de mes
propres yeux.
Mon intelligence s'est éveillée sous le consulat : je me souviens très-distinctement de celte grande époque où la France triomphante, unie, tranquille, s'empressait autour d'un gouvernement qui professait hautement les principes de 1789, et les appliquait avec fermeté et avec sagesse dans les lois et dans l'administration. Le général Bonaparte avait sauvé la révolution le 13 vendémiaire, et depuis il l'avait couverte de gloire. Il avait mérité d'en être le chef, le premier ma<^istrat, consul ou empereur. On savait qu'il ne rendrait la France ni à la contre-révolution ni à l'anarchie; on lui remettait donc avec confiance la cause du pays et du siècle; on applaudissait, on s'associait à t^us les actes de son gouvernement comme à ses victoires. Jamais l'aurore d'un siècle ne s'est levée plus sereine. J'ai vu ces beaux jours; ils ne s'etfaceront jamais de ma mémoire. Le premier consul montra sans doute une habileté profonde et une merveilleuse prudence dans la transformation et l'agrandissement de son pouvoir ; mais c'est le pays tout entier qui le poussa du consulat à l'empire. La France aurait voulu éterniser un gouvernement aussi fort et aussi modéré, aussi libéral et aussi sage, qui avait fait d'elle un monument magnifique à l'honneur de la révolution française, comme pour attester qu'elle pouvait donner au monde la prospérité aussi bien que la liberté.
Combien de temps la France n'a-t-elle pas été fidèle à son enthousiasme , à sa reconnaissance , à ce culte d'un grand homme dans lequel elle se contemplait
INTRODUCTION. XXXIX
elle-même ! Pendant des années aussi longues et aussi pleines que des siècles, la France s'est donnée à Napoléon. Quels obstacles a-t-il rencontrés? Qui lui a résisté ? De qui a-t-il eu le droit de se plaindre? D'où sont venus et à qui sont les premiers torts, et comment s'est faite la séparation de la nation et de l'empereur ?
Cette séparation ne s'est accomplie qu'à la longue. Je l'ai vue naître , croître , se consommer. Je suis de ce temps. J'étais jeune, il est vrai, mais déjà fonctionnaire et chargé d'un enseignement élevé dans les lycées de Paris et à l'École normale. Je puis assurer que, dès 1810 , l'enthousiasme avait fait place à l'inquiétude et la confiance au mécontentement.
On avait fait la guerre pour maintenir les principes et l'honneur de la révolution; mais on se demandait ce que signif^ient des guerres lointaines et sans fin, quand la rive gauche du Rhin , la Belgique et la Savoie nous appartenaient depuis longtemps, et quand la confédération suisse et le royaume d'Italie dépendaient de nous. A l'intérieur, on avait voulu Tordre et la monarchie, mais non pas la tyrannie et l'aboHtion de toute liberté politique. Les esprits prévoyants concevaient des craintes sur la durée d'un pouvoir qui repoussait tout frein et tout contre - poids , et ces craintes descendaient peu à peu dans tous les rangs.
Chaque jour, le joug devenait et paraissait plus pesant: un corps législatif muet, un sénat qui ne laissait tomber de sa bouche que des flatteries commandées et payées, des impôts accablants, des levées d'hommes toujours croissantes. On ne comprenait rien aux affaires d'Espagne, etca qu'on entre-
voyait des scènes de Bayonne révoltait. L'expédition de Russie, entreprise en apparence pour le blocus continental , si étrangement conduite et s. deplorablement terminée, détruisit le prestige de 1 .nfailUbilité impériale. On reconnut que l'empereur était un homme comme un autre, qu'il pouvait se tromper et être vaincu. Et quand, au retour de cette campagne il vint demander à la France son dernier écu et son dernier homme , et que la commission du corps lefiislatif, composée de MM. Raynouard, Lame Fiau- Lrges, Maine de Biran et Gallois, fit entendre un avertissement tardif, et hasarda quelques paroles en faveur de la paix , tout le monde pensait comme la commission. On l'approuvait tout bas , il est vrai, car on n'osait alors s'entretenir des affaires publiques que dans le secret le plus intime de la faniiHe et entre 1^ plus vieux amis. Voilà ce qu'on a oublie, et ce qu 1 faut avoir vu soi-même pour y croire aujourdhuK Cette France, si vivante sous le consulat, était peu a peu tombée dans le silence de la mort. L'empereur , partout présent, pesait sur les intelligences et sur les cœurs. La nation croyait encore à son génie , mais elle avait cessé de le comprendre. Lui, renferme dans la solitude de son âme , n'admettant plus autour de lui que des hommes médiocres, ne voulant que des instruments, ne souffrant un peudinteligence qu'à la condition d'une servilité inviolable , exigeant sans cesse le dévouement, s'irritant de lui trouver des bornes, incomparable dans l'exécution, mais marchant toujours devant soi sans se proposer une fin raisonnable et bien précise , il poursuivait avec
INTRODUCTION. XLI
une infatigable énergie des projets démesurés et gigantesques, et la nation le suivait en silence. Elle le suivait , elle ne le secondait plus.
Après les désastres de 1812, en dépit de l'avertissement bien timide du corps législatif, Napoléon épuisa la France d'hommes et d'argent, refit une armée d'Espagne et d'Allemagne, et s'élança de nouveau sur les champs de bataille. Était-ce pour gagner encore quelques victoires , et à ce prix obtenir une paix glorieuse qui eût assuré les conquêtes de la révolution? Non; c'était pour jouer encore le même jeu qu'avant l'expédition de Russie , reprendre la route de Moscou, maintenir l'oppression de la Prusse , envahir le Portugal , soutenir le roi Joseph sur le trône de la Péninsule, affecter l'empire de l'Europe et bloquer l'Angleterre dans son île. Et tout cela, je vous prie, en l'honneur et au nom de quel principe intelligible à l'esprit et qui pût faire battre le cœur? L'empereur Napoléon a deux parties dans sa vie*: la première, où il sert la cause de la révolution , lui donne le gouvernement qui lui convient, la monarchie constitutionnelle , apaise les discordes civiles , fonde la société nouvelle et prend une place unique dans l'histoire; la seconde, où il est toujours un grand capitaine, un administrateur admirable , mais un sorte de génie oriental qui s'agite sous la main de la fatalité. Aussi tour à tour la France Ta adoré et délaissé; car, il faut bien le dire, en 1813 et en 1814, l'armée a fait des prodiges de valeur, mais la nation
' Sur Napoléon, voyez IV série, t. III, p. 124; V« série, t. II, p. 48 et surtout p. 361-364.
