L'HONORABLE M. MERCIER
DÉPUTÉ DE ST. HYACINTHE, SOLLICITEUR-GÉNÉRAL, EN RÉPONSE A L'HON. M. CHAPLEAU.
{Sténographié par M. A. Chamherland, Etudiant en droit.)
M. L'Orateur. — En me levant pour répondre au di.scours éloquent et habile qui vient d'être prononcé par l'hon. député de Terrebonne, (M. Chapleau) sur cette question excessivement importante, je ne puis cacher l'embarras dans lequel je me trouve placé.
J'arrive, député nouveau, dans une Chambre élue depuis au-delà d'un an, après des luttes ardentes, durant lesquelles on n'a respiré, pour ainsi dire, que cette question constitutionnelle qui nous occupe dans ce moment, et il me faut la traiter de nouveau au risque de répéter ce qui a été dit vingt fois, avec beaucoup plus de talents que je ne puis le faire, dans cette enceinte, sur les hustings et dans la pi-esse, par tout ce que notre province oti're de plus distingué comme écrivains et comme orateurs. Soldat dévoué au parti, j'ai fait la lutte depuis un grand nombre d'années; j'ai donné et reçu des blessures qui n'étaient pas mortelles mais qui étaient quelques fois fort sensibles, mion champ de bataille était le husting, mes témoins étaient ces vastes assemblées populaijes au sein desquelles vous puisez ce patritriotisme ardent qui vous entraine malgré vous ; mes advei-sairen étaient les mêmes hommes qui siègent de l'autre côté de la Chambj-e. Dans ces luttes électorales où la passion domine nécessaii-ement. où le raisonnement fait quelquefois défaut, du moins chez nos adversaires, on se laisse souvent entraîner bien loin et on dit, dans cej'tains
moments, des choses que le calme et la réflexion feraient trouver fort
étranges. Mais, M. l'Orateur, je regrette d'avoir à le constater ici, Je n'ai jamais entendu sur les hustings, des paroles aussi passionnées que celles qui viennent de tomber des lèvres de l'honorable chef de l'opposition. Rarement j'ai vu un orateur aussi oublieux de ses devoirs d'homme politique, et se laisser entraîner à un tel point par l'esprit de parti. L'honorable député a foulé aux pieds, avec un cynisme regrettable, les intérêts de la province, pour servir uniquement ceux du parti ; méconnaissant ses devoirs les plus sacrés, il a été jusqu'à sacrifier nos droits, notre avenir national ; il a été jusqu'à nier tout un glorieux passé, pour satisfaire les haines de ceux qui l'inspirent ici et ailleurs, de ceux qui seraient prêts à marcher sur les ruines de la patrie pour assouvir leur vengeance et leur ambition . (Applaudissements.)
Appelé, par la confiance de mes amis, à répondre à l'honorable chef de l'opposition, dont l'expérience parlementaire est considérable et dont l'éloquence a souvent fait mon admiration, j'occupe une position quelque peu délicate, et je me reconnais avec humilité au-dessous de la tâche qui m'est confiée. Etant plus habitué aux luttes de hustings qu'aux combats réguliers qui doivent se livrer dans cette assemblée distinguée, je suis exposé à violer involontairement quelques-unes des règles de cette Chambre, dont vous êtes, M. l'Orateur, le gardien sévère, mais juste. Je réclame donc votre indulgence, celle de mes amis et surtout celle de mes adversaires.
La question qui est actuellement soumise à notre considération est certainement une des plus graves qui aient jamais été discutées dans le parlement de la province de Québec; elle est grave par ses conséquences, grave à cause de son objet, et que l'on me permette de le pire, elle est surtout grave à cause de nos dissentions qui nous empê. chent de l'examiner avec ces sentiments qui nous donneraient une force que nous n'avons malheureusement pas dans ce moment. Essayons, cependant, M. l'Orateur, à faire taire tous nos ressentiments de parti, et à envisager cette question comme une question nationale. Car enfin il ne s'agit pas de savoir lequel des deux partis triomphera; il ne s'agit pas de savoir si les libéraux resteront au pouvoir ou si les consei'vateurs les en chasseront. Nous devrions être capables, ce me semble, de nous élever au-dessus de ces considérations mesquinesnous devrions être assez patriotiques, tous tant que nous sommes,
libéraux ou conservateurs, anglais ou canadiens, pour mettre nos aspirations nationales au-dessus de nos espérances de partisans, do mettre l'amour de la patrie avant l'amour du parti. (Appl.)
Dans les remarques que je vais avoir l'honneur de vous soumettre, M. l'Orateur, j'oublierai les sympathies que j'ai pour mes amis; j'oublierai l'estime jwofonde que j'ai pour l'honorable Premier-Ministre, dont le caractère a conquis le respect de tous ses concitoyens, oui, j'oublierai toutes ces affections que je ne veux pas perdre, mais que je veux faire taire dans le moment, pour ne me souvenir que de l'honneur, de l'intérêt et de l'avenir de cette province de Québec que nous voulons tous, du moins je crois que nos adversaires sont de notre avis sous ce rapport, que nous voulons tous voir grande, heui-euse et prospère, de cette province de Québec qui fut notre berceau, comme elle sera notre tombeau, dont nous devrions transmettre intactes à la génération future les institutions qui ont fait sa force et sa gloire » dans le passé.
Les deux séries de résolutions que vous avez en mains, M. l'Orateur, et dont l'une nous est offerte par le gouvernement et l'autre par l'opposition, contiennent l'exposé de principes qui ne sont pas aussi contradictoires en apparence qu'ils le sont en réalité. Les deux partis pourraient admettre indifféremment, dans toute autre occasion, les idées émises par l'une ou l'autre de ces résolutions, à l'exclusion toutefois, des deux principes qui me paraissent tout-à-fait opposés ; et c'est là qu'est toute la difficulté. Le gouvernement veut faire déclarer comme doctrine, que le j)arlement de notre province est, dans les limites de ses attributions, indépendant du parlement fédéral, et l'opposition, de son côté, cherche à faire affirmer que celui-là est complètement sous le contrôle de celui-ci.
Nous disons que le gouvernement fédéral n'a pas de jurisJiction pour juger ce qu'on a appelé le coup d'état du 2 mars 1878, mais que cet acte étant constitutionnel, quoique vigoureux, quoique violent peut-être, c'est au peuple de notre province à l'approuver ou à le désapprouver. ISTos adversaires, au contraire, soutiennent que le^ parlement fédéral peut intervenir dans l'espèce, blâmer M. Letellier, ordonner sa démission, le punir ainsi d'un acte purement politique. Je me suis servi du mot violent, je veux être compris, et bien compris. L'acte en question était parfaitement justifiable et je l'approuve sans restrictions aucunes. (Applaudissements.)
Essayons de trouver laquelle de ces doctrines est la vraie ; laquelle doit être acceptée par le peuple de cette province qui nous a envoyé ici, ne l'oublions pas, pour défendre son indépendance politique et repousser toute tentative qui serait faite par un pouvoir supérieur pour diminuer cette indépendance que la constitution nous accorde dans certaines conditions. Dans ce but je vais vous soumettre trois propositions qui serviront, je l'espère, à appuyer les résolutions de l'honorable chef du gouvernement, et à détruire celles de l'honorable chef de l'opposition.
Voici comment j'entends soumettre ma thèse : Je dis que nous devons condamner l'intervention du parlement fédéral au sujet de l'affaire Le tel lier.
lo Parce qu'elle est contraire à l'esprit de la constitution qui nous régit ;
2o Parce qu'elle est de nature à briser l'autonomie de notre province ;
30 Parce qu'elle constitue une injure pour tous les habitants de cette province.
Je vais essayer de développer et de prouver ces trois pi^positions avec autant de clarté que je le puis et de précision que les circonstances me le permettent.
lo Cette intervention fédérale est contraire à l'esprit de notre constitution.
Nous avons une loi écrite qui nous régit ; nous allons la lii-e, l'expliquer et pour mieux la comprendre nous en rechercherons le sens dans la pensée de ceux qu'on a appelés les pères de la confédération,
Nos adversaires qui soulèvent de grandes questions constitutionnelles ou religieuses chaque fois que leurs fautes leur font perdre le pouvoir ; nos adversaires qui s'abritent derrière le trône ou l'autel, suivant la nature de leurs crimes ou les dangers de la situation, ont fait entendre depuis un an toutes sortes do jérémiades sur la violation de cette pauvre constitution qui me paraît pourtant se porter aussi bien entre nos mains qu'entre les mains de ces messieurs de l'autre côté de la Chambre, qui eux, l'aimaient tant, cette chère constitution, qu'ils la pressaient sur leur cœur, avec assez de violence pour l'étouffer, et étouffer avec elles la voix du peuple. (Applaudissements.)
J'ai raison de croire et j'espère que le peuple croit avec nou-*, que cette constitution, souillée ])ar nos iidversaires, sortira de nos mains
purifide sons le souffle des idées libérales, que nous la replacerons siu* son piédestal où le patriotisme de nos pères l'avait élevée. Nous pourrions même profiter de l'occasion pour solliciter une grâce de nos adversaires; elle n'est pas pour nous, mais pour le pays; c'est que quand nous laisserons le pouvoir, que quand nous remettrons à ces messieurs la garde de la constitution, ce qui n'arrivera pas de sitôt, j'aime à croire, qu'ils la conserveront pure de toute souillure, et qu'ils ne la feront pas servir aux besoins de leurs intérêts de parti, mais bien à la protection du peuple et à la conservation des institutions qui nous ont rendus libres.
Il y a doux clauses dans l'acte fédéral, qui s'appliquent à la question, les clauses 58 et 59. Elles se lisent comme suit :
58. — " Il y aura pour chaque province un officier appelé Lieutenant- Gouverneur, lequel sera nommé par le Gouverneur-Général en conseil par instrument sous le grand sceau du Canada."
