LVIII INTRODUCTION
Mais le Discours préliminaire est une œuvre littéraire. Partout la langue est nette, précise, d'une belle venue dans sa simplicité sobre et sévère; la pensée scientifique a rarement revêtu une forme qui en fit plus heureusement ressortir la grandeur et la beauté. Parfois on songe à Ç Pascal et aussi à Taine. D'Alembert a comparé \}e géomètre au poète, et Newton à Corneille : les images poétiques et exactes, les formules heureuses dans leur nouveauté et leur concision, les expressions pittoresques dans leur abstraction, dénotent une inspiration continue, un enthousiasme qui justifie cette comparaison, souvent reproduite depuis le xvni® siècle. Qu'il suffise de rappeler, dans la première partie, les pages sur Torigine des mathématiques et les limites de nos connaissances, sur la musique et les arts mécaniques, sur la géométrie et les belles-lettres, le poète, Férudit et le philosophe ; puis, dans la seconde, celles qui portent sur Bacon, Descartes, Newton, Locke et Leibnitz, sur l'usage des langues vulgaires en matière scientifique, sur Diderot et les conditions dans lesquelles l'Encyclopédie se présente au public.
Pour toutes ces raisons, le Discours préliminaire mérite de figurer à côté du Discours sur la Méthode de Descartes, de V Essai sur les progrès de V esprit humain de Condorcet et du Cours de philosophie positive d'Auguste Comte. Il a continué le premier et préparé les deux autres ; il les vaut comme
œuvre scientifique, et leur est supérieur comme œuvre littéraire.
F. PlCAVET.
Un mot sur notre édition. Nous avons reproduit le texte des Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophiej nouvelle édition, Amsterdam, Châtelain, 4763, Il est identique, sauf quelques légers changements, à celui de 1759, mais on y a fait disparaître plusieurs fautes d'impression. Celles qn'il présentait encore ont été corrigées d'après les éditions de 1751 et même de 1759. Nous avons consulté ces textes primitifs, parce que l'édition Belin et Bossange, 1821, est quelquefois inintelligible à cause des fautes qu'on y trouve (note 99). Par la comparaison des différents textes, nous avons été amené à signaler des variantes, corrections ou additions. La plupart portent sur la forme, et montrent que d'Alembert a cherché à rendre sa pensée plus précise et plus exacte (p. 14, n. 1 ; p. 18, n. 1 ; p. 20, n. 1 et 2 ; P- 32, n. 1 ; p. 45, n. 1 ; p. 46, 48 ; p. 85, n. 1). D'autres la complètent ou lui donnent plus de force, comme celles qui ont pour objet Leibnitz et Montesquieu (p. 89, 91). Quelques-unes enfin sont provoquées par les persécutions auxquelles l'Encyclopédie fut en butte (p. 89, 91).
Pour la ponctuation, nous avons donné celle du xvm» siècle, toutes les fois qu'il n'en résultait aucune obscurité.
Le Discours est précédé des Avertissements de 1759 et de 1763, de la Dédicace de 1751 : en quelques pages, d'Alembert nous apprend quel en a été le succès, quelles critiques lui ont été faites, comment l'Encyclopédie a été préparée et revue, en tant que cela importe à l'intelligence du ^xte. Comme d'Alembert et les éditeurs de 1821, nous y avons fait entrer le Prospectus, sans lequel on ne compren-