XLU INTRODITCTION.
eut pu se défendre avec bien plus d'énergie et de constance. Elle l'eût fait, et certes Paris ne se serait pas rendu à une avant-garde de Cosaques , si toutes les forces du pays n'eussent été épuisées, si l'empereur n*eût pas abattu l'esprit public, s'il n'eût pas fatigué tout le monde , jusqu'à ses lieutenants euxmêmes , si enfin il n'y avait pas eu dans la nation celte conviction désespérante qu'alors même que nous serions parvenus h nous sauver par de continuels miracles , le lendemain de la délivrance du sol , cet homme fatal qui marchait dans le monde sans plan et sans but , poussé par l'insurmontable besoin d'une activité dévorante et la soif de la domination universelle, nous eût ramenés sur ses pas des bords du Rhin jusqu'au fond de l'Allemagne , dans un cercle sans fin de combats sans objet. C'est là la pensée funeste que rempereur avait fait pénétrer dans tous les esprits ; c'est elle qui a miné son autorité et amené sa chute. La France a-t-elle donc eu tort de ne pas s'ensevelir sous les ruines de l'empire? J'en appelle à l'Europe et à la conscience du genre humain.
La France accueillit la restauration avec deux sentiments opposés , avec espérance à la fois et avec tristesse. La maison de Bourbon revenait, comme on l'a dit, à la suite de l'étranger, et elle pouvait ramener l'ancien régime; mais, d'un autre côté , elle ramenait la paix dont la France avait grand besoin , et elle donnait la charte, qui consacrait à peu près les principes de la révolution et continuait, en les améliorant , les constitutions impériales. La France , après des commencements difficiles , se résigna à la restau-
INTRODPCTION. m,,
ration, prit au sérieux la charte, et il y eut là de J 81 7 à 1821 , de belles années, animées et paisibles ou le gouvernement et la nation se donnèrent la mam et offrirent à l'Europe un noble spectacle. Interrompu pendant quelque temps, sous le ministère qui fit la guerre d'Espagne pour obéir aux puissances du Nord, leva sur la nation le milliard de l'émigration, proposa le rétablissement du droit d'aînesse et 1 odieuse loi du sacrilège , ce spectacle recommence après les élections de 1827. U France victorieuse se contente d'un changement de ministère fait à propos; elle désarme, elle s'apaise, et, dès que son «ouvernement n'est plus contre elle, elle est avec son gouvernement. Elle était ministérielle sous M. de Marf'gnac, et, tranquille sur son honneur et sur sa liberté, elle ne pensait qu'au travail, au commerce, à I industrie; elle applaudissait à l'expédition de Grèce et se livrait avec enthousiasme aux arts qui charment la vie, aux grandes études qui l'ennoblissent. Elle soutenait tous les hommes qui se distinguaient par un libéralisme modéré. Une popularité sérieuse s'étendait jusque sur les humbles cours de trois professeurs bien connus pour appartenir au parti constitutionnel M. Royer-Collard , élu par ses collègues et président de la chambre des députés , était le représentant de t opinion générale.
Qui a troublé cet heureux accord du gouvernement et de la nation? qui a ranimé et soulevé les passions? qui a appelé aux armes une jeunesse studieuse? qui a tait la révolution de 1830?
Ce qui a fait la révolution de 1830, c'est le mini- .
jLiv INTRODUCTION.
Stère Martignac renvoyé et remplacé par un ministère V demment appelé pour travailler à rœuvre de a contre-révolution; c'est le roi Chaf s X Im-même nui las des entraves constitutionnelles , voulut être a ?uT;eul le gouvernement, comme le roi l'éta.t a^n 1789 ; c'est lui qui , au lieu de laisser dorm.r ce toi article 14 qui était le génie de l'ancien régime encÏÏi en 'quelque sorte par tous les autres articles de la charte' l'évoqua , et porta la main sur la char e qui représentait la révolution. Falla.t-il céder ou résister? fallait-il livrer la révolution avec >« charte ou les défendre l'une et l'autre? Qui attaquait? qui était
sur la défensive? ^ . ,
Les ordonnances de juillet violaient ouvertement a charte dans ses prescriptions les plus substantielles, 2r exemple, celle de la nécessité du vote des lois Ta le TrL'ent ; elles abrogeaient des lois votées par le parlement, sanctionnées par la couronne et en lïï txéculion , et elles portaient des lois nouvel es sans l'intervention du parlement : on n était donc pa tenu d'obéir à ces ordonnances. La résistance n était p^sseulement légitime, elle étaitlégale en vertu d farticle de la charte qui en confiait la défense à tous
^^Srnation avait le droit de résister, des ordonnances violatrices de la charte ; si cette résistance était combattue par la force, la nation ava, le dro de la maintenir par la force aussi et, 1 epee u" Jois tirée de ne la remettre dans le fourreau qu après la victoire de la loi; enfin , si le roi s'obstinait poursuivre sa coupable entreprise, la nation avait le droit
INTRODUCTION. XLV
de mettre un terme à cette entreprise en écartant le roi , comme l'Angleterre l'avait fait en 1688.