59. — '• Le Lieutenant-Gouverneur restera en charge durant le bon plaisir du Gouverneur-Général ; mais tout Lieutenant-Gouverneur nommé après le commencement de la première session du parlement du Canada, no pourra être révoqué dans le cours des cinq ans qui suivront sa nomination, à moins qu'il n'y ait cause ; et cette cause devra lui être communiquée, etc., etc.
Ainsi tout est bien clair : le Lieutenant-Gouverneur est nommé par le Gouverneur-Général en conseil, c'est-à-diro par l'exécutif fédéral ; mais il reste en charge durant le bon plaisir du Gouverneur-Général.
Pour bien comprendre ces doux clauses de notre constitution il faut rappeler les différentes phases par lesquelles elles sont passées, les divers changements qu'elles ont subis, et les paroles qui furent prononcées pour expliquer et justifier ces modifications dans le texte primitif des résolutions de la conférence de Québec tenue en 1864. Je me rappelle les discussions qui eurent lieu à l'époqne où les chefs conservateurs proposaient cette révolution politique et pacifique qui changea les conditions de l'ancienne province du Canada, surtout les conditions d'existence de la minoi-ité à laquelle nous appartenons, nous, Canadiens-Français.
Et dans chacune de ces paroles on trouve la pensée bien arrêtée de rendre notre province indépendante et de mettre son autonomie à labri de toute tentative hostile.
L'on sait que c'est en 1864 qu'eut lieu la conféi-ence de Québec dont les résolutions servirent de texte à l'adresse votée en 1865 par le parlement de l'ancienne province du Canada. La section 38 qui contenait le germe de ces deux clauses 58 et 59 de l'acte fédéral, se lisait comme suit : '' Chaque province aura un officier exécutif appelé Lieutenant-Gouverneur, lequel sera nommé par le Gouverneur-Général en conseil, sous le grand sceau des provinces féiérées, et durant bon plaisir ; mais ce bon plaisir ne devra pas être exercé avant cinq ans accomplis, à moins qu'il y ait cause, et cette cause devra être communiquée par écrit au Lieutenant-Gouverneur immédiatement après sa démission et aussi par message aux deux Chambres du parlement."
Dans ce texte original le pouvoir de nommer et de démettre appai*tient à la même autorité ; celle du gouverneur en conseil. Il n'y a pas de doute dans les termes qui sont parfaitement clairs : le même pouvoir nommera, le même pouvoir démettra. Il est bien facile de constater toute la différence qu'il y a dans cette résolution 38 et dans les deux clauses 58 et 59 de notre acte fédéral.
J'ai cherché en vain dans les débats qui ont eu lieu en 1865 des explications do la part de l'honorable Sir John A. McDonald ou de Sir George Cartier sur cette résolution 38 ; je n'ai rien trouvé de bien pré -'is. Je trouve bien des déclarations générales, affirmant que chaque législature locale sera indépendante et que ses actes ne pourront être mis de côté que par le droit de veto, mais cette question du Lieutenant- Gouverneur ne paraît pas avoir attiré l'attention particulière des orateurs qui parlèrent dans ces fameuses séances durant lesquelles se décida le sort de cette confédération. Ces séances avaient lieu en février et mai's 1865, et de bonne heure dans le cours de l'été des ministres canadiens se rendirent en Angleterre pour porter au pied du trône ra<Jrjs8e votée par notre parlement et contenant les résolutions dont je viens de parler.
Dans le mois d'août 1865, une nouvelle session eut lieu, mais on y pai'la peu de confédération vu que le Nouveau-Brunswick en avait repoussé le ])rojet. Mais dans le printemps de 1866, durant la première session qui fut tenue à Ottawa, la dernière du parlement de la province du Canala, le sujet fut discuté de nouveau à l'occasion du projet de loi sur les constitutions locales présenté par Sir John et Sir George. On procéda par résolutions comme dans la clause 38 que je
viens de citer, et voici le texte même des deux premières sections do cette résolution :
" Par la 38ème article de la résolution de cette Chambre adoptée le " troisième jour de février 1865, à l'effet de présenter une humble " adresse à Sa Majesté, la priant qu'il lui plaise gracieusement de faire '• souraetti-e au parlement impérial une mesure aux tins d'unir les " colonies du Canada, de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick, " de Terreneuve et de l'Ile du Prince-Edouard, en un seul gouverne- " ment, et ayant pouj- base les résolutions adoptées à une conférence " de délégués des dites colonies, tenue en la cité de Québec, ie 10 oc- " tobre 18G4, il est décrété que chaque province aui-a un officier exé- " cutif appelé Lieutenant-Gouverneur, lequel sera nommé par le Gou- '' verneu]--Général en conseil, sous le grand sceau des provinces fédé- •' lées, durant bon plaisir, mais ce bon plaisir ne devra pas et; e exercé " avant cinq ans accomplis, à moins qu'il y ait cause, et cette cause " devra être communiquée pai- éci-it au Lieutenant-Gouverneur immé- " diatement aprè-* sa démission, et aussi par message aux deux Cham- " bies du parlement, dans la pi-emière semaine de la première session " qui suivra, et que, j^ar la 41e article de la même résolution, il est " décrété que les gouvernements et les parlements des diverses pro- " vinces seront constitués en la manière que leurs législatures actuel- '' les jugeront respectueusement à propos de les établir, et il est de " plus maintenant résolu que, dans l'opinion de cette Chambre, la " nomination du premier Lieutenant-Gouverneur devra être ])î-ovisoire " et qu'il devra tenir sa charge strictement durant bon plaisir.
" Confoi-mément et sujet à la constitution des provinces fédérées le " ])ouvoir exécutif du Lieutenant-Gouvei'neur du Bas-Canada et du " Haut-Canada, i-espectivement, soit administié par chacun de ces " fonctionnaires suivant les principes de la constitution britannique."'
Il est évident que, dans la pensée de Sir John et de Sir George, le Lieutenant-Gouverneur ne pouvait pas être démis, une fois sa nomination faite par le gouvernement fédéral ; la première nomination du Gouverneiir-Général de la province du Canada étant seule provisoire.
En proposant cette résolution Sir John disait: " Cet amendement a poui- objet de rencontrer l'objection soulevée par le député de South Oxford (Brown), lorsque la question fut formellement soumise, à savoir que le Lieutenant-Gouverneur, qui nécessairement devait être nommé par un gouvernement n'ayant j^as alors la confiance du parlement, dut rester en office pendant cinq ans. Cet amendement rend la charge purement provisoire, vu qu'il pourrait être renvoyé dans n'importe quel temps et sans donner de causes. Le premier Lieutenant-Gouverneur devra nécessairement être provisoire. (Rapport de VOtiaica 'Times du 28 juillet 1866.)
D'après lo Globe du 28 juillet 1866, M. Brown aurait dit: "Les rdsolucioiis plaçiiient le Lieutenant-Grouverneiir vis-à-vis du peuple do la province dans la inêmi3 position que le Grouverneur-Grénéral vis-à-vis de nous."
Et Sir Joliti ajoute, d'api-ès le même rapport: " La nomination des Lieutenants-tTOuverneurs se fera, dans un sens, exactement de la même manière que le (Touverneur-Général à présent. Le gouvernement impérial envoie un officier ])Our gouverner les colonies et nous n'avons rien à voir à ce sujet. C'est la prérogative de la Couronne."
L'honorable J. S. MacDonald, ci-devant premier d'Ontario, remarqua dans cette occasion qu'il croyait que le Lieutenant-Gouverneur ne pouvait être démis que pour cause motivée ; mais que si ce fonctionnaire venait à se quereller avec ses aviseurs, par exemple, ou à donner quelque cause pour sa démission, il pouvait être maintenu en fonction. Comment pourrait-il être renvoyé sous de telles circonstances, quelque gran'les que soient les dilîéi'entes vues dans l'idée du gouvernement local. Lui, M. J. S. MacDonald, voudrait discuter ce point.
Sir John répondit que la chose était ainsi réglée
Le rédacteur de la Minerve, un des hommes les plus distingués du parti conservateur, et qui recevait ses inspirations de Sir Greorge luimême, rendant compte de cette discussion, disait, le 3 août 1866 :
" La discussion se continue sur les projets de constitutions locales.
" Vendredi dernier, l'hon. J. A. MacDonald a proposé lui-même un amendement à la première résolution, c'est que la nomination des premiers officiers nommés par le gouvernement fédéral sera révocable à volonté.
'•. Cette résolution s'applique aux Lieutenants-G-ouverncurs. Les raisons données par le gouvernement à l'appui de cette proposition, c'est que ces nominations seront faites avant l'organisation parfaite du gouvernement fédéral, et surtout avant que ce gouvernement ait reçu l'approbation du peuple par l'organe de la législature fédérale.
" Tout ce qu'il y aui-a à faire, ce sera deinottre lo gouvernement en o])ération. Ce n'est qu'avec un peu de pratique que les rouages de toute la machine constitutionnelle pourront se mettre en opération les uns sur les autres.
" Dans une question aussi compliquée, il doit naturellement se produire quelques erreurs à corriger et quelque lacune à combler.
" C'est surtout dans les comniencements que les froissements so produisent, et c'est surtout à cette période qu'il s'agit de les éviter.
" Tout le fonctionnement pourrait se ti-ouver arrêter si dès les promiei's temps il y avait o|)p()sition entre les difl'érents pouvoirs.
*' C'est pour éviterla possibilité d'une nouvelle imp:isse qu'on permet au ministère de changer les Lieutenants-Grouverucurs, s'ils ne pos-
sèdent pas la coiiflanco du ministère qui sera soutenu par la première législature fédérale.
" C'est une nouvelle application du système do responsabilité au peuple. On no peut pas les faire faire par la première législature puisque celle-ci ne sera pas encore réunie lorsque ces nominations auront lieu, mais on veut qu'elle puisse les sanctionner ou les rejeter.
" Du reste, pour ceux qui craindraient que cette pratique ne se continuât, nous dison*^ que l'article qui le sanctionne, exprime on toutes lettres qu'il ne s'agit que des premières nominations. Pour toutes celles qui suivront, l'article qui déclare que les Lieutenants-Gouverneurs seront nommés pour cinq ans subsiste toujours. (Appl. prolongés.)
