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Discours prononcé à Belleville, près Paris

. / T inhumation du vénérable Jean- Antoine Maudru , ancien évêque de Saint-Dié , le i5 septembre 1820.

Révéreudissimes évêques , respectables prêtres et magistrats , pieux laïques , le digne prélat dont nous déposons ici la dépouille mortelle , était né le 5 mai 1748* à Adomp , département des Vosges. Elevé au sacerdoce , il remplit successivement comme vicaire, comme curé, les fonctions du saint ministère, qui, presque toujours, laissent le plus de souvenirs consolans, parce quelles mettent un pasteur en rapport immédiat avec les consciences, parce que, témoin journalier de leurs progrès dans la vertu , il goûte les fruits de sa sollicitude. Parmi les hommes long-temps exercés à la conduite des âmes, presque toujours furent élus ceux qu’on destinait à l’épiscopat dans les contrées où le premier rang de la hiérarchie ne fut pas livré aux usurpations de la faveur , de la naissance , et des castes privilégiées.

Celui qui doit présider à tous , doit être élu par tous. Cette maxime de la sainte antiquité avait été proclamée par le Pape saint Léon , par les saints pères et par une foule de conciles, entre autres ceux d’Orléans en 528, de Paris en 61 5; lorsqu’une réforme salutaire tenta de ramener en France la discipline primitive, M. Maudru, élu par ses

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compatriotes, fut institué et sacré de la manière que prescrit le 4e canon du concile de Nicée, de la même manière que le furent tous les grands pontifes des premiers siècles. , .

Accepter l’épiscopat à cette epoque, c était se dévouer aux tribulations, car tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus— Christ , seront persécutés (i), et déjà tout présageait qu’une lutte pénible allait commencer. Tout entier a ses devoirs, le nouveau prélat comptait pour rien la fatigue des visites diocésaines dans une contrée hérissée de montagnes; des paroisses qui jadis ne connaissaient guères un évêque que par oui-dire , virent leur évêque; des paroisses , où le sacrement de Confirmation n’était guère connu que pari enseignement du catéchisme, reçurent la Confirmation. , . , ,

Mais de cruelles épreuves étaient reservees aux pasteurs. En 1793, l’impiété renversa nos autels, profana nos sanctuaires; elle ne fut que trop secondée par les vœux et quelquefois par l'active coopération de prétendus chrétiens, qui aimaient mieux voir les églises dévastées par le sacrilege, que d’y voir les saints mystères célébrés par des pasteurs soumis aux lois.

On voulait disperser les troupeaux en frappant les pasteurs. M. Maudru , traîné à Paris, jeté dans les cachots de la Conciergerie pendant six mois, attendait , j’ai presque dit qu’il espérait la mort, et ce ne fut pas son innocence bien reconnue qui le sauva, puisque tant de victimes innocentes ont

(f) 2e ThimotU. 3. 12.

péri; mais Dieu, qui le réservait a de nouvelles épreuves , voulait sans doute lui donner à sa bonté des droits plus étendus.

Echappé au supplice et rentré dans son diocèse, l’évêque voit affluer autour de lui des fidèles , dont le zèle long-temps comprimé , avait acquis plus d’énergie ; alors , comme dans les premiers âges du christianisme , pour se soustraire aux tyrans , on exerçait le culte dans les cryptes, les souterrains ; lorsqu’il fut possible de rentrer dans les temples, une hilarité générale dilatait les cœurs dans toute la France et spécialement dans cette chaîne montagneuse des Vosges, où la piété et le patriotisme sont profondément enracinés, où l’on retrouve encore des mœurs patriarchales. J intercale ici un fait très-honorable pour la commune de Liezey, qui, lorsque tous les temples étaient fermés et sous le régime de la première terreur, jeta les fondemens d’une église solide , spacieuse, la bâtit à ses frais et vint ensuite prier son évêque d’en faire la dédicace et de lui donner un pasteur.

