Encyclopédie : « des Corneille et de* Racine
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de dialectique; les lois de la saine critique étaient entièrement ignorées. Les auteurs célèbres en tout genre dont nous avons parlé dans ce Discours, et leurs illustres disciples, ou n'existaient pas, ou n avaient pas écrit. L'esprit de recherche et d'émulation n*animait pas les savants; un autre esprit moin» fécond peut-être, mais plus rare, celui de justesse et de méthode, ne s'était point soumis les différentes^ parties de la littérature, et les Académies, dont les. travaux ont porté si loin les sciences et les arts^ n'étaient pas instituées.
Si les découvertes des grands hommes et des compagnies savantes dont nous venons de parler offrirent dans la suite de puissants secours pour former ua Dictionnaire encyclopédique, il faut avouer aussi que* l'augmentation prodigieuse des matières rendit eu d'autres égards un tel ouvrage beaucoup plus difficile. Mais ce n'est point à nous à juger si les successeurs des premiers Encyclopédistes ont été hardis ou présomptueux; et nous les laisserions tous jouir de* leur réputation, sans en excepter Ephraïm Chambers^ le plus connu d'entre eux, si nous n'avions des raisons particulières de peser le mérite de celui-ci.
V Encyclopédie de Chambers dont on a publié à Londres un si grand nombre d'éditions rapides; cette* Encyclopédie qu'on vient de traduire tout récemment en italien, et qui de notre aveu mérite en Angleterre et chez l'étranger les honneurs qu'on lui rend, n'eût peut-être jamais été faite, si avant qu'elle parût en anglais, nous n'avions eu dans notre langue des ouvrages où Chambers a puisé sans mesure et sans choix la plus grande partie des choses dont il a comr
posé son Dictionnaire. Qu'en auraient donc pensé nos Français sur une traduction pure et simple? Il eût excité rindignation des savants et le cri du public, à qui on n'eût présenté sous un titre fastueux et nouveau, que des richesses qu'il possédait depuis longtemps.
Nous ne refusons point à cet auteur la justice qui lui est due. Il a bien senti le mérite de Tordre encyclopédique, ou de la chaîne par laquelle on peut descendre sans interruption des premiers principes d'une science ou d'un art jusqu'à ses conséquences les plus éloignées, et remonter de ses conséquences les plus éloignées jusqu'à ses premiers principes; passer imperceptiblement de cette science ou de cet art à un autre, et s'il est permis de s'exprimer ainsi, faire sans s'égarer le tour du monde littéraire. Nous convenons avec lui que le plan et le dessein de son Dictionnaire sont excellents, et que si l'exécution en était portée à un certain degré de perfection, il contribuerait plus lui seul aux progrès de la vraie science que la moitié des livres connus. Mais, malgré toutes les obligations que nous avons à cet auteur, et l'utilité considérable que nous avons retirée de son travail, nous n'avons pu nous empêcher de voir qu'il restait beaucoup à y ajouter. En effet, conçoit-on que tout ce qui concerne les sciences et les arts puisse être renfermé en deux volumes in-folio? La nomenclature d'une matière si étendue en fournirait un elle seule, si elle était complète. Combien donc ne doit-il pas y avoir dans son ouvrage d'articles omis ou tronqués?
Ce ne sont point ici des conjectures. La traduction entière du Chambers nous a passé sous les yeux, et
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ue quand le temps aura fait taire Tenvie; et son om, cher à la partie de notre nation la plus éclairée, e peut blesser ici personne. Mais dût-il déplaire à uelques prétendus Mécènes, un philosophe serait ien à plaindre, si même en matière de sciences et 3 goût, il ne se permettait pas de dire la vérité. Voilà les biens que nous possédons. Quelle idée ne ! formera-t-on pas de nos trésors littéraires, si Ton int aux ouvrages de tant de grands hommes les avaux de toutes les compagnies savantes, destinées maintenir le goût des sciences et des lettres, et à li nous devons tant d'excellents livres I De pareilles ciétés ne peuvent manquer de produire dans un at de grands avantages, pourvu qu'en les mul liant à l'excès, on n'en facilite point l'entrée à un )p grand nombre de gens médiocres; qu'on en unisse toute inégalité propre à éloigner ou à 3uter des hommes faits pour éclairer les autres; 'on n'y connaisse d'autre supériorité que celle du aie ; que la considération y soit le prix du travail ; Qn que les récompenses y viennent chercher les ents, et ne leur soient point enlevées par l'intrigue, r il ne faut pas s'y tromper : on nuit plus aux )grès de l'esprit en plaçant mal les récompenses 'en les supprimant. Avouons même à l'honneur des très, que les savants n'ont pas toujours besoin d'être compensés pour se multiplier. Témoin l'Angleterre, ] qui les sciences doivent tant, sans que le gouver- ■ ment fasse rien pour elles. Il est vrai que la nation ! 1 considère, qu'elle les respecte même; et cette \ pèce de récompense, supérieure à toutes les autres, t sans doute le moyen le plus sûr de faire fleurir
124 DISCOURS PRÊUMINAIRE
les sciences et les arts; parce que c'est le gouvernement qui donne les places, et le public qui distribue l'estime . L'amour des lettres, qui est un mérite chez nos voisins, n'est encore à la vérité qu'une mode parmi nous, et ne sera peut-être jamais autre chose; mais quelque dangereuse que soit cette mode, qui pour un Mécène éclairé produit cent amateurs ignorants et orgueilleux, peut-être lui sommes-nous redevables de n'être pas encore tombés dans la barbarie où une foule de circonstances tendent à nous précipiter.
On peut regarder comme une des principales, cet amour du faux bel esprit qui protège l'ignorance, qui s'en fait honneur, et qui la répandra universellement tôt ou tard. Elle sera le fruit et le terme du mauvais goût; j'ajoute qu'elle en sera le remède. Car tout a des révolutions réglées, et l'obscurité se terminera par un nouveau siècle de lumière. Nous serons plus frappés du grand jour après avoir été quelque temps dans les ténèbres. Elles seront comme une espèce d'anarchie très funeste par elle-même, mais quelquefois utile par ses suites. Gardons-nous pourtant de souhaiter une révolution si redoutable; la barbarie dure des siècles, il semble que ce soit notre élément; la raison et le bon goût ne font que passer.