" La proposition de l'honorable Procureur-Géuéral du Haut-Canada a rallié toutes les opinions, seulement les libéraux prétendent davantage; ils veulent que ce système de raj^pel à volonté soit, non pas appliqué une fois, et par exception, mais consacré en principe et pour toujours.
M. Sandficld MacDonald déclare que le peuple ne manquerait pas de demander bientôt le droit d'élire les Lieutenants-Gouverneurs ; et c'est j)our cela qu'il veut que du moins le maintien de leur position soit soumis à l'approbation du peuj)le par l'organe de la législature fédérale.
" Nous n'envisageons pas la question au même point de vue
" Le parti libéral voudrait mettre en pratique ici le système enseigné aux Etats-Unis par Jeiterson et qui consiste, lorsqu'un parti ai'rive au pouvoir, à chasser des bureaux publics tous les employés placés par l' administrât ion précédente, pour les remplacer par des partisans du pouvoir dominant.
Les libéraux ont toujours montré un despotisme illimité
Comme ils ont encore l'espoir d'arriver un jour ou l'autre au pouvoir, ils seraient bien aises de s'y ménager quelques moyens d'exercer leurs rancunes.
" Mais ce moyen va leur être enlevé. Dn moment que le régime que nous allons inaugurer aura commencé à fonctionner, les Lieutenants-Gouverneurs nommés pour cinq ans ne peuvent être révoqués qu'après cette date." (Applaudissements.)
Il est difficile, je crois, de trouver des paroles plus claires et plus explicites ; elles font bien voir quelle était la pensée des auteui's de la confédération sur cette grave question. Et qu'on veuille bien remai-quer que le projet de loi discuté laissait au gouvernement fédéral le pouvoir de destituer lorsque cette discussion se faisait. Qu'auraiton dit si on eut parlé l'année suivante, alors que ce pouvoir était remis 'au Gouverneur-Général personnellement ?
Les chefs conservateurs avaient si peu l'idée de faire des Lieutenants- Gouverneurs de simples officiers fédéraux que par une clause du projet de la conférence d^ Québec, ils les avaient investis de la plus grande
prérogative de la souveraineté, celle du pardon. Il est vrai que le pouvoir est enlevé par la loi actuelle, parce qu'en Angleterre on crut que ce pouvoir devait être laissé au Gouverneur-Général ; mais ce fait prouve l'intention des pères de la confédération et établit d'une manière péremptoire qu'ils ne désiraient pas en faire des fonctionnaires subalternes. Voici le texte même de la section 44 des résolutions de 1865 : " Le pouvoir de pardonner aux criminels, de commuer ou de remettre en tout ou en partie leurs sentences, ou de surseoir à leur exécution, lequel pouvoir appartient de droit à la couronne, résidera dans la personne des Lieutenants-Gouvenieurs "
Yous le voyez, M. l'Orateur, dans tout ce qui s'est passé à cette gi'ande époque ; par toutes les paroles prononcées par les chefs du pai'ti coniservateur, l'inteution bien arrêtée était de fiiire des Lieutenants-Gouverneurs des hommes indépendants dans les limites de la constitution. Ce que l'on voulait, c'était d'établir dans chaque pro- "vince, des législatures souveraines, avec toutes les garanties et les conditions de souvez'aineté, et d'assurer une autonomie complète. Et si l'on avait des doutes sur ce point nous n'aurions qu'à ouvrir le Hansard du parlement impérial et y lire les discours qui furent prononcés en Angleterre lorsque la question de la confédération y fut discutée. On trouve à chaque page du discours remarquable que Lord Carnarvon prononça, en introduisant cette mesure dans la Chambre des Lords l'impression du désir ardent qu'il avait de laisser à chaque province une liberté entière et parfaite, et l'on sait avec quelle attention il surveillait les progrès de cette mesure.
Or, là, M. rOrateui". comme ici, au Canada, il y avait un parti puissant qui ne voulait pas de la confédération, et en disant cela je n'apprendrai rien aux honorables membres de cette Chambre. Lorsque l'histoire s'écrira d'une manière impartiale, et j'espère qu'il s'en trouvera pour l'écrire d'une manière impartiale, elle ne raanquei*a pas de rappeler que Sir John Macdonald a voulu l'union législative et ne voulait pas de législatures indépendantes dans chaque province ; mais Sir George Cartier, qui comprenait la situation de la province de Québec, a lutté des années et des années pour conserver à notre pro vince l'avantage (l'avoir une législature spéciale, et en cela Lcu'd Car. narvon s'est fait l'interprète de cet homme d'état canadien, dont les conservateurs peuvent êti-e fiers ; et je trouve qu'en se faisant l'écho
des sentiments de ce dernier, Lord Carnarvon exprima des idées nationales, des sentiments de patriotisme.
Il voulait que ces législatures locales fussent complètement indépendantes d'un gouvernement étranger ou de la législature fédérale dans les questions qui sont laissées à leur discrétion. Ainsi, M. l'Orateur, je trouve que le 19 février 1867, le noble Lord s'exprimait ainsi:
" C'est le désir des provinces de conserver leur organisation distincte et individuelle ; et elles seront en conséquence régies par des Lieutenants-Gouverneurs. A pi-ésent, ces officiers sont nommés par la Couronne ; main à l'avenir ils recevront leur nomination des mains du Gouverneur-Général agissant d'après l'avis de ses ministres. Ils resteront en charge dui-ant bon plaisir, et cependant ils ne seront sujets à être renvoyés que pour cauHCs, et dans les circonstances ordinaires leur terme d'office sera limité à cinq ans
" Le but réel que nous avons en vue eut de donner au gouvernement central l'exercice de ces hautes fonctions et de ces pouvoirs quasi souvei'ains, au moyen desquels des principes généraux et 1 uniformité de législation peuvent être garantis sur les sujets qui intéresseront toutes les provinces, et en même temps pour chacune de cellesci, une telle plénitude de liberté et de self gc/oernment qu'elles pourront et même seront tenues d'exercer leurs pouvoirs locaux au grand avantage du peuple "
Ainsi, M. l'Oratoui', remarquons bien que dans la pensée de Lord Carnarvon, les Lieutenants-Gouverneurs reçoivent leur nomination du Gouverneur-Général en conseil, ils sont nommés pour cinq ans, et ne peuvent pas être destitués dans les circonstances oi-dinaires, il faut des circonstances extraordinaires.
(R'^marque du député de Richnonl M. Picard.)
J'entends l'honorable député de Wolfe et flichmond me demander si le cas s'applique ; nous allons examiner pour voii" si le cas actuel est un de ces cas extraoïdinaires où l'on doive admotti-e l'intervention fédérale. Je dis emphatiquement que ce n'est p;is un de ces cas, car le Gouverneur-Général exercerait son autorité sur une question de prérogative royale, laissée à la discrétion du chef de l'exécutif local. Son intervention ne doit avoir lieu que pour sauvegarder les intérês de l'empire, ceux du gouvernement fédéral ou la dignité de la couronne ; mais non pour favoriser un parti au détriment d'un autre parti ; non pour fouler aux pieds la volonté nationale exprimée avec autant d'énergie en 1878, et d'unanimité en 1879.
N'oublions pas un point important dans ce déliât et qui est résumÊ par l'amendement de Sir John Macdonald et de M. Cartier qui disait
que le Lieutenant-Gouverneur devait être le chef de l'exécutif, non pas eomme officier fédéral, mais d'après les principes de la constitution anglaise. Alors je demanderai à tous les membres de cette Chambre qui ont fait quelqu'étude sur la constitution d'Angleterre, ce que c'est que le principe de la constitution anglaise en rapport avec le chef de l'exécutif ? Voici comment je comprends la chose ? Chaque parlement à trois branches ; la branche populaire et la seconde branche qui sera soit le Sénat pour le pai-lement fédéral, soit le Conseil Législatif pour les législatures provinciales, soit la chambre des Lords, lorsqu'il s'agit du parlement anglais, enfin la Eeine ou son représentant.
De qui ou de quoi est composé ces parlements ? Ils sont composés (outre les deux branches que je viens d'indiquer toute à l'heure j, d'une branche populaire présidée par la Eeine, représentée soit par le Lieutenant-Gouverneur ou par un autre officier.
Eh bien, M. l'Orateur, est-il possible d'imaginer un système politique, dans le régime constitutionnel anglais, sans qu'il y ait comme eouronnement de l'édifice parlementaire le représentant du Souverain ou le Souverain lui-même ?
Et ainsi notre législature locale, malgré que la question que nous ayions à débattre n'ait pas l'importance des questions débattues ailleurs, malgré que ces questions ne soient pas aussi graves que celles qui sont débattues à Ottawa, malgré qu'elles soient inférieures à celles qui sont soulevées dans le parlement impérial, est-ce que nous n'avons j^as le représentant de la Eeine ? Et souliendra-t-on que le Lieutenant-Gouverneur est autre chose que le représentant de la couronne ?
Si nous avons un gouvernement responsable avec les trois branches de la législature dans le parlement local, c'est que le Lieutenant- Gouverneur représente la Eeine, non pas comme officier fédéral mais comme chef d'un exécutif provincial; c'est que le Lieutenant-Gouverneur représente la Eeine comme s'il était nommé directement par elle, à un tel point, M. l'Orateur, que dans les limites de ses prérogatives il ne dépend nullement du Gouverneur-Général, et le Gouverneur-Général n'a d'autorité sur les actes du parlement local que pour^émettre son veto sur la législation.
Je ne sais pas, M, l'Orateur, si les honorables membj-es de l'autre côté do cette Chambre accorderont quelque valeur à mon
ai'gumentation, mais nous sommes ici pour discuter et pour nous instruire, et je sei-ais heureux de voir quelques-uns de ces honorables messieurs se lever pour prouver que je suis dans l'errem- — nous sommes ici pour nous instruire, et je provoque la discussion sur un point fort important dans ce grave débat.
J'explique ce que je viens de dire.