Mais les dévastateurs de nos temples rugissaient de voir renaître les exercices religieux. En ce temps comme a une époque bien plus rapprochée de nous, quelques hommes en crédit ou en place pouvaient encore impunément étouffer la voix nationale. Espionnage, délation, impostures, outrages, procès, cachots , rien ne fut épargné pour tourmenter l’évêque. A Saint-Dié, un malheureux, le bonnetsur sa tête et brandissant son bâton , entrait dans la cathédrale au milieu de la messe pour insulter les fidèles. A Bruyères, un agent, trop fameux, s’acharnait a dénoncer, h poursuivre le prélat. A Mirecourt on voulait lui intenter une affaire pour

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avoir > comme l’exigent nos saintes règles, fait apposer un cadenas aux fonts baptismaux. A Epinal on affecta de le faire passer au milieu du marche pour le traîner en jugement. Mais troubler sa sérénité, amortir sa ferveur, était chose impossible ; il l’étendait aux églises veuves de son voisinage , telles quë Nancy et Colmar. Dans le Haut-Rhin, deux fois il échappa au glaive meurtrier.

Occupé sans relâche à réorganiser le culte divin, à remettre en vigueur la discipline, il convoqua à Saint-Dié un synode pour le 26 juillet 1797. A sa voix , de tous les coins du diocèse accoururent un grand nombre d’estimables pasteurs, qui, sans jamais déroger à leurs devoirs, avaient traversé les orages, et qui portaient encore les cicatrices de la persécution. Permettez-moi d en parler comme témoin oculaire ÿ car étant allé visiter les lieux de ma naissance , sur la demande du prélat , je portai la parole dans cette respectable réunion , à la suite de laquelle M. Maudru vint siéger au concile national tenu la même année. Ce concile adressa une lettre synodique aux pères et mères et à tous ceux qui sont chargés de V éducation de la jeunesse (i)« L’empressement de l’évêque de Saint-Dié , pour la publier dans son diocèse , servit de prétexte à de nouvelles dénonciations ; et si les persécuteurs ne purent lui faire expier le crime d’avoir parlé aux chefs des familles de leurs devoirs envers Dieu et la société, du moins ils goûtèrent le plaisir indicible de l’avoir tourmenté. En 1800 il tint à Mire-

(1) V. canons et décrets du concile national , etc. , in-12, Paris 1792, pag. 1 54 a 191‘

court un second synode qui fut terminé par celte acclamation unanime des prêtres et des laïques : « Au généreux confesseur de Jésus-Christ, longues » années pour notre édification , et récompense )) éternelle » (i).

L’année suivante , à la demande du chef de l’Eglise , il s’empressa de donner sa démission d’une place acceptée dans des temps difficiles , uniquement pour que les fidèles ne fussent pas privés des consolations de la religion. Descendu du premier rang , mais pénétré du principe que tout est honorable dans la maison de Dieu, il accepta la cure de la ville de Stenay.

Pouvait-il se douter qu’il entrait dans une nouvelle carrière de douleurs? L’extrême attachement que ses paroissiens lui portaient ne put le soustraire à des persécutions puissantes ; l’invasion du territoire français par des légions étrangères , offrait sans doute à ses ennemis l’espérance de satisfaire leur animosité.

Pendant sept mois une redoutable inquisition le poursuivit sans relâche ; réfugié dans des lieux inhabitables, caché sous des combles, en proie aux rigueurs des saisons et à la misère, il put enfin échapper encore à des furibonds et abdiqua sa cure ; mais à l’instant l’ordre arbitraire d’un ministre lui enjoint de se rendre sur les rives de la Loire , et pendant un an , relégué à Tours dans un galetas , il est en proie à toutes les privations. Que font alors ses implacables ennemis ? De toutes

r (i) V. les statuts du synode général rendu à Mirecourt le 3o avril 1800 ; in-8°, Mirecourt , p. 100.

parts ils écrivent pour recueillir contre lui des renseignemens qui puissent colorer une condamnation judiciaire ; on scrute tous les détails de sa conduite, on n’y voit rien que d’édifîant; et enfin, libre de quitter son exil, il vient fixer sa résidence à cinq lieues de Paris. La haine aveugle découvre son asile Mais abrégeons ce récit de fureurs gra-

tuites d’une part , et de patience de l’autre.