Oui, la nation avait pleinement tous ces droits, mais a-t-elle bien fait d'en user ? N'eût-il pas été possible de soumettre le roi Charles X sans le détrôner, de réviser la charte, d'abolir l'article 14, qui avait servi de prétexte aux ordonnances , celui d'une religion d'État qui rompait l'égalité religieuse , d'abaisser le cens électoral et de fortifier par là le gouvernement représentatif en y intéressant un plus grand nombre de citoyens, en un mot, de faire la révolution de 1830 sans changer la dynastie? Ce fut alors mon avis ; je l'exprimai et le soutins dans les conseils de l'opposition. Plusieurs hommes éminents le partagèrent. Cet avis fut énergiquement combattu par mes plus chers amis, je l'avoue. J'avoue aussi qu'il y avait au plan que je proposais un obstacle presque insurmontable : cet obstacle était le roi Charles X, dont l'aveuglement et l'obstination ne cédèrent que lorsqu'il était trop tard. Et il faut que la révolution de 1830 ait été bien légitime et bien nécessaire, puisqu'en l'apprenant, l'Europe, qu'elle menaçait, n'osa pas la blâmer et condamna le roi Charles X! Un honnête homme couronné , le vieux roi de Prusse, dit ces mots: «Je n'aurais peut-être pas donné la charte, mais, si je l'avais donnée, je l'aurais observée. « L'Angleterre applaudit à la victoire d'une cause qui était la sienne, et le ministère conservateur du duc de Wellington reconnut immédiatement le gouvernement nouveau. La France n'a donc pas eu tort en 1830. A-t-elle eu tort en 1848?
^LVl INTRODUCTION.
Ici je suis tenté de m'arrêter devant le malheur et l'exil, devant une tombe auguste à peine fermée. 0 maison d'Orléans, maison illustre et infortunée, je briserais à jamais ma plume plutôt que de la tourner contre vous. Mais puis-je donc vous sacrifier les prmcipes de toute ma vie, la révolution, et l'honneur de
mon pays?
Pour défendre la France, il me faut bien retracer les fautes de ses gouvernements. Celles du gouvernement de juillet se peuvent ramener à une seule , mais qui est grande et a suffi à le perdre.
La résistance à la réforme électorale et parlementaire a été l'occasion de la chute de la monarchie de juillet, mais sa vraie cause est plus profonde : elle est dans l'ancienne et inébranlable résolution de la couronne de ne changer de système à aucun prix , et de ne jamais se rendre à l'opposition , même la plus dynastique et la plus constitutionnelle ; résolution qui, sans violer aucun article de la charte , 1 éludait tout entière, et supprimait le gouvernement représentatif où la royauté n'a point de système, et appelle dans ses conseils, sans amour et sans haine, les hommes que lui désigne l'opinion. Pour cela, il est vrai , il faut que la royauté n'ait pas la prétention de conduire elle-même les affaires; ou bien elle échange l'inviolabilité , attachée à son impartialité , contre U responsabilité redoutable qui nécessairement accompagne l'exercice du pouvoir.
En parlant ainsi , je ne fais que répéter ce que le roi Louis-Philippe a dit lui-même à Claremont , au mois de novembre 1849, à M. Ed. Lemoine : {Abdi-
INIROUUCriON. jL^,n
mtion du roi Louis-Philippe racontée par lui-même ) •. Dés amis m'ont dit bien souvent ici à Claremont : Ah ! si le roi n'avait pas refusé la réforme , il serait encore aux Tuileries ! Je ne crois pas cela. M. Guizot
l'avait promise, cette réforme Quant à moi, dont
la vieille expérience avait deviné que la réforme n'était qu'une arme, un prétexte, j'avais formellement désapprouvé cette promesse , et j'avais dit : Tout le monde est pour la réforme ? les uns la demandent les autres la promettent. Va donc pour la réforme ! Mais Itjour où il faudra la donner, je ne prêterai pas les mams à cette faiblesse ! La réforme, c'est l'avènement de l'opposition, et iavénement de l'opposition, c'est la guerre , c'est te commencement de la fin. Donc, aussitôt que l'opposition prendra les rênes du gouvernement, je m'en irai ! ..
'• Un de mes amis les plus dévoués recueillit ces paroles, et il me dit : Sire, un foi constitutionnel ne s en va pas; il subit la loi de la majorité, et il reste ! - ^on 11 ne reste pas, avais -je répondu ; si sa conscience lui dit que, sous son nom et avec son concours, c'est le mal du pays qu'on va faire, et, dans ce cas, plutôt que d'agir contre sa conscience, il s'en va! »
M. Lemoine :- « Ah! sire,m'écriai-je avec tristesse, votre majesté a été conséquente avec ellemême. Quand le roi a cru que les affaires passaient aux mains de l'opposition , le roi s'en est allé ! »
Ce récit doit être parfaitement exact. Le roi Louis- Phihppe a parlé dans l'exil comme aux Tuileries : il a redit à son interlocuteur de Claremont ce qu'il di-
XLVllI INTRODUCTION.
sait depuis longws à tout le monde Personne autour de lui n'ignorait ses dispositions, et M je Prince de Joinville les a exposées, avec une energ.e Sue nous n'oserions égaler, dans une lettre célèbre r vaincu par l'évidence et les approches du dange , Îe fils respectueux fait place au citoyen et au patriote. Cette lettre écrite loin de France le 7 novembre 1847 , ad séH M. le duc de Nemours et .ouvee aux Tuileries fait tant d honneur au prince et elle a ete In T ois livrée à la publicité', qu'il nous serait S Î rmïd'en emprunter quelques lignes ; mais un Sment insurmontable -us interdit^de aire aucun usaae de confidences intimes épanchées dans le cœur S fL, quand celui qu'elles P-i-^-~ P.t un Dère qui n'est plus sur un trône. J aune mieux r poêler ces paroles authentiques que, quinze ans rup'a^^vant,le'roi triomphant adressait au ched apposition. M OdUon Ba^t : ";^:^^jT^
lrrn:n'SlTetl r fel de ml ministres :
p/ut"; que- d'y renoncer, je me ferais broyer dans
"Sue; effet le roi Louis-Philippe, un des
hommes et des monarques de ce te-ps quj^encore à apprécier. Ses hautes qualités comme ses dé auts lui Rendaient bien difficile de se pher au rôle Ideste d'un simple roi constitutionnel Un el r^ ^'^a^ève besoin que d'un jugement solide capable Se reconnaUre l'éU vrai du pays et de l'opimon pu-
Revue
Rctrospeclive, ir 31, p. 480 et 481.