Nous avons deux parlements .réparés, le parlement fédéral et le parlement local. Voici le ])arlement local qui agit: il passe une mesure ; elle est acceptée par les deux branches de la législature pour passer ensuite entre les mains du Lieutenant-Gouverneur qui la sanctionne. Ce n'est pas comme officier fédéral qu'il agit mais comme troisième branche de la législature, comme ayant une parcelle de l'autorité souveraine, comme représentant de la Reine. Voici la loj passée, quel moyen avons-nous pour en arrêter le cours ? Est-ce que nous nous adresserons au parlement fédéral ? Non. C'est le veto da Gouverneur-Cxénéral qui interviendra dans l'espace d'un an.
Mais si, comme les honorables membres de l'autre côté de la Chambre le disent, le Lieutenant-C-rouverneur qui représente le souverain pour les fins provinciales est démis sur l'avis du parlement fédéral, à raison d'actes politiques par lui exécutés, dans les limites de ses attributions qu'arrivera-t-il ? C'est que le parlement fédéral dira au Gouverneur- Général : Vous, allez destituer le Lieutenant-Gouverneur. C'est-à-dire que la volonté populaire dans la Puissance du Canada, manifestée an gouverneur-général par la voix de ses ministres, fait disparaître la couronne des parlements locaux.
Alors vous donnez au peuple de la Puissance du Canada le droit de contrôler l'action du souvei'ain dans les législatures locales, c'est-àdire que vous détruisez l'action du souverain dans ces législatures, et le gouvernement fédéral, en autant qu'il reçoit ses inspirations de la branche populaire de la Puissance, prend la place de la couronne dans la province. Vous substituez le parlement fédéral qui agit comme représentant du peuple de la Puissance, à la couronne, c'est-à-dire que la conséquence pratique de votre théorie ou du moins de celle i-lu chef de l'opposition, est que le peuple du Canada serait substitué au Lieutenant-Gouverneur ; que la troisième branche de la législature provinciale disparaîtrait pour être rem^ilacée, absorbée par la bi-anche populaire du gouvernement fédéral. La couronne cesserait de prési.
der dans chaque province ; au lieu d'un parlement indépendant, vous auriez deux branches de législature sous le contrôle du peuple du Canada. Voilà la conséquence logique de la prétention de mes adversaires qui siègent de l'autre côté. Il n'y a rien de plus révolutionnaire qu'une telle doctrine ; il suffit de l'examiner froidement et sans passion, au point de vue constitutionnel pour la faire condamner.
M. l'Orateur, je regrette beaucoup d'avoir pris tant de temps, d'avoir abusé de la patience de cette Chambre en développant le premier point que j'avais l'intention de lui soumettre.
Je serai probablement obligé de m'excuser souvent, mais j'essaierai d'être aussi court que possible pour ce qu'il me reste à dire.
L'Orateur ajoute que, parlant pour la première fois dans la Chambre il a pu lai arriver de se servir d'expressions un peu sévères, malgré son désir de ne blesser les susceptibilités de personne.
J'ai dit en second lieu que nous devons condamner l'intervention jfiêdérale relativement à la question qui nous occupe, parce que cette intervention est de nature à briser notre autonomie.
Qu'est-ce que c'est que l'autonomie des provinces, et comment peutelle être mise en danger ? Pour bien répondre à ces deux questions, je vais essayer de démontrer : lo. que le gouvernement resjjonsable est la premièi'e garantie de notre autonomie ; 2o. que ce gouvernement responsable n'existe pas dans chaque province si le Lieutenant- Gouverneur peut être démis pour des causes purement politiques ; 3o. qu'arrivant une démission pour de telles causes, l'existence nationale de la province de Québec n'a plus de garantie.
Si je comprends bien le régime constitutionnel que nous avons, notre autonomie provinciale repose sur lo gouvei'nement responsable. Sans lo gouvernement responsable, il n'y a pas d'autonomie pour les provinces, c'est-i!^dire que c'est un parlement comj)lètoment indépendant dans les limites de la constitution telle que nous l'avons, qui est la base de notre indépendance au point de vue de la législation et de l'administration de nos uflfaires. Si nous n'avons pas ce parlement complètement indépendant, nous n'avons pas un gouvernement responsable dans chacune des provinces, mais je crois que nous l'avons.
Aussi j'ai entendu avec plaisir l'honorable chef de l'opposition baser ses représentations sur le principe du gouvernement responsable, en prétendant que les libertés du peuple avaient été violées, que le princijDe du gouvernement responsable avait été foulé aux pieds parce qu'il appelle le coup d'état. Je suis heureux de le ren, contrer sur ce terrain.
Je n'ai pas à faire ici de déclamation plus ou moins écheveléo, comme celle que nous avons eue tout à l'heure, mais je dois maintenir le principe du gouvernement responsable tel que nos pères noua l'ont gagné, tel qu'ils l'ont obtenu après des luttes qui ont duré des années. Et lorsque je parle du gouvernement responsable, je n'en parle pas au point de vue d'un parti, mais bien tel que la constitution nous l'accorde, tel que nous l'avons reçu de ceux qni nous ont précédés, et pour en faire comprendre l'esprit, je citerai dans un instant un précédent que les honorables membres de l'autre côté ne récusd-ont pas parce que je le trouve dans la vie du père du gouvernement responsable dans la province de Québec, de celui qui fut longtemps le chef du gouvernement de l'ancienne province du Canada, et le chef distingué des canadiens alors qu'ils s'appelaient tous libéraux ; je parle de Lafontaine, un des hommes les plus éminents qui ait jamais paru sur notre scène politique. Ce précédent pourra servir de base à la discussion, car c'est le plus important que nous fournit notre histoire et le plus propre en même temps à nous reporter aux jours heureux où nous n'avions qu'une pensée, qu'un sentiment. Le présent nous trouve divisés j mais le passé nous a vu unis : oublions les malheurs du moment, nés de l'esprit de parti, pour nous consoler dans les souvenirs d'autrefois, alors que le patriotisme était dans toute sa pureté et dans tout son éclat.
Je veux qu'il soit bien entendu que de ce côté-ci de la Chambre on refuse de reconnaître une sorte de gouvernement responsable, imaginé seulement pour les besoins d'un parti ; invente par les amis d'une coterie.
Non, nous voulons le gouvernement responsable, dans toute sa plénitude ; dans toute son application ; existant comme règle immuable de notre conduite et comme arbitre unique de nos destinées.
Nous ne demandons pas un gouvernement fait pour nous maintenir au pouvoir. Nous voulons le gouvernement responsable tel que Lafontaine l'a compris ; tel qu'il l'a demandé ; nous voulons le gou" vernement responsable tel que le peuple le réclame.
L'honorable chef de l'opposition a fait allusion aux élections du mois de mai et a nié que la province de Québec nous ait appuj^és. Il a dit que la province de Québec avait été assez patriotique pour nous rejeter.
Et ces messieurs s'ajjpuient sur le peuple de la province de Québec ? Eh bien ! mes collègues et moi serions indignes de la position que nous occupons si nous la gardions en ce moment, et cela un seul ^nstant, contre le gré du peuple de la province de Québec.
Nous comprenons que le gouvernement responsable est celui du peuple par le peuple et pour le peuple, non pas un gouvernement par }e parti et pour le pai-ti, et je crois que je vais maintenir la position que je prends en ce moment-ci.
On a parlé avec beaucoup de violence de ce qu'on appelle le coup d'Etat du 2 mars ; on a dit qUe le principe du gouvernement responsable avait été violé. Je ne crains pas de risquer ma position politique, si j'en ai une, en disant que ce n'est pas le coup d'Etat du 2 mars qui a mis en danger le gouverment responsable, mais que c'est la conduite des honorables membres de l'opposition.) Aj)pl.)
Quand le 2 mars est arrivé, vous aviez la branche populaire qui soutenait le ministère ; il avait une majorité de 22 voix et le Lieutenant-Gouverneur, représentant le souverain a démis ce ministère. Personne aujourd'hui, pas même l'honorable chef de l'opposition, prétend que cet acte est inconstitutionnel; il n'y a])as un seul homme dans cette Chambre, il n'y en a pas un seul dans le pays, qui oserait affirmer que le Lieutenant-Gouverneur n'avait pas le pouvoir de démettre ses ministres, et je n'ai pas entendu un seul mot du chef de l'opposition qui fut dans ce sens là. On fcgrette l'action de M. Letellier, on trouve qu'elle fut violente. Je le com])rends aussi, car elle a été fort désagréal)le ]jour ces Messieurs. Çt\ été un rude coup porté contre des ministi-es qui se croyaient ])olitiquement inviolables et qui croyaient avoir obtenu un bail emphythéotique du ]>ouvoir. Mais les plus intéressés, je dirai les seuls intéressés, les anciens
ministres sont forcés d'admettre que leur démission a été en harmonie avec les principes du droit constitutionnel.
Or, Monsieur l'Orateur, la démission du ministère de Boucherville ne lui a pas enlevé la majorité qu'il avait en Chambre ; elle n'a fait que constater qu'il avait perdu la confiance du chef de l'exécutif» Les représentants du peuple le soutenaient encore. Il y avait donc conflit entre le peuple et le souverain.
Qui devait juger cette difficulté ? qui devait régler ce conflit ?
Qui devait prononcer en dernier ressort, non sur la constitutionnalité de l'acte du Lieutenant-Orouve.-iieur ; mais sui- l'oppoi'tunité do l'exercice, dans les circonstance-, de la pi'érogative royale ?
C'était le peuple de la province de Québec et lui soûl. Aussi qu'a fait le Lieutenant-Gouverneur ? Aussitôt qu'il eût renvoyé ses ministres, il en a appelé au peuple, au peuple qui était le véritable juge de la question, au peuple de la province, non pas au peuple de la Puissance du Canada, non pas au peuple du Nouveau-Brunsvvick de Manitoba, qui n'a rien à voir dans nos affaires locales, mais au peuple de la province de Québec, le maître souvej-ain de ses intérêts, de ses destinées. Et voyez, M. l'Orateur, l'admirable application du gouvernement responsable.