Ce serait peut-être ici le lieu de repousser les traits qu'un écrivain éloquent et philosophe * a lancés depuis peu contre les sciences et les arts, en les accusant de
1. M. Rousseau de Genève, auteur de la partie de VEncyclO' pédie qui concerne la musique, et dont nous espérons que le public sera très satisfait, a composé un Discours fort éloquent, , pour prouver que le rétablissement des sciences et des artsa a corrompu les mœurs. Ce Discours a été couronné en 175QC
corrompre les mœurs. Il nous siérait mal d'être de son sentiment à la tête d'un ouvrage tel que celui-ci; et l'homme de mérite dont nous parlons semble avoir donné son suffrage à notre travail par le zèle et le succès avec lequel il y a concouru. Nous ne lui reprocherons point d'avoir confondu la culture de l'esprit avec l'abus qu'on en peut faire ; il nous répondrait sans doute que cet abus en est inséparable : mais nous le prierons d'examiner si la plupart des maux qu'il attribue aux sciences et aux arts ne sont point dus à, des causes toutes différentes, dont l'énumération serait ici aussi longue que délicate. Les lettres contribuent certainement à rendre la Société plus aimable ; il serait difficile de prouver que les hommes en sont meilleurs, et la vertu plus commune; mais c'est un privilège qu'on peut disputer à la morale lûême. Et pour dire encore plus, faudra-t-il proscrire les * lois parce que leur nom sert d'abri à quelques crimes, dont les auteurs seraient punis dans une répu- Wique de sauvages? Enfin, quand nous ferions ici au désavantage des connaissances humaines un aveu dont ïïous sommes bien éloignés, nous le sommes encore plus de croire qu'on gagnât à les détruire : les vices ^ous resteraient, et nous aurions l'ignorance de plus. Finissons cette histoire des sciences, en remarquant que les différentes formes de gouvernement, ÎUi influent tant sur les esprits et sur la culture des
^1* rAcadémie de Dijon, avec les plus grands éloges; il a ^^é imprimé à Paris au commencement de V [cette, Encycl.) ^^^née 1751, et a fait beaucoup d'honneur à son auteur. (Note ^^ d'Alembert.)
i. Encyclopédie : « des ».
lettres, déterminent aussi les espèces de connaissances qui doivent principalement y fleurir, et dont chacune a son mérite particulier. Il doit y avoir en général dans une république plus d'orateurs, d'historiens et de philosophes, et dans une monarchie, plus de poètes, de théologiens et de géomètres. Cette règle n'est pourtant pas si absolue qu'elle ne puisse être altérée et modifiée par une infinité de causes.
Après les réflexions et les vues générales que nous avons cru devoir placer à la tête de cette Encyclopédie, il est temps enfin d'instruire plus particulièrement 1^ public sur l'ouvrage que nous lui présentons. Le Pros- I "^^ pectus^ qui a déjà été publié dans cette vue, et d^^^ i M. Diderot, mon collègue, est l'auteur, ayant ^^®
reçu de toute l'Europe avec les plus grands éloge^ij^ vais on son nom le remettre ici de nouveau sou^ ^^^ yeux du public, avec les changements etlesadditi^'^^ qui nous ont paru convenables à l'un et à l'autre -
On ne peut disconvenir que depuis le renouv^l^^" ment des lettres parmi nous, on ne doive en paurtie aux Dictionnaires les lumières générales qui se sont répandues dans la société, et ce germe de science Q^^ dispose insensiblement les esprits à des connaissances plus profondes. L'utilité sensible de ces sortes d'ouvrages les a rendus si communs que nous sommes plutôt aujourd'hui dans le cas de les justifier que ^ d'en faire l'éloge. On prétend qu'en multipliant les \ secours et la facilité de s'instruire, ils contribueront
DE l'encyclopédie 135
espérait d'eux; travail auquel plusieurs se seraient peut-être refusés, s'ils avaient prévu ce qu'il devait leur coûter de soins. D'un autre côté quelques-uns de ces savants, en possession de leur partie longtemps avant que nous fussions éditeurs, l'avaient déjà fort avancée en suivant l'ancien projet de l'ordre alphabétique. Il nous eût par conséquent été impossible de changer ce projet, quand même nous aurions été moins disposés à l'approuver. Nous savions enfin, ou du moins nous avions lieu de croire, qu'on n'avait fait à l'auteur anglais, notre modèle, aucunes difficultés sur l'ordre alphabétique auquel il s'était assujetti. Tout se réunissait donc pour nous obliger de rendre cet ouvrage conforme à un plan que nous aurions suivi par choix, si nous en eussions été les maîtres.
La seule opération dans notre travail qui suppose quelque intelligence, consiste à remplir les vides qui séparent deux sciences ou deux arts, et à renouer la chaîne dans les occasions où nos collègues se sont reposés les uns sur les autres de certains articles, qui paraissant appartenir également à plusieurs d'entre eux, n'ont été faits par aucun. Mais afin que la personne chargée d'une partie ne soit point comptable des fautes qui pourraient se glisser dans des morceaux surajoutés, nous aurons l'attention de distinguer ces morceaux par une étoile. Nous tiendrons exactement la parole que nous avons donnée; le travail d'autrui sera sacré pour nous, et nous ne manquerons pas de consulter l'auteur, s'il arrive dans le cours de l'édition que son ouvrage nous paraisse demander quelque changement considérable.
faire le même reproche sur un fondement aussi peu solide aux journalistes les plus estimables. Leur but n'est-il pas essentiellement d'exposer en raccourci ce que notre siècle ajoute de lumières à celles des siècles précédents; d'apprendre à se passer des originaux, et d'arracher par conséquent ces épines que nos adversaires voudraient qu'on laissât? Combien de lectures inutiles dont nous serions dispensés par de bons extraits !
Nous avons donc cru qu'il importait d'avoir un Dictionnaire qu'on pût consulter sur toutes les matières des arts et des sciences, et qui servit autant à guider ceux qui se sentent le courage de travailler à Tinstruction des autres, qu'à éclairer ceux qui ne s'instruisent que pour eux-mêmes.