INTRODUCTION. XLIX
blique pour s'y accommoder. 11 peut sans doute influer sur le gouvernement , mais avec discrétion et en quelque sorte dans l'ombre, satisfait d'être utile et nécessaire sans paraître dominant. Il lui faut moins de convictions fortes , souvent dangereuses par leur excès, qu'une heureuse flexibilité d'esprit et de caractère. Il doit se défendre avant tout d'avoir un système hors duquel il ne voie que malheur et ruine. Il peut bien être whig ou tory, libéral ou conservateur, pourvu que, selon les circonstances, il sache faire fléchir son opinion particulière devant l'intérêt général, et donner tour à tour le gouvernement aux divers partis qui se le disputent dans le parlement et dans la nation. Le roi Louis -Philippe n'a point réalisé cet idéal du roi constitutionnel. Il avait infiniment d'esprit, une mémoire prodigieuse, une grande connaissance des hommes, une intelligence prompte et vigoureuse, l'habitude et la passion du travail. Joignez à cela le plus aimable naturel , une bonté vraie qui souvent s'élevait sans effort jusqu'à la magnanimité. Avant de signer une sentence de mort, il se livrait aux recherches les plus minutieuses pour découvrir quelque endroit par où il pût exercer, avec quelque apparence de raison, le droit de grâce. Dans son conseil , il plaidait la cause de ses assassins. Son courage personnel était au-dessus de toutes les épreuves. Je ne parle pas de l'époux et du père : l'inimitié la plus envenimée l'a toujours respecté ; mais je veux relever en lui une vertu qui n'est pas assez connue, je veux dire sa parfaite sincérité. Le roi ne déguisait point sa pensée ; loin de là il l'exprimait, en public comme en
L INTRODUCTION
particulier, dans un langage bien dépouillé d'artifice. Naturellement éloquent et causeur incomparable , il aimait les luttes de la conversation , et cherchait à y faire prévaloir ses opinions avec une grâce, une verve, une opiniâtreté qui ne se lassait jamais. Ses convictions étaient ardentes et indomptables. Que ce soit sa gloire et son excuse. C'est par là qu'il a fait tant de bien à la France, et c'est par là aussi qu'il a succombé, car les hommes de sa trempe trouvent leurs périls dans leurs qualités.
Pour moi , je n'ai pas pu connaître le roi Louis- Philippe sans l'admirer. En 1840, je l'ai beaucoup vu, et je l'ai souvent contredit et dans le conseil et dans le tête à tête, ce qu'il n'aimait guère : chaque jour, il me surprenait, m'attirait, m'attachait par ses défauts mêmes. Devant lui , je me suis toujours senti en présence d'un esprit rare, d'une âme excellente, d'une capacité supérieure. Je l'ai servi ; je l'ai aimé ; je porte à sa mémoire un respect inviolable, et je ne crois pas y manquer en avouant qu'il était trop grand pour être un très-bon roi constitutionnel.
Le roi ne comprenait qu'un système de gouvernement, et ce système n'était pas tout à fait celui de la monarchie parlementaire. Il avait subi en frémissant la main de Casimir Périer. Le ministère du 11 octobre lui avait souvent pesé, et pourtant ce ministère est le plus grand qu'ait eu la monarchie de juillet : il avait à sa tête M. le duc de Broglie, appuyé sur M. Thiers et sur M. Guizot , c'est-à-dire le caractère politique le plus respecté et les deux plus grands talents parlementaires du pays. Depuis la chute de ce cabinet, il n'y a plus
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eu que des ministères incomplets , et ce n'était pas par là qu'ils déplaisaient au roi : il n'était pas fâché qu'ils dépendissent d'autant plus de lui. Il avait toujours eu la passion de conduire lui-même le gouvernement , et là-dessus il s'exprimait comme aurait pu le faire Louis XIV. Il n'a jamais songé à sortir de la constitution; jamais il n'eût signé les ordonnances du roi Charles X; il n'en eût pas eu besoin. Il connaissait et pratiquait un art plus profond de faire triompher ses opinions, son système, le système du roi, comme il se plaisait trop à l'appeler. Il aimait les hommes à lui; il en avait dans l'une et dans l'autre chambre. Plus de cinquante députés appartenaient avant tout au parti du roi, et il les prêtait plus ou moins à ses mmistres. A la chambre des pairs, il avait ses orateurs qui paraissaient dans les occasions délicates, et je les ai reconnus plus d'une fois à mes dépens , par exem-
pie dans la grande discussion de 1844 sur l'enseignement.
Un seul homme en France imposait au roi , et cet homme était M. le duc d'Orléans. Ce jeune et infortune prmce avait des instincts tout différents de ceux de son père, et souvent il les opposait à la vieille expérience du roi. Le duc d'Orléans savait tout ce qu'il y a de puissance dans les idées libérales; il les aimait ou les ménageait : jamais il ne les eût abandonnées. S>on frère, M. le prince de Joinville, partageait ses opmions et ne les dissimulait pas. Plutôt que de les sacrifier ou de les taire , il préférait s'éloigner; il se consolait en servant la France, et de temps en temps Il soulageait son cœur dans ces lettres prophétiques
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que je n'ose plus même rappeler. Le duc d'Orléans , héritier présomptif du trône et chargé des destinées de sa maison, avec les mêmes sentiments, était appelé à un rôle différent. Il n'eût pas hésité à porter au roi et à appuyer énergiquement auprès de lui les inquiétudes croissantes de ses vrais amis et les vœux de la nation. Au besoin il eût pris les rênes du gouvernement , et de son vivant il n'y eût point eu de révolution de février. Sa triste pénétration l'avait comme pressentie, et son testament fait assez voir de quelles graves et sombres pensées s'entretenait son esprit*.