Je suppose que le peuple consulté eût déclaré que le Lieutenant- Gouverneur n'avait pas eu raison dé démettre ses ministres et de choisir pour les remplacer le Premier-Ministre actuel et ses collègues, quelle aurait été la conséquence ? Les aviseurs de S)n Honneur, réi>;ibilitos, vengés p:ir le peujjle, auraient repris l'admini^t -ationdes affaires publiques. Démis par la couronne et réinstallé -i par le peuple, ils retrouvaient leur ancienne position ; et le représentant du souverain était tenu de les subir ou de s'en aller ; il lui aurait fallu se démettre pu 80 soumettre. (Appl.)
La couronne choisit bien ses ministres, mais c'est le peuple qui les maintient ou les rejette. Et l'histoire d'Angleterre fourmille de précédents qui nous montrent les efforts faits pai* la couronne pour conserver des ministi-es qui n'avaient pas la confiance du peuple. Ces effoits ont toujouis été vains, car le peuple a toujours fi;w ))ar . imposer sa volonté et la faire respecter. La voix du peuj),o est puissante, Monsieur l'O -aleur, et quand elle se fait entendre, quand, comme un tonnen-c, elle gronde dans le ciel politique d'un pays, elle
•a des éclats de foudre qui la font arriver jusqu'au cœui- des souverains les plus enclins à la tyrannie.
Toute la question est donc dans l'appel au peuple ; c'est la solution constitutionnelle de toute difficulté ministérielle, et reconnaître quel a été le verdict populaire, c'est se mettre en position de décider correctement le point en litige. Les honorables membres de l'autre côté de la Chambre peuvent encore essayer à nier la vérité et dire que le ministère Joly n'a pas été soutenu par le peuple, autant vaudrait nier l'existence du soleil en plein midi. Lorsque le premier mai 1878 les élections furent terminées, et que ces Messieurs, partis avec une majorité de 22, se trouvèrent dans une minorité ; pouvaient-ils dire que le pays les avait approuvé ? Apj)elé à juger les actes politiques qui avaient provoqué la démission du cabinet de Boucherville, le peuple s'est prononcé sans ambiguité. Il a condamné ces actes qui n'étaient pas propres à servir ses intérêts et par conséquent a décidé «n faveur de l'opportunité de l'exercice de la prérogative fait par le liieutenant-Gouverneur. Il a déclaré que la conduite des aviseurs qui étaient en office avant le 2 mars 1878, n'était pas une conduite que la Province pouvait supporter.
M. l'Orateur, je crois que dans la vie politique il faut s'attendre à des malheurs et à des catastrophes. Je veux bien admettre, pour le bénéfice de la discussion, que ces Messieurs croyaient agir dans les intérêts du peuple quand ils le taxaient et prenaient les municipalités à la gorge.
Je ne veux pas soupçonner un instant leur sincérité, mais je crois fermement que leur intelligence des affaires publiques n'était pas à la hauteur des sentiments patriotiques dont ils pouvaient être animés ; ils n'ont pas compris la véritable situation. Nous avons eu de ces malheurs dans notre parti, nous avons lutté pendant vingt ans contre ce que l'honorable député de Terrebonne appelerait les préjugés du peuple. Avons-nous dit que le peuple conspirait contre nous ? Non ? Nous avons dit qu'il ne nous comprenait j^as, nous lui avons soumis nos opinions, nos mesures, et lorsqu'il a été éclairé suffisamment il filt pi et à nous accepter et il nous a acceptés. Mais nous n'avons jamais voulu nous maintenir malgré le peuple ; et surtout quand nous étions repoussés aux j^olls nous ne disions pas que la constitution était déchirée, que le gouvernement responsable était foulé aux pieds. Non, une telle sottise n'est jamais sortie de nos bouches ; mais nous
avons dit : lo peuple ne veut pas de nous, atte4idons qu'il nous comprenne mieux et il a fini par nous comprendre.
Eh bien ! si ces messieurs ont du patriotisme et croient sincèrement au fijouvernemeat responsable, qu'ils'aient donc le coui-age de se soumettre loyalemant à la décision du peuple comme nous nous soumettons nous-mêmes lorsqu'elle nous est contraire. Des jours meilleurs luiront et ils prendront la position que lo peuple voudra leur donner.
L'honorable député a été gâté par le peuple qui l'a conduit tout jeune au timon des affaires; qui l'a porté sur le grand bouclier de la popularité et lui a donné cotte position que ses talents lui méritaient ; et depuis, enivré par le succès, mon honorable ami a cru que le peuple ne j)ouvait se passer de lui. C'est là qu'il a eu tort ; c'est là qu'il a cessé d'être raisonable ; parce qu'on est ministre nn jour, ce n'est pas une raison pour espérer l'être toute sa vie.
Nous avons la prétention de croire que le peuple peut être heureux sans ces messieurs, et surtout qu'il peut très-bien se passer de ces grandes démonsti'ations d'amitié et de dévouement qui me paraissent venir un peu tard. Je pense que les citoyens des villes de Québec et Montréal ne se trouvent pas plus mal, si M. do Boucherville n'a pas réussi à leur mettre le pied sur la gorge ; et, pour dire toute ma pensée, au risque de déplaire à mon honorable ami, le chef de l'opposition, j'ajouterai que le peuple des campagnes n'a pas encore versé des larmes abondantes parce que M. Church n'avait pas réussi à lui imposer cette jolie petite taxe de deux sous, comme l'appelait les orateurs conservateurs; et je suis certain que lorsque l'honorable député de Terrebonne voudra se décider à méditer un peu sur l'inconstance de la fortune et les vanités de ce bas monde il saura se résigner en bon chrétien et accepter sans murmure la position que les circonstances lui font.
D'après l'opinion de nos adversaires l'existence du gouvernement responsable n'est assuré pour nous que si les ministres d'Ottawa peuvent intervenir dans nos affaires jjrovinciales, et destituer à volonté, et suivant les caprices de l'esprit de parti, le chef de notre exécutif. Cette prétention est absurde car elle nous met à la merci du corps électoral de la Puissance, elle fait du Lieutenant-Gouverneur une espèce d'automate que le souffle de la haine peut éloigner de Spencer Wood. (Appl.)
Ce n'était pas l'opinion de Sir George Cartier, qui avait d'autres idées que celles-là sur la position des Lieutenants-Gouverneurs ; et il faut défendre ses idées sui- ce point, pour ne pas nous voir engloutir par le fanatisme et les préjugés ; c'est une question de vie ou de mort poui- nous. Voici ce que je trouve consigné dans les rapports de 1867, sk la première session du premier parlement fédéral. Lorsque les députés des provinces du Nouveau-Brunswick et de la Nouv(;lle-Ëco8se nous furent arrivés, ils étaient anxieux de savoir quelle allait être la position des Lieutenants-Gouverneurs des provinces. Et le Colonel Gray demanda si les lieutenants-gouverneurs étaient des officiers fédéraux, s'ils occupaient une position tellement intime que le parlement fédéral pourrait les contrôler quand bon lui semblerait. Et d'après le Times d'Ottawa, Sir George aurait répondu que ces hauts fonctionnaires occupaient, dans les limites de leurs provinces respectives, la même position que le gouverneui'-général occupait dans ces avant la confédération ; que ce point ne laissait pas de doute, et qu'il fallait n'avoir pas compris la constitution pour avoir des inquiétudes là-dessus.
Maintenant qu'avons' nous le droit de conclure de tout cela ? C'est qne lieutenant-gouverneur, au lieu d'être seulement une machine entre les mains du gouvernement fédéral, est un officier complètement indépendant dans les matières soumises par la législature locale à ce chef de l'exécutif provincial.
J'ai fait allusion il y a un instant à un précédent que je trouve dans l'histoire du Canada.
Ce n'est jicut-êtrc pas ici ro3casion de faire l'éloge de cet homme politique distingué, de Lafontaine ; m lis on me permettra sansdoute de dire que si notre pays a produit un homme dont le nom doive passer à la postérité, en compagnie de Papineau, c'est bien Louis Hypolitc Lafontaine qui a laissé de grands et de beaux souvenirs parmi nous. Nous pouvons diilérer d'opinion sur le rôle politique jOué par ces deux hommes éminents, miis nous ne saurions nier qu'ils ont exercé une immense influoncy sur nos destinées.
Nous trouvons que la première crise ministérielle api es 1841 est arrivée en 1843, sous l'administra *^^ion de Lord Metcalfe. J'ai souvent entendu sur les hustings et j'ai souvent vu dans la presse, le nom de ce gouvei*neur mêlé aux discussions, comme celui d'un homme qui
avait trivaillé à détraire le gouvernement responsable à sa naissance, ou plu'ô: à en emp^^her l'application dans cette olonie. L'honorable chef do l'opposition n'a pas parlé ce soir de ce gouverneur, mais ailleurs lui et ses amis ont cherché des points de comparaison entre cet homme d'Etat et Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur ; et ce rapprochement historique a souvent été fait dans des termes et avec une tel violence que le chef de l'opposition a eu honte de s'en servir dans cette enceinte. Je le félicite d'avoir su garder ici une réserve qui n'a pas toujours brillé chez lui ici ou ailleurs.
Mais que voit-on dans la vie de Lafontaine ? On y trouve que Lord Metcalfe voulait faire certaines nominations malgré ses aviseurs et que ces derniers prétendaient avoir le droit d'être consultés à ce sujet Remarquons que M. Lafontaine ne soutenait pas que ces nominations étaient inconstitutionnelles ; mais, qu'étant faites sans le concours des ministres, ces derniers devaient résigner vu qu'ils étaient sensés ne plus posséder la confiance du représentant de la Eeine. Et c'est ce que fit M. Lafontaine avec ce sens pratique et ce patriotisme qui le distinguaient. N'étant pas d'accord avec le gouverneur, il n'attendit prs qu'il fut démis, mais il résigna volontairement, comprenant que sa dignité personnelle et celle du peuple qu'il représentait, lui recommandaient de cesser d'être responsable des actes du chef de l'exécutif avec lequel il ne sj^'mpathisait pas, avec lequel il n'était pas en parfaite harmonie. Et c'est ici que le patriote de 1843, fait la leçon à M. DeBoucherville et à ses amis. Ces derniers n'avaient plus la confiance du Lieutenant-G-ouverneur, ils connaissaient le fait et ils persistaient à vouloir l'aviser. Ils se cramponnèrent au pouvoir ; ils refusèi-ent de renoncer à leur position et par là ils sacrifièrent leui' dignité personnelle et ne surent pas sortir grands dans ce conflit. (Applaudissements.)