Arrivé au soir d’une vie si agitée , il se félicitait d’avoir enfin trouvé le repos dans la paroisse de Believille ; journellement se manifestaient et s accroissaient à son égard l’estime et 1 affection des habitans et surtout des dignes ministres des autels, dont l’un a reçu ses adieux au monde, et qui avec cette foule de citoyens ici présens, donnent un caractère si touchant à cette solennité funèbre.

Tendrement attaché au chef de 1 Eglise , comme catholique , comme évêque ; à sa patrie , à nos libertés constitutionnelles comme citoyen , il rendit à César ce qui est à César , à Dieu ce qui est à Dieu . La religion de Jésus-Christ n’est-elle pas celle de la concorde et de l’amour ? Si chacun était pénétré de cette vérité, la terre offrirait l’image anticipée du bonheur céleste. Pourquoi donc dans la société chrétienne ces divisions qui déchiraient lame si candide et si aimante du vénérable Maudru ? Faut-il que même dans le sanctuaire on trouve des êtres qui semblent travailles du besoin de nuire ? Quel hideux spectacle offrent des hommes revetus du sacerdoce qui s’associèrent à des incrédules pour dénigrer un évêque en fabriquant contre lui des impostures, des libelles! Une conduite intègre est un sûr abri contre la médisance , mais personne ne peut défier la calomnie. Eh! qui le sait mieux que

celui qui vous parle en ce moment ? Sans doute il est moral et même évangélique le droit de confondre les méchans et de repousser leurs attaques; l’Ecriture recommande d avoir soin de sa réputation (i). Si l’on peut, sans enfreindre le devoir de la charité, se défendre contre des assassins, on le peut, on le doit même quelquefois, à plus forte raison, contre les calomniateurs. En proie à des ennemis implacables, M. Maudru goûta , toutes les fois qu’il le put, le plaisir d’exercer envers eux sa

vengeance Et quelle vengeance? La seule que

le christianisme autorise et prescrit , celle de leur faire du bien.

Ces détails honorables sont attestés parlesbabitans des Vosges ; en apprenant la mort de celui qui fut leur compatriote et leur évêque, à nos prières, à nos regrets ils mêleront leurs regrets et leurs prières , car le tombeau ne rompt pas la communication spirituelle entre nous et ceux qui nous précèdent dans l’éternité. La piété franchit l’abîme qui sépare les deux mondes et s’élance au trône du souverain juge pour implorer ses miséricordes en leur faveur. Religion adorable et si bien faite pour nos cœurs, puisqu’en nous offrant les moyens d’être encore utiles à ceux qui ont quitté le séjour terrestre, elle perpétue la tendresse des parens et des amis!

Mais, mes frères, rassemblés dans cette funèbre enceinte où la résurrection doit un jour opérer ses merveilles , négligerons-nous de faire un retour sur nous-mêmes ? La mort de l’un est un avertis-

(i) V. Ecclésiast. , chap. 4i ? vers. i5.

sement à ceux qui survivent. En arrivant dans le inonde , la première condition est d’en sortir. En sortant d’ici nous serons plus près du dernier moment que lorsque nous y sommes entrés. Lequel d’entre nous de celui qui parle et de ceux qui l’écoutent paiera le premier son tribut à la mort . Elle n’oublie aucun mortel , et cette pensée , lom d’effrayer le chrétien, doitau contraire l’encourager. Il y aurait lieu de s’affliger si nous étions confinés pour toujours dans cette vallée de larmes; mais rejouissons-nous, chrétiens, ici bas nous ne sommes pas chez nous, nous n avons pas de cite permanente dans ce monde dont la figure passe (i). Une autre patrie nous attend. Le Dieu que nous servons ne sera pas toujours invisible. La splendeur du jour éternel paraîtra. Appuyés sur l’espérance, ayons les yeux fixés sur Jésus- Christ , l auteur et le consommateur de notre foi (i)..... Nous sommes en route pour l’éternité. Que la fin du voyage soit le commencement de notre bonheur !

(i) Héb., i3, 14. — 1 Cor. , 7, 3i.

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