Du moins, en mourant, il avait laissé une âme digne de la sienne , pénétrée des mêmes convictions, pure et forte, sérieuse et libérale , aimant la France, en étant aimée et honorée , capable des résolutions les plus mâles et de la conduite la plus prudente. On aurait pu donner une voix à M"^^ la duchesse d'Orléans dans les conseils de sa maison , car enfin elle était la mère du futur roi , et son esprit comme son caractère méritaient bien qu'on daignât lui accorder un peu d'influence. Elle ne fut jamais consultée ; on l'écartait des affaires et de la politique ; on la retenait captive
' Revue Rétrospective, n<>» 32 et 33. Appendice. Testament du duc d'Orléans. « Que le comte de Paris soit un de ces instruments brisés avant qu'ils aient servi, ou qu'il devienne l'un des ouvriers de cette régénération sociale qu'on n'entrevoit encore quà travers de grands obstacles et peut-être des flots de sang; qu'il soit roi ou qu'il demeure défenseur inconnu et obscur d'une cause à laquelle nous appartenons tous, il faut qu'il soit avant tout un homme de son temps et de la nation ; qu'il soit catholique, et défenseur passionné, exclusif, de la France et de la révolution. »
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dans les soins de sa douleur et de l'éducation de ses enfants.
Le roi avait enfin trouvé le ministère qui lui convenait et qu'il avait toujours demandé à Dieu, un ministère composé d'hommes capables, mais qui ne le contrariaient pas, auxquels il livrait, sans même y regarder, toute l'administration intérieure de la France, finances, travaux publics, instruction publique, pourvii qu'ils lui laissassent la direction des hautes affaires. Peu à peu la pensée royale était devenue l'âme du gouvernement. Elle en paraissait inséparable. Le roi n'avait jamais eu de goût pour l'opposition ; celle qui s'était formée dans les deux dernières années, et qui grossissait chaque jour, lui semblait dirigée contre lui-même. De là une antipathie toujours croissante et qui est devenue l'écueil où s'est brisée la monarchie.
Dès 1847, la question à l'ordre du jour était la réforme parlementaire et la réforme électorale.
La réforme parlementaire consistait à ajouter aux incompatibilités déjà consacrées quelques autres incompatibilités en fort petit nombre , pour donner au parlement une indépendance plus certaine et en même temps mettre l'administration à l'abri des vicissitudes de la politique. Puisque la loi électorale de 1831 excluait de la chambre les sous-préfets et les préfets avec les receveurs généraux et particuliers, il était assez naturel d'en exclure aussi les procureurs du roi , les avocats généraux et peut-être même les procureurs généraux. Autant il est raisonnable que les places politiques soient données à ceux qui soutiennent le mi-
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nistère à la chambre, autant il importe de constituer des carrières administratives et judiciaires en dehors du mouvement parlementaire. N'oubliez pas que cette question était ancienne, qu'elle avait été le sujet d'un long débat en 1840 et que le ministère d'alors , présidé par M. Thiers, en avait adopté le principe: il nous était donc impossible de ne pas le soutenir en 1847.
En 1831 , Casimir Périer avait compris qu'il fallait élargir l'enceinte électorale, et il abaissa le cens exigé de trois cents à deux cents francs. Au bout de seize ans, on pouvait bien élargir encore un peu cette enceinte. Demandions-nous donc le suffrage universel? A Dieu ne plaise! Demandions-nous même, ce qui certes eût été bien permis , un nouvel abaissement du cens? Non; nous réclamions en faveur de ce principe universellement admis en Europe, que la fortune n'est pas la mesure unique de la capacité électorale, et que certaines professions et fonctions parfaitement déterminées peuvent en tenir lieu. J'avais déjà défendu ce principe en 1840 étant ministre* ; et même auparavant, en 1839^ je m'étais complu à faire voir le ridicule de la bizarre combinaison qui , dans la loi de 1831, exemptait un membre de l'Institut de la règle commune des deux cents francs de contributions. Son titre de membre de l'Institut lui était compté pour cent francs, et il devait justifier en outre de cent francs d'impositions. Ainsi cent francs d'esprit, cent francs d'argent, total deux cents francs. Mais dans
» Plus bas, p. 270.
^ Plus bas, p. 169-172,
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quelle balance avait donc été pesé le membre de l'In stitut pour qu'on afflrmât qu'il ne vaut ni deux cents francs, m quatre-vingts francs seulement, mais cent francs, m plus ni moins? En vérité, étions-nous des révolutionnaires pour demander l'abrogation d'une pareille disposition, par respect à la fois pour la propriété et pour la science? La propriété est assurément la première de toutes les capacités électorales, et elle a par elle-même une admirable vertu conservatricemais n'admettre aucun autre titre de capacité est une exagération insolente et pleine de périls. On nous répondait que l'introduction de ce qu'on appelait alors es capacités dans la liste électorale l'augmenterait tout au plus de soixante, de quatre-vingts ou de cent m. le électeurs, et que c'était bien peu de chose. Si c était SI peu, pourquoi le refuser, et en le refusant soulever des tempêtes? Mais ce n'était pas si peu ; c e ait la conquête d'un grand principe, le principe de la valeur et des droits de l'intelligence.
La réforme parlementaire et la réforme électorale formaient donc à l'opposition un thème simple et grand, un programme modéré et raisonnable et on le comprend, très-populaire. Les cent mille électeurs nouveaux que nous demandions nous soutenaient naturellement de leurs vœux et de leur influence, et s agitaient pour notre triomphe, dans lequel ils montraient aux classes inférieures un progrès considérable qui en promettait beaucoup d'autres. De là des espérances qui s'étendaient de proche en proche à la nation presque entière, et rendaient vraiment nationale la cause de la réforme.
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Cette cause était si bonne qu'elle conquit peu à peu tous les suffrages indépendants. Le président du conseil était presque ouvertement pour la réforme. La plupart des hommes éclairés du parti conservateur pensaient comme lui. Un des plus habiles, M. de Morny, publia un remarquable article dans la Revue des Deux Mondes, où il pressait vivement le ministère de déférer au vœu général. Mais, dans le sein de la majorité, il s'était formé un petit parti sans talent , présomptueux, violent, qui repoussait toute concession et intimidait la majorité conservatrice. C'est ce parti qui a égaré et perdu le gouvernement.