Lord Metcalfe demanda d'autres aviseurs qui seraient disposés à accepter la responsabilité constitutionnelle de la position qu'il avait prise, mais il n'en trouva pas. Et c'est ici, Monsieur, que commence la violation de la constitution. Si Metcalfe eut trouvé des aviseurs, qui fussent soutenus par le peuple dans une élection générale, faite immédiatement, les principes du gouvernement responsable auraient été sauvegardés. Mais loin de là ; ce gouverneur i-esta neuf mois sans ministère responsable et sans appeler au peuple, et durant ce laps de
temjjs il gouverna le pays, comme aux plus mauvais Jours de notre histoire, en violation des principes les plus élémentaires du droit constitutionnel anglais.
Malheureusement on vit alors Viger, un de nos hommes les plus éminents, venir au secours de Lord Metcalfe et accepter avec Draper la responsabilité de ce qui avait été fait et, plus malheureusement encore, on vit le peuple soutenir aux poils cette nouvelle administration.
Lafontaine, et Baldwin, son illustre compagnon, s'étaient jetés dans la lutte électorale avec une ardeur qui prouvait que. dans leur opinion, c'était le peuple qui était leur juge, et que leurs destinées dépendaient de son jugement ; et quand ils virent le verdict de leur pays rendu contre eux ils se soumirent respectueusement.
Quelle différence entre la conduite de ces deux illustrations de notre monde politique et celle de nos adversaires de l'autre côté ! Au lieu de se soumettre au jugement de leur pays, ces derniers en appellent à une rac3 étrangère, cherchent à faire une révolution, insultent toutes les autorités, vont à Ottawa pour demander vengeance à un gouvernement étranger à nos affaires locales, et se montrent disposés à marcher sur le cadavre du Lieutenant-Gouverneur et sur les ruines de leur patrie, afin d'arriver à leur but et de satisfaire leur ambition.
Quand Lafontaine et Baldwin résignèrent ils n'insultèrent pas le gouvi'rneur, mais ils demandèrent à la Chambre dans laquelle ils commandaient une grande majorité, de voter une adresse, dans les termes suivants :
" Nous, fidèles et loyaux sujets de Sa Majesté, les Communes du Canada, réunies en parlement provincial, expi-imons humblement le vif regret que nous épi'ouvons en conséquence de la retraite de certains membres de l'administration provinciale sur la question du droit qu'ils reclament d'être consultés relativement aux nominations, aux emplois (jue nous déclarons sans hésiter appartenir à la prérogative de la couronne ; et poui- assurer Voti-e Excellence que la défense de ce principe leue donne di-oit à notre confiance en ce qu'elle est atrictement conforme aux principes émis dans les résolutions qui ont été ado|)tées par cette Chambre le trois septembio 1841 "
Cette adresse votée par une majorité de 23 reçut l'appui d'hommes comme Aylwin, Baldwin, Chabot, Ilincks, Jobin, Lafontaine, John Sandfield Macdonald, Morin, Papineau et Turcotte.
Dans le nouveau parlement parurent pour la première fois de» hommes qui devaient faire leur marque dans la politique du paj^s ; et au premier rang on voyait MM. Cauchon, Drummond et Chauveau, père de mon collègue, l'honorable secrétaire provincial. Tous lo» anciens ministres bas-canadiens avaient été réélus, plusieurs par acclamation ; et trois des nouveaux ministres furent repousses. L'on peut voir de suite la différence enti o cet événement de 1843 et celui de 1878, lorsqu'on se rappellera que, sur cinq des membres du cabinet de Boucherville, trois furent rejetés j)ar le peuple et que les «ix nouveaux ministres furent élus. (Ai:>pl.)
En terminant cette partie de mes remarques, je dirai avec M. Papineau à mes adversaires : " L'on m'a accusé, d'avoir changé mes principes, de les avoir reniés en consentant à enti"er au ministère. Il n'y aurait donc que mes prédécesseurs qui .auraient |ju enti-ei'dans l'administration sans abjurer leurs principes ? N'y aurait-il qu'eux qui puissent avoir de la consistance, de l'honnêteté, des talents ? Lji conséquence de la position qu'ils assument en me fesarit ce reproche, serait de substituer une question de pei-sonnes ù une question de principes ; ce serait dire qu'eux seuls peuvent faire le bien du pays» que sans eux il ne serait permis à personne de "travailler ni de contribuer à promouvoir les intérêts de la commune patrie."
J'ai attendu l'honorable député do Torrelwnne parler de certaines élections qui avaient été faites. Il a voulu nier que, le 1er mai 18*78, le peuple de l:i province de Québec se soit prononcé en faveur de l'acte du Lieutenant-Gouverneur. Il a fait allusion, M. l'Orateur, à votre position, et il a aussi fait allusion à la position d'un honorable membre de cette Chambre, si j'ai bien compris, il a parlé do l'honorable député de Chicoutimi. Je ne sais pas, M. l'Orateur, quel est le sens véi-itable des allusions faites par l'honorable député de Terrebonne, lorsqu'il a dit qu'à Ottawa, l'Orateur ne vote pas ; je ne sais pas si par là il a voulu parler de certaines choses dites dans la presse et sur les hustings. Mais je suis heureux de constater qu'elles ne sont pas répétées devant cette Chambre. Dans toutes le» élections auxquelles j'ai assisté, dans toutes les élections que j'ai été obligé de faire depuis le 2 mars 18*78, lorsque surtout j'avais % soutenir dans le comté de Bagot, le respectable cultivateur, auquel j'ai donné avec plaisir tout le concours de mon zèle et mon dévoue-
meut, afin d'aflSrmer la position que j'entendais pi-endre sur cette question constitutionnelle, je savais parfaitement que les circonstances étaient critiques et qu'enlever à l'ennemi un comté assuré pour lui c'était augmenter les chances de succès pour mes amis.
M. l'Orateur, est-ce que vous, qui siégez dans ce fauteuil, vous n'êtes pas le représentant du peuple aussi bien que l'honorable chef de l'opposition ? Est-ce que vous, M. l'Orateur, qui avez été élevé À ce fauteuil par la majorité de cette Chambre, vous ne représentez pas le peuple aussi bien que n'imi^orte quel député en cette ■Chambre ?
Lorsqu'on parle ici de votre position, je vois avec plaisir que les gros mots employés sur les hustings, en présence du peuple, sont mis de côté. Je ne sais pas si c'est par crainte ou par l'influence de la bonne compagnie ; mais je vois avec plaisir qu'on se parle poliment ici et que les mots de Judas Iscariote, traître, et autres aménités de ce genre sont laissés dans l'oubli de nos luttes électorales. Quant à moi, M. l'Orateur, je me trouve dans une singulière position. J'ai comme adversaire mon ancien patron, l'honorable chef de l'opposition qui a toujours été mon ami personnel, mais dont je me suis eé'paré en 1864, précisément sur la question de la confédération ; alor«k que, jetant un coup d'œil sur l'avenir, je redoutais les malheurs qui sont an-ivés depuis. Et celui qui occupe en ce moment le fauteuil de l'Orateur est mon ancien compagnon et ami de collège, où dans des luttes préparatoires nous apprenions à servir la patrie en puisant nos inspirations à la grande source de l'histoire. On vous a accusé, M. l'Orateur, d'avoir trahi ceux qui ont mis leur confiance en voti'o intégi-ité ; or, je ne sache pas pourtant que vous ayiez aj^jpris à trahir la patrie lorsque nous étudions ensemble ces grandes figures de notre mo ide politique ; je ne crois pas que, vous que j'ai connu comme un bon patriote, qui êtes le fils d'un homme qui a loyalement 8ei*vi son pays, vous avez pu devenir indigne du respect de vos concitoyens parce que vous avez cru devoir abandonner des hommes qui trahissaient la cause nationale. Mais il me sera permis de dire ici que le peuple vous a noblement vengé de toutes les colomnies dont vous avez été l'objet depuis un an, et que ce peuple est satisfait de votre conduite ; car si vous avez abandonné vos amis, c'était pour .rester fidèle aux devoirs que vous commandait votre conscience.
Je suis encore à me demander, à rechercher quel est l'acte politique que vous avez commis qui permette à ces messieurs de dire que vous avez trahi les grands intérêts nationaux que nous représentons. Et puisqu'on est si sévère pour juger un homme qui laisse des amis, sans abandonner ses princij)es, dans une circonstance aussi grave que celle dans laquelle vous vous êtes trouvé placé, je demanderai à l'honorable chef de l'opposition pourquoi il a à ses côtés le député de Laval, un homme que je considère comme une des plus gi'andes intelligences do la province de Québec, un homme auquel je ne dirai pas qu'il est devenu ti-aître parce qu'il nous a laissés, car je veux croire que ses motifs ont été honnêtes et sincères.