Jusqu'ici, personne n'avait conçu un ouvrage aussi grand, ou du moins personne ne l'avait exécuté. Leibnitz, de tous les savants le plus capable d'en sentir les difficultés, désirait qu'on les surmontât. Cependant on avait des Encyclopédies, et Leibnitz ne l'ignorait pas, lorsqu'il en demandait une.
La plupart de ces ouvrages parurent avant le siècle dernier, et ne furent pas tout à fait méprisés. On trouva que, s'ils n'annonçaient pas beaucoup de génie, ils marquaient au moins du travail et des connaissances. Mais que serait-ce pour nous que ces Ency clopédies? Quel progrès n'a-t-on pas fait depuis dan^ les sciences et dans les arts? Combien de vérité^ découvertes aujourd'hui qu'on n'entrevoyait pa^ alors I La vraie ^philosophie était a n h^roftan; la géo--' métrie'de l'imini n'était pas encore; la physique expérimentale se montrait à peine; il n'y avait poin
^^u^ ^ é^A^ hxi^
On a beaucoup écrit sur les sciences. Les traités sur les arts libéraux se sont multipliés sans nombre, la république des lettres en est inondée. Mais combien peu donnent les vrais principes ! Combien d'autres les noient dans une affluence de paroles, ou les perdent dans des ténèbres affectées I Combien dont l'autorité en impose, et chez qui une erreur placée à côté d'une vérité, ou décrédite celle-ci, ou s'accrédite elle-même à la faveur de ce voisinage I On eût mieux fait sans doute d'écrire moins et d'écrire mieux.
Entre tous les écrivains, on a donné la préférence à ceux qui sont généralement reconnus pour les ineilleurs. C'est de là que les principes ont été tirés. A leur exposition claire et précise, on a joint des exemples ou des autorités constamment reçues. La coutume vulgaire est de renvoyer aux sources, ou de citer d'une manière vague, souvent infidèle, et presque toujours confuse; en sorte que dans les différentes parties dont un article est composé, on ne sait exactement quel auteur on doit consulter sur tel ou tel point, ou s'il faut les consulter tous, ce qui rend la vérification longue et pénible. On s'est attaché, autant qu'il a été possible, à éviter cet inconvénient, en citant dans le corps même des articles les auteurs sur le témoignage desquels on s'est ippuyé; rapportant leur propre texte quand il est aécessaire; comparant partout les opinions; balan- ^nt les raisons; proposant des moyens de douter ou ie sortir de doute ; décidant même quelquefois ; létruisant autant qu'il est en nous les erreurs et les préjugés; et tâchant surtout de ne les pas multiplier,
faire le même reproche sur un fondement aussi peu solide aux journalistes les plus estimables. Leur but n'est-il pas essentiellement d'exposer en raccourci ce que notre siècle ajoute de lumières à celles des siècles précédents; d'apprendre à se passer des originaux, et d'arracher par conséquent ces épines que nos adversaires voudraient qu'on laissât? Combien de lectures inutiles dont nous serions dispensés par de bons extraits !
Nous avons donc cru qu'il importait d'avoir un Dictionnaire qu'on pût consulter sur toutes les matières des arts et des sciences, et qui servit autant à guider ceux qui se sentent le courage de travailler à l'instruction des autres, qu'à éclairer ceux qui ne s'instruisent que pour eux-mêmes.
Jusqu'ici, personne n'avait conçu un ouvrage aussi grand, ou du moins personne ne l'avait exécuté. Leibnitz, de tous les savants le plus capable d'en sentir les difficultés, désirait qu'on les surmontât. Cependant on avait des Encyclopédies, et Leibnitz ne l'ignorait pas, lorsqu'il en demandait une.
La plupart de ces ouvrages parurent avant le siècle dernier, et ne furent pas tout à fait méprisés. On trouva que, s'ils n'annonçaient pas beaucoup de génie, ils marquaient au moins du travail et des connaissances. Mais que serait-ce pour nous que ces Encyclopédies? Quel progrès n'a-t-on pas fait depuis dans les sciences et dans les arts? Combien de vérités découvertes aujourd'hui qu'on n'entrevoyait pas alors! La vraie ^philosophie était a n l ^p.rr.ftnn ; l a géométrie aernwïnin^tntpas encore; la physique expérimentalase montrait à peine; il n'y avait point
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de dialectique; les lois de la saine critique étaient, entièrement ignorées. Les auteurs célèbres en tout genre dont nous avons parlé dans ce Discours, et leurs illustres disciples, ou n'existaient pas, ou n avaient pas écrit. L'esprit de recherche et d'émulation n'animait pas les savants ; un autre esprit moin» fécond peut-être, mais plus rare, celui de justesse et de méthode, ne s'était point soumis les différentes parties de la littérature, et les Académies, dont les. travaux ont porté si loin les sciences et les arts,, n'étaient pas instituées.
Si les découvertes des grands hommes et des compagnies savantes dont nous venons de parler offrirent dans la suite de puissants secours pour former ua Dictionnaire encyclopédique, il faut avouer aussi quel'augmentation prodigieuse des matières rendit eu d'autres égards un tel ouvrage beaucoup plus difficile. Mais ce n'est point à nous à juger si les successeurs des premiers Encyclopédistes ont été hardis ou présomptueux; et nous les laisserions tous jouir de^ leur réputation, sans en excepter Ephraïm Chambers^ le plus connu d'entre eux, si nous n'avions des raisons particulières de peser le mérite de celui-ci.
\j' Encyclopédie de Chambers dont on a publié à Londres un si grand nombre d'éditions rapides; cette* Encyclopédie qu'on vient de traduire tout récemment en italien, et qui de notre aveu mérite en Angleterre et chez l'étranger les honneurs qu'on lui rend, n'eût peut-être jamais été faite, si avant qu'elle parût en anglais, nous n'avions eu dans notre langije des ouvrages où Chambers a puisé sans mesure et sans choix la plus grande partie des choses dont il a comr
posé son Dictionnaire. Qu'en auraient donc pensé nos Français sur une traduction pure et simple? Il eût excité l'indignation des savants et le cri du public, à qui on n'eût présenté sous un titre fastueux et nouveau, que des richesses qu'il possédait depuis longtemps.