On a bien voulu reconnaître que j'avais été modéré dans les rangs de l'opposition. Je n'avais pas admiré la campagne des banquets, et, avec la plus grande partie de mes amis , j'avais refusé d'y prendre part. En Angleterre , je n'aurais pas hésité à entreprendre cette agitation pacifique qui est dans les mœurs et les habitudes des peuples libres. M. Thiers, M. de Rémusat, M. Dufaure, M. Passy, M. de Tocqueville et bien d'autres, nous pensâmes que le tempérament de la France n'admettait pas l'emploi de pareils moyens d'influence. Ajoutez que des fautes d'un autre genre, réelles ou apparentes, et Féclat de procès déplorables avaient porté des coups funestes à la considération du gouvernement dans l'esprit et l'imagination des peuples. Enfin , nous n'ignorions pas qu'un parti ennemi s'était formé sur les derrières de l'opposition , et manœuvrait non sans quelque habileté pour mettre à profit toutes les circonstances. Je le demande : en de telles conjonctures, la prudence la plus vulgaire ne
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conseillait-elle pas des concessions bien définies et un changement de cabinet?
Tout le monde était de cet avis , excepté ce petit parti qu'on a si justement appelé le parti des bornes. Le pays réel était réformiste. Au fond , le pays légal l'était aussi. La majorité désapprouvait ses chefs ; mais par point d'honneur elle leur restait fidèle. Telle était la vérité de la situation aux premiers jours de 1848. ■•
Dans la discussion de l'adresse à la chambre des députés , la majorité vota encore pour le ministère ; mais, après le vote, une partie considérable de cette même majorité se rendit chez le président du conseil et le supplia d'accorder quelques réformes. A la chambre des pairs, M. Mesnard , de la cour de cassation aborda la question de l'abus des influences (c'était le terme parlementaire convenu pour désigner la corruption , comme on disait dans le public et dans la rue); il osa même réclamer hautement des réformes et en cela il n'avait pas seulement l'approbation malheureusement muette de la chambre des pairs mais Il agissait par les conseils et les suggestions des'hommes les plus modérés et les plus considérables de cette chambre : je citerai au premier rang M. le comte Mole. Et moi aussi , alarmé des périls que je voyais croître de jour en jour, je montai à la tribune pour demander à M. le ministre de l'intérieur, non pas la promesse d'apporter bientôt une proposition de réforme, mais du moins un mot d'espérance, et ce mot, je ne pus pas l'arracher '.
' Plus bas, p. 363-370.
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Peu à peu l'inquiétude montait dans les régions les plus élevées. Je n'ai connu aucun homme d'État, aucun homme politique de quelque importance, en dehors de la minorité insolente et obstinée dont j'ai parlé, qui n'appelât de tous ses vœux la fin d'une pareille situation. Des colonels de la garde nationale de Paris déclarèrent que la ville de Paris et la garde nationale étaient pour la réforme. Le préfet de la Seine, M. de Rambuteau, crut de sa fidélité de parler au roi. Le plus ancien ami du roi , M. le maréchal Gérard, sortit de sa solitude et fit entendre sa voix respectée. Un des esprits les plus politiques de notre temps , l'homme qui, avec Casimir Périer, avait le mieux servi la dynastie nouvelle dans ses pénibles commencements, le maréchal Sébastiani tenta un effort suprême. Tout fut inutile. Le roi, il faut bien le dire, comme tous les hommes passionnés, ne crut qu'à ceux qui entraient dans ses passions : il repoussa toute idée de réforme et soutint énergiquement le cabinet.
Le lundi 21 février, commencèrent à paraître les premiers symptômes de l'insurrection; elle persista indécise et contenue le 22 , elle grandit le 23. Alors un cri universel s'éleva , et le 23, vers deux heures , au début de la séance de la chambre des députés , M. Guizot déclara que le roi venait de faire appeler M. le comte Mole et de le charger de former un cabinet.
M. le comte Mole est un homme d'État d'un esprit ferme, modéré, prévoyant, fertile en ressources. Il était depuis longtemps l'homme indiqué, et si on lui eût remis les affaires quelques jours auparavant , il
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eût tout sauvé; mais le mercredi 23 il était insuffisant, et rappeler était perdre un temps précieux. A onze heures du soir, M. MoIé déclarait au roi qu'il ne pouvait composer un ministère.
Le jeudi24 février, à deux ou trois heures du matin, M. Thiers fut appelé aux Tuileries. Si je suis bien informé, M. Thiers demanda trois choses : 1« qu'on lui permît de s'adjoindre M. Barrot pour la formation du nouveau cabinet; 2« qu'on promît et qu'on s'engageât à donner une réforme sérieuse; 3° que la chambre des députes fût dissoute et une chambre nouvelle convoquée. Le roi ne combattit guère les deux premières conditions , mais il rejeta absolument la troisième. M. Thiers la maintint, pensant avec raison qu'il lui était impossible de se remettre entre les mains de la chambre qui avait soutenu et pouvait soutenir encore M. Guizot , et que lui refuser la dissolution d'une chambre mal disposée, c'était lui refuser l'indispensable moyen de gouverner. En sorte que le Moniteur du 24 février annonça à la France inquiète et à Paris en feu qu'il n'y avait pas encore de gouvernement !
Je suis convaincu que si le Moniteur du lundi 21 février eût annoncé le cabinet de M. MoIé, c'est-à-dire un ministère sagement réparateur et modérément réformiste, les affaires se pouvaient assez facilement rétablir. J'ai cru , je crois encore que si le mercredi à deux heures, on eût appelé M. Thiers au lieu de M. Mole, SI on eût accepté immédiatement ses conditions , si un supplément au Moniteur l'eût fait savoir le soir même, et si le Moniteur du lendemain 24 février eût contenu le ministère de M. Thiers et de
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M. Barrot avec l'ordonnance de dissolution de la chambre des députés, la crise eût pu être peu à peu surmontée. Mais quand, le 24 février au matin, le Moniteur parut sans ministère, le secret de l'empire fut divulgué, comme dit Tacite, et les amis de la maison d'Orléans purent comprendre que ses destinées allaient s'accomplir.