Est-ce que les considérations qui l'ont engagé à abandonner le parti libéral valent celles qui ont décidé le député de Trois-Eivièresà donner /air^^ay à un ministère que l'opinion publique venait d'acclamer? J'ai souvent lu dans un livre que vous connaissez tous qu'il n'y a que les fous qui ne changent pas d'opinion — parce qu'ils n'en ont pas > mais j'ai toujours compris que dans la recherche de la vérité et dans la recherche de ce qui doit faii-e le bonheur du pays, nous marchons les uns appuyés sur les autres, nous soutenant comme de bons frères pour tâcher de trouver cette vérité politique, après laquelle nous aspirons tous, et si au milieu de ces luttes, lorsque nous nous coudoyons rudement pour savoir qui arrivera le premier et qui sera chargé des destinées de la Province, si un nous abandonne, faut-il l'insulter poiir cela? Et puisque l'on veut parler de ceux qui changent d'opinion, qu'on me permette de demander au chef de l'opsition ce qu'est devenue cette majorité docile qu'il conduisait si facilement dans cette Chambre ? et puis s'il n'y avait pas dans cette Chambre le 4 juin 1878 les députés de Chambly et Eouville, élus sous de faux jjrétextes ? Et lorsque je parle des hommes élus sous de faux prétextes, je parle de ceux qui avaient promis de donner fair jplay au gouvernement actuel, de ceux qui ont promis de supporter le cabinet Joly. Je ne veux insulter personne ; j'ai pour mes adversaires la plus grande estime ; mais peut-être que si nous voulions être aussi sévères pour ses amis que l'honorable chef de l'opposition l'est pour les nôtres, peut-êti-e trouverions-nous de l'autre côté des personnes qui, tout en restant fort respectables, avaient promis à leui'S électeurs de soutenir le nouveau ministère, et qui, au lieu de tenir leur j)ai*ole, ont cru devoir combattre le ministère de toutes leurs forces.
Ils ont cru mieux faire. Je ne veux pas suspecter leurs motifs ; mais poui-quoi suspecter ceux des honorables députés qui siègent de ce côté-ci de la chambre, lorsqu'il y a des honoi-ables députés de l'autre côté qui se trouvent dans la même position ?
Supposez que les comtés de Rouville et de Chambly fussent représentés tel qu'ils le voulaient et tel qu'ils le veulent aujourd'hui, quelle aurait été la position du chef de l'opposition sur cette fameuse question constitutionnelle ? Nous avons bien le droit de dire que les comtés de Eouville et de Chambly n'étaient y>as représentés en Chambre dans le mois de juin 1878, car ceux qui étaient censés les représenter ont été expulsés parce qu'ils n'avaient pas le droit d'être ici.
Je ne voudrais pas parler d'une manière irrespectueuse de ceux qui ne sont pas ici, M. l'Orateur, mais, est-ce qu'on ne peut pas dire que lorsque le comté de Rouville nous a envoyé le député actuel, qui est un des jeunes gens les plus distingués du Barreau de Montréal, et loi-sque le comté de Chambly nous a permis de revoir au milieu de nous la figure sympathique de celui qui a déjà honorablement siégé dans cette Chambre, est-ce que ces deux comtés n'ont pas prouvé leur intelligence des affaires publiques ? Ces deux comtés sont revenus à leurs traditions libérales et je les en félicite ; ils nous ont donné des collègues qui feraient honneur à la représentation de n'importe quel pays.
On a bien voulu, M. l'Oratcui-, dans les remarques qui ont précédé les miennes, faire allusion à l'élection de St. Hyacinthe, à cette élecion dont le résultat à tant fait mal au cœur de nos adversaires. Je comprends le chagrin de ces messieurs ; le résultat de mon élection a été comme un souffle patriotique qui a éveillé les citoyens de Rouville et de Chamljly et leur a inspiré l'idée de se tenir comme un seul homme, afin de livrer le grand combat qui devait nous donncu- la victoire. (Appl.)
On a parlé de fraudes, de tentations et de corruption ; voilà trois grands mots que mes adversaires connaissent pai-faitement et ils sont si familiers avec ces choses qu'ils s'imaginent qu'on ne peut jamais remporter de ti'iomphe électoral sans mettre en pratique ces moyens malhonnêtes.
Il y a une chose bien certaine, c'est qu'il s'est commis des fraudes à propos de l'élection de St. Hyacinthe ; mais ces fraudes ont été
faites dans la préparation des listes de St. Denis. Je ne parle pas de choses que nous suspectons, de choses que nous pourrions soupçonner ; je parle d'une chose que mon honorable ami connaît bien ; ^aree que c'est un de ses associés qui m'a fait l'honneur de me combattre devant les tribunaux de St. Hyacinthe pour soutenir la fraude commise contre moi. Quatre-vingt-deux noms avaient été mis illégalement sur la liste de St. Denis et Son Honneur le juge Sicotte a cru devoir les mettre de côté, malgré l'habileté déployée par l'associé de l'honorable député do Laval. Il est vrai que depuis ce temps-là j'ai entendu souvent des injures lancées à l'adresse de Son Honneur le juge Sicotte; l'on osait dire que ce jugement avait été rendu sur des motifs peu avouables.
Mais jo dirai ici que l'honorable juge Sicotte est au-dessus des injures dont il a été Tobjet dans cette occasion et tout le monde sait aujourd'hui que le magistrat dont il s'agit est un des hommes les plus respectés de la Province.
Lorsque j'ai fait allusion à la nomination de M. ISTault, on m'a demandé qui avait remplacé M. Nault. Je sais que l'on voulait par là revenir sur l'accusation déjà faite, que pour récompenser le juge Sicotte, on avait nommé un de ses fils à la Banque de St. Hyacinthe; et j'ai surpris mes adversaires lorsque je leur ai dit que c'était M. Durocher qui avait remplacé M. Nault. M. Durocher est un conservateur, et M. Nault a abandonné une position qui lui rapportait beaucoup plus que celle qu'il a acceptée au bureau d'enregistrement.
On avait vu cela dans les journaux et on croyait avoir découvert une saleté ; ces messieurs avaient été scandalii-és, et ils ont été enchantés de voir que la chose avait été parfaitement honnête. (Applaudissements).
M. l'Orateur, l'Honorable chef de l'opposition a fait allusion à des destitutions, à des promesses qui avaient été faites, à dos tentations qui auraient été employées comme moyen pour trafiquer des consciences dans les élections. Je ne m'étonne pas, qu'il me jDermette de le lui dire, — Je ne m'étonne pas de la connaissance intime qu'il a avec tous ces moyens illégaux. Je ne suis ])aH surpris lorsque je l'entends dire que nous avons triomphé, grâce à ces moyens, parce que probablement l'ancien gouvernement n'avait guère d'autres moyens de triompher. Mais je m'étonne de l'entendre nous parler
ie destitutions, quand notis savons tout ce qui se passe actuellement i Ottawa, où des pères de famille sont destitués sans autres causes que celles*de haines politiques.
Je me demande si nos adversaires ont encore l'idée des conve^ «ances et s'ils savent rougir ? Y a-t-il dans le pays des hommes qui aient autant persécuté leurs semblables pour des opinions politiques qne les chefs du parti conservateui- de la province de Québec ? Y a-tîl un parti politique, je le demande, qui ait autant fait de destitutions, qae le parti du chef de l'opposition ! Ah ! M. l'Orateur, puisqu'on a Toulu nous entraîner sur ce terrain, je ferai une déclaration personnelle, c'est-à-dire en mon nom et non au nom du gouvernement dont JB fais partie, et cette déclaration, la voici : c'est que si j'étais libre de mes actions, de manière à pouvoir appliquer aux conservateurs la politique qu'ils suivent à l'égard de nos amis, je ferais cinq destitutions parmi les employés locaux, pour une qui serait faite parmi les employés fédéraux, pour causes politiques. Oui, M. l'Orateur, si je n'écoutais en ce moment que les cris de pitié, poussés par nos amis qui ont été victimes du fanatisme de quelques conservateurs à esprit étroit, je dirais que pour une destitution à Ottawa j'en ferais cinq à Québec.
Malheureusement je n'ai pas le droit de faire ces déclarations, mais je dis que le parti qui arrive au pouvoir devrait respecter ses adver- •aires. Parce qu'on trouve des adversaires politiques dans les bureaux publics, faut-il oublier que ce sont des hommes comme nous, des chefs de famille, des citoyens lionnôtes qui n'ont pas d'autres moyens d'existence que ceux qui leur sont donnés par leur position.
Lorsque je vois de telles destitutions, je suis à me demander si d'après la proportion qui doit exister entre les employés fédéraux et les emi)loyés locaux, nous ne serions pas justifiables en faisant cinq destitutions contre une. Comme de raison, je veux qu'il soit compris qne ce n'est pas la pensée du gouvernement, je veux qu'il soit bien compris que le gouvernement désire respecter toutes les opinions, mais il y a une chose bien certaine, c'est que nos amis d'Ottawa qui ■eront victimes du fanatisme de nos adversaires ont raison de s'at* tendre que nous les protégerons ; et que la protection inaugurée le 17 septembre dernier ne sera pas une invention qui servira exclusiveiaent aux conservateurs.
M. l'Orateur, réellement j'ai abusé de la patience de cette Chambre et je me hâte de terminer ; je vais résumer en peu de mots le dernier point que je voulais traiter.
Je disais, en commençant que cette tentative de la part du gouvernement fédéral était contraire à l'esprit de la constitution, qu'elle était de nature à détruire notre autonomie et constituait une injure faite à ^a province de Québec. Je dirai peu de mots sur ce sujet parceque j'ai déjà été trop long. J'attire votre attention sur ce point-ci : dans le mois de mars 1878, le 15 mars, une motion a été proposée à la Chambre des Communes Iddmaut la conduite de Son Honneur le Lieutenant-Gouvernt'ur de la province de Québec. L'honorable M. McKenzie, alors premier ministre, a déclaré qu'il ne croyait paa que la Chambre des Communes dût intervenir parceque cette questioa était soumise aux habitants de la province de Québec, et la motion a été renvoyée sur ce principe.
Le premier mai 1878, la province s'est prononcée — quoiqu'on ea dise — la province s'est prononcée d'une manière favorable au gouvernement actuel. Dans l'automne de 1878, les élections fédérales onte» lieu, et le parti conservateur est arrivé au pouvoir. Sir John A. Macdonald, comme chef du gouvernement actuel ne crut pas devoir destituer 1» Lieutenant-Gouverneur ? Homme d'Etat distingué, Û comprenait qu'une telle destitution serait une odieuse persécution faite sans motif contre un homme public, et un coup fatal porté à l'autonomie des provinces.