Nous ne refusons point à cet auteur la justice qui lui est due. 11 a bien senti le mérite de Tordre encyclopédique, ou de la chaîne par laquelle on peut^ descendre sans interruption des premiers principesd'une science ou d'un art jusqu'à ses conséquences le^ plus éloignées, et remonter de ses conséquences lee= plus éloignées jusqu'à ses premiers principes; passeï imperceptiblement de cette science ou de cet art un autre, et s'il est permis de s'exprimer ainsi, faire sans s'égarer le tour du monde littéraire. Nous con venons avec lui que le plan et le dessein de son Dic^
tionnaire sont excellents, et que si l'exécution en étal portée à un certain degré de perfection, il contri buerait plus lui seul aux progrès de la vraie sciencque la moitié des livres connus. Mais, malgré toute les obligations que nous avons à cet auteur, et TutiS^ lité considérable que nous avons retirée de son travait -^ nous n'avons pu nous empêcher de voir qu'il restai — beaucoup à y ajouter. En effet, conçoit-on que tout qui concerne les sciences et les arts puisse être rei fermé en deux volumes in-folio2 La nomenclati d'une matière si étendue en fournirait un elle seuli si elle était complète. Combien donc ne doit-il pas avoir dans son ouvrage d'articles omis ou tronquéi Ce ne sont point ici des conjectures. La traductii entière du Chambers nous a passé sous les yeux,
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nous avons trouvé une multitude prodigieuse de choses à désirer dans les sciences; dans les arts libéraux, un mot où il fallait des pages; et tout à suppléer dans les arts mécaniques. Chambers a lu des livres, mais il n'a guère vu d'artistes ; cependant il y a beaucoup de choses qu'on n'apprend que dans les ateliers. D'ailleurs il n'en est pas ici des omissions comme dans un autre ouvrage. Un article omis dans un Dictionnaire commun le rend seulement imparfait. Dans une Encyclopédie, il rompt l'enchaînement, et' ûuit à la forme et au fond ; et il a fallu tout Fart d'Ephraïm Chambers pour pallier ce défaut.
Mais, sans nous étendre davantage sur l'Encyclopédie anglaise, nous annonçons que l'ouvrage de Chambers n'est point la base unique sur laquelle ûous avons élevé ; que l'on a refait un grand nombre de ses articles; que l'on n'a employé presque aucun des autres sans addition, correction ou retranchement, et qu'il rentre simplement dans la classe des auteurs <ÏUe nous avons particulièrement consultés. Les éloges ^Ui furent donnés il y a six ans au simple projet de '9. traduction de l'Encyclopédie anglaise, auraient été Pour nous un motif suffisant d'avoir recours à cette Encyclopédie, autant que le bien de notre ouvrage ïi'en souffrirait pas.
La partie mathématique est celle qui nous a paru ïïiériter le plus d'être conservée : mais on jugera par les changements considérables qui y ont été faits, du besoin que cette partie et les autres avaient d'une exacte re vision.
Le premier objet sur lequel nous nous sommes écartés de Fauteur anglais, c'est l'arbre généalogique
qu'il a dressé des sciences et des arts, et auquel nou^ avons cru devoir en substituer un autre. Cette partie de notre travail a été suffisamment développée plu» haut. Elle présente à nos lecteurs le canevas d'un
I ouvrage qui ne se peut exécuter qu'en plusieurs volumes in-folio^ et qui doit contenir un jour toutes
; les connaissances des hommes.
A l'aspect d'une matière aussi étendue, il n'est personne qui ne fasse avec nous la réflexion suivante. L'expérience journalière n'apprend que trop combien il est difficile à un auteur de traiter profondément de la science ou de l'art dont il a fait toute sa vie une étude particulière. Quel homme peut donc être assez hardi et assez borné pour entreprendre de traiter seul de toutes les sciences et de tous les arts?
Nous avons inféré de là que pour soutenir un poids aussi grand que celui que nous avions à porter, il était nécessaire de le partager; et sur-le-champ nous avons jeté les yeux sur un nombre suffisant de savants et d'artistes; d'artistes habiles et connus par leurs talents; de savants exercés dans les genres particuliers qu'on avait à confier à leur travail. Nous avons distribué à chacun la partie qui lui convenait; quelques-uns même étaient en possession de la leur, avant que nous nous chargeassions de cet ouvrage. Le public verra bientôt leurs noms, et nous ne craignons point qu'il nous les reproche*. Ainsi, chacun n'ayant été occupé que de ce qu'il entendait, a été en état de juger sainement de ce qu'en ont écrit les
1. Cette phrase ne figure ni dans l'édition de 1759 ni dans celle de 1763.
DE l'encyclopédie 133
anciens et les modernes, et d'ajouter aux secours
qu'il en a tirés, des connaissances puisées dans son
propre fonds. Personne ne s'est avancé sur le terrain
d'autrui, et ne s'est mêlé de ce qu'il n'a peut-être
jamais appris ; et nous avons eu plus de méthode, de
certitude, d'étendue et de détails, qu'il ne peut y en
avoir dans la plupart des lexicographes. Il est vrai
que ce plan a réduit, le mérite d'éditeur à peu de
chose; mais il a beaucoup ajouté à la perfection de
^'ouvrage; et nous penserons toujours nous être
acquis assez de gloire, si le public est satisfait. En
lin mot, chacun de nos collègues a fait un Diction-'
^aire de la partie dont il s'est chargé, et nous avons
^éîini tous ces Dictionnaires ensemble.