Cependant M. Thiers avait convoqué le matin aux Tuileries ceux de ses amis qui devaient faire partie du ministère nouveau. J'arrivai vers huit heures et demie , et quel ne fut pas mon étonnement quand M. Thiers et M. Barrot m'expliquèrent le silence du Moniteur! M. Barrot eut alors l'idée de se présenter aux barricades, non comme ministre, il ne rétait pas, mais comme homme, avec la seule autorité de son nom , pour arrêter ou ralentir l'insurrection. Je me joignis à lui avec quelques amis. A mon retour aux Tuileries, vers onze heures, je trouvai les choses à peu près dans le même état. Il n'y eut ni ordonnances signées ni serments prêtés. Tout se passa en conversations vagues, au moins devant moi, car je ne dis que le peu que j'ai vu , et ne réponds pas du reste.
Chaque minute aggravait le péril et le rapprochait des Tuileries. Partout le désordre et la confusion. Tout à coup la porte du cabinet du roi s'ouvre , et je vois paraître M. Emile de Girardin, tenant à la main un papier qu'il remit au duc de Nemours, et que celui-ci remit au roi. Il paraît que ce papier contenait l'avis que tout était perdu si le roi n'abdiquait surle-champ, et si on ne proclamait madame la duchesse
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d'Orléans régente au nom du comte de Paris. Le roi passa avec le duc de Nemours et le duc de Montpensier dans un salon voisin où était , je pense , la reine, et il en revint bientôt, nous disant : « On veut que j'abdique, je vais le faire; on veut aussi que M. Barrot soit le premier ministre de la régence , soit ; mais M. Barrot n'est pas ici. Puis-je disposer de lui sans son consentement?» J'osai répondre pour M. Barrot, dont je connaissais les sentiments. Le roi fit appeler M. Fain, lui dit de préparer l'ordonnance de nommation de M. Barrot comme président du conseil et de faire venir le général Trézel pour contre-signer cette nomination. Le général vint, ei le roi se mit à écrire son abdication. Comme on le pressait de se hâter, il dit qu'il ne pouvait aller plus vite, qu'il écrivait comme à son ordinaire, et c^ëtait vrai. Sa main était lente, mais ferme. D'irrésolu, de vacillant qu'il avait été jusque-là, le roi était redevenu lui-même- il avait retrouvé sa force et presque sa sérénité accoutumee : évidemment sa conscience royale était satisfaite; Il avait dégagé sa responsabilité en abdiquant Cette abdication et la nomination de M. Barrot comme président du conseil ont-elles été écrites jusqu'au bout? J'en doute. Les coups de fusil de l'insurrection se rapprochaient tellement, qu'on dut songer au salut du roi et de sa famille ; il v eut là , dans l'intérieur des appartements, des scènes lamentables, et quelques moments après nous allions nous incliner une dernière fois devant celui qui avait été notre roi, obligé de fuir, dans une mauvaise voiture, à travers les Tuileries !
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C'en était fait de la maison d'Orléans, et pourquoi, grand Dieu ! Pour n'avoir pas voulu étendre la liste électorale, et n'avoir pas su prendre à temps M. Thiers et M. Barrot au lieu de M. Duchâtel et de M. Guizot! Le matin, le roi repoussait le programme de M. Thiers, et à midi il signait son abdication aux Tuileries, comme Charles X avait signé la sienne à Rambouillet. Une régence était proclamée comme en 1830, remède extrême et impuissant. 11 était trop tard aussi comme en 1830. Les abdications forcées et au moment suprême ne sauvent pas les trônes, elles les précipitent. 11 ne fallait pas abdiquer le 24 février à midi; mais il fallait prendre quelques jours auparavant M. Mole pour ministre, ou M. Thiers et M. Barrot le 23 février, ou même le 24 au matin, en les laissant maîtres de gouverner à leur façon au lieu de retenir encore le gouvernement.
Est-il donc si difficile de comprendre que Topposition est aussi une partie intégrante du gouvernement, et que, selon les circonstances, la veille opposition, elle est ministère le lendemain ? Comme si d'ailleurs l'opposition qui allait prendre les affaires était composée de démagogues et d'anarchistes ! M. Thiers avait fait vingt fois ses preuves. M. Barrot fit les siennes dans cette fatale journée.
Le matin, sans être ministre, quand on acceptait à peine son nom , seul, avec quelques amis, il allait aux barricades ; et des Tuileries jusqu'à la porte Saint- Denis et la porte Saint-Martin je l'ai vu affrontant des dangers qu'on a oubliés aujourd'hui, sachant trouver les paroles qui convenaient le mieux , déployant des
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ressources d'esprit et de caractère que ses plus vieux amis ne lui soupçonnaient pas. Toutes les barricades réformistes se sont écartées devant lui, et il n'a dû s'arrêter que devant les barricades démocratiques et socialistes qu'il eût été aisé de cerner et de contenir, si derrière nous , aux Tuileries , on eût su former un gouvernement au Heu d'y discuter les points et virgules d'un programme ! Et, après l'abdication du roi, la scène changée et transportée des Tuileries à la chambre des députés, M. Barrot, entouré par les vainqueurs , pressé de laisser mettre son nom sur la liste du gouvernement provisoire, rejetait hautement toutes les propositions qui lui étaient faites, et montait à la tribune avec M. Dupin pour défendre ce qui restait de la monarchie de juillet.
Que faisait cependant le parti conservateur, ou plutôt le petit parti qui en usurpait le nom, qui, la veille encore , faisait sonner si haut son dévouement à la dynastie, repoussait M. Mole , et se préparait à attaquer M. Thiers et M. Barrot comme des révolutionnaires? Le moment était bien venu de témoigner de ce grand dévouement et de payer de sa personne. Dans cette séance mémorable où madame la duchesse d'Orléans fit paraître un si beau caractère, vainement elle chercha ceux qu'elle avait accoutumé de rencontrer aux Tuileries. Autour d'elle, elle n'a guère aperçu que des membres de cette opposition calomniée, faisant cortège à une femme, à un enfant , derniers représentants de la royauté. C'est alors qu'elle a pu apprendre à connaître des hommes tels que M. Barrot, M. Dupin, M. de Rémusat, M. Jules de
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Lasteyrie , M. de Mornay, etc. Réfugiée à l'hôtel des Invalides, quels défenseurs l'y ont suivie ? La plupart de ceux dont je viens de citer les noms , et quelques ardents mais sincères réformistes qui , ayant le matin accepté la régence, y demeuraient fidèles. Disons aussi que M. le duc de Nemours, qui n'avait voulu à aucun prix se séparer de la femme et du fils de son frère, pouvant enfin confier ce dépôt sacré à une amitié nouvelle, mais assurée et inviolable, trouva cette nuit un asile dans la maison d'un ami de M. Barrot.