Il s'est dit : " La province de Québec s'est prononcée en faveur da Lieutenant-Gouverneur le premier mai 1878, je ne dois pas intervenir dans une question purement locale."
Or voici le parlement fédéral qui se réunit, et les conservateurs de Québec, ayant la vengeance dans le cœur, lepoussés de leurs compatriotes, s'adressent à des étrangers de notre province et sollicitent d'eux un verdict qu'ils n'ont pu obtenir dans leur province. Forts de l'appui des conservateurs, élus pour faire triompher la politique nationale, MM. Ouimet et Mousseau demandent la destitution du Lieutenant-Gouverneur de la province de Québec. Que fait Sir John A. Macdonald ? Il comprend si bieu la position qui lui est faite par cette proposition qu'il hésite, et ce n'est que quand il voit la guerre
civile éclater dans ses rangs qu'il se décide à demander le renvoi du Gouverneur. Ce n'est que lorsqu'il est forcé de le faire et par qui ? Non par les députés anglais, non par les députés qui auraient intérêt à obtenir l'union législative, mais par ceux qui siègent aujourd'hui de l'autre côté de la Chambre et qui n'ont pas craint, pour assouvir leur haine, de mettre notre existence nationale en danger. Et remarquons que Sir John poussé au pied du mur, n'a pas osé déclarer que M. Letellier avait agi d'une manière inconstitutionnelle ; mais il a demandé au Grouverneur-Général sa destitution vu que la résolution de la chambre des communes avait rendu M. Letellier inutile comme Lieutenaut-Gouverneur de la Province de Québec.
Et c'est dans tous ces faits que l'injure devient sanglante pour nous. L'avis que Sir John a donné à Son Excellence méconnaît le verdict du peuple de notre province et affirme, sur la foi des députés de la Puissance que M, Letellier doit être démis. L'injure vient de ce que la volonté du peuple de la Puissance est substituée à celle du peuple de la province ; l'injure vient de ce que, malgré les trois élections qui Tiennent de se faire, Sir John prend sur lui de persister à déclarer que la présence de M. Letellier à la tête de l'Exécutif de cette Pro- Tince, est un obstacle à la prospérité de nos populations.
S'il y a de l'autre côté de la chambre des députés pour qui la mémoire de Sir George est chère, ils ne peuvent subir en silence une telle injure ; ils doivent se lever et protester contre un tel empiétement fait sur nos droits les plus sacrés ; ils doivent le faire ou lenoncer pour toujours aux traditions qu'ils ont prétendu être chargés de transmettre à la génération future.
Il peut y avoir eu des doutes sur la volonté de notre province avant cette session ; mais aujourd'hui le doute n'est plus possible, et si demain il fallait consulter la province (appl. et rires du côté de la gauche) . Je vois que cette allusion fait plaisir à mes adversaires et qu'ils feignent ne pas redouter une élection générale. Mais que faut-il donc pour ouvrir les yeux à des aveugles? Ont-ils d(5jà oubhé les élections de St. Hyacinthe, de Rouville et de Chambly? Si le peuple leur est sympathique, pourquoi les a-t-il repoussés? Et Verchôres qui nous arrivera dans quelque jours ! Il va s'en dire que je ne veux pas feire comme l'honorable député de Terrebonne, qui se berçait de l'espélance de voir siéger de son côté le député de Chambly. Dans cette
occasion l'honorable Premier a répondu avec le tact que nous lui connaissons, qu'il n'avait rien à dire tant que les électeurs ne se seraient pas prononcés. Et cette élection est faite, M. l'Orateur, et que sont devenues les vantardises de l'honorable chef de l'opposition ? Elles sont tombées à l'eau avec toutes les espérances de son parti sur la destitution de M. Letellier. Pendant dix ans ces messieurs ont trompé le pa}s ; ils s'amusent maintenant à se tromper eux-mêmes, (applaudissements. )
On a parlé tantôt de l'honorable M. MacKenzie, on l'a accusé d'avoir foulé aux pieds le respect qu'il devait à la province de Québec. Il est bien permis aux honorables membres de l'autre côté d'avoir l'opinion qu'ils voudront là-dessus, mais l'honorable MacKenzie a dit : Laissons la province de Québec décider la question, et Sir John McDonald a dit : Je foule aux pieds l'opinion de la province de Québec.
Quel est celui des deux qui a montré du respect pour nous et quel est celui qui nous a insultés ? Sir John à cédé devant deux ou trois intrigants parmi lesquels on compte M. Mousseau, un homme qui n'a ni le caractère ni la position requises pour lui permettre de parler au nom de notre province. Il a voulu faire du tapage pour attirer l'attention sur sa personne et après s'être bien agité, après avoir insulté le Gouverneur-Général, il s'est couvert de ridicule pour le reste de ses jours. Le courage n'est pas la vertu dominentede M. Mousseau : il a annoncé qu'il allait proposer une motion de non-confiance parce que Sir John avait consenti à référer cette question en Angleterre et il n'a pas osé demandé un vote contre son chef. Il a peur de lui déplaire.
Un mot de ce fameux mémorandum adressé au Gouverneur- Général par MM. Chapleau, Church et De Boucherville.
On nous a accusés tout-à-l'heure de vouloir, de ce côté-ci de la Chambre, fouler aux pieds l'opinion de la province de Québec, et d'oublier ces grands sentiments de patriotisme qui devraient inspirer tout ami du pays.
Eh bien ! Je le demanderai aux trois signataires de ce mémorandum, aujourd'hui qu'ils sont calmes, aujourd'hui qu'ils sont en état de discuter cette question sans passion, je veux leur faire ce compliment, je leur demanderai, s'ils ont fait un acte patriotique en signant ce
mémorandum et s'ils espèrent que ce document va les aider à passer à la postérité ?
L'histoire le dira : ces messieurs ont joué le rôle de chefs fanatiques d'un parti, mais non celui de chefs intelligents d'une province. La génération qui viendra après nous, et qui lira l'histoire de ces événements, dira que ces messieurs n'avaient pas à cœur le maintien du gouvernement responsable ; mais bien leur maintien au pouvoir ; et elle ajoutera qu'ils ont travaillé à y être rappelés sans souci de cette dignité que les hommes publics doivent conserver dans toutes les situations.
Le député de Terrebonne a cru devoir parler de l'Honorable M. Blake et nous a dit, avec cette emphase audacieuse qui le caractérise, que l'ancien ministre de la Justice avait rougi de la con<luite du Lieutenant-G ou verneur.
L'hon. M. Chapleau. — J'ai '^it seulement que l'hon. M. Blake n'avait pas voulu voter sur cette question.
M. Chs. Langelier. — L'honorable chef de l'opposition a dit que M. Blake avait rougi.
L'honorable M. Chapleau. — Ce n'est pas ce que j'ai dit; mais j'ai dit qu'il n'avait pas voulu l'approuver.
L'honorable M. Mercier. — J'avais compris, moi aussi, que l'hon, chef de l'opposition avait dit que l'hon. M. Blake avait rougi de cette conduite, mais j'accepte avec plaisir ses explications et je reste convaincu que s'il l'a dit, il ne veut pas l'avoir dit. Et il fait bien. Quant au vote, je ne sais pas pourquoi l'hon. M. Blake n'en a pas donné sur cette question, mais je ne pense pas que ce soit pour le même motif que M. Tilley qui, lui, s'est abstenu ostensiblement.
L'honorable M. Chapleau. — J'étais à Ottawa lorsque le vote s'est donné et je crois que l'on m'a dit que M. Tilley aurait eu un pair.
L'honorable M. Mercier. — Ce n'est pas malin cela ; car je i)ourrais bien répondre aussi sans me compromettre que je crois que l'honorable M. Blake a trouvé un pair. Mais une chose que je ne fais pas seulement croire, mais dont je suis parfaitement sûr, c'est que l'honorable M. Blake n'a jamais rougi de ses opinions et n'a jamais eu honte de les exprimer publiquement.
J'ajouterai que ses opinions sont l'objet de l'attention et du respect de tous les hommes intelligents du Canada, qu'ils soient conservateurs
ou libéraux. M. Blake est un de ces hommes distingués qui sont malheureusement trop rares dans ce pays ; il a su conserver l'estime de tout le monde. C'est un homme appelé au premier lan'g, et il ne manquera pas de l'atteindre avant longtemps et peut-être plus tôt que le voudrait Sir John, son rival au point de vue des talents, mais son inlerieure dans l'estime générale.
Un dernier mot, M. l'fJratear et j'ai fini.
Cette question que nous discutons dans ce moment a pris un caractère de gravité qu'elle n'avait pas dans son début. Le fait qu'elle a été référé en Angleterre lui donne une importance qui n'a échappé à aucune personne réfléchie. Le noble Marquis, qui préside aux destinées de notre jeune confédération, a vu du doute su:- le droit que ses ministres avaient de l'aviser sur ce sujet et a exprimé le désir d'avoir l'opinion du gouvernement de Sa Majesté. Quelle que soit la d'cision qui sera rendue eu Angleterre, elle aura de très graves conséquences ; fasse le ciel que Iqs premières années d'administration de Thomme d'Etat distingué qui est venu jeter au milieu de n;)us les bases d'une vice-royauté, retrouvent bientôt le calme nécessaire au bonheur de ce peuple et des deux illustres personnages que notre Gracieuse Souveraine a confiés à notre loyale tendresse.
Le jour qui nous apportera la solution de cette question épineuse arrivera bientôt, et quelle que soit cette solution, la personnalité de l'iionorable Luc Letellier de St. Just la dominera. Le peuple l'a déjà vengé de toutes les injures qu'un parti, oublieux de ses devoirs, lui a lancées à la face, et l'histoire le vengera des souffrances, du martyre que ses ennemis lui ont imposés depuis un an. Son nom pa.s^era à la postérité ; l'histoire dira (pie c'était un canadien distingué, un patriote éclairé, et la Province de Québec se rappellera avec orgueil des années durant lesquelles elle eut pour gouverneur l'IIou. Luc Leiellier de St. Just. — (Applaudissements prolongés.)