Nous croyons avoir eu de bonnes raisons pour ® livre dans cet ouvrage l'ordre alphabétique. Il nous ^ paru plus commode et plus facile pour nos lecteurs, ^ui désirant de s'instruire sur la signification d'un ^ot, le trouveront plus aisément dans un Diction- *^^ire alphabétique que dans tout autre. Si nous eussions traité toutes les sciences séparément, en faisant ^G chacune un Dictionnaire particulier, non seulement le prétendu désordre de la succession alphabétique aurait eu lieu dans ce nouvel arrangement; 5^ais une telle méthode aurait été sujette à des ^Inconvénients considérables par le grand nombre de ^ï^ots communs à différentes sciences, et qu'il aurait ^allu répéter plusieurs fois, ou placer au hasard. *^'un autre côté, si nous eussions traité de chaque Science séparément et dans un discours suivi, conforme à l'ordre des idées, et non à celui des mots, la ^orme de cet ouvrage eût été encore moins commode
pour le plus grand nombre de nos lecteurs, qui n'y auraient rien trouvé qu'avec peine; Tordre encyclopédique des sciences et des arts y eût peu gagné, et 1 Tordre encyclopédique des mots, ou plutôt des objets par lesquels les sciences se communiquent et se louchent, y aurait infiniment perdu. Au contraire, rien de plus facile dans le plan que nous avons suivi que de satisfaire à Tun et à Tautre : c'est ce que nous avons détaillé ci-dessus. D'ailleurs, s'il eût été question de faire de chaque science ou de chaque art un traité particulier dans la forme ordinaire, et de réunir seulement ces différents traités sous le titre d'Encyclopédie, il eût été bien plus difficile de rassembler pour cet ouvrage un si grand nombre de personnes, et la plupart de nos collègues auraient sans doute mieux aimé donner séparément leur ouvrage, que de le voir confondu avec un grand nombre d'autres. De plus, en suivant ce dernier plan, nous eussions été forcés de renoncer presque entièrement à Tusage que nous voulions faire de l'Encyclopédie anglaise, entraînés tant par la réputation de cet ouvrage, que par Tancicn Prospectus, approuvé du public, et auquel nous désirions de nous conformer. La traduction entière de cette Encyclopédie nous a été remise entre les mains par les libraires qui avaient entrepris de la publier; nous l'avons distribuée à nos collègues, qui ont mieux aimé se charger de la revoir, de la corriger, et de l'augmenter, que de s'engager, sans avoir, pour ainsi dire, aucuns matériaux préparatoires. Il est vrai qu'une grande partie de ces matériaux leur a été inutile, mais du moins elle a servi à leur faire entreprendre plus volontiers le travail qu'on
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espérait d'eux; travail auquel plusieurs se seraient peut-être refusés, s'ils avaient prévu ce qu'il devait leur coûter de soins. D'un autre côté quelques-uns de ces savants, en possession de leur partie longtemps avant que nous fussions éditeurs, l'avaient déjà fort avancée en suivant l'ancien projet de l'ordre alphabétique. Il nous eût par conséquent été impossible de changer ce projet, quand même nous aurions été moins disposés à l'approuver. Nous savions enfin, ou du moins nous avions lieu de croire, qu'on n'avait fait à l'auteur anglais, notre modèle, aucunes difficultés sur l'ordre alphabétique auquel il s'était assujetti. Tout se réunissait donc pour nous obliger de rendre cet ouvrage conforme à un plan que nous aurions suivi par choix, si nous en eussions été les maîtres.
La seule opération dans notre travail qui suppose quelque intelligence, consiste à remplir les vides qui séparent deux sciences ou deux arts, et à renouer la chaîne dans les occasions où nos collègues se sont reposés les uns sur les autres de certains articles, qui paraissant appartenir également à plusieurs d'entre eux, n'ont été faits par aucun. Mais afin que la personne chargée d'une partie ne soit point comptable des fautes qui pourraient se glisser dans des morceaux surajoutés, nous aurons l'attention de distinguer ces morceaux par une étoile. Nous tiendrons exactement la parole que nous avons donnée ; le travail d'autrui sera sacré pour nous, et nous ne manquerons pas de consulter l'auteur, s'il arrive dans le cours de l'édition que son ouvrage nous paraisse demander quelque changement considérable.
Les différentes mains que nous avons employées ont apposé à chaque article comme le sceau de leur style particulier, ainsi que celui du style propre à la matière et à Tobjet d'une partie. Un procédé de chimie ne sera point du même ton que la description des bains et des théâtres anciens, ni la manœuvre d'un serrurier, exposée comme les recherches d'un théologien sur un point de dogme ou de discipline. Chaque chose a son coloris, et ce serait confondre les genres que de les réduire à une certaine uniformité. La pureté du style, la clarté et la précision sont les seules qualités qui puissent être communes à tous les articles, et nous espérons qu'on les y remarquera. S'en permettre davantage, ce serait s'exposer à la monotonie et au dégoût qui sont presque inséparables des ouvrages étendus, et que l'extrême variété des matières doit écarter de celui-ci.
Nous en avons dit assez pour instruire le public de la nature d'une entreprise à laquelle il a paru s'intéresser; des avantages généraux qui en résulteront, si elle est bien exécutée; du bon ou du mauvais succès de ceux qui l'ont tentée avant nous; de l'étendue de son objet; de l'ordre auquel nous nous sommes assujettis; de la distribution qu'on a faite de chaque partie, et de nos fonctions d'éditeurs. Nous allons maintenant passer aux principaux détails de l'exécution.
Toute la matière de l'Encyclopédie peut se réduii'^
à trois chefs : les sciences, les arts libéraux et 1^^
I arts mécaniques. Nous commencerons par ce qui co^'
cerne les sciences et les arts libéraux; et nous Q^^'
rons par les arts mécaniques.
DE l'encyclopédie 137
On a beaucoup écrit sur les sciences. Les traités sur les arts libéraux se sont multipliés sans nombre, la république des lettres en est inondée. Mais combien peu donnent les vrais principes î Combien d autres les noient dans une affluence de paroles, ou les perdent dans des ténèbres affectées I Combien dont l'autorité en impose, et chez qui une erreur placée à côté d'une vérité, ou décrédite celle-ci, ou s'accrédite elle-même à la faveur de ce voisinage! On eût mieux fait sans doute d'écrire moins et d'écrire ' mieux.