Il est puéril d'expliquer la catastrophe de février, comme celle de juillet, par des hasards, par un ordre mal donné et mal exécuté, par telle ou telle précaution mal prise, et par toutes sortes de petites causes, vraies ou fausses, mais qui n'ont été désastreuses que parce qu'elles se joignaient à la jurande cause de tout le mal , à savoir les fautes du gouvernement. Je l'ai déjà dit : il faut bien gouverner ou périr, la loi est inexorable, et il y a plus d'une manière de périr, parce qu'il y a plus d'une manière de mal gouverner. On peut périr parce qu'on jette le défi au génie de la révolution; on peut périr encore parce que, sans l'attaquer ouvertement et sans violer un seul article d'une charte, on résiste obstinément aux progrès les plus nécessaires et les plus innocents , et on condamne ainsi une nation ou à s'arrêter et à demeurer immobile, ou à laisser tomber un pouvoir qui se trahit lui-même. 11 serait aussi par trop extraordinaire qu'un gouvernement irréprochable , entouré de l'estime et de la confiance publique , eût succombé sous la plus misérable attaque qui fût jamais. Cette attaque
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n'a réussi que parce qu'elle prenait les couleurs de la réforme et que la réforme était le vœu général. Paris était réformiste ; sa faute , et il l'a payée bien cher, a été de n'avoir pas vu que sous la réforme se glissait la république, et, après avoir si vivement appuyé l'une , de ne s'être pas retourné contre l'autre avec la môme énergie. Mais Paris l'eût fait , je n'en doute pas, et très-promptement, si un gouvernement habile lui en eût donné le temps , si de bonne heure de rapides et libérales mesures eussent divisé l'insurrection et séparé les réformistes des révolutionnaires. Ce n'est donc pas la nation qu'il faut accuser ici, c'est le gouvernement. Je le dis à regret , mais avec une conviction profonde : c'est lui qui est le premier auteur de la révolution de février, comme Charles X est l'auteur de la révolution de 1830, et l'empereur de la restauration.
Je ne veux pas même répondre un mot à ceux qui reprochent à l'opposition constitutionnelle d'avoir amené la révolution de 1848. Comment, avertir les gouvernements des dangers auxquels ils s'exposent, c'est donc créer ces dangers? A ce compte, pour être conséquent, il faut dire que c'est l'opposition de M. de Châteaubriant et de M. Royer-Collard et l'adresse des 221 qui ont fait la révolution de 1830, et que l'honnête homme qui , en voyant paraître le ministère de M. de Polignac, s'est écrié : « Malheureux pays! malheureux roi^ ! » a soulevé le pays et détrôné le roi. Il faut dire aussi que c'est la commission des
' M. Berlin l'aîné, dans le Journal des Débats.
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cinq, en 1812, qui a perdu l'empereur. Écartons ces déclamations, et donnons-nous le spectacle du grand caractère moral des événements de ce monde.
Les lois de la morale s'appliquent aux choses humaines aussi certainement , aussi inflexiblement que les mathématiques aux mouvements du ciel et de la terre. Particuliers et gouvernements, États et familles, il n'y a qu'un moyen de prospérer et de durer, c'est de se bien conduire. Toute mauvaise conduite est sûre d'une punition proportionnée à sa faute. L'empire avait abusé de la force et de la guerre , il est tombé par la guerre et par la force. La restauration, qui avait donné la charte , après s'être longtemps soutenue par elle, s'est perdue en la violant. Elle avait beaucoup abusé de l'article qui admettait encore une religion d'État, et elle osa s'armer de l'article 44 pour revendiquer le pouvoir absolu du roi ; aussi la révolution de 1830 aboht-elle l'article 14, ainsi que la religion d'État, et elle crut par là avoir mis un terme au gouvernement personnel. Les caractères de la révolution de février étaient écrits d'avance en quelque sorte dans ceux des dernières années de la monarchie de juillet.
1° Cette monarchie , démentant de plus en plus son origine par sa conduite , était revenue au gouvernement personnel. Pour en finir avec ce gouvernement, la révolution de février a proclamé la république.
2° La monarchie voulait maintenir à la chambre des députés une multitude de fonctionnaires, même de l'ordre inférieur. L'opposition proposait d'exclure
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un certain nombre de fonctionnaires chez lesquels l'indépendance était ou impossible ou dangereuse : la république, répondant à un excès par l'excès contraire, a repoussé de la chambre tout fonctionnaire. 3° La monarchie avait refusé, après seize années de progrès en tout genre, d'augmenter le nombre des électeurs ; nous proposions , nous , de l'augmenter raisonnablement et successivement : la république a décrété le suffrage universel.
4° Sous la monarchie , le pays légal s'était montré exclusif, et une partie de la bourgeoisie, heureuse d'être admise à la cour, avait trop oublié les principes de la révolution : une réaction grossière a donné à la répubhque le nom de démocratique.
5°^ L'apparition du sociaUsme a aussi sa raison. On ne s'était point assez occupé du peuple , de sa misère, qui est immense, de ses vices, qui viennent souvent de sa misère, qui l'augmentent et la perpétuent. Quand l'Angleterre , quand la Belgique s'épuisaient à résoudre ou du moins agitaient avec un intérêt ardent les importants problèmes que soulève de toutes parts la situation morale et matérielle des classes inférieures , le gouvernement français voyait éclore toute une littérature socialiste , qui nous révélait d'horribles douleurs et par conséquent les plus grands dangers , et il se croisait les bras, laissait dire et ne faisait rien. La révolution de février s'est chargée de punir cette coupable indifférence par des extravagances plus coupables encore : elle a manqué de mettre dans la constitution le droit à l'assistance et le droit au travail , et nous avons vu le moment où