Entre tous les écrivains, on a donné la préférence à ceux qui sont généralement reconnus pour les meilleurs. C'est de là que les principes ont été tirés. A leur exposition claire et précise, on a joint des exemples ou des autorités constamment reçues. La coutume vulgaire est de renvoyer aux sources, ou de citer d'une manière vague, souvent infidèle, et presque toujours confuse; en sorte que dans les différentes parties dont un article est composé, on ne sait exactement quel auteur on doit consulter sur tel ou tel point, ou s'il faut les consulter tous, ce qui rend la vérification longue et pénible. On s'est attaché, autant qu'il a été possible, à éviter cet inconvénient, en citant dans le corps même des articles les auteurs sur le témoignage desquels on s'est appuyé; rapportant leur propre texte quand il est nécessaire; comparant partout les opinions; balan- «çant les raisons; proposant des moyens de douter ou de sortir de doute ; décidant même quelquefois ; détruisant autant qu'il est en nous les erreurs et les préjugés; et tâchant surtout de ne les pas multiplier,
et de ne les point perpétuer, en protégeant sa examen des sentiments rejetés, ou en proscriva sans raison des opinions reçues. Nous n'avons p craint de nous étendre quand Tintérét de la vér et l'importance de la matière le demandaient, saci fiant l'agrément toutes les fois qu'il n'a pu s'accord avec l'instruction.
Nous ferons ici sur les définitions une remarqi importante. Nous nous sommes conformés dans 1 articles généraux des sciences à l'usage constamme reçu dans les Dictionnaires et dans les autres ouvrage qui veut qu'on commence en traitant d'une scien par en donner la définition. Nous l'avons donn aussi, la plus simple 'même et la plus courte qu nous a été possible. Mais il ne faut pas croire q la définition d'une science, surtout d'une scien abstraite, en puisse donner l'idée à ceux qui n'y so pas du moins initiés. En effet, qu'est-ce qu'u science? sinon un système de règles ou de faits re" tifs à un certain objet; et comment peut-on dont l'idée de ce système à quelqu'un qui serait absol ment ignorant de ce que le système renferme? Qua on dit de Farithmé tique, que c'est la science des p priétés des nombres, la fait-on mieux connaître celui qui ne la sait pas, qu'on ne ferait connaître pierre philosophale en disant que c'est le secret faire de l'or? La définition d'une science ne consl proprement que dans l'exposition détaillée des clio! dont cette science s'occupe, comme la définition d' corps est la description détaillée de ce corps mênr et il nous semble d'après ce principe que ce qu appelle définition de chaque science sérail mie
DE l'encyclopédie 139
placé à la fin qu'au commencement du livre qui en
traite : ce serait alors le résultat extrêmement réduit
de toutes les notions qu'on aurait acquises. D'ailleurs,
que contiennent ces définitions pour la plupart, sinon
des expressions vagues et abstraites, dont la notion
est souvent plus difficile à fixer que celle de la science
même? Tels sont les mots science, nombre et propriété,
dans la définition déjà citée de l'arithmétique. Les
termes généraux sans doute sont nécessaires, et nous
avons vu dans ce discours quelle en est Futilité : mais
on pourrait les définir, un abus forcé des signes, et
fai plupart des définitions, un abus tantôt volontaire,
tantôt forcé des termes généraux. Au reste, nous le
répétons, nous nous sommes conformés sur ce point
à l'usage, parce que ce n'est pas à nous à le changer,
©l que la forme môme de ce Dictionnaire nous en
empêchait. Mais en ménageant les préjugés, nous
ïl'avons point dû appréhender d'exposer ici des idées
que nous croyons saines. Continuons à rendre compte
^e notre ouvrage.
L'empire des sciences et des arts est un monde éloigné du vulgaire, où l'on fait tous les jours des découvertes, mais dont on a bien des relations fabuleuses. Il était important d'assurer les vraies, de pré- Arenir sur les fausses, de fixer des points d'où l'on partît, et de faciliter ainsi la recherche de ce qui Teste k trouver. On ne cite des faits, on ne compare des expériences, on n'imagine des méthodes, que pour exciter le génie à s'ouvrir des routes ignorées, et à s'avancer à des découvertes nouvelles, en regardant comme le premier pas celui où les grands hommes ont terminé leur course. C'est aussi le but que nous
nous sommes proposé, en alliant aux principes des sciences et des arts libéraux l'histoire de leur origine et de leurs progrès successifs ; et si nous l'avons atteint, de bons esprits ne s'occuperont plus à chercher ce qu'on savait avant eux. Il sera facile dans les productions à venir sur les sciences et sur les arts libéraux, de démêler ce que les inventeurs ont tiré de leur fonds, d'avec ce qu'ils ont emprunté de leurs prédécesseurs : on appréciera les travaux; et ces hommes avides de réputation et dépourvus de génie, qui publient hardiment des vieux systèmes comme des idées nouvelles, seront bientôt démasqués. Mais, pour parvenir à ces avantages, il a fallu donner à chaque matière une étendue convenable, insister sur l'essentiel, négliger les minuties, et éviter un défaut assez commun, celui de s'appesantir sur ce qui ne demande qu'un mot, de prouver ce qu'on ne conteste point, et
de commenter ce qui est clair. Nous n'avons ni épargné, ni prodigué les éclaircissements. On jugera qu'ils étaient nécessaires partout où nous en avons mis, et qu'ils auraient été superflus où l'on n'en trouvera pas. Nous nous sommes encore bien gardés d'accumuler les preuves où nous avons cru qu'un seul raisonnement solide suffisait, ne les multipliant que dans les occasions où leur force dépendait de leur nombre et de leur concert.
Les articles qui concernent les éléments des sciences ont été travaillés avec tout le soin possible; ils sont en efiTet la base et le fondement des autres. C'est par cette raison que les éléments d'une science n© peuvent être bien faits que par ceux qui ont été fort loin au delà; car ils renferment le système des prii^'
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cipes généraux qui s'étendent aux différentes parties de la science ; et pour connaître la manière la plus favorable de présenter ces principes, il faut en avoir fait une application très étendue et très variée.
Ce sont là toutes les précautions que nous avions à prendre. Voilà les richesses sur lesquelles nous pouvions compter; mais il nous en est survenu d'autres que notre entreprise doit, pour ainsi dire, à sa bonne fortune. Ce sont des manuscrits qui nous ont été communiqués par des amateurs ou fournis par des savants, ejatre lesquels nous nommerons ici M.Ponney, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences et des belles-lettres de Prusse. Cet illustre académicien avait médité un Dictionnaire tel à peu près que le nôtre, et il nous a généreusement sacrifié la partie considérable qu'il en avait exécutée, et dont nous ne manquerons pas de lui faire honneur. Ce sont encore des recherches, des observations, que chaque artiste ou savant, chargé d'une partie de notre Dictionnaire, renfermait dans son -abinet, et qu'il a bien voulu publier par cette voie. De ce nombre seront presque tous les articles de grammaire générale et particulière. Nous croyons pouvoir assurer qu'aucun ouvrage connu ne sera ni iussi riche, ni aussi instructif que le nôtre sur les règles et les usages de la langue française, et même sur la nature, l'origine et le philosophique des langues en général. Nous ferons donc part au public, *Anl sur les sciences que sur les arts libéraux, de plusieurs fonds littéraires dont il n'aurait peut-être jamais eu connaissance.
Mais ce qui ne contribuera guère moins à la per-
fection de ces deux branches importantes, ce sont les secours obligeants que nous avons reçus de tous côtés : protection de la part des grands, accueil et communication de la part de plusieurs savants; bibliothèques publiques, cabinets particuliers, recueils, portefeuilles, etc., tout nous a été ouvert, et par ceux qui cultivent les lettres, et par ceux qui les aiment. Un peu d'adresse et beaucoup de dépense ont procuré ce qu'on n'a pu obtenir de la pure bienveillance; et les récompenses ont presque toujours calmé les inquiétudes réelles, ou les alarmes simulées de ceux que nous avions à consulter.
M. Palconet, médecin consultant du roi et membre de l'Académie royale des belles-lettres, possesseur d'une bibliothèque aussi nombreuse et aussi étendue que ses connaissances, mais dont il fait un usage encore plus estimable, celui d'obliger les savants en la leur communiquant sans réserve, nous a donné à cet égard tous les secours que nous pouvions souhaiter. Cet homme de lettres citoyen, qui joint à l'érudition la plus variée les qualités d'homme d'esprit et de philosophe, a bien voulu aussi jeter les yeux sur quelques-uns de nos articles, et nous donner des conseils et des éclaircissements utiles.
Nous ne sommes pas moins sensibles aux obligations que nous avons à M. l'abbé Sallier, garde de la bibliothèque du Roi : il nous a permis, avec cette politesse qui lui est naturelle, et qu'animait encore le plaisir de favoriser une grande entreprise, de choisir dans le riche fonds dont il est dépositaire tou' ce qui pouvait répandre de la lumière ou des agré ments sur notre Encyclopédie. On justifie, nouspouî
rions même dire qu'on honore le choix du prince, pand on sait se prêter ainsi à ses vues. Les sciences 3t les beaux-arts ne peuvent donc trop concourir à llustrer par leurs productions le règne d'un souve- •ainqui les favorise. Pour nous, spectateurs de leurs jrogrès et leurs historiens, nous nous occuperons seulement à les transmettre à la postérité. Qu'elle lise à l'ouverture de notre Dictionnaire, tel était ilors l'état des sciences et des beaux-arts. Qu'elle ajoute ses découvertes à celles que nous aurons enregistrées, et que l'histoire de l'esprit humain et de ses productions aille d'âge en âge jusqu'aux siècles les plus reculés. Que l'Encyclopédie devienne un sanctuaire où les connaissances des hommes soient à l'abri des temps et des révolutions. Ne serons-nous pas trop flattés d'en avoir posé les fondements? Quel avantage n'aurait-ce pas été pour nos pères et pour nous, si les travaux des peuples anciens, des Égyptiens, des Chaldéens, des Grecs, des Romains, etc., avaient été transmis dans un ouvrage encyclopédique, qui eût exposé en même temps les vrais principes de leurs langues! Faisons donc pour les siècles à venir ce que nous regrettons que les siècles passés n'aient pas fait pour le nôtre. Nous osons dire que si les anciens eussent exécuté une Encyclopédie comme ils ont exécuté tant de grandes choses, et que ce manuscrit se fût échappé seul de la fameuse Bibliothèque d'Alexandrie, il eût été capable de nous consoler de la perte des autres.
Voilà ce que nous avions à exposer au public sur ies sciences et les beaux-arts. La partie des arts mécaji^ues ne demandait ni moins de détails, ni moins
de soins. Jamais peut-être il ne s'est trouvé tant de difficultés rassemblées, et si peu de secours dans les livres pour les vaincre. On a trop écrit sur les sciences : on n'a pas assez bien écrit sur la plupart • des arts libéraux ; on n'a presque rien écrit sur les 1 arts mécaniques; car qu'est-ce que le peu qu'on en ■ rencontre dans les auteurs, en comparaison del'éten- I due et de la fécondité du sujet? Entre ceux qui en ont traité, l'un n'était pas assez instruit de ce qu'il avait à dire, et a moins rempli son sujet que montré la nécessité d'un meilleur ouvrage. Un autre n'a qu'effleuré la matière, en la traitant plutôt en grammairien et en homme de lettres, qu'en artiste. Un troisième est à la vérité plus riche et plus ouvrier : mais il est en même temps si court, que les opérations des artistes et la description de leurs machines, cette matière capable de fournir seule des ouvrages considérables, n'occupe que la très petite partie du sien. Chambers n'a presque rien ajouté à ce qu'il a traduit de nos auteurs. Tout nous déterminait donc à recourir aux ouvriers.
On s'est adressé aux plus habiles de Paris et du royaume : on s'est donné la peine d'aller dans leurs ateliers, de les interroger, d'écrire sous leur dictée, de développer leurs pensées, d'en tirer les termes propres à leurs professions, d'en dresser des tables et de les définir, de converser avec ceux de qui on avait obtenu des mémoires, et (précaution presque indispensable) de rectifier dans de longs et fréquents entretiens avec les uns, ce que d'autres avaient imparfaitement, obscurément, et quelquefois infidèlement expliqué. Il est des artistes qui sont en même
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temps gens de lettres, et nous en pourrions citer ici ; mais le nombre en serait fort petit. La plupart de ceux qui exercent les arts mécaniques, ne les ont embrassés que par nécessité, et n'opèrent que par instinct. A peine entre mille en trouve-t-on une douzaine en état de s'exprimer avec quelque clarté sur les instruments qu'ils emploient et sur les ouvrages qu'ils fabriquent. Nous avons vu des ouvriers qui travaillent depuis quarante années sans rien connaître à leurs machines. Il a fallu exercer avec eux la fonction dont se glorifiait Socrate, la fonction pénible et délicate de faire accoucher les esprits, obstetrix animorum.
Mais il est des métiers si singuliers et des manœuvres si déliées, qu'à moins de travailler soi-même, de mouvoir une machine de ses propres mains, et de voir l'ouvrage se former sous ses propres yeux, il est difficile d'en parler avec précision. Il a donc fallu plusieurs fois se procurer les machines, les construire, mettre la main à l'œuvre; se rendre, pour ainsi dire, apprenti et faire soi-même de mauvais ouvrages pour apprendre aux autres comment on en fait de bons.
C'est ainsi que nous nous sommes convaincus de l'ignorance dans laquelle on est sur la plupart des objets de la vie, et de la difficulté de sortir de cette ignorance. C'est ainsi que nous nous sommes mis en état de démontrer que l'homme de lettres qui sait le plus sa langue, ne connaît pas la vingtième partie des mots; que, quoique chaque art ait la sienne, cette langue est encore bien imparfaite; que c'est par l'extrême habitude de converser les uns avec les
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autres, que les ouvriers s'entendent, et beaucoup plus par le retour des conjonctures que par l'usage des termes. Dans un atelier c'est le moment qui parle, et non l'artiste.
Voici la méthode qu'on a suivie pour chaque art. On a traité : 1** De la matière, des lieux où elle se trouve, de la manière dont on la prépare, de ses bonnes et mauvaises qualités, de ses différentes espèces, des opérations par lesquelles on la fait passer, soit avant que de l'employer, soit en la mettant en œuvre.
2° Des principaux ouvrages qu'on en fait, et de la manière de les faire.
3° On a donné le nom, la description et la figure des outils et des machines, par pièces détachées et par pièces assemblées; la coupe des moules et d'autres instruments dont il est à propos de connaître l'intérieur, leurs profils, etc.
4° On a expliqué et représenté la main-d'œuvre et les principales opérations dans une ou plusieurs planches, où l'on voit tantôt les mains seules de l'artiste, tantôt l'artiste entier en action, et travaillante l'ouvrage le plus important de son art.
5° On a recueilli et défini le plus exactement qu'il a été possible les termes propres de l'art.
Mais le peu d'habitude qu'on a et d'écrire et de lire des écrits sur les arts rend les choses difficiles k expliquer d'une manière intelligible. De là naît le besoin de figures. On pourrait démontrer par mille exemples, qu'un Dictionnaire pur et simple de définitions, quelque bien qu'il soit fait, ne peut se passer de figures, sans tomber dans des descriptions obs-
cures ou vagues; combien donc à plus forte raison ce secours ne nous étail-il pas nécessaire? Un coup d'oeil sur l'objet ou sur sa représentation en dit plus qu'une page de discours.
On a envoyé des dessinateurs dans les ateliers. On a pris Tesquisse des machines et des outils : on n'a rien omis de ce qui pouvait les montrer distinctement aux yeux. Dans le cas où une machine mérite des détails par l'importance de son usage et par la multitude de ses parties, on a passé du simple au composé. On a commencé par assembler dans une première figure autant d'éléments qu'on en pouvait apercevoir sans confusion. Dans une seconde figure, on voit les mêmes éléments avec quelques autres. C'est ainsi qu'on a successivement formé la machine la plus compliquée, sans aucun embarras ni pour l'esprit ni pour les yeux. Il faut quelquefois remonter de la connaissance de l'ouvrage à celle de la machine, et d'autres fois descendre de la connaissance de la machine à celle de l'ouvrage. On trouvera à l'article \rt quelques réflexions sur les avantages de ces méthodes, et sur les occasions où il est à propos de préférer l'une à l'autre.
n y a des notions qui sont communes à presque tous les hommes, et qu'ils ont dans l'esprit avec plus le clarté qu'elles n'en peuvent recevoir du discours. [1 y a aussi des objets si familiers, qu'il serait ridicule l'en faire des figures. Les arts en offrent d'autres si composés, qu'on les représenterait inutilement. Dans es deux premiers cas, nous avons supposé que le ecteur n'était pas entièrement dénué de bon sens et rexpérience; et dans le dernier, nous renvoyons à
Tobjet même. Il est en tout un juste milieu, et nous avons tâché de ne le point manquer ici. Un seul art dont on voudrait tout représenter et tout dire, fournirait des volumes de discours et de planches. On ne finirait jamais, si Ton se proposait de rendre en figures tous les états par lesquels passe un morceau de fer avant que d'être transformé en aiguille. Que le discours suive le procédé de l'artiste dans le dernier détail, à la bonne heure. Quant aux figures, nous les avons restreintes aux mouvements importants de Touvrier et aux seuls moments de Topération, qu'il est très facile de peindre et très difficile d'expliquer. Nous nous en sommes tenus aux circonstances essentielles, à celles dont la représentation, quand elle est bien faite, entraîne nécessairement la connaissance de celles qu'on ne voit pas. Nous n'avons pas voulu ressembler à un homme qui ferait planter des guides à chaque pas dans une route, de crainte que les voyageurs ne s'en écartassent. Il suffit qu'il y en ait partout où ils seraient exposés à s'égarer.
Au reste, c'est la main-d'œuvre qui fait l'artiste, et ce n'est point dans les livres qu'on peut apprendre à manœuvrer. L'artiste rencontrera seulement dans notre ouvrage des vues qu'il n'eût peut-être jamais eues S et des observations qu'il n'eût faites qu'après plusieurs années de travail. Nous offrirons au lecteur studieux ce qu'il eût appris d'un artiste en le voyant opérer, pour satisfaire sa curiosité ; et à l'artiste, ce qu'il serait à souhaiter qu'il apprît du philosophe pour s'avancer à la